Attal Premier ministre, les crocodiles sont à l'affût

Les crocodiles du camp présidentiel n'ont pas manqué de montrer les dents avant même la nomination du jeune Premier ministre, qui devra aussi composer avec la marge de manœuvre que lui laissera le chef de l’État (Photo, AFP).
Les crocodiles du camp présidentiel n'ont pas manqué de montrer les dents avant même la nomination du jeune Premier ministre, qui devra aussi composer avec la marge de manœuvre que lui laissera le chef de l’État (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 11 janvier 2024

Attal Premier ministre, les crocodiles sont à l'affût

  • Un délai entre la démission de l'une et la nomination de l'autre a suffi à alimenter des spéculations sur d'éventuelles résistances face à l'ambitieux promu
  • «La subordination à Gabriel Attal maintenant, ça crée forcément des aigreurs», commente un conseiller de l'exécutif

PARIS: Ils ont essayé de mordre Élisabeth Borne. Vont-ils croquer Gabriel Attal ? Les crocodiles du camp présidentiel n'ont pas manqué de montrer les dents avant même la nomination du jeune Premier ministre, qui devra aussi composer avec la marge de manœuvre que lui laissera le chef de l’État.

Un délai entre la démission de l'une et la nomination de l'autre a suffi à alimenter des spéculations sur d'éventuelles résistances internes face à l'ambitieux promu, notamment des ministres de l'Intérieur et des Finances Gérald Darmanin et Bruno Le Maire, qui les ont vigoureusement démenties.

Car Gabriel Attal, devenu à 34 ans le plus jeune Premier ministre français, pourrait leur faire de l'ombre ainsi qu'à d'autres prétendants à la succession d'Emmanuel Macron.

"On peut comprendre que Bruno Le Maire n’ait pas envie d'être sous l’autorité de son ancien ministre délégué au Budget, qu’Édouard Philippe et François Bayrou (patrons d'Horizons et du MoDem, ndlr) voient un concurrent arriver avec un bâton de maréchal", note un cadre de la majorité.

"La subordination à Gabriel Attal maintenant, ça crée forcément des aigreurs", commente un conseiller de l'exécutif.

Le chemin s'annonce d'autant plus ardu pour le chef du gouvernement qu'il a été adoubé par le président la République lui-même comme un des "talents" qui seront amenés à "continuer le combat". En clair à reprendre son héritage.

Emmanuel Macron, qui ne peut pas constitutionnellement se représenter en 2027, "assume la responsabilité de la promotion et de la formation de cette génération Macron", insiste son entourage.

Avec la nomination d'Attal à Matignon, Bardella retrouve son meilleur ennemi

Désormais installé à Matignon, Gabriel Attal a notamment pour mission de porter la majorité en vue des élections européennes de juin, manière de s'opposer à Jordan Bardella, pour l'instant favori des sondages et toujours plus populaire auprès de la jeunesse.

Le million: ces derniers jours, le président du Rassemblement national s'est enorgueilli d'avoir passé cette barre symbolique d'abonnés sur TikTok, l'un des réseaux sociaux les plus prisés de la jeunesse.

Faut-il y voir une corrélation avec les performances de celui qui conduira à nouveau la liste d'extrême droite pour les Européennes de juin? Dans une étude OpinionWay parue mi-décembre, le jeune homme de 28 ans recueille 27% d'intentions de vote sur l'ensemble de la population, mais 42% chez les 18-24 ans.

«Interrogations»

Bruno Le Maire a tardivement félicité le nouveau chef du gouvernement mardi dans un message sur X assorti d'une photo où il met une main presque paternaliste sur son épaule. Gérald Darmanin lui a adressé de très laconiques "félicitations".

Bon gré mal gré, après une "discussion franche" autour d'un petit-déjeuner à Matignon, le ministre de l'Intérieur a accompagné Gabriel Attal mercredi dans un commissariat à Ermont (Val d'Oise). Le Premier ministre y a défendu "l'ordre" et l'autorité, y compris sans doute la sienne au-dessus de ses troupes.

Le locataire de la place Beauvau avait semblé lancer la course à la succession d'Emmanuel Macron l'été dernier. Mais son initiative avait été fraîchement accueillie par le chef de l’État, et Gérald Darmanin joue depuis profil bas.

Il a fait savoir par son entourage qu'il avait obtenu des assurances de rester au ministère de l'Intérieur. Quand à Bruno Le Maire, il plaide pour la "stabilité" à Bercy.

