Gaza: Un lien profond unit l’Afrique du Sud à la cause palestinienne

Des associations civiles et de partis politiques lors d'une manifestation propalestinienne à Johannesburg, le 27 janvier 2022 (Photo, AFP).
Des associations civiles et de partis politiques lors d'une manifestation propalestinienne à Johannesburg, le 27 janvier 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 24 janvier 2024

Gaza: Un lien profond unit l’Afrique du Sud à la cause palestinienne

  • L'Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice pour accuser Israël d'avoir commis un génocide à Gaza
  • Le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir reconnaît depuis longtemps les parallèles entre la lutte des Palestiniens et sa propre lutte contre l'apartheid

DUBAI: Le 11 janvier, l'Afrique du Sud a demandé à la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) de statuer sur le fait que la campagne militaire israélienne en cours à Gaza constituait un génocide. Israël a répondu en accusant le pays de «fonctionner comme le bras juridique» du Hamas.

Mais le soutien de l'Afrique du Sud aux Palestiniens n'est pas un phénomène nouveau. Depuis des années, le gouvernement et la société civile sud-africains ont fait preuve d'un soutien indéfectible à la cause palestinienne, malgré des différences géographiques et culturelles considérables.

Des Palestiniens brandissent des drapeaux et des pancartes autour d'une statue du président sud-africain, Nelson Mandela, à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 10 janvier 2024 (Photo fournie).

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, compare depuis longtemps les politiques d'Israël à Gaza et en Cisjordanie à sa propre histoire sous le régime d'apartheid de la minorité blanche, qui, jusqu'en 1994, obligeait les Noirs à vivre dans des «homelands» («bantoustans») spécialement désignés.

«Aujourd'hui, nous nous joignons au monde entier pour exprimer notre horreur face aux crimes de guerre commis en Palestine en prenant pour cible des civils, des infrastructures civiles, des locaux des Nations unies et d'autres cibles vulnérables», a déclaré Naledi Pandor, ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération, dans un communiqué publié le 7 novembre.

«Ces actions nous rappellent nos expériences en tant que Sud-Africains noirs vivant sous l'apartheid. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles les Sud-Africains, comme les habitants de toutes les villes du monde, sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère et leur inquiétude face à ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie.»

Des enfants palestiniens cherchent des objets récupérables au milieu des destructions dans la banlieue sud de Khan Younès, dans la bande de Gaza ravagée par la guerre, le 16 janvier 2024 (Photo, AFP).

Israël a lancé sa campagne militaire en réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre contre le sud d'Israël, au cours de laquelle des militants palestiniens ont tué quelque 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 240 otages, dont de nombreux ressortissants étrangers non israéliens.

Depuis lors, les forces de défense israéliennes ont mené une campagne aérienne et terrestre féroce contre le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, tuant plus de 25 000 Palestiniens, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

Depuis le début de la guerre, des symboles de solidarité ont vu le jour dans toute l'Afrique du Sud. Des artistes de rue ont réalisé des peintures murales du drapeau palestinien, des panneaux d'affichage ont été érigés pour accuser Israël de génocide, et des autocollants portant des slogans tels que «Genocide IsREAL» et «#FreeGaza» ont été distribués.

«En tant que Sud-Africain, on connaît l'oppression, la résistance et l'apartheid», a déclaré à Arab News Leila Samira Khan, avocate et militante sud-africaine.

«La Palestine est étroitement liée à la lutte de l'Afrique du Sud pour la liberté. Je suis née aux Pays-Bas de parents sud-africains dans les années 70 et j'ai été nommée en l'honneur de Leila Khaled», a-t-elle indiqué, en référence à la célèbre militante palestinienne.

Un groupe d'avocats participe à une manifestation interconfessionnelle de solidarité avec le peuple palestinien devant la Haute Cour du Cap, le 11 janvier 2024 (Photo, AFP).

L'Afrique du Sud a rappelé ses diplomates de Tel Aviv au début du mois de novembre. Plus tard durant le même mois, son Parlement a voté la suspension de tous les relations diplomatiques avec Israël et la fermeture de l'ambassade d'Israël à Pretoria. Israël a depuis rappelé son ambassadeur.

