Comment les guerres par procuration entre Washington et Téhéran maintiennent le Moyen-Orient sur le fil du rasoir

Les forces américaines sont de plus en plus menacées en Syrie, alors que la guerre de l'ombre entre Israël et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fait des ravages chez les guerriers par procuration (Photo, AFP).
Les forces américaines sont de plus en plus menacées en Syrie, alors que la guerre de l'ombre entre Israël et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fait des ravages chez les guerriers par procuration (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 23 février 2024

Comment les guerres par procuration entre Washington et Téhéran maintiennent le Moyen-Orient sur le fil du rasoir

  • Les experts considèrent que les milices soutenues par l'Iran ne sont rien d'autre que des «pions sacrifiables» dans un jeu d'échecs
  • Téhéran nie catégoriquement tout lien avec les milices principalement chiites

DUBAI: L'Iran et les États-Unis sont engagés dans une guerre par procuration de plus en plus intense, qui se déroule dans plusieurs États du Moyen-Orient. Bien qu'aucune des deux parties ne semble rechercher une confrontation directe, ce sont les pays arabes vulnérables, aux loyautés divisées, qui en paient le prix le plus élevé.

C'est ce que semblent penser les experts du Moyen-Orient, alors que des guerres de faible intensité font rage dans plusieurs parties de la région, en plus du conflit qui sévit à Gaza.

Depuis le 7 octobre de l'année dernière, les milices soutenues par l'Iran ont organisé plus de 170 attaques contre des bases militaires et des actifs américains en Syrie, en Irak et en Jordanie, en réponse au soutien des États-Unis à Israël dans la guerre entre Israël et le Hamas, ce qui a entraîné des représailles américaines.

Entre-temps, les alliés houthis de l'Iran au Yémen ont lancé des attaques répétées contre des navires commerciaux et militaires dans la mer Rouge et le golfe d'Aden, provoquant également des frappes de représailles de la part des États-Unis et du Royaume-Uni contre des cibles de ces milices.

Si les analystes estiment qu'il est peu probable que les États-Unis et l'Iran s'engagent dans une confrontation directe d'État à État, on s'attend à ce que des attaques soient menées par des mandataires iraniens tant que la campagne militaire d'Israël à Gaza se poursuivra.

Certains experts pensent que l'Iran est parfaitement conscient de la crainte de l'administration Biden d'une escalade régionale et qu'il a cherché à exploiter cette menace pour influencer le cours de la guerre à Gaza.

Ali Alfoneh, chercheur principal à l'Institut des États arabes du Golfe à Washington, estime que l'Iran tente «d'instrumentaliser cette peur en ordonnant directement, en encourageant indirectement ou en consentant à des attaques par procuration contre Israël, les États-Unis et le transport maritime international».

Cette photo publiée par le centre de media des Houthis montre les forces houthies soutenues par l'Iran en train de monter à bord du cargo Galaxy Leader, le 19 novembre 2023, dans la mer Rouge, au large des côtes yéménites (Photo via l’AP).

De cette manière, l'Iran «espère qu'une administration Biden terrifiée augmentera la pression sur Israël pour mettre fin à la guerre avant la destruction totale du Hamas», a-t-il précisé à Arab News.

Toutefois, cette guerre par procuration se déroule sur les territoires souverains de la Syrie, de l'Irak, de la Jordanie et du Yémen, autant de nations qui ne peuvent se permettre d'être entraînées dans un conflit régional. Certains commentateurs affirment que les vies arabes dans ces pays sont traitées comme des biens de consommation courante.

«Je pense que ces attaques sont le signe d'un marchandage sanglant entre l'Amérique et Israël d'une part, et l'Iran d'autre part», a déclaré à Arab News,  Ayad Abou Chakra, journaliste à Asharq al-Awsat.

Des soldats américains patrouillent dans la ville d'al-Qahtaniyah, dans la province de d’Al-Hasakeh, au nord-est de la Syrie, près de la frontière turque (Photo, AFP).

«Je ne pense pas qu'il y ait une "guerre de survie" ou une "guerre d'élimination" entre les deux camps, le camp israélo-américain et le camp iranien. Ils négocient, comme dans un bazar, mais avec du sang. Les Iraniens combattent les Américains avec des corps arabes et vice-versa.

