En France, l’épineux débat sur l’immigration

Des policiers contrôlent les documents d'un passager dans un train en provenance d'Italie à la gare de Menton Garavan, à Menton, le 8 décembre 2023. (AFP).
Des policiers contrôlent les documents d'un passager dans un train en provenance d'Italie à la gare de Menton Garavan, à Menton, le 8 décembre 2023. (AFP).
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Publié le Lundi 11 décembre 2023

En France, l’épineux débat sur l’immigration

  • Parmi les grands chantiers d'Emmanuel Macron pour son second quinquennat figure l’adoption d’une nouvelle loi d’immigration
  • Depuis les années 1980, la question de la réglementation de l’immigration est devenue le cheval de bataille de l’extrême droite, puis d’une bonne partie de la classe politique

PARIS: Parmi les grands chantiers d'Emmanuel Macron pour son second quinquennat figure l’adoption d’une nouvelle loi d’immigration présentée dans un «texte unique, efficace et juste», selon ses dires. Après tant d’hésitations, de reports et de tentatives de compromis avec le principal parti de la droite classique, Les Républicains (LR), il semble que la tâche de l’exécutif demeure compliquée à cause de schismes au sein du corps législatif et d’attentes contradictoires de l’opinion publique.  

Cet épineux débat sur l’immigration n’est que le miroir des fractures et des inquiétudes des Français. Il démontre un virage institutionnel vers les thèses de la droite, et accentue les clivages traditionnels. De surcroît, la perception européenne de l’immigration comme «menace» pèse sans doute sur le choix français. 

Un thème sensible

Héritier d'une longue série de lois sur la question migratoire, ce nouvel et long épisode législatif s'inscrit dans une histoire, celle de la progression continue des immigrés dans la population française depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Petit à petit, la part des immigrés dans la population française a progressé: cette proportion – 5% en 1946, 7% en 1975, 8% en 2006 – est désormais de 10%, selon l’Insee. La plupart des immigrés sont toujours étrangers, mais plus d'un tiers sont devenus Français au cours de leur vie.

Rappelons que, depuis les années 1980, la question de la réglementation de l’immigration est devenue le cheval de bataille de l’extrême droite, puis d’une bonne partie de la classe politique. On cherche donc à réduire ou à maîtriser le nombre d’immigrés perçus comme menaçants pour l’équilibre démographique ou boucs émissaires liés à la crise économique et à l’insécurité.

Le projet de loi «immigration», objet de «disputes» et de «zizanies», arrive enfin dans sa phase finale. À partir du 11 décembre, il sera étudié en séance publique au Palais-Bourbon.

Dans ce contexte, le texte du projet gouvernemental est destiné à renforcer la lutte contre l'immigration illégale, mais aussi à créer un titre de séjour pour les travailleurs sans papiers qui exercent des métiers «en tension». 

Ces dernières semaines, ce texte enflammait le Parlement dans ses deux chambres à cause de l’absence d’une majorité suffisante pour l’adopter à l’Assemblée nationale et de sa perception par la droite traditionnelle, qui devrait fournir le contingent de voix nécessaires afin d’assurer son passage et d’éviter le recours à l’article 49.3, l’arme ultime pour l’aboutissement de la démarche de l’exécutif 

Position ferme du Sénat 

Le projet de loi «immigration», objet de «disputes» et de «zizanies», arrive enfin dans sa phase finale. À partir du 11 décembre, il sera étudié en séance publique au Palais-Bourbon. Cet épisode est redouté par le gouvernement, qui craint la mise en minorité de sa majorité relative par une alliance des oppositions. 

Ce différend est accentué par le Sénat, qui, le 14 novembre, a adopté en première lecture le projet de loi en le remaniant profondément, avec 127 amendements apportés au texte initial. Ce durcissement met le gouvernement dans l’embarras. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’en tient à sa proposition de compromis. Cette dernière est marquée par la fermeté – il s’agit d’«expulser les délinquants et criminels étrangers» – ainsi que par le désir de «simplifier drastiquement les procédures et de mieux intégrer ceux qui travaillent».

Cependant, les mesures fortes adoptées par le Sénat vont compliquer le débat, avec notamment «la confirmation de la mise en place de quotas migratoires ainsi qu’une restriction de l’admission au séjour pour motifs de regroupement familial ou de soins, et le remplacement de l’aide médicale d’État par une aide médicale d’urgence, de même que les restrictions de visa».

