Comment les guerres par procuration entre Washington et Téhéran maintiennent le Moyen-Orient sur le fil du rasoir

Les forces américaines sont de plus en plus menacées en Syrie, alors que la guerre de l'ombre entre Israël et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fait des ravages chez les guerriers par procuration (Photo, AFP).
Les forces américaines sont de plus en plus menacées en Syrie, alors que la guerre de l'ombre entre Israël et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fait des ravages chez les guerriers par procuration (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 23 février 2024

Comment les guerres par procuration entre Washington et Téhéran maintiennent le Moyen-Orient sur le fil du rasoir

  • Les experts considèrent que les milices soutenues par l'Iran ne sont rien d'autre que des «pions sacrifiables» dans un jeu d'échecs
  • Téhéran nie catégoriquement tout lien avec les milices principalement chiites

DUBAI: L'Iran et les États-Unis sont engagés dans une guerre par procuration de plus en plus intense, qui se déroule dans plusieurs États du Moyen-Orient. Bien qu'aucune des deux parties ne semble rechercher une confrontation directe, ce sont les pays arabes vulnérables, aux loyautés divisées, qui en paient le prix le plus élevé.

C'est ce que semblent penser les experts du Moyen-Orient, alors que des guerres de faible intensité font rage dans plusieurs parties de la région, en plus du conflit qui sévit à Gaza.

Depuis le 7 octobre de l'année dernière, les milices soutenues par l'Iran ont organisé plus de 170 attaques contre des bases militaires et des actifs américains en Syrie, en Irak et en Jordanie, en réponse au soutien des États-Unis à Israël dans la guerre entre Israël et le Hamas, ce qui a entraîné des représailles américaines.

Entre-temps, les alliés houthis de l'Iran au Yémen ont lancé des attaques répétées contre des navires commerciaux et militaires dans la mer Rouge et le golfe d'Aden, provoquant également des frappes de représailles de la part des États-Unis et du Royaume-Uni contre des cibles de ces milices.

Si les analystes estiment qu'il est peu probable que les États-Unis et l'Iran s'engagent dans une confrontation directe d'État à État, on s'attend à ce que des attaques soient menées par des mandataires iraniens tant que la campagne militaire d'Israël à Gaza se poursuivra.

Certains experts pensent que l'Iran est parfaitement conscient de la crainte de l'administration Biden d'une escalade régionale et qu'il a cherché à exploiter cette menace pour influencer le cours de la guerre à Gaza.

Ali Alfoneh, chercheur principal à l'Institut des États arabes du Golfe à Washington, estime que l'Iran tente «d'instrumentaliser cette peur en ordonnant directement, en encourageant indirectement ou en consentant à des attaques par procuration contre Israël, les États-Unis et le transport maritime international».

Cette photo publiée par le centre de media des Houthis montre les forces houthies soutenues par l'Iran en train de monter à bord du cargo Galaxy Leader, le 19 novembre 2023, dans la mer Rouge, au large des côtes yéménites (Photo via l’AP).

De cette manière, l'Iran «espère qu'une administration Biden terrifiée augmentera la pression sur Israël pour mettre fin à la guerre avant la destruction totale du Hamas», a-t-il précisé à Arab News.

Toutefois, cette guerre par procuration se déroule sur les territoires souverains de la Syrie, de l'Irak, de la Jordanie et du Yémen, autant de nations qui ne peuvent se permettre d'être entraînées dans un conflit régional. Certains commentateurs affirment que les vies arabes dans ces pays sont traitées comme des biens de consommation courante.

«Je pense que ces attaques sont le signe d'un marchandage sanglant entre l'Amérique et Israël d'une part, et l'Iran d'autre part», a déclaré à Arab News,  Ayad Abou Chakra, journaliste à Asharq al-Awsat.

Des soldats américains patrouillent dans la ville d'al-Qahtaniyah, dans la province de d’Al-Hasakeh, au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque (Photo, AFP).

«Je ne pense pas qu'il y ait une "guerre de survie" ou une "guerre d'élimination" entre les deux camps, le camp israélo-américain et le camp iranien. Ils négocient, comme dans un bazar, mais avec du sang. Les Iraniens combattent les Américains avec des corps arabes et vice-versa.

Ce marchandage, pour ainsi dire, peut toutefois devenir incontrôlable.

