Gaza: Un lien profond unit l’Afrique du Sud à la cause palestinienne

Des associations civiles et de partis politiques lors d'une manifestation propalestinienne à Johannesburg, le 27 janvier 2022 (Photo, AFP).
Des associations civiles et de partis politiques lors d'une manifestation propalestinienne à Johannesburg, le 27 janvier 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 24 janvier 2024

Gaza: Un lien profond unit l’Afrique du Sud à la cause palestinienne

  • L'Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice pour accuser Israël d'avoir commis un génocide à Gaza
  • Le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir reconnaît depuis longtemps les parallèles entre la lutte des Palestiniens et sa propre lutte contre l'apartheid

DUBAI: Le 11 janvier, l'Afrique du Sud a demandé à la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) de statuer sur le fait que la campagne militaire israélienne en cours à Gaza constituait un génocide. Israël a répondu en accusant le pays de «fonctionner comme le bras juridique» du Hamas.

Mais le soutien de l'Afrique du Sud aux Palestiniens n'est pas un phénomène nouveau. Depuis des années, le gouvernement et la société civile sud-africains ont fait preuve d'un soutien indéfectible à la cause palestinienne, malgré des différences géographiques et culturelles considérables.

Des Palestiniens brandissent des drapeaux et des pancartes autour d'une statue du président sud-africain, Nelson Mandela, à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 10 janvier 2024 (Photo fournie).

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, compare depuis longtemps les politiques d'Israël à Gaza et en Cisjordanie à sa propre histoire sous le régime d'apartheid de la minorité blanche, qui, jusqu'en 1994, obligeait les Noirs à vivre dans des «homelands» («bantoustans») spécialement désignés.

«Aujourd'hui, nous nous joignons au monde entier pour exprimer notre horreur face aux crimes de guerre commis en Palestine en prenant pour cible des civils, des infrastructures civiles, des locaux des Nations unies et d'autres cibles vulnérables», a déclaré Naledi Pandor, ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération, dans un communiqué publié le 7 novembre.

«Ces actions nous rappellent nos expériences en tant que Sud-Africains noirs vivant sous l'apartheid. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles les Sud-Africains, comme les habitants de toutes les villes du monde, sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère et leur inquiétude face à ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie.»

Des enfants palestiniens cherchent des objets récupérables au milieu des destructions dans la banlieue sud de Khan Younès, dans la bande de Gaza ravagée par la guerre, le 16 janvier 2024 (Photo, AFP).

Israël a lancé sa campagne militaire en réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre contre le sud d'Israël, au cours de laquelle des militants palestiniens ont tué quelque 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 240 otages, dont de nombreux ressortissants étrangers non israéliens.

Depuis lors, les forces de défense israéliennes ont mené une campagne aérienne et terrestre féroce contre le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, tuant plus de 25 000 Palestiniens, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

Depuis le début de la guerre, des symboles de solidarité ont vu le jour dans toute l'Afrique du Sud. Des artistes de rue ont réalisé des peintures murales du drapeau palestinien, des panneaux d'affichage ont été érigés pour accuser Israël de génocide, et des autocollants portant des slogans tels que «Genocide IsREAL» et «#FreeGaza» ont été distribués.

«En tant que Sud-Africain, on connaît l'oppression, la résistance et l'apartheid», a déclaré à Arab News Leila Samira Khan, avocate et militante sud-africaine.

«La Palestine est étroitement liée à la lutte de l'Afrique du Sud pour la liberté. Je suis née aux Pays-Bas de parents sud-africains dans les années 70 et j'ai été nommée en l'honneur de Leila Khaled», a-t-elle indiqué, en référence à la célèbre militante palestinienne.

Un groupe d'avocats participe à une manifestation interconfessionnelle de solidarité avec le peuple palestinien devant la Haute Cour du Cap, le 11 janvier 2024 (Photo, AFP).

L'Afrique du Sud a rappelé ses diplomates de Tel Aviv au début du mois de novembre. Plus tard durant le même mois, son Parlement a voté la suspension de tous les relations diplomatiques avec Israël et la fermeture de l'ambassade d'Israël à Pretoria. Israël a depuis rappelé son ambassadeur.

Puis, en décembre, l'Afrique du Sud s'est retrouvée sous les projecteurs internationaux en déposant une plainte contre Israël devant la CIJ, l'accusant d'avoir violé la convention sur le génocide.