Position ambivalente des Républicains 

Après ce processus houleux, le débat à l’Assemblée nationale, prévu le 11 décembre, risque de creuser l’écart entre les composantes politiques. Mais les regards se tourneront sans doute d’abord vers Les Républicains. Éric Ciotti, son président, annonce que le groupe parlementaire de son parti ne votera pas le texte tel que remanié par la commission des lois de l’Assemblée nationale. 

Au sein de ce parti, on qualifie ce projet de loi de «texte au rabais», «sans ambition» et «qui ne réglera rien au final». Malgré l’investissement gouvernemental pour faire aboutir la loi sur l’immigration, le recours exceptionnel à l’article 49.3 semble indispensable. Ainsi, ce principal chantier du second quinquennat d’Emmanuel Macron reflète à juste titre un paysage politique français instable et troublé. 


Gouvernement: quatre nouveaux entrants dont Catherine Pégard à la Culture

Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
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  • Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin
  • Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats

PARIS: Quatre nouveaux ministres font leur entrée au gouvernement, dont Catherine Pégard, conseillère d'Emmanuel Macron, à la Culture en remplacement de Rachida Dati partie pour faire campagne pour la mairie de Paris, a annoncé jeudi l'Elysée dans un communiqué.

Conseillère culture de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis à la tête du château de Versailles avant de revenir au palais présidentiel auprès d'Emmanuel Macron, cette ancienne journaliste de 71 ans arrive rue de Valois avec une excellente connaissance du monde de la culture et un solide carnet d'adresses.

Outre cette nomination attendue, l'ex-ministre macroniste Sabrina Roubache fait son retour en tant que ministre délégué chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage. Elle avait été chargée de la Ville et de la Citoyenneté entre 2023 et 2024, avant d'être défaite aux législatives post-dissolution de l'Assemblée nationale.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, proche de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, devient aussi ministre déléguée chargée de l'Energie, domaine dont elle a une expertise en tant qu'ingénieure spécialiste du nucléaire.

Le chef de l'Etat a aussi nommé la députée du groupe macroniste Camille Galliard-Minier ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Charlotte Parmentier-Lecocq qui souhaitait retrouver son siège à l'Assemblée nationale, et le député Les Républicains Jean-Didier Berger auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes et remplacée dès dimanche aux Comptes publics par son ex-ministre délégué David Amiel.

Ce dernier n'a pour l'instant pas de ministre délégué à la Fonction publique, le poste qu'il occupait auparavant. Selon une source au sein de l'exécutif, une ministre déléguée sera nommée d’ici à la reprise des travaux parlementaires après les élections municipales.

Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats, ce qui aurait provoqué une législative partielle, selon une source au courant des tractations, qui n'a pas précisé son nom.

Parmi les nouveaux entrants, Jean-Didier Berger, maire de Clamart pendant dix ans, avait rejoint l’Assemblée à l’été 2024 après la dissolution, se faisant élire dans les Hauts-de-Seine. A l’Assemblée, il faisait partie des députés du groupe LR en pointe sur le projet de budget de l’Etat.

Il avait également déposé des propositions de loi aux accents régaliens : pour autoriser le traitement algorithmique des images de vidéoprotection dans les transports en commun, ou pour interdire les signes religieux ostentatoires aux mineurs qui participent à des activités d’une association subventionnée.

Camille Galliard-Minier, élue de l'Isère, est avocate de formation et l'ancienne suppléante d'Olivier Véran qu'elle a remplacé au Parlement entre 2020 et 2022 lorsque celui-ci était ministre de la Santé.

Le gouvernement compte désormais 36 membres.


Narcotrafic: pour Amine Kessaci, il faut «protéger» les personnes menacées mais aussi leur «permettre de vivre»

Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
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  • Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête
  • Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection

PARIS: Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai.

Sans critiquer le dispositif de protection existant, il appelle le gouvernement à "aller plus loin" pour "accompagner" les personnes protégées dans leur quotidien, qu'il s'agisse d'études, d'emploi ou de logement.

Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête.

Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection.

Les écologistes ont fait adopter mi-février à l'Assemblée un texte visant à mieux protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Les sénateurs écologistes comptent le reprendre le 7 mai lors d'une journée réservée.

Ce texte "est né uniquement par l'histoire de mon petit frère (...) Mehdi, assassiné pour rien, parce qu'il était mon petit frère", explique Amine Kessaci.

Membre du parti Les Ecologistes, candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a rappelé avoir été exfiltré début février d'un meeting à Aix-en-Provence, face à une menace imminente.

