Peur, épuisement et pénurie de munitions dans l'Est ukrainien après deux ans de guerre

Peur, épuisement et pénurie de munitions dans l'Est ukrainien après deux ans de guerre
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Publié le Vendredi 23 février 2024

Peur, épuisement et pénurie de munitions dans l'Est ukrainien après deux ans de guerre

  • Les défenses ukrainiennes tremblent, affaiblies par le manque d'hommes et de munitions
  • Depuis des mois, les mauvaises nouvelles s'accumulent: l'échec de la contre-offensive estivale de Kiev, le tarissement de l'aide occidentale, les pénuries d'armements…

KOSTIANTYNIVKA: Lioudmyla Polokova erre parmi les décombres de son école, frappée en janvier par deux missiles russes. L'enseignante sait qu'il est loin le jour où, peut-être, y résonneront de nouveau des rires d'enfants.

Marchant sur le sol jonché de bris de verre et de pages arrachées, elle raconte son épuisement, après deux années à vivre avec les bombes russes qui s'abattent sur sa ville de Kostiantynivka et sur le reste du Donbass ukrainien.

A 18 kilomètres de là, sur le front, les forces russes sont à l'offensive. Les défenses ukrainiennes tremblent, affaiblies par le manque d'hommes et de munitions.

"Nous sommes fatigués d'entendre que nos hommes meurent. Nous sommes fatigués de voir tout ça de nos propres yeux, de ne pas dormir la nuit à cause du bruit, à cause des missiles", confie à l'AFP cette prof de 62 ans depuis la cour d'école, qui surplombe un cimetière et des cheminées d'usines soviétiques.

Elle veut encore croire en "des jours meilleurs", alors que l'Ukraine marquera le 24 février le deuxième anniversaire de l'invasion russe. Mais dans toute la région, un sentiment croissant d'abattement est palpable.

Depuis des mois, les mauvaises nouvelles s'accumulent: l'échec de la contre-offensive estivale de Kiev, le tarissement de l'aide occidentale, les pénuries d'armements, la consolidation de la machine de guerre russe, et désormais aussi la chute d'Avdiïvka, ville forteresse ukrainienne abandonnée aux Russes le 17 février.

Et chez les soldats ukrainiens, le sentiment de vaciller au bord d'un abîme grandit.

Les Vingt-Sept doivent faire davantage pour livrer des munitions, affirme Borrell

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a exhorté les Etats membres de l'Union européenne (UE) à faire davantage pour expédier des munitions à l'Ukraine qui souffre d'une pénurie d'armes dans la guerre qui l'oppose à la Russie.

"Les soldats ukrainiens sont déterminés à combattre mais ils ont besoin de munitions. D'urgence et en énormes quantités", a écrit M. Borrell aux ministres des Affaires étrangères et de la Défense des Vingt-Sept dans une lettre datée de mercredi.

"Les retards de livraison de munitions ont un coût en matière de vies humaines et affaiblissent les capacités de défense de l'Ukraine", a-t-il ajouté.

L'UE avait promis de fournir à l'Ukraine un million d'obus au cours de l'année écoulée.

Pire en pire

"Nous manquons d'obus, et les Russes ne cessent d'arriver. Beaucoup de nos camarades sont blessés et pire. C'est de pire en pire...", raconte, sous couvert d'anonymat, un militaire déployé dans la région, non loin de Bakhmout, ville conquise par l'armée russe au printemps dernier à l'issue d'une bataille sanguinaire.

"Il n'y a plus d'approvisionnement en munitions, plus d'appuis de l'artillerie, et le commandement ne se soucie plus du moral des troupes", dit un autre.

Le président Volodymyr Zelensky lui-même a fait état d'une situation "extrêmement difficile", soulignant que les atermoiements américains quant à l'aide à l'Ukraine risquaient d'avoir des conséquences terribles.