Puis, en décembre, l'Afrique du Sud s'est retrouvée sous les projecteurs internationaux en déposant une plainte contre Israël devant la CIJ, l'accusant d'avoir violé la convention sur le génocide.

«L'ampleur des destructions à Gaza, le ciblage des maisons familiales et des civils, le fait que la guerre soit une guerre contre les enfants, tout cela montre clairement que l'intention génocidaire est à la fois comprise et mise en pratique», a déclaré Tembeka Ngcukaitobi, membre de l'équipe juridique sud-africaine, devant la CIJ.

«L'intention exprimée est la destruction de la vie palestinienne dans toutes ses manifestations», a-t-il précisé.

Les Sud-Africains noirs qui ont vécu cette période se rappellent s’être sentis marginalisés et comme des citoyens de seconde classe dans leur propre pays (Photo, AFP).

Si l'affaire a irrité de nombreux gouvernements occidentaux, elle a valu à l'Afrique du Sud les éloges de pays comme la Turquie et la Malaisie et de groupements comme l'Organisation de la coopération islamique, qui s'est jointe à l'affaire.

Cette défense de la cause palestinienne en Afrique du Sud a des racines profondes qui remontent à l'époque où l'ANC menait sa propre campagne de plusieurs décennies contre l'apartheid, un système qui a prévalu de 1948 jusqu'au début des années 1990.

Sous le régime de l'apartheid, la minorité blanche dominait la politique, les affaires, la propriété foncière et tous les aspects de la vie civique, tout en appliquant un système de ségrégation et de discrimination raciale sévère qui considérait les races comme «séparées mais égales».

En réalité, les Sud-Africains noirs qui ont vécu cette période se rappellent s’être sentis marginalisés et comme des citoyens de seconde classe dans leur propre pays – des sentiments similaires à ceux ressentis par les Palestiniens dans les territoires occupés.

Un Palestinien brandit les portraits de Yasser Arafat et de Nelson Mandela devant le bâtiment de la municipalité de Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 12 janvier 2024 (Photo, AFP).

«En tant que Sud-Africains, nous nous sentons profondément liés à la lutte des Palestiniens», a déclaré à Arab News, Thania Petersen, une artiste sud-africaine basée au Cap.

«Nous comprenons et reconnaissons l'apartheid ainsi que la dévastation qui résulte de la gestion et de la vie dans une société post-apartheid», a-t-elle ajouté.

Pendant ce temps, alors qu'une grande partie de la communauté internationale a introduit des sanctions contre l'Afrique du Sud de l'apartheid pour ses politiques de plus en plus impopulaires, Israël continuait à fournir au gouvernement de la minorité blanche des armes et de la technologie.

La solidarité de l'ANC avec la Palestine remonte aux années 1950 et 1960, lorsque plusieurs nations africaines ont obtenu leur indépendance après des siècles de domination coloniale européenne.

Au cours de sa lutte contre l'apartheid, puis une fois au pouvoir, l'ANC a entretenu des liens étroits avec l'Organisation de libération de la Palestine.

Nelson Mandela, le premier président de l'Afrique du Sud après l'apartheid, qui a passé vingt-sept ans en prison pour sa lutte contre la domination de la minorité blanche, était même en bons termes avec le président de l'OLP, Yasser Arafat.

Le 15 février 1995, un an après les premières élections non raciales en Afrique du Sud, qui ont propulsé Mandela au pouvoir, la nouvelle «nation arc-en-ciel» a établi des relations diplomatiques officielles avec l'État de Palestine.

Pendant des années, l'ANC et l'OLP se sont soutenus mutuellement dans leurs campagnes anticoloniales, échangeant des armes et se consultant sur les stratégies à adopter pour mettre fin à la colonisation.

La rencontre d'Arafat avec Mandela en Zambie en 1990, deux semaines à peine après la libération de ce dernier, a été un moment important qui a renforcé les liens et l'engagement de l'Afrique du Sud à l'égard de la Palestine.

Mandela s'est par la suite rendu en Israël et en Palestine et a appelé à la paix entre les deux nations.

Yasser Arafat (à droite), accueille Nelson Mandela à son arrivée à l'aéroport de Gaza en 1999 pour une visite officielle en Palestine (Photo, AFP).

«Nous savons trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens», a déclaré Mandela en 1997 lors d'un discours prononcé à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien à Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud.

