Comment la stratégie sécuritaire du Maroc porte-t-elle ses fruits?

Un membre des forces spéciales de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire du Maroc (DGST) pose lors de la quatrième édition des journées portes ouvertes de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) dans la ville de Fès au nord du pays, le 21 mai 2023. (AFP).
Un membre des forces spéciales de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire du Maroc (DGST) pose lors de la quatrième édition des journées portes ouvertes de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) dans la ville de Fès au nord du pays, le 21 mai 2023. (AFP).
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Publié le Lundi 26 février 2024

Comment la stratégie sécuritaire du Maroc porte-t-elle ses fruits?

  • Grâce à sa stratégie de modernisation logistique et sa réorganisation, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) réalise des records en termes de lutte contre la criminalité
  • Ces performances des forces de l’ordre et des renseignements marocains ont valu au pays les louanges des patrons des services de renseignement internationaux comme la CIA, le FBI et les chefs de renseignement européens

CASABLANCA: Au Maroc, on ne badine pas avec la sûreté et la sécurité des citoyens. Grâce à sa stratégie de modernisation logistique et sa réorganisation, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) réalise des records en termes de lutte contre la criminalité. En 2023, elle a reculé de 10% avec le traitement de 738 748 affaires criminelles, en plus des homicides qui ont chuté d’un quart, des agressions sexuelles (-4%), des vols qualifiés (-9%) et des vols de voitures (-19%).

En parallèle, le taux des affaires résolues a atteint 95%. La DGSN explique cette performance par l’amélioration des moyens mis à la disposition des enquêteurs et de la police scientifique et technique. S’agissant de l’immigration irrégulière, la DGSN a mis hors d’état de nuire 121 réseaux et elle a mis en échec les tentatives d’immigration irrégulière de 28 863 personnes.

«Ces performances sont le fruit de la stratégie de modernisation de la DGSN et de la politique sécuritaire du royaume du Maroc, initiée depuis sept ans. On voit bien qu’un énorme effort a été fait pour adapter l’outil de sécurité à l’évolution des formes de criminalité émergente. Il y a aussi un bon suivi et contrôle de toutes les connexions qui peuvent exister, que ce soit dans le crime organisé ou autre», explique à Arab News en français l’expert international sur les questions de sécurité et de terrorisme, Mohamed Benhammou.

M. Benhammou souligne que la modernisation de l'appareil sécuritaire du pays, qu'il s'agisse des ressources humaines, logistiques ou informatiques, a permis au service public de sécurité marocain d'adopter une approche proactive, se positionnant fréquemment dans une perspective anticipative. De plus, cette modernisation a favorisé un redéploiement efficace des forces de sécurité à travers le territoire national.

«Il est évident que grâce aux formations modernes et adaptées à la criminalité urbaine et émergente, les agents de police ont acquis une expérience précieuse, ce qui se traduit aujourd'hui par d'excellentes performances et une nette baisse des taux de criminalité», précise l’expert international sur les questions de sécurité et de terrorisme, Mohamed Benhammou.

«Ce redéploiement a été réalisé de manière à assurer une plus grande proximité avec les citoyens et de garantir une meilleure gestion de la sécurité sur le plan territorial. Il est évident que grâce aux formations modernes et adaptées à la criminalité urbaine et émergente, les agents de police ont acquis une expérience précieuse, ce qui se traduit aujourd'hui par d'excellentes performances et une nette baisse des taux de criminalité», précise Mohamed Benhammou.

Ces performances des forces de l’ordre et des renseignements marocains ont valu au pays les louanges des patrons des services de renseignement internationaux comme la CIA, le FBI et les chefs de renseignement européens. Et ce n’est pas un hasard si la France a fait appel au Maroc pour l’aider sur le volet sécuritaire dans l’organisation des prochains jeux Olympiques de Paris.

«D’un point de vue des effectifs, nous avons aujourd’hui des hommes et des femmes qui relèvent de ce secteur public de la sûreté et de la sécurité et qui disposent d’une grande expérience, expertise et connaissance de toutes les formes de criminalité. Ils assurent un très bon suivi des différents acteurs malveillants au Maroc et à l’international, de leurs connexions, de leur mode opératoire et de la nature des actions illégales qu’ils mènent», déclare l’expert. Il précise par ailleurs que le Maroc dispose de services qui ont une bonne lecture de toutes les formes d’insécurité émergentes, en plus d’une étroite collaboration entre la DGSN et la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), surtout depuis que ces deux directions sont pilotées par Abdellatif Hammouchi.

Cette nouvelle approche a conduit le Maroc à déjouer plusieurs tentatives d'actions criminelles et terroristes à l’international, ce qui a valu aux services de sécurité marocains d'être sollicités pour assurer la sécurité lors de plusieurs grands événements mondiaux, tels que la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, et bientôt les jeux Olympiques de Paris.


«Nous ne ménagerons aucun effort pour protéger l’Unrwa», déclare le chef de l’agence

Le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), Philippe Lazzarini, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité des nations unies sur l’Unrwa au siège de l’ONU à New York, le 17 avril 2024. (AFP)
Le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), Philippe Lazzarini, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité des nations unies sur l’Unrwa au siège de l’ONU à New York, le 17 avril 2024. (AFP)
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  • Philippe Lazzarini soutient que de nombreux partisans des deux camps dans le conflit sont incapables de ressentir la moindre empathie pour ceux de l’autre
  • Il exige que les responsables du «mépris flagrant» témoigné à l’égard des locaux, du personnel et des opérations de l’ONU dans la bande de Gaza soient tenus responsables

NEW YORK: Le chef de l’agence des Nations unies qui fournit aide et développement aux réfugiés palestiniens a déclaré, mardi, à Arab News, qu’aucun effort ne