A Kostiantynivka, l'enseignante Lioudmyla Polokova n'arrive pas à imaginer l'implication qu'aurait la fin du soutien des Etats-Unis.

"C'est dur d'imaginer ce qui pourrait se passer alors. Je sais juste que nos gars sont dévoués, sacrifient leurs vies, meurent", dit-elle, les yeux gonflés de larmes.

Dans le Donbass, le bilan des morts et blessés civils grandit lui aussi, les frappes s'intensifiant dans les zones habitées, en même temps que les assauts se multiplient sur le front.

Mi-février à Kramatorsk, la grande ville de la région à 25 kilomètres des combats, une femme, sa mère et son fils ont été tués, enterrés sous les gravats de leur maison détruite par un missile russe. En pleine nuit, sous les lumières de projecteurs, des dizaines de secouristes ont tenté en vain de les sauver.

Aucun bilan exhaustif des morts civils de la guerre n'a jamais pu être établi, car personne ne sait combien de corps se trouvent sous les ruines et dans les fosses communes de l'Est et du Sud occupés de l'Ukraine. Mais ces victimes se comptent probablement en dizaines de milliers.

Olga Ioudakova, une psychologue d'un centre de soutien à Kramatorsk, raconte la souffrance mentale de la population, en particulier chez ceux qui ont fui les localités conquises par les Russes, et désormais à Kramatorsk.

Le FMI va débourser 880 millions de dollars

Le FMI va débourser 880 millions de dollars pour l'Ukraine, correspondant à la troisième tranche d'un plan d'aide de 15,6 milliards de dollars adopté en mars 2023, a annoncé jeudi l'institution, quasiment deux ans jour pour jour après l'invasion par la Russie.

Cette aide doit encore être approuvée par le conseil d'administration du Fonds monétaire international.

"Les résultats du programme (d'aide) ont été solides malgré les difficultés de la guerre", a salué dans un communiqué Gavin Gray, responsable de l'équipe du FMI qui a tenu des discussions à Varsovie avec des responsables ukrainiens, du 17 au 22 février 2024.

L'équipe a réalisé une évaluation des objectifs qui avaient été fixés il y a un an, lors de l'adoption de cette aide accordée dans le cadre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) et qui s'étale sur quatre années.

Fondre en larmes

"L'anxiété chez les enfants est à son comble, il y a une instabilité psychologique énorme", raconte la thérapeute de 61 ans, "et c'est pire encore chez les adultes".

"Je n'ai jamais vu autant d'adultes qui juste soudainement fondent en larmes", dit la psychologue qui exerce depuis 40 ans et connaît la guerre depuis dix ans, la Russie ayant déclenché dès 2014 une insurrection séparatiste armée dans l'Est ukrainien.

La peur gagne d'autant plus de terrain qu'à 25 kilomètres à vol d'oiseau au Sud-Est, la bourgade de Tchassiv Iar est sous la menace directe des forces russes. De là, ces dernières pourraient pilonner Kramatorsk.

Oleg Kroutchinine, un prêtre orthodoxe de 50 ans, est de ceux qui ont fui la première pour se réfugier dans la seconde.

De temps à autres, il retourne encore, malgré le danger, à Tchassiv Iar pour y célébrer une messe en sous-sol pour les soldats et les quelques civils qui refusent de partir.

"Beaucoup perdent la foi et l'espoir, d'autres, au contraire, les trouvent", raconte-t-il après le baptême d'un nouveau-né.

Selon le prêtre, à l'aube d'une troisième année de guerre, tous les fidèles lui posent la même question: "quand la guerre se finira-t-elle ?".

"Et je ne connais pas la réponse", dit-il.


Les Etats-Unis suppriment un statut de protection pour les exilés yéménites

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
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  • Les États‑Unis ont annoncé la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants yéménites, accordé depuis 2015 en raison du conflit armé, avec une mise en œuvre prévue dans 60 jours selon le Département de la Sécurité intérieure
  • Cette décision reflète une politique plus large du gouvernement américain visant à réduire les protections humanitaires pour les migrants

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé vendredi mettre fin au statut de protection accordé aux exilés originaires du Yémen, qui était en vigueur depuis dix ans.