«La tentation, dans notre situation, est de parler à voix étouffée d'une question telle que le droit du peuple palestinien à un État qui lui soit propre. Nous pouvons facilement être tentés de considérer que la réconciliation et l'équité signifient la parité entre la justice et l'injustice.

«Après avoir acquis notre propre liberté, nous pouvons tomber dans le piège de nous laver les mains des difficultés que rencontrent les autres. Pourtant, nous serions moins qu'humains si nous agissions de la sorte», a-t-il indiqué.

Des groupes propalestiniens et d'autres organisations de la société civile manifestent, à Durban, le 2 juin 2018, pour protester contre le meurtre de Palestiniens par les forces israéliennes à Gaza (Photo, AFP).

Le soutien de l'Afrique du Sud à la cause palestinienne se poursuit encore aujourd'hui avec ferveur. Dans le dernier document de politique générale de l'ANC, publié fin 2022, le parti au pouvoir a souligné les liens historiques entre l'Afrique du Sud et la Palestine.

«L'Afrique du Sud et la Palestine partagent une histoire commune de lutte», a spécifié le document, qui décrit Israël comme un «État d'apartheid» et déclare son intention de desserrer les liens diplomatiques entre l'Afrique du Sud et Israël.

«En tant qu'individus, nous nous sentons profondément concernés par les Palestiniens parce que nous connaissons l'apartheid, nous savons à quoi il ressemble et nous vivons avec la violence permanente de son héritage», a révélé Petersen à Arab News.

«Nous avons l'obligation envers l'humanité de lutter contre ce que nous savons être mauvais. En tant que Sud-Africains, nous lutterons toujours contre l'apartheid et le colonialisme. Nos dirigeants ont toujours dit que notre liberté était incomplète sans celle de la Palestine», a-t-elle insisté.

Dans un article paru récemment dans The Economist, Suraya Dadoo, écrivaine et militante sud-africaine, a déclaré: «La voix de l'Afrique du Sud a été la plus audible, principalement parce que notre histoire et notre lutte pour la libération sont les plus récentes et que le système d'apartheid qu'Israël pratique à l'encontre des Palestiniens est étrangement similaire.

«Les sociétés coloniales ne peuvent exister que par l'anéantissement absolu des populations indigènes ou par l'assujettissement complet des populations et de leurs terres. Il n'y a pas d'autre moyen pour elles de maintenir leur existence que la violence.»

Si le soutien de l'Afrique du Sud à la cause palestinienne est compréhensible compte tenu de sa propre lutte contre l'apartheid, il est plus difficile de concilier son soutien au Hamas.

Après les attentats du 7 octobre, de nombreux pays arabes favorables à la cause palestinienne ont cherché à prendre leurs distances avec le groupe militant. Bien qu'elle ait condamné les atrocités, l'Afrique du Sud a été plus lente à le faire que d'autres pays.

En revanche, elle s'est empressée de condamner le nombre croissant de morts palestiniens à Gaza après qu'Israël a lancé sa campagne de représailles.

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays à entretenir des relations diplomatiques officielles avec le Hamas, un groupe que de nombreux pays considèrent comme une organisation terroriste.

Son ouverture aux relations avec le groupe s'explique en partie par sa propre histoire. En effet, l'ANC était lui-même souvent considéré comme une organisation terroriste avant que le pays ne fasse sa transition largement pacifique vers une démocratie multiraciale.

Un homme tient un drapeau palestinien lors d’une manifestation propalestinienne devant la Haute Cour au Cap, le 11 janvier 2024 (Photo, AFP).

En affirmant qu'Israël commet des actes génocidaires à l'encontre des Palestiniens, l'Afrique du Sud s'est également exposée à des accusations de «deux poids, deux mesures», d'autant plus que son gouvernement semble adopter une position plus souple à l'égard des méfaits d'autres acteurs armés.

Une semaine avant de présenter son dossier à La Haye, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a reçu Mohammed Hamdan Dagalo, un chef de guerre soudanais connu sous le nom de Hemedti, dont la milice les Janjawids et son successeur, les Forces de soutien rapide (FSR), sont accusés d'avoir commis des actes de génocide au Darfour.