Le 28 janvier, les forces américaines stationnées à la Tour 22, une installation isolée en Jordanie, près des frontières syrienne et irakienne, ont été attaquées par des drones, faisant trois morts et 34 blessés parmi les soldats américains.

Le président américain, Joe Biden, a déclaré que l'attaque de drone avait été lancée depuis l'Irak par une milice soutenue par l'Iran. Il a promis de riposter au moment et de la manière que l'Amérique choisira.

Le 3 février, l'armée américaine a lancé un assaut aérien contre 85 cibles sur sept sites en Irak et en Syrie, dont des quartiers généraux de commandement et de contrôle et des sites de stockage d'armes utilisés par les milices soutenues par l'Iran et le Corps des gardiens de la révolution islamique.

Cela a été suivi le 7 février par une attaque de drone sur l’est de Bagdad qui a tué Abu Baqir al-Saadi, commandant des Kataeb Hezbollah, la milice irakienne que Washington avait jugée responsable de l’attaque contre les troupes américaines en Jordanie.

L'Iran nie évidemment tout lien avec les milices du Moyen-Orient. Par exemple, dans une lettre adressée le 29 janvier au Conseil de sécurité des Nations unies, Amir Saeid Iravani, ambassadeur de l'Iran auprès des Nations unies, a déclaré: «Il n'existe aucun groupe affilié à la République islamique ou aux forces armées iraniennes, que ce soit en Irak, en Syrie ou ailleurs, qui opère directement ou indirectement sous le contrôle de la République islamique d'Iran ou qui agit en son nom.

«Par conséquent, la République islamique d'Iran n'est pas responsable des actions d’aucun individu ou d'aucun groupe dans la région», a-t-il souligné.

L'Iran nie avoir des liens avec des milices au Moyen-Orient. Mais pour les combattants et les partisans du Hezbollah libanais, il est impossible de cacher ce qui est évident (Photo, AFP).

Certains législateurs républicains avaient exhorté l'administration Biden à autoriser une frappe directe contre l'Iran, même si cela risquait de déclencher une escalade plus large. D'autres ont accusé Biden de réagir trop lentement et de donner à l'ennemi un préavis trop long.

Soucieux de ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle guerre potentiellement illimitée au Moyen-Orient, en particulier au cours d'une année électorale, Joe Biden a semblé vouloir limiter la portée des représailles américaines.

«L'administration Biden a partiellement trompé la République islamique en réagissant durement à l'assassinat de trois militaires américains en Jordanie, mais elle a publiquement indiqué qu'elle ne prendrait pas le territoire iranien pour cible», a indiqué Alfoneh.

«Les représailles pour la perte de vies américaines étaient une réponse correcte, mais les États-Unis feraient peut-être mieux d’empêcher la République islamique de deviner les représailles américaines, qui pourraient inclure le territoire iranien à l’avenir», a-t-il signalé.

Le président américain, Joe Biden, a averti l'Iran qu'il devait contrôler ses milices supplétives sous peine de représailles américaines (Photo, AFP).

L'Iran est également conscient des répercussions potentielles de ses activités. Mais en opérant par l'intermédiaire de son réseau de mandataires dans toute la région, Téhéran estime qu'il peut nier toute implication dans des attaques contre Israël ou des cibles américaines tout en en récoltant les bénéfices.

«Après 1979, lorsque l'ayatollah Ruhollah Khomeini a déclaré l'exportation de la révolution islamique, les Iraniens ont formé le Corps des gardiens de la révolution islamique», a déclaré Abou Chakra.

«C'était presque un secret de polichinelle qu'ils préféraient mener leurs guerres de négociations avec les Américains et les Israéliens dans les villes arabes plutôt que de les mener dans les villes iraniennes», a-t-il éclairci.

«Les iraniens ont fini par prendre le contrôle de Beyrouth, Bagdad, Damas et Sanaa, et maintenant ils négocient avec les Américains et les Israéliens par le biais de massacres dont les Arabes paient le prix, et non les Iraniens», a-t-il ajouté.

Hossein Salami, chef du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran (Photo, AFP).

Néanmoins, selon les analystes, l'Iran a parfois trop tiré sur la corde, entraînant une réponse plus agressive des États-Unis, comme ce fut le cas lorsque l'administration de l'ancien président Donald Trump a ordonné l'assassinat du commandant de la Force Al-Qods, Qassem Soleimani, en janvier 2020, prétendument pour empêcher une attaque planifiée contre les forces américaines en Irak.