La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que le statut de protection temporaire (TPS), initialement accordé aux ressortissants de ce pays en septembre 2015 en raison du conflit armé qui y sévit, prendrait fin dans 60 jours.

Le TPS permet à un petit nombre de personnes de vivre et de travailler aux États-Unis si elles sont considérées comme étant en danger en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'autres circonstances exceptionnelles.

Environ 1.400 Yéménites bénéficient de ce statut aux Etats-Unis.

L'administration Trump a déjà supprimé les protections TPS de nombreux Etats, comme le Venezuela, Haïti ou le Népal, dans le cadre de sa politique drastique visant à réduire l'immigration.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde et fait face à une guerre civile depuis 2014.

"Après avoir examiné la situation dans le pays et consulté les agences gouvernementales américaines compétentes, j'ai déterminé que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire", a déclaré Mme Noem dans un communiqué.

"Permettre aux bénéficiaires du TPS yéménites de rester temporairement aux États-Unis est contraire à notre intérêt national", a ajouté la ministre.

Les bénéficiaires du TPS yéménite qui n'ont aucune autre base légale pour rester aux États-Unis ont 60 jours pour quitter le territoire américain, sous peine d'être arrêtés, précise le communiqué, promettant un billet d'avion gratuit et une "prime de départ" de 2.600 dollars à ceux qui partiront de leur plein gré.


Iran: Trump évoque désormais un renversement du pouvoir

Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a évoqué un possible renversement du régime iranien tout en envoyant un deuxième porte-avions dans le Golfe, sur fond de négociations difficiles avec Téhéran
  • Les manifestations en Iran, réprimées début janvier, ont fait des milliers de morts et plus de 53.000 arrestations ; Reza Pahlavi appelle à de nouvelles mobilisations internationales et à l’intérieur du pays pour faire pression sur le régime

WASHINGTON: Donald Trump a évoqué ouvertement vendredi un renversement du pouvoir en Iran, sur fond de difficile dialogue entre Washington et Téhéran sur les capacités nucléaires et balistiques de la République islamique.

Le président américain, qui oscille entre promesses d'une issue négociée et menaces militaires, avait peu auparavant confirmé l'envoi "très bientôt" d'un deuxième porte-avions américain dans la région.

"Il semble que ce serait la meilleure chose qui puisse arriver", a dit le président américain à des journalistes qui l'interrogeaient sur éventualité d'un "changement de régime".

"Depuis 47 ans, ils parlent et parlent et parlent. Et pendant ce temps nous avons perdu beaucoup de vies", a ajouté le dirigeant républicain, en quittant la base militaire de Fort Bragg (Caroline du Nord, sud-est).

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, a lui appelé les Iraniens à de nouvelles actions de protestation, après la vague de mobilisation réprimée dans le sang début janvier, parallèlement à des rassemblements prévus samedi à l'étranger.

Le président américain avait brandi la menace d'une intervention militaire en Iran face à la répression des manifestations qui, selon des ONG de défense des droits humains, a fait des milliers de morts.

Il a ensuite continué de menacer Téhéran pour pousser à un accord, notamment sur le dossier nucléaire.

- "Traumatisantes" -

Des négociations entre les deux pays ennemis ont repris le 6 février à Oman mais leur poursuite demeure incertaine tant les positions restent éloignées.

Washington, encouragé par Israël, veut également limiter le programme de missiles balistiques de l'Iran et mettre fin au soutien à des groupes armées dans la région.

L'Iran de son côté ne veut parler que du programme nucléaire et insiste pour conserver des capacités de raffinage d'uranium.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé jeudi le pays de conséquences "traumatisantes", en rappelant le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

A l'époque, le président américain avait déjà évoqué en termes confus un possible changement du pouvoir en Iran mais avait ensuite rejeté cette idée, jugeant que cela apporterait du "chaos".

Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln et de ses navires d'escorte, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit donc les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Les cibles que Washington pourrait viser dans le cas d'une intervention ne sont pas claires non plus.

Le secrétaire général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, a lui indiqué vendredi qu'un accord entre l'AIEA et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire était "possible", mais "terriblement difficile".

- Répression -

L'Iran avait refusé en novembre que l'AIEA inspecte ses différents sites bombardés en juin.

Dans le même temps, Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et n'a pas remis les pieds dans son pays natal depuis la Révolution islamique de 1979, a appelé à manifester samedi à Munich, Toronto et Los Angeles pour réclamer une action internationale contre l'Iran.

Dans un message publié sur X, le fils exilé du dernier chah a exhorté en outre les Iraniens de l'intérieur à s'associer à ces manifestations en scandant, samedi et dimanche, des slogans depuis leurs fenêtres et leurs toits.

Selon le groupe basé aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA), au moins 7.008 personnes, la plupart des manifestants, ont été tuées lors des protestations, début janvier, et plus de 53.000 personnes ont été arrêtées depuis.

Si quelques figures du courant réformateur ont été libérées, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) des centaines de personnes sont poursuivies pour des chefs d'accusation liés aux manifestations, qui pourraient aboutir à leur condamnation à mort.

Selon les autorités iraniennes, les manifestations ont fait plus de 3.000 morts, en grande majorité des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des "terroristes", à la solde selon Téhéran d'Israël et des Etats-Unis.


Merz et Macron évoquent leur discussion sur la dissuasion nucléaire avant un discours français

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
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  • Le chancelier Friedrich Merz a confirmé des discussions avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne, alors que la France envisage d’articuler sa doctrine nationale avec des intérêts de sécurité communs à certains pays européens
  • Berlin insiste pour que toute évolution s’inscrive strictement dans le cadre de l’OTAN et refuse l’émergence de niveaux de protection nucléaire différenciés entre États européens

MUNICH: Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué vendredi ses "discussions confidentielles" avec Emmanuel Macron sur "la dissuasion nucléaire européenne", le président français envisageant d'"articuler" la "doctrine nationale" française avec des "intérêts de sécurité communs" de certains pays européens.

La France est le seul pays de l'Union européenne, et le seul pays européen avec le Royaume-Uni, à disposer de l'arme nucléaire. Tous les autres pays sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre l'alliance atlantique Otan.

Emmanuel Macron doit prononcer fin février un important et rare discours mettant à jour la doctrine nucléaire française, alors que plusieurs voix en Europe ont appelé à réfléchir à de nouvelles pistes pour protéger le Vieux continent.

Mais le chancelier allemand a estimé qu'il ne fallait pas que ces réflexions aboutissent à créer des différences de protection nucléaire entre Européens.

Toute dissuasion nucléaire européenne doit "s'inscrire strictement dans le cadre de notre participation nucléaire à l'Otan. Et nous ne laisserons pas apparaître en Europe des zones de sécurité différentes", a-t-il mis en garde.

Les Etats-Unis, qui ont assumé depuis des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main. Dans le même temps, la Russie a envahi l'Ukraine, menant une guerre en Europe protégée par son propre arsenal nucléaire.

Interrogé sur le sujet à Munich, le président français a expliqué envisager d'"articuler" la "doctrine nationale, qui est garantie et contrôlée par la Constitution, avec des coopérations spéciales, des excercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".

"C'est exactement ce que nous faisons pour la première fois de l'histoire avec l'Allemagne", a-t-il dit.

Selon lui, la dissuasion doit être "articulée dans une approche holistique de défense et sécurité". "C'est une manière de créer de la convergence dans notre approche statégique et culture stratégique entre l'Allemagne et la France", a-t-il ajouté.