De son côté, le patron du MoDem François Bayrou a exprimé publiquement ses "interrogations" dans Le Parisien sur le choix de Gabriel Attal, notamment s'agissant de "l'expérience nécessaire" pour occuper Matignon alors que le pays "traverse de si profondes difficultés".

Le jeune promu retrouvera à Matignon la "culture de Bercy" où lui-même a piloté le Budget, avec comme directeur de cabinet Emmanuel Moulin, actuel directeur du Trésor, un "ami" de Bruno Le Maire dont il a été le directeur de cabinet mais surtout un proche du secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler.

"Attal sera quand même très encadré. Emmanuel Moulin est proche d'Alexis, il ne va pas venir challenger (ce dernier)", témoigne un haut fonctionnaire passé par Matignon.

«Enfermement»

En dépit de cette mainmise de l’Élysée, ce responsable pense que la complicité entre les deux têtes de l'exécutif, qui n'existait pas avec Élisabeth Borne, pourrait permettre au chef de gouvernement de "faire passer des convictions".

Gabriel Attal est en outre "éminemment sympathique", ce qui peut l'aider dans l'animation de l'équipe gouvernementale, selon lui.

Le jeune chef du gouvernement peut sortir de "l'enfer" de Matignon "s'il n'en fait pas un enfermement", a jugé sur RTL Mayada Boulos, qui a travaillé cinq ans avec lui au ministère des Affaires sociales sous l'autorité de la socialiste Marisol Touraine et a dirigé la communication de l'ex-Premier ministre Jean Castex.

A peine la passation de pouvoir terminée, Gabriel Attal s'est d'ailleurs rendu mardi dans le Pas-de-Calais auprès des victimes des inondations, avant de rencontrer des policiers mercredi, et d'enchaîner sur un autre déplacement jeudi.

Outre la guerre de succession, les alliés "font sûrement monter les enchères pour peser sur la composition du gouvernement", d'autant plus que l'équipe pourrait être resserrée, estime un cacique du camp présidentiel. Chaque composante de la majorité tient à conserver le maximum d'influence au sein de la nouvelle équipe.


La température monte encore mardi au lendemain d'un jour de mai historiquement chaud

Au lendemain d'une journée historiquement chaude, la vague de chaleur qui déferle sur la France va encore se renforcer mardi, avec un "épisode caniculaire" inédit pour un mois de mai dans l'ouest du pays qui selon le gouvernement aurait déjà causé sept morts, et des températures qui devraient encore grimper. (AFP)
Au lendemain d'une journée historiquement chaude, la vague de chaleur qui déferle sur la France va encore se renforcer mardi, avec un "épisode caniculaire" inédit pour un mois de mai dans l'ouest du pays qui selon le gouvernement aurait déjà causé sept morts, et des températures qui devraient encore grimper. (AFP)
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  • "A l'échelle de la France, lundi a été la journée la plus chaude enregistrée pour un mois de mai depuis le début des mesures", a écrit l'institut météorologique dans son dernier bulletin publié à 06H00
  • "Ce mardi après-midi, températures maximales de 33 à 36°C sur les départements en vigilance orange +canicule+. A l'échelle de la France, cette journée s'annonce encore plus chaude que celle de lundi"

PARIS: Au lendemain d'une journée historiquement chaude, la vague de chaleur qui déferle sur la France va encore se renforcer mardi, avec un "épisode caniculaire" inédit pour un mois de mai dans l'ouest du pays qui selon le gouvernement aurait déjà causé sept morts, et des températures qui devraient encore grimper.

"A l'échelle de la France, lundi a été la journée la plus chaude enregistrée pour un mois de mai depuis le début des mesures", a écrit l'institut météorologique dans son dernier bulletin publié à 06H00.

"Ce mardi après-midi, températures maximales de 33 à 36°C sur les départements en vigilance orange +canicule+. A l'échelle de la France, cette journée s'annonce encore plus chaude que celle de lundi", a aussi écrit Météo-France, alors que les épisodes caniculaires qui se multiplient avec le réchauffement climatique.

Huit départements de l'ouest de la France - le Finistère, le Morbihan, la Manche, l'Ille-et-Vilaine, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Vendée et la Loire-Atlantique - ont été placés en vigilance orange canicule par Météo-France à partir de minuit dans la nuit de lundi à mardi.