Il a salué jeudi les "policières et policiers" qui ont réagi "avec un calme absolu". "C'est important, quand beaucoup leur jettent tous les maux de la société" qu'on "leur reconnaisse ça".

S'il estime qu'une personne menacée en France "est protégée", le militant de 22 ans considère que la protection ne peut se limiter à la sécurité physique, et doit permettre de poursuivre des études, d'avoir un emploi et un logement. "On a besoin de tout ce qu'il y a à côté".

Ex-veilleur de nuit dans un foyer, il souligne que le service chargé de sa protection, habitué à protéger des personnalités comme des ministres, a fait face à la nécessité nouvelle de protéger des personnes ayant une vie étudiante ou professionnelle classique.

Il explique avoir dû déménager trois fois depuis sa mise sous protection. "J'ai dû me débrouiller", dit-il.

Il a lancé un appel au gouvernement afin qu'il s'empare du texte écologiste et l'amende, précisant avoir déjà eu des échanges avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.


Municipales à Paris: Dati incarne «un risque de retour en arrière spectaculaire», accuse Grégoire

Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a estimé mercredi que sa rivale de droite Rachida Dati, sa "seule adversaire dans cette élection", incarnait "un risque de retour en arrière spectaculaire". (AFP)
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a estimé mercredi que sa rivale de droite Rachida Dati, sa "seule adversaire dans cette élection", incarnait "un risque de retour en arrière spectaculaire". (AFP)
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  • "Rachida Dati incarne un risque de retour en arrière spectaculaire (...), un peu à l'image de ce que fait Trump aux États-Unis: c'est mettre l'écologie de côté au risque d'exposer les plus vulnérables, les plus fragiles"
  • "Notre seul adversaire dans cette élection, c'est Rachida Dati (...) Moi, je n'ai pas d'adversaire à gauche. Mes relations avec LFI sont notoirement dégradées"

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a estimé mercredi que sa rivale de droite Rachida Dati, sa "seule adversaire dans cette élection", incarnait "un risque de retour en arrière spectaculaire".

"Rachida Dati incarne un risque de retour en arrière spectaculaire (...), un peu à l'image de ce que fait Trump aux États-Unis: c'est mettre l'écologie de côté au risque d'exposer les plus vulnérables, les plus fragiles, ceux qui sont exposés à la pollution, ceux qui sont exposés aux risques de la vie et à la précarité économique", a-t-il déclaré au micro de Sud Radio.

"Notre seul adversaire dans cette élection, c'est Rachida Dati (...) Moi, je n'ai pas d'adversaire à gauche. Mes relations avec LFI sont notoirement dégradées", a-t-il ajouté, réitérant son choix de ne pas faire alliance avec la candidate LFI Sophia Chikirou au second tour.

"Elle ne le souhaite pas et je ne le souhaite pas", a-t-il balayé, alors qu'à Lyon, le maire écologiste sortant s'est dit prêt mardi à une alliance.

L'ex-Premier adjoint de la maire PS Anne Hidalgo a également dit vouloir "incarner la probité, la droiture".

"Moi, je veux que les Parisiens soient fiers de moi comme maire. Je ne veux pas qu'ils aient un maire qui soit convoqué au tribunal pour corruption (...). Je serai un maire indépendant, libre de toute influence d'argent, de toute influence étrangère", a-t-il attaqué, faisant notamment référence au renvoi de Rachida Dati en procès pour corruption en septembre.

Le député de Paris a encore critiqué Mme Dati sur "les chiffres cités" qui seraient selon lui "fantasques", notamment le coût de la préemption d'immeubles par la Ville pour faire du logement social.

"C'est un peu le problème qu'on a avec Mme Dati. Elle ne connaît rien de nos dossiers. Elle refuse le débat. Et elle refuse le débat précisément parce qu'elle n'y connaît rien", a-t-il déclaré alors que Rachida Dati a jusqu'à présent exclu de participer à un débat télévisé avant le premier tour de l'élection.

"Rachida Dati, elle est planquée dans son ministère. (...). Elle aurait dû être +démissionnée+ depuis des mois. Aujourd'hui, on est à deux semaines du premier tour, elle est encore en train d'utiliser le ministère dans une confusion des rôles (...). Sur le plan démocratique, c'est extrêmement choquant", a-t-il ajouté, accusant le président Emmanuel Macron d'avoir "une responsabilité morale et politique immense".