 «On leur rappelle les limites de négociation acceptées», a déclaré Abou Chakra. «L’assassinat de Qassem Soleimani, par exemple, a été un tel rappel et un grand succès. L’Amérique et l’Iran respectent toujours les "règles d'engagement".»

Les dernières représailles américaines semblent avoir eu un impact. Le 12 février, le Pentagone a annoncé qu'il y avait eu 186 victimes américaines en Irak, en Syrie et en Jordanie depuis le 18 octobre. Un jour plus tard, le 13 février, il a déclaré qu'il n'y avait pas eu d'autres attaques contre les forces américaines.

L'assassinat du général de division Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods iranienne, par les forces américaines au début de l'année 2020 a fait comprendre aux autorités iraniennes qu'il n'était pas payant de jouer les gros bras (Photo, Tasnim News via l’AFP).

Washington n'est probablement pas pressé d'attaquer l'Iran directement, car la survie de la République islamique a d'autres utilités. «Il est important de noter que l'Iran est un acteur important que l'Occident peut "utiliser" dans n'importe quel rôle», a expliqué Abou Chakra.

«Que Washington l’admette ou non, l’Iran est un rempart très important contre la montée de l’islam militant sunnite. L’Iran est aussi un contrepoids potentiel contre un Pakistan nucléaire. L’Iran est un rempart important contre l’expansion chinoise dans le Golfe.

«Personne n'a d'intérêt stratégique à détruire l'Iran. Ni l'Amérique, ni la Russie, ni l'Inde ne peuvent ignorer le rôle ou l'influence de l'Iran», a-t-il insisté. Les détracteurs de l'administration Biden estiment que son hésitation à s'engager dans une confrontation directe avec l'Iran a été démontrée par sa réaction à l'attaque menée par le Hamas contre le sud d'Israël le 7 octobre, et notamment par les efforts déployés, par le biais de fuites dans les médias, pour minimiser l'existence d'un lien avec l'Iran et éviter une escalade dans la région.

EN CHIFFRES

- 269 personnes tuées au Liban depuis le début des violences en octobre 2023.

- 40 civils figureraient parmi les morts au Liban.

- 16 ressortissants israéliens ont été tués dans le nord, dont 6 civils.

Lorsqu'Israël a commencé sa campagne de représailles à Gaza, les États-Unis ont déclaré qu'il n'y avait aucune preuve que l'Iran était à l'origine de l'attaque du 7 octobre, a indiqué Abou Chakra. Puis, en l'espace d'une semaine ou deux, les États-Unis ont affirmé qu'ils ne voulaient pas que le conflit s'étende.

«Washington voulait que le conflit soit limité», a-t-il précisé. «Les Américains ne voulaient aucune implication avec les milices iraniennes au Liban et en Irak. Je pense que si les Iraniens ne dépassent pas leurs cartes et ne deviennent pas trop arrogants, les combats actuels resteront limités aux appendices arabes de l’Iran.

«Je pense que ni les États-Unis, ni Israël, ni le régime irakien pro-Téhéran, ni l'Iran lui-même n'ont vraiment intérêt à une confrontation directe, qui serait apocalyptique si elle devait se produire», a estimé Abou Chakra.

L'Iran n'a pas grand-chose à gagner d'un conflit direct avec les États-Unis et confie donc ses activités à des mandataires pour faire pencher les affaires régionales en sa faveur... (Photo, AFP)

De même, Alfoneh pense que l'Iran a peu à gagner d'un conflit direct avec les États-Unis. En revanche, il peut confier ses activités à des mandataires pour faire pencher les affaires régionales en sa faveur.

«La République islamique a atteint tous ses objectifs le 7 octobre», a déclaré Alfoneh. «L'incursion terroriste du Hamas en Israël a brisé le mythe de l'invulnérabilité d'Israël.»

«L'Iran s'est vengé d'Israël qui, pendant des années, a bombardé des positions iraniennes et alliées en Syrie, et a même mené des opérations sur le sol iranien, et l'attaque du 7 octobre a saboté la normalisation diplomatique entre l'Arabie saoudite et Israël.»