C'est un cran de plus que le niveau jaune qui prévalait depuis le début de l'épisode de très fortes chaleurs qui traverse le pays depuis dimanche.

"Ce que je peux dire aujourd'hui, c'est qu'il y aurait sept décès liés directement ou indirectement à la chaleur", a déclaré Maud Bregeon sur TF1, rappelant que "tout ça méritera d'être précisé à la fin de l'épisode que l'on connaît aujourd'hui".

Vigilance jaune

Le cabinet de la porte-parole a précisé à l'AFP que deux personnes s'étaient noyées en Gironde, une dans la Marne, une en Seine-et-Marne et une dans le Maine-et-Loire.

Deux autres personnes sont mortes lors d'une pratique sportive à Paris et dans la métropole de Lyon.

La canicule proprement dite pourra être décrétée si cette période de chaleur intense dure au moins trois jours et trois nuits consécutifs, pouvant constituer un risque sanitaire pour l'ensemble de la population exposée.

Vingt départements sont, eux, placés en vigilance jaune, dans la moitié ouest du pays, Paris et la petite couronne, le Rhône et l'Isère. Ce premier niveau d'alerte, déjà inédit en mai, devrait rester en vigueur jusqu'à mercredi.

Mardi matin, sur un chantier des bords de Loire et sous un soleil matinal, des ouvriers casqués et vêtus de t-shirts orange ont embauché plus tôt que d'habitude, 7H00 au lieu de 7H30, en prévision des 35 degrés annoncés dans l'après-midi.

"On prendra aussi une pause réduite à 30 minutes à midi pour éviter de travailler trop longtemps sous le cagnard", explique Marius Guibert, chef de chantier de 21 ans, qui a prévu un "briefing" pour rappeler aux autres ouvriers de penser à s'hydrater et à mouiller leur tenue de chantier.

Réunion interministérielle jeudi 

Les températures se sont envolées dans une grande partie du pays pendant le week-end de la Pentecôte, en raison de la présence sur la France et de toute l'Europe de l'ouest d'un "dôme de chaleur", zone de haute pression qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord.

Cette tendance devrait continuer pendant le reste de la semaine.

Ce lundi, "plusieurs dizaines" de records de chaleur pour un mois de mai ont de nouveau été battus, selon Météo-France. Dans l'ouest, 34,7°C ont été relevés à Bergerac, 33°C à Brest, 32,4°C à Rennes, 34,3°C à Nantes, ou 34°C à Angers (battant un record de 32,8°C qui datait de mai 1947). Dans le nord, 30,7°C ont été enregistrés à Arras.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu présidera jeudi une réunion interministérielle sur la canicule, "pour faire le point sur la préparation des services de l'Etat" face à cet épisode de chaleur exceptionnel, a annoncé son entourage lundi.

Cette vague de chaleur précoce devrait se doubler mardi d'un épisode de pollution à l'ozone.

Le laboratoire central de la surveillance de la qualité de l'air (LCSQA), outil de vigilance atmosphérique, a averti d'un dépassement de seuil d'information de pollution à l'ozone à prévoir mardi dans toute l'Ile-de-France et la vallée du Rhône.

Les concentrations d'ozone dans l'atmosphère devraient dépasser 180 microgrammes par mètre cube et par heure mardi, ce qui peut générer des gênes respiratoires ou cardiaques, surtout chez les populations vulnérables (personnes âgées, femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants), a souligné Airparif dans un communiqué.


«Qu'Edouard Philippe nous montre son envie d'être président», exhorte Darmanin

"Il faut qu'(Edouard Philippe) nous montre son envie d'être président de la République", a exhorté mardi Gérald Darmanin. (AFP)
"Il faut qu'(Edouard Philippe) nous montre son envie d'être président de la République", a exhorté mardi Gérald Darmanin. (AFP)
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  • "Il faut un seul candidat. Aujourd'hui, le mieux placé, c'est Edouard Philippe, c'est à lui de nous rassembler, c'est à lui de montrer qu'il est capable de rassembler des tendances", a prévenu le garde des Sceaux
  • Dans une étude Odoxa pour Public Sénat et la presse régionale parue mardi, l'ancien Premier ministre accuse une sévère baisse de quatre points d'intention de vote au premier tour de l'élection présidentielle (17%)

PARIS: "Il faut qu'(Edouard Philippe) nous montre son envie d'être président de la République", a exhorté mardi Gérald Darmanin, en réaffirmant que le patron d'Horizons était selon lui "le mieux placé", lors d'un entretien sur France 2.