Ce marchandage, pour ainsi dire, peut toutefois devenir incontrôlable.

Le 28 janvier, les forces américaines stationnées à la Tour 22, une installation isolée en Jordanie, près des frontières syrienne et irakienne, ont été attaquées par des drones, faisant trois morts et 34 blessés parmi les soldats américains.

Le président américain, Joe Biden, a déclaré que l'attaque de drone avait été lancée depuis l'Irak par une milice soutenue par l'Iran. Il a promis de riposter au moment et de la manière que l'Amérique choisira.

Le 3 février, l'armée américaine a lancé un assaut aérien contre 85 cibles sur sept sites en Irak et en Syrie, dont des quartiers généraux de commandement et de contrôle et des sites de stockage d'armes utilisés par les milices soutenues par l'Iran et le Corps des gardiens de la révolution islamique.

Cela a été suivi le 7 février par une attaque de drone sur l’est de Bagdad qui a tué Abu Baqir al-Saadi, commandant des Kataeb Hezbollah, la milice irakienne que Washington avait jugée responsable de l’attaque contre les troupes américaines en Jordanie.

L'Iran nie évidemment tout lien avec les milices du Moyen-Orient. Par exemple, dans une lettre adressée le 29 janvier au Conseil de sécurité des Nations unies, Amir Saeid Iravani, ambassadeur de l'Iran auprès des Nations unies, a déclaré: «Il n'existe aucun groupe affilié à la République islamique ou aux forces armées iraniennes, que ce soit en Irak, en Syrie ou ailleurs, qui opère directement ou indirectement sous le contrôle de la République islamique d'Iran ou qui agit en son nom.

«Par conséquent, la République islamique d'Iran n'est pas responsable des actions d’aucun individu ou d'aucun groupe dans la région», a-t-il souligné.

L'Iran nie avoir des liens avec des milices au Moyen-Orient. Mais pour les combattants et les partisans du Hezbollah libanais, il est impossible de cacher ce qui est évident (Photo, AFP).

Certains législateurs républicains avaient exhorté l'administration Biden à autoriser une frappe directe contre l'Iran, même si cela risquait de déclencher une escalade plus large. D'autres ont accusé Biden de réagir trop lentement et de donner à l'ennemi un préavis trop long.

Soucieux de ne pas se laisser entraîner dans une nouvelle guerre potentiellement illimitée au Moyen-Orient, en particulier au cours d'une année électorale, Joe Biden a semblé vouloir limiter la portée des représailles américaines.

«L'administration Biden a partiellement trompé la République islamique en réagissant durement à l'assassinat de trois militaires américains en Jordanie, mais elle a publiquement indiqué qu'elle ne prendrait pas le territoire iranien pour cible», a indiqué Alfoneh.

«Les représailles pour la perte de vies américaines étaient une réponse correcte, mais les États-Unis feraient peut-être mieux d’empêcher la République islamique de deviner les représailles américaines, qui pourraient inclure le territoire iranien à l’avenir», a-t-il signalé.

Le président américain, Joe Biden, a averti l'Iran qu'il devait contrôler ses milices supplétives sous peine de représailles américaines (Photo, AFP).

L'Iran est également conscient des répercussions potentielles de ses activités. Mais en opérant par l'intermédiaire de son réseau de mandataires dans toute la région, Téhéran estime qu'il peut nier toute implication dans des attaques contre Israël ou des cibles américaines tout en en récoltant les bénéfices.

«Après 1979, lorsque l'ayatollah Ruhollah Khomeini a déclaré l'exportation de la révolution islamique, les Iraniens ont formé le Corps des gardiens de la révolution islamique», a déclaré Abou Chakra.

«C'était presque un secret de polichinelle qu'ils préféraient mener leurs guerres de négociations avec les Américains et les Israéliens dans les villes arabes plutôt que de les mener dans les villes iraniennes», a-t-il éclairci.