«L'ampleur des destructions à Gaza, le ciblage des maisons familiales et des civils, le fait que la guerre soit une guerre contre les enfants, tout cela montre clairement que l'intention génocidaire est à la fois comprise et mise en pratique», a déclaré Tembeka Ngcukaitobi, membre de l'équipe juridique sud-africaine, devant la CIJ.

«L'intention exprimée est la destruction de la vie palestinienne dans toutes ses manifestations», a-t-il précisé.

Les Sud-Africains noirs qui ont vécu cette période se rappellent s’être sentis marginalisés et comme des citoyens de seconde classe dans leur propre pays (Photo, AFP).

Si l'affaire a irrité de nombreux gouvernements occidentaux, elle a valu à l'Afrique du Sud les éloges de pays comme la Turquie et la Malaisie et de groupements comme l'Organisation de la coopération islamique, qui s'est jointe à l'affaire.

Cette défense de la cause palestinienne en Afrique du Sud a des racines profondes qui remontent à l'époque où l'ANC menait sa propre campagne de plusieurs décennies contre l'apartheid, un système qui a prévalu de 1948 jusqu'au début des années 1990.

Sous le régime de l'apartheid, la minorité blanche dominait la politique, les affaires, la propriété foncière et tous les aspects de la vie civique, tout en appliquant un système de ségrégation et de discrimination raciale sévère qui considérait les races comme «séparées mais égales».

En réalité, les Sud-Africains noirs qui ont vécu cette période se rappellent s’être sentis marginalisés et comme des citoyens de seconde classe dans leur propre pays – des sentiments similaires à ceux ressentis par les Palestiniens dans les territoires occupés.

Un Palestinien brandit les portraits de Yasser Arafat et de Nelson Mandela devant le bâtiment de la municipalité de Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 12 janvier 2024 (Photo, AFP).

«En tant que Sud-Africains, nous nous sentons profondément liés à la lutte des Palestiniens», a déclaré à Arab News, Thania Petersen, une artiste sud-africaine basée au Cap.

«Nous comprenons et reconnaissons l'apartheid ainsi que la dévastation qui résulte de la gestion et de la vie dans une société post-apartheid», a-t-elle ajouté.

Pendant ce temps, alors qu'une grande partie de la communauté internationale a introduit des sanctions contre l'Afrique du Sud de l'apartheid pour ses politiques de plus en plus impopulaires, Israël continuait à fournir au gouvernement de la minorité blanche des armes et de la technologie.

La solidarité de l'ANC avec la Palestine remonte aux années 1950 et 1960, lorsque plusieurs nations africaines ont obtenu leur indépendance après des siècles de domination coloniale européenne.

Au cours de sa lutte contre l'apartheid, puis une fois au pouvoir, l'ANC a entretenu des liens étroits avec l'Organisation de libération de la Palestine.

Nelson Mandela, le premier président de l'Afrique du Sud après l'apartheid, qui a passé vingt-sept ans en prison pour sa lutte contre la domination de la minorité blanche, était même en bons termes avec le président de l'OLP, Yasser Arafat.

Le 15 février 1995, un an après les premières élections non raciales en Afrique du Sud, qui ont propulsé Mandela au pouvoir, la nouvelle «nation arc-en-ciel» a établi des relations diplomatiques officielles avec l'État de Palestine.

Pendant des années, l'ANC et l'OLP se sont soutenus mutuellement dans leurs campagnes anticoloniales, échangeant des armes et se consultant sur les stratégies à adopter pour mettre fin à la colonisation.

La rencontre d'Arafat avec Mandela en Zambie en 1990, deux semaines à peine après la libération de ce dernier, a été un moment important qui a renforcé les liens et l'engagement de l'Afrique du Sud à l'égard de la Palestine.

Mandela s'est par la suite rendu en Israël et en Palestine et a appelé à la paix entre les deux nations.

Yasser Arafat (à droite), accueille Nelson Mandela à son arrivée à l'aéroport de Gaza en 1999 pour une visite officielle en Palestine (Photo, AFP).

«Nous savons trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens», a déclaré Mandela en 1997 lors d'un discours prononcé à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud.

«La tentation, dans notre situation, est de parler à voix étouffée d'une question telle que le droit du peuple palestinien à un État qui lui soit propre. Nous pouvons facilement être tentés de considérer que la réconciliation et l'équité signifient la parité entre la justice et l'injustice.

«Après avoir acquis notre propre liberté, nous pouvons tomber dans le piège de nous laver les mains des difficultés que rencontrent les autres. Pourtant, nous serions moins qu'humains si nous agissions de la sorte», a-t-il indiqué.