Le groupe paramilitaire des FSR est en conflit avec les forces armées soudanaises depuis le mois d'avril de l'année dernière, ce qui a provoqué l'une des pires catastrophes humanitaires au monde, dont beaucoup craignent qu'elle ne déstabilise l'ensemble de la région.

Toutefois, Petersen estime que l'opposition publique à Israël en particulier est bien plus profonde pour les Sud-Africains, qui gardent à l'esprit le soutien apporté par le passé à l'apartheid.

«Les Palestiniens et les Sud-Africains mènent le même combat», a-t-elle soutenu. «Le fait qu'Israël ait été impliqué dans le gouvernement d'apartheid en Afrique du Sud n'est pas une question distincte et il n'est pas surprenant que le lobby sioniste en Afrique du Sud ait bénéficié de l'apartheid.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Incendie dans une raffinerie du Koweït après des attaques de drones

 Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
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  • "La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités"
  • En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe

DUBAI: Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne.

"La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités", selon l'agence, après une attaque la veille sur cette infrastructure qui avait déjà provoqué un incendie.

En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.

L'attaque de vendredi sur la raffinerie Mina Al-Ahmadi n'a pas fait de victime mais a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, tandis que les pompiers tentent de contenir l'incendie, selon l'agence officielle koweïtienne.

Dans les autres pays du Golfe, les Emirats arabes unis ont dit vendredi répondre à des attaques de missiles et de drones, et le Bahreïn avoir maîtrisé l'incendie d'un entrepôt causé par des éclats provenant d'une "agression iranienne".

En Arabie saoudite, le ministre de la Défense saoudien a dit qu'en l'espace de deux heures, plus d'une douzaine de drones ont été "interceptés et détruits" dans l'est du pays et un autre dans le nord.

 

 


L'Arabie saoudite abat plusieurs drones alors que les attaques iraniennes se poursuivent

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
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  • Le Koweït, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont également signalé qu'ils étaient confrontés à des tirs de missiles et à des menaces de drones
  • La raffinerie du port de Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau fait l'objet d'attaques iraniennes

RIYAD: Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent.

Les autorités du Koweït et des Émirats arabes unis ont déclaré qu'elles étaient également confrontées à des tirs de missiles et à des menaces de drones.

La raffinerie portuaire Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau été la cible d'attaques de drones iraniens, qui ont provoqué un incendie dans plusieurs de ses unités. Aucun blessé n'a été signalé.

Les pompiers tentent de maîtriser l'incendie dans l'installation, et certaines unités ont été fermées par précaution, a rapporté l'agence de presse nationale UNA.

Le ministère de l'intérieur de Bahreïn a déclaré que des éclats d'obus provenant de ce qu'il a décrit comme une "agression iranienne" ont déclenché un incendie dans un entrepôt, qui a été maîtrisé sans qu'aucun blessé ne soit à déplorer.

Selon le ministère saoudien de la défense, la majorité des drones ont été abattus au-dessus de la province orientale, où se trouvent les principales raffineries de pétrole du royaume, tandis qu'un autre a été intercepté au-dessus de la province septentrionale d'Al Jouf.

Cette nouvelle vague d'attaques survient un jour après qu'un drone a frappé une raffinerie de pétrole saoudienne sur la mer Rouge et provoqué des incendies dans deux autres installations au Koweït, alors que l'Iran intensifie sa campagne contre les infrastructures énergétiques du Golfe.

Ces frappes font suite aux dommages importants subis mercredi à Ras Laffan - la vaste plate-forme de gaz naturel du Qatar et la plus grande au monde - après que l'Iran a riposté aux frappes aériennes israéliennes sur son champ gazier de South Pars.

Ces derniers chiffres portent le nombre total de frappes de drones visant l'Arabie saoudite à au moins 503 depuis le 28 février, selon un décompte basé sur les rapports du ministère de la défense. Outre les drones, les défenses aériennes saoudiennes ont intercepté 42 missiles balistiques et sept missiles de croisière au cours de la même période, ce qui souligne la nature soutenue et variée de la campagne aérienne menée contre le royaume.


L'Iran en passe d'être «décimé», assure Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
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  • L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu
  • "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures.

"Après 20 jours, je peux vous annoncer que l'Iran n'a aujourd'hui plus la capacité d'enrichir de l'uranium et qu'il n'a plus la capacité de produire des missiles balistiques", a déclaré M. Netanyahu, lors d'une conférence de presse télévisée.