«Les iraniens ont fini par prendre le contrôle de Beyrouth, Bagdad, Damas et Sanaa, et maintenant ils négocient avec les Américains et les Israéliens par le biais de massacres dont les Arabes paient le prix, et non les Iraniens», a-t-il ajouté.

Hossein Salami, chef du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran (Photo, AFP).

Néanmoins, selon les analystes, l'Iran a parfois trop tiré sur la corde, entraînant une réponse plus agressive des États-Unis, comme ce fut le cas lorsque l'administration de l'ancien président Donald Trump a ordonné l'assassinat du commandant de la Force Al-Qods, Qassem Soleimani, en janvier 2020, prétendument pour empêcher une attaque planifiée contre les forces américaines en Irak.

 «On leur rappelle les limites de négociation acceptées», a déclaré Abou Chakra. «L’assassinat de Qassem Soleimani, par exemple, a été un tel rappel et un grand succès. L’Amérique et l’Iran respectent toujours les "règles d'engagement".»

Les dernières représailles américaines semblent avoir eu un impact. Le 12 février, le Pentagone a annoncé qu'il y avait eu 186 victimes américaines en Irak, en Syrie et en Jordanie depuis le 18 octobre. Un jour plus tard, le 13 février, il a déclaré qu'il n'y avait pas eu d'autres attaques contre les forces américaines.

L'assassinat du général de division Qassem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods iranienne, par les forces américaines au début de l'année 2020 a fait comprendre aux autorités iraniennes qu'il n'était pas payant de jouer les gros bras (Photo, Tasnim News via l’AFP).

Washington n'est probablement pas pressé d'attaquer l'Iran directement, car la survie de la République islamique a d'autres utilités. «Il est important de noter que l'Iran est un acteur important que l'Occident peut "utiliser" dans n'importe quel rôle», a expliqué Abou Chakra.

«Que Washington l’admette ou non, l’Iran est un rempart très important contre la montée de l’islam militant sunnite. L’Iran est aussi un contrepoids potentiel contre un Pakistan nucléaire. L’Iran est un rempart important contre l’expansion chinoise dans le Golfe.

«Personne n'a d'intérêt stratégique à détruire l'Iran. Ni l'Amérique, ni la Russie, ni l'Inde ne peuvent ignorer le rôle ou l'influence de l'Iran», a-t-il insisté. Les détracteurs de l'administration Biden estiment que son hésitation à s'engager dans une confrontation directe avec l'Iran a été démontrée par sa réaction à l'attaque menée par le Hamas contre le sud d'Israël le 7 octobre, et notamment par les efforts déployés, par le biais de fuites dans les médias, pour minimiser l'existence d'un lien avec l'Iran et éviter une escalade dans la région.

EN CHIFFRES

- 269 personnes tuées au Liban depuis le début des violences en octobre 2023.

- 40 civils figureraient parmi les morts au Liban.

- 16 ressortissants israéliens ont été tués dans le nord, dont 6 civils.

Lorsqu'Israël a commencé sa campagne de représailles à Gaza, les États-Unis ont déclaré qu'il n'y avait aucune preuve que l'Iran était à l'origine de l'attaque du 7 octobre, a indiqué Abou Chakra. Puis, en l'espace d'une semaine ou deux, les États-Unis ont affirmé qu'ils ne voulaient pas que le conflit s'étende.

«Washington voulait que le conflit soit limité», a-t-il précisé. «Les Américains ne voulaient aucune implication avec les milices iraniennes au Liban et en Irak. Je pense que si les Iraniens ne dépassent pas leurs cartes et ne deviennent pas trop arrogants, les combats actuels resteront limités aux appendices arabes de l’Iran.

«Je pense que ni les États-Unis, ni Israël, ni le régime irakien pro-Téhéran, ni l'Iran lui-même n'ont vraiment intérêt à une confrontation directe, qui serait apocalyptique si elle devait se produire», a estimé Abou Chakra.

L'Iran n'a pas grand-chose à gagner d'un conflit direct avec les États-Unis et confie donc ses activités à des mandataires pour faire pencher les affaires régionales en sa faveur... (Photo, AFP)

De même, Alfoneh pense que l'Iran a peu à gagner d'un conflit direct avec les États-Unis. En revanche, il peut confier ses activités à des mandataires pour faire pencher les affaires régionales en sa faveur.