Le sort du Hamas et des civils palestiniens n'intéresse pas l'Iran, qui les considère comme des pions sacrifiables, affirme Ali Alfoneh, chercheur principal à l'Institut des États arabes du Golfe, à Washington (Photo, AFP).

Les intérêts des Palestiniens, et en fait les populations de l’ensemble de la région arabe prises entre deux feux, sont donc secondaires par rapport à ces objectifs géopolitiques.

«Le sort du Hamas et des civils palestiniens n'intéresse pas la République islamique, qui les considère comme des pions sacrifiables dans un jeu d'échecs plus vaste dans la région», a signalé Alfoneh.

«Par conséquent, la République islamique ne s’intéresse pas à la propagation de la guerre à Gaza, qui pourrait directement entraîner l’Iran dans une guerre avec Israël et, peut-être, avec les États-Unis», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Guterres effectue une visite en Syrie, la première d'un chef de l'ONU depuis 2009

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prononce le discours d’ouverture du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, à Genève. (AFP)
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prononce le discours d’ouverture du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, à Genève. (AFP)
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  • Antonio Guterres est arrivé en Syrie pour réaffirmer le soutien de l’ONU à la transition politique et rencontrer les autorités syriennes ainsi que des représentants de la société civile
  • Cette visite intervient à un moment clé, alors que la Syrie doit relever les défis de la reconstruction, de la gouvernance inclusive et des tensions sécuritaires persistantes

DAMAS: Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, est arrivé samedi en Syrie, selon l'agence de presse officielle Sana, pour témoigner de son soutien à la transition politique du pays, dévasté par plus de treize ans de guerre.

Cette visite est la première d'un secrétaire général de l'ONU en Syrie depuis celle de Ban Ki-moon en 2009. Elle intervient plus d'un an et demi après la chute fin 2024 du président Bachar al-Assad, renversé par une coalition de rebelles islamistes.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a accueilli à l'aéroport international de Damas M. Guterres qui est accompagné d'une délégation, a rapporté Sana.

"L'opportunité qui se présente aujourd'hui ne se limite pas à se relever du conflit, mais inclut aussi les bases d'un avenir pour la Syrie marqué par plus de stabilité, d'inclusivité et de prospérité pour tous les Syriens", a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Stéphane Dujarric.

Le diplomate réaffirmera que "le rôle des Nations unies est d'accompagner et de soutenir le peuple syrien dans ce cheminement", a-t-il ajouté.

Lors de sa visite prévue jusqu'à lundi, Antonio Guterres doit notamment rencontrer le président Ahmad al-Chareh ainsi que des représentants de la société civile, des organisations représentant les femmes et les diverses communautés du pays.

- "Période clé" -

Depuis son arrivée au pouvoir, Ahmad al-Chareh a rompu avec son passé jihadiste et, en septembre, il a été le premier président syrien depuis Noureddine al-Atassi en 1967 à prononcer un discours devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

La communauté internationale n'a cessé d'inciter les nouvelles autorités islamistes à bâtir des institutions solides et efficaces, et instaurer une gouvernance inclusive et plurielle.

Le pays a été le théâtre en mars 2025 de massacres d'alaouites, minorité dont est issu M. Assad, et d'affrontements sanglants avec des combattants druzes la même année.

L'envoyé spécial adjoint de l'ONU pour la Syrie, Claudio Cordone, avait indiqué mardi que M. Guterres allait "réaffirmer l'engagement des Nations unies à soutenir le gouvernement syrien et le peuple syrien dans cette période clé pour l'histoire de la Syrie".

Le chef de l'ONU doit également aller à la rencontre de la force de maintien de la paix de l'ONU déployée dans une zone tampon sur le plateau du Golan depuis 1974.

Après le renversement de Bachar al-Assad, Israël a envoyé des troupes dans cette zone.

Depuis lors, Israël a mené des incursions répétées sur le territoire syrien, ainsi que des bombardements, et a déclaré vouloir instaurer une zone démilitarisée dans le sud de ce pays.

Les infrastructures de la Syrie ont été très gravement endommagées par la guerre civile, entre 2011 et 2024, et le coût de la reconstruction a été évalué à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale.

Plusieurs hauts responsables de l'ONU se sont rendus en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad, notamment le haut-commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk.

Une délégation d'ambassadeurs du Conseil de sécurité de l'ONU avait également effectué une visite en décembre dernier.