Des groupes propalestiniens et d'autres organisations de la société civile manifestent, à Durban, le 2 juin 2018, pour protester contre le meurtre de Palestiniens par les forces israéliennes à Gaza (Photo, AFP).

Le soutien de l'Afrique du Sud à la cause palestinienne se poursuit encore aujourd'hui avec ferveur. Dans le dernier document de politique générale de l'ANC, publié fin 2022, le parti au pouvoir a souligné les liens historiques entre l'Afrique du Sud et la Palestine.

«L'Afrique du Sud et la Palestine partagent une histoire commune de lutte», a spécifié le document, qui décrit Israël comme un «État d'apartheid» et déclare son intention de desserrer les liens diplomatiques entre l'Afrique du Sud et Israël.

«En tant qu'individus, nous nous sentons profondément concernés par les Palestiniens parce que nous connaissons l'apartheid, nous savons à quoi il ressemble et nous vivons avec la violence permanente de son héritage», a révélé Petersen à Arab News.

«Nous avons l'obligation envers l'humanité de lutter contre ce que nous savons être mauvais. En tant que Sud-Africains, nous lutterons toujours contre l'apartheid et le colonialisme. Nos dirigeants ont toujours dit que notre liberté était incomplète sans celle de la Palestine», a-t-elle insisté.

Dans un article paru récemment dans The Economist, Suraya Dadoo, écrivaine et militante sud-africaine, a déclaré: «La voix de l'Afrique du Sud a été la plus audible, principalement parce que notre histoire et notre lutte pour la libération sont les plus récentes et que le système d'apartheid qu'Israël pratique à l'encontre des Palestiniens est étrangement similaire.

«Les sociétés coloniales ne peuvent exister que par l'anéantissement absolu des populations indigènes ou par l'assujettissement complet des populations et de leurs terres. Il n'y a pas d'autre moyen pour elles de maintenir leur existence que la violence.»

Si le soutien de l'Afrique du Sud à la cause palestinienne est compréhensible compte tenu de sa propre lutte contre l'apartheid, il est plus difficile de concilier son soutien au Hamas.

Après les attentats du 7 octobre, de nombreux pays arabes favorables à la cause palestinienne ont cherché à prendre leurs distances avec le groupe militant. Bien qu'elle ait condamné les atrocités, l'Afrique du Sud a été plus lente à le faire que d'autres pays.

En revanche, elle s'est empressée de condamner le nombre croissant de morts palestiniens à Gaza après qu'Israël a lancé sa campagne de représailles.

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays à entretenir des relations diplomatiques officielles avec le Hamas, un groupe que de nombreux pays considèrent comme une organisation terroriste.

Son ouverture aux relations avec le groupe s'explique en partie par sa propre histoire. En effet, l'ANC était lui-même souvent considéré comme une organisation terroriste avant que le pays ne fasse sa transition largement pacifique vers une démocratie multiraciale.

Un homme tient un drapeau palestinien lors d’une manifestation propalestinienne devant la Haute Cour au Cap, le 11 janvier 2024 (Photo, AFP).

En affirmant qu'Israël commet des actes génocidaires à l'encontre des Palestiniens, l'Afrique du Sud s'est également exposée à des accusations de «deux poids, deux mesures», d'autant plus que son gouvernement semble adopter une position plus souple à l'égard des méfaits d'autres acteurs armés.

Une semaine avant de présenter son dossier à La Haye, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a reçu Mohammed Hamdan Dagalo, un chef de guerre soudanais connu sous le nom de Hemedti, dont la milice les Janjawids et son successeur, les Forces de soutien rapide (FSR), sont accusés d'avoir commis des actes de génocide au Darfour.

Le groupe paramilitaire des FSR est en conflit avec les forces armées soudanaises depuis le mois d'avril de l'année dernière, ce qui a provoqué l'une des pires catastrophes humanitaires au monde, dont beaucoup craignent qu'elle ne déstabilise l'ensemble de la région.

Toutefois, Petersen estime que l'opposition publique à Israël en particulier est bien plus profonde pour les Sud-Africains, qui gardent à l'esprit le soutien apporté par le passé à l'apartheid.

«Les Palestiniens et les Sud-Africains mènent le même combat», a-t-elle soutenu. «Le fait qu'Israël ait été impliqué dans le gouvernement d'apartheid en Afrique du Sud n'est pas une question distincte et il n'est pas surprenant que le lobby sioniste en Afrique du Sud ait bénéficié de l'apartheid.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".