«La République islamique a atteint tous ses objectifs le 7 octobre», a déclaré Alfoneh. «L'incursion terroriste du Hamas en Israël a brisé le mythe de l'invulnérabilité d'Israël.»

«L'Iran s'est vengé d'Israël qui, pendant des années, a bombardé des positions iraniennes et alliées en Syrie, et a même mené des opérations sur le sol iranien, et l'attaque du 7 octobre a saboté la normalisation diplomatique entre l'Arabie saoudite et Israël.»

Le sort du Hamas et des civils palestiniens n'intéresse pas l'Iran, qui les considère comme des pions sacrifiables, affirme Ali Alfoneh, chercheur principal à l'Institut des États arabes du Golfe, à Washington (Photo, AFP).

Les intérêts des Palestiniens, et en fait les populations de l’ensemble de la région arabe prises entre deux feux, sont donc secondaires par rapport à ces objectifs géopolitiques.

«Le sort du Hamas et des civils palestiniens n'intéresse pas la République islamique, qui les considère comme des pions sacrifiables dans un jeu d'échecs plus vaste dans la région», a signalé Alfoneh.

«Par conséquent, la République islamique ne s’intéresse pas à la propagation de la guerre à Gaza, qui pourrait directement entraîner l’Iran dans une guerre avec Israël et, peut-être, avec les États-Unis», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Qatar: une explosion dans un complexe gazier fait 54 blessés, 18 disparus

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
  • Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales
  • Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation

DOHA: Une puissante explosion dans un immense complexe gazier au Qatar a embrasé le ciel et fait 54 blessés, ont indiqué lundi les autorités, tandis que 18 personnes sont toujours portées disparues.

"Un incident technique" est à l'origine de la déflagration survenue dimanche soir dans la zone industrielle de Ras Laffan, qui abrite le plus grand centre mondial de production de gaz naturel liquéfié (GNL), a indiqué le ministère de l'Intérieur.

L'explosion s'est produite dans une installation alimentant les entreprises locales, et a été entendue jusqu'à Doha, la capitale.

Un journaliste de l'AFP, qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres du site, a vu des flammes illuminer le ciel nocturne et un panache de fumée s'élever au-dessus de la zone.

La compagnie publique QatarEnergy a indiqué que l'incident s'était produit "lors du redémarrage des opérations dans la cité industrielle de Ras Laffan,  provoquant une explosion et un incendie dans l'installation d'approvisionnement local en gaz de Barzan".

Tard dimanche, elle a affirmé que l'incendie avait été maîtrisé après l'intervention des équipes de secours et d'urgence.

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz.

Le ministère de l'Intérieur a d'abord fait état d'une "explosion interne" avant de préciser, dans un second communiqué, qu'un "dysfonctionnement technique" était en cause.

La détonation a été entendue par des journalistes de l'AFP à Doha, à une soixantaine de kilomètres de la côte nord où se situe le complexe.

"Un total de 54 personnes ont été blessées dans l'incident", a écrit le ministère sur X, précisant que les recherches étaient en cours pour retrouver "18 disparus".

Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales.

Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation.

Le projet est détenu à 93% par QatarEnergy et à 7% par la compagnie américaine ExxonMobil, selon le site de l'entreprise américaine.

Le Qatar, qui partage le champ gazier de South Pars/North Dome avec l'Iran, est l'un des plus grands producteurs de GNL au monde, avec les Etats-Unis, l'Australie et la Russie.

Mais le petit Etat du Golfe a interrompu sa production le 2 mars après des frappes de drones iraniens sur des installations énergétiques clés.

De nouvelles attaques le 18 mars ont réduit de 17% les capacités d'exportation du pays, des dégâts dont la réparation devrait nécessiter trois à cinq ans, avait alors affirmé le ministre de l'Energie, Saad al-Kaabi.

Des pays importateurs comme la Chine, la Corée du Sud, l'Italie et la Belgique figuraient parmi les plus susceptibles d’être affectés, a-t-il déclaré en mars.