La coalition dirigée par l’Arabie saoudite frappe des sites houthis au Yémen alors que le conflit s’intensifie

Un navire est aperçu au large du port d’Aden, où le trafic est resté soutenu après que les Houthis, soutenus par l’Iran, ont affirmé avoir mené des attaques de missiles et de drones contre des pétroliers saoudiens, à Aden, au Yémen, le 23 juillet 2026. (Reuters)
Un navire est aperçu au large du port d’Aden, où le trafic est resté soutenu après que les Houthis, soutenus par l’Iran, ont affirmé avoir mené des attaques de missiles et de drones contre des pétroliers saoudiens, à Aden, au Yémen, le 23 juillet 2026. (Reuters)
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  • Des frappes aériennes visent des sites de la « milice terroriste houthie » à Hodeïda, selon le porte-parole de la coalition
  • L’envoyé saoudien accuse les Houthis de « transformer le Yémen en monnaie d’échange entre les mains de parties extérieures »

RIYAD / SANAA : Les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen ont mené vendredi des frappes aériennes contre des sites militaires houthis dans la ville portuaire de Hodeïda, sur la côte ouest, en réponse aux attaques visant des navires liés à l’Arabie saoudite en mer Rouge, a annoncé la coalition.

« Nous avons mené une opération de riposte militaire proportionnée contre des cibles militaires légitimes appartenant à la milice terroriste houthie dans le gouvernorat de Hodeïda », a déclaré sur X le porte-parole de la coalition, le général de division Turki Al-Malki, précisant que l’opération était terminée.

Ces frappes interviennent après que les Houthis, soutenus par l’Iran, ont menacé de viser les navires saoudiens ne respectant pas leur blocus maritime et revendiqué cette semaine des attaques contre deux navires saoudiens. L’Arabie saoudite a confirmé l’une de ces attaques.

Une source sécuritaire yéménite a indiqué à l’AFP qu’une base navale à Hodeïda ainsi qu’un camp militaire sur l’île de Kamaran figuraient parmi les cibles.

Le ministère des Affaires étrangères contrôlé par les Houthis a déclaré vendredi que ces frappes marquaient le début d’une phase « d’escalade pour escalade ».

Des habitants ont rapporté avoir entendu des explosions, notamment à proximité du port.

La chaîne Al-Masirah, contrôlée par les Houthis, a indiqué que deux personnes avaient été blessées : un employé à Hodeïda et une femme sur l’île de Kamaran.

Dans un communiqué publié samedi, Turki Al-Malki a affirmé que le port de Hodeïda n’avait pas été visé et que tous les ports yéménites, notamment Hodeïda, Ras Issa et Salif, demeuraient ouverts à la navigation maritime et continuaient d’accueillir des navires commerciaux.

Il a également indiqué qu’aucun aéroport n’avait été ciblé afin de maintenir le trafic aérien, tout en accusant les Houthis d’empêcher les opérations de vol à l’aéroport international de Sanaa.

La coalition saoudienne a déclaré qu’elle continuerait à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger ses navires et les intérêts de l’Arabie saoudite, et qu’elle répondrait « sans compromis » si les Houthis poursuivaient ce qu’elle qualifie d’actions hostiles.

Cette escalade constitue le premier échange de tirs signalé entre la coalition et les Houthis depuis plusieurs années, mettant en péril une trêve fragile largement respectée depuis 2022, bien qu’elle ait officiellement expiré.

Vendredi, les médias d’État saoudiens ont cité un responsable de l’autorité des transports indiquant que le navire saoudien NCC MASA avait été pris pour cible alors qu’il naviguait en mer Rouge, subissant de légers dégâts à sa coque. Le navire a ensuite repris sa route, selon l’agence SPA.

Cette nouvelle flambée de tensions intervient alors que les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont renforcé l’importance de la route de la mer Rouge pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole.

En avril et en mai, la totalité des exportations maritimes de brut saoudien est partie du port de Yanbu, sur la mer Rouge, selon les données de Kpler. Ce port a représenté 92 % des exportations maritimes de pétrole brut en juin et 78 % depuis le début du mois de juillet.

Les Houthis combattent le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale depuis 2014 dans un conflit qui a fait des centaines de milliers de morts.

L’ambassadeur saoudien au Yémen, Mohamed AlJabir, a affirmé que le Royaume continuait de rechercher et de soutenir tous les efforts visant à obtenir une désescalade et « une solution politique globale qui mettrait fin aux souffrances du peuple yéménite ».

Mais, selon lui, la milice houthie persiste dans une logique d’escalade et de violence « au service d’agendas étrangers », dans une allusion apparente à l’Iran.

« Cette milice a transformé le Yémen en monnaie d’échange entre les mains de parties extérieures, qui l’utilisent à leur guise pour servir leurs intérêts au détriment de la sécurité et de la stabilité du Yémen », a écrit AlJabir dans une série de messages publiés sur X.

Il a également souligné que, tandis que l’Arabie saoudite soutient l’arrivée de navires dans les ports de Hodeïda afin de répondre aux besoins du peuple yéménite, « la milice houthie poursuit ses attaques lâches contre des navires commerciaux civils en mer Rouge, menaçant la liberté de la navigation internationale et la sécurité de la région ».

Le président du Conseil présidentiel yéménite, Rashad Al-Alimi, a déclaré samedi que les Houthis « jouent avec les intérêts du peuple yéménite » au profit de l’Iran. Il a estimé que la poursuite de cette escalade constituait « une perte de temps » et un gaspillage des ressources du pays.

« La milice terroriste houthie sacrifie les intérêts du peuple yéménite pour servir les objectifs de l’Iran », a-t-il déclaré dans un communiqué.

• Avec AP, Reuters et AFP 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée israélienne dit se préparer à mener une «vaste opération» en Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
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  • L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad
  • Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle se préparait à mener une "vaste opération antiterroriste" en Cisjordanie occupée à la suite de violences qui ont coûté la vie à un Israélien et quatre Palestiniens.

"A la suite de l'attaque terroriste perpétrée plus tôt dans la journée dans la région de Tel, les soldats des FDI (armée israélienne, NDLR) se préparent à mener une vaste opération antiterroriste dans ce secteur", a indiqué l'armée. Elle a ajouté avoir reporté les permissions des soldats sur l'ensemble du territoire et déployé ses forces dans la région.

Netanyahu promet d'agir "avec fermeté" 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués.

L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad.

Selon elle, les assaillants se sont emparés de l'arme d'un membre des forces de sécurité arrivées sur place, avant d'ouvrir le feu sur les randonneurs.

Les secours israéliens du Magen David Adom ont indiqué qu'un homme d'une trentaine d'années avait été déclaré mort près de la colonie.

Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source.

L'armée a ensuite annoncé avoir tué l'auteur de l'attaque et récupéré l'arme dérobée. Elle a précisé que des opérations étaient toujours en cours pour retrouver d'éventuels autres assaillants.

Un journaliste de l'AFP a constaté que tous les barrages et points de contrôle avaient été fermés dans le nord de la Cisjordanie et que d'importants renforts militaires avaient été déployés dans le secteur.

Le ministère palestinien de la Santé a indiqué de son côté que quatre Palestiniens avaient été tués dans le village de Tel, voisin de la colonie, et que quatre autres avaient été blessés, dont trois grièvement.

Le chef du conseil du village de Tel, Walid Zidan, a rejeté la version israélienne, affirmant à l'AFP qu'une vingtaine de colons étaient entrés dans le village palestinien avant que des affrontements n'éclatent.

Selon lui, des soldats israéliens se sont ensuite joints aux colons pour tirer sur des Palestiniens.

L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.

Agir "d'une main de fer"

Après la mort de l'Israélien, M. Netanyahu a dit que son gouvernement agirait "avec fermeté contre les terroristes et leurs commanditaires", selon un communiqué de son bureau.

Il a précisé qu'il allait tenir une réunion avec les responsables sécuritaires pour "discuter des modalités de la riposte à l'attentat meurtrier".

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé l'armée à agir "d'une main de fer" contre "le village des meurtriers et ses environs", sans fournir davantage de précisions.

Les violences en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, se sont fortement intensifiées depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres officiels israéliens, au moins 47 Israéliens, civils et militaires confondus, y ont été tués depuis octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.

Selon un décompte de l'AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien, le bilan côté palestinien est d'au moins 1.094 Palestiniens, combattants ou civils tués par des soldats ou des colons israéliens.

Hors Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.

Toutes les colonies israéliennes sont considérées comme illégales au regard du droit international.