En lançant une offensive contre Téhéran avec Israël le 28 février, Donald Trump avait d'abord dit que son objectif était d'éliminer la menace nucléaire iranienne, bien qu'il ait affirmé avoir détruit ce programme dans des frappes de juin 2025.

D'après le Premier ministre israélien, l'arsenal de missiles, drones et lanceurs de Téhéran est aujourd'hui fortement amoindri.

L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu. "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés.

Si Washington n'a pas non plus fixé d'échéance à ses opérations militaires, le président Trump a assuré jeudi qu'il ne déployait "pas de troupes".

Raffineries touchées 

Conséquence des frappes massives jeudi sur des sites de production d'hydrocarbures dans le Golfe, le baril américain WTI, en hausse de plus de 5% jeudi, est brièvement repassé au-dessus de 100 dollars.

Le gaz européen s'est lui envolé (jusqu'à +35%), tandis que les Bourses européennes terminaient en forte baisse tout comme le Dow Jones et le Nasdaq à New York.

Parmi les installations visées: Ras Laffan, premier site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, où une attaque iranienne a fait des "dommages considérables", selon Doha.

Le Qatar juge que les attaques vont réduire sa capacité d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17%.

Deux raffineries au Koweït ont par ailleurs été ciblées par des drones, tout comme une raffinerie saoudienne à Yanbu, sur la mer Rouge.

Ces attaques répondent à celles, la veille, du site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.

L'Iran, qui dit viser le Golfe parce qu'il abrite des intérêts américains, ne fera preuve d'"aucune retenue" si ses infrastructures énergétiques sont à nouveau visées, a prévenu le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

"Moratoire" 

Donald Trump a indiqué qu'Israël avait frappé la partie iranienne du site offshore, "sous le coup de la colère".

Israël a "agi seul", a confirmé Benjamin Netanyahu. "Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons", a déclaré le Premier ministre.

Donald Trump a toutefois menacé de détruire "massivement l'intégralité du gisement" si Téhéran continuait ses attaques.

Réunis en sommet à Bruxelles, les dirigeants européens ont appelé jeudi à un "moratoire" sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques, exhortant également toutes les parties à une "retenue maximale".

Si d'autres infrastructures sont visées, le baril "dépassera probablement 120 dollars dans l'immédiat, avec un potentiel de hausse supplémentaire", estime Aditya Saraswat, analyste à Rystad Energy.

Pour ajouter au marché pétrolier des millions de barils, Washington pourrait lever certaines sanctions sur le pétrole iranien, mais uniquement celui qui est déjà stocké en mer sur des navires, selon le ministre des Finances Scott Bessent.

Dans la même optique, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont commencé à libérer des stocks de pétrole, comme annoncé mi-mars.

"Tensions" 

Au 20e jour de la guerre, l'Iran démontre conserver une importante capacité de frappe.

"Nous voyons apparaître des fissures et nous essayons de les creuser aussi vite que possible, non seulement au sein du haut commandement mais aussi sur le terrain", a toutefois assuré Benjamin Netanyahu, qui a dit en outre ne pas vraiment savoir "qui dirige l'Iran en ce moment".

"Ce que nous constatons, c'est qu'il y a beaucoup de tensions parmi ceux qui se disputent le pouvoir", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Peu après ses déclarations, plusieurs explosions ont été entendues au-dessus de Jérusalem à la suite du signalement d'une nouvelle salve de missiles iraniens, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

Dans le Golfe, le stratégique détroit d'Ormuz reste bloqué quasi totalement par Téhéran.

Un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux circule d'ordinaire par ce passage.

Après un appel américain qui était d'abord resté lettre morte, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon se sont dits "prêts à contribuer" aux efforts pour sécuriser la navigation dans le détroit, le moment venu.

Le président français Emmanuel Macron a évoqué en ce sens la possibilité d'un "cadre onusien" pour une future mission, après les hostilités.

Dans la capitale iranienne, rien ou presque ne suggérait jeudi un pays enlisé dans la guerre.

A la veille de Norouz, le Nouvel an persan habituellement célébré avec faste, le centre-ville était comme à l'accoutumée embouteillé, mais avec une présence des forces de sécurité plus importante que d'ordinaire.