 

 


Le président syrien dément vouloir intervenir au Liban

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
  • "Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad
  • Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie"

DAMAS: Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer.

"Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad.

Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie".

Peu auparavant, au sommet du G7 en France, le président américain avait dit: "si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, il (M. al-Chareh, ndlr) le fera".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars en tirant des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat, quelques jours plus tôt, du guide suprême iranien Ali Khamenei, son soutien, au cours de frappes américano-israéliennes.

Israël a riposté par des bombardements aériens et une offensive terrestre.

L'accord irano-américain signé cette semaine visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient inclut le Liban, où les combats se sont arrêtés samedi soir.

Dans son interview dimanche, le chef de l'Etat syrien a assuré que son pays avait "proposé aux Etats-Unis que la guerre cesse", ajoutant : "il faut trouver diverses solutions, notamment économiques, politiques et sociales, y compris le rétablissement des relations et de l'axe économique vital entre la Syrie et le Liban".

"Parallèlement, il est nécessaire de mettre en place des mesures de sécurité qui répondent en priorité aux préoccupations syriennes et libanaises mais aussi à celles d'Israël", a-t-il poursuivi.

Le Hezbollah a combattu pendant la guerre civile en Syrie aux côtés de l'ex-président Bachar el-Assad.

De ce fait, Ahmad al-Chareh, qui a renversé ce dernier en 2024, est profondément hostile à ce mouvement.

La Syrie a dominé le Liban pendant des décennies à la suite de l'intervention de son armée au moment de la guerre civile de 1975-1990, ne se retirant qu'en 2005, ce qui rend toute nouvelle implication militaire extrêmement délicate.

"La Syrie dispose de nombreux moyens pour avoir un impact positif au Liban mais cela dépend avant tout de l'accord du Liban", a encore dit le chef de l'Etat.

"La Syrie est très préoccupée par la situation intérieure du Liban car la sécurité et la stabilité du Liban sont indissociables de celles de la Syrie", a martelé Ahmad al-Chareh.

Interrogé sur la possibilité de dialoguer avec le Hezbollah, il a répondu : "si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas?".


Liban: le chef du Hezbollah dit refuser toute zone de sécurité israélienne dans le sud

  • "Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem
  • "Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé dimanche toute zone de sécurité israélienne dans le sud du Liban, après qu'Israël a dit vouloir y maintenir son armée.

Le maintien de forces israéliennes sur le sol libanais est "impossible" et "il n'y a pas de zones de sécurité pour Israël", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans une adresse télévisée.

"Nous avons une armée libanaise seule à même de se déployer et responsable de la sauvegarde de la souveraineté" du Liban, "et c'est avec elle que nous coopérons", a-t-il ajouté.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars par le Hezbollah, en soutien à Téhéran visé par une offensive israélo-américaine.

Depuis, l'armée israélienne mène une offensive terrestre dans le sud du pays et opère dans ce qui est présenté comme une zone de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de la frontière, devant protéger les habitants du nord d'Israël.

Un cessez-le-feu avait été annoncé vendredi, après un précédent qui n'avait pas été respecté.

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sur fond de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis en Suisse pour mettre fin au conflit dans la région.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a en outre affirmé que les troupes israéliennes pouvaient agir "sans aucune restriction" pour "éliminer les menaces" au Liban.

"Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban", a-t-il répété.

"Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem.

"Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré.

Le chef du Hezbollah a tenu ces propos après l'ouverture en Suisse dimanche des pourparlers censés finaliser un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran.

L'Iran, qui a dit qu'aucun accord avec les Etats-Unis ne serait possible sans cessation des hostilités au Liban, avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles aux attaques israéliennes sur ce pays.

Le Liban connaît depuis samedi soir une accalmie, l'armée israélienne ayant reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.

"J'invite le pouvoir libanais à tirer profit du protocole d'entente", a affirmé Naïm Qassem.

L'Iran "a fermé le détroit d'Ormuz pour le Liban. C'est une arme entre vos mains (...). Utilisez-la", a-t-il ajouté.

Sous la pression des Etats-Unis, le Liban a entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, que le Hezbollah rejette. Un cinquième cycle de négociations doit débuter la semaine prochaine.