"Je le connais personnellement, je sais qu'il a cette envie (d'être président), mais qu'il le montre aux Français", a insisté le garde des Sceaux.

A propos d'Edouard Philippe ainsi que de Gabriel Attal et Bruno Retailleau, Gérald Darmanin a "déploré que ceux qui se présentent comme étant des personnes qui peuvent s'entendre en février prochain, aujourd'hui, pourraient montrer des différences trop fortes qui rendraient une alliance impossible".

"Il faut un seul candidat. Aujourd'hui, le mieux placé, c'est Edouard Philippe, c'est à lui de nous rassembler, c'est à lui de montrer qu'il est capable de rassembler des tendances", a prévenu le garde des Sceaux, qui se revendique d'une "droite sociale".

Dans une étude Odoxa pour Public Sénat et la presse régionale parue mardi, l'ancien Premier ministre accuse une sévère baisse de quatre points d'intention de vote au premier tour de l'élection présidentielle (17%), toujours loin derrière Jordan Bardella (32%) et surtout désormais talonné par Jean-Luc Mélenchon (16%).

Dans cette configuration, Edouard Philippe ne recueille en outre que 48% d'intentions de vote au second tour face à Jordan Bardella (52%).

 


Dialoguer avec l'Algérie est «une nécessité», selon l'ambassadeur de France à Alger

Le président français Emmanuel Macron (à gauche) s'entretient avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune à l'aéroport d'Alger, le 27 août 2022. Emmanuel Macron effectuait une visite de trois jours en Algérie dans le but de renouer des liens avec l'ancienne colonie française, qui célèbre cette année le 60e anniversaire de son indépendance. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche) s'entretient avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune à l'aéroport d'Alger, le 27 août 2022. Emmanuel Macron effectuait une visite de trois jours en Algérie dans le but de renouer des liens avec l'ancienne colonie française, qui célèbre cette année le 60e anniversaire de son indépendance. (AFP)
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  • "Discuter avec l'Algérie, ce n'est pas faire preuve de faiblesse, c'est une nécessité (...) On sait que c'est difficile, on sait que c'est exigeant, mais ce n'est pas abdiquer"
  • "On discute avec plein d'autres pays et lorsqu'on discute, on n'est pas accusé de faiblesse"

PARIS: Dialoguer avec l'Algérie "est une nécessité", a estimé lundi l'ambassadeur de France Stéphane Romatet, tout en appelant au "respect" mutuel entre les deux pays, qui ont amorcé un rapprochement après près de deux années de profonde crise diplomatique.

"Discuter avec l'Algérie, ce n'est pas faire preuve de faiblesse, c'est une nécessité (...) On sait que c'est difficile, on sait que c'est exigeant, mais ce n'est pas abdiquer", a affirmé sur France Inter le diplomate, qui a fait son retour à Alger le 8 mai, près d'un an après avoir été rappelé par le président Emmanuel Macron.

"On discute avec plein d'autres pays et lorsqu'on discute, on n'est pas accusé de faiblesse", a-t-il poursuivi, en référence aux critiques souvent émises par la droite et l'extrême droite françaises.

Interrogé sur le sort du journaliste français Christophe Gleizes détenu depuis bientôt un an, M. Romatet a estimé que "si on stigmatise, si on jette l'anathème sur ce pays, on n'y arrivera pas. Reprendre cette relation avec Alger (...) c'est aussi aider Christophe à revenir le plus tôt possible en France".

Arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie, Christophe Gleizes a été condamné en appel début décembre à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

L'ambassadeur a toutefois fustigé des propos "inacceptables" publiés par le quotidien El Watan visant le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui s'est rendu au Maroc le 20 mai. Le journal évoquait une "vassalisation" à Rabat et multipliait les attaques personnelles contre le ministre, qualifié notamment de "technicien sans relief" et de "ministre de paille".

"De part et d'autre (...) il faut faire preuve de respect. Nous attendons du respect de la part de l'Algérie", a affirmé M. Romatet.

Une crise profonde avait éclaté à l'été 2024 lorsque Paris a apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié en novembre 2025), puis la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ. Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur Romatet.

Un dégel a été amorcé depuis février, marqué par les visites de trois ministres français à Alger. "D'autres visites sont programmées de ministres algériens en France, de hauts responsables français en Algérie dans les semaines qui viennent", a ajouté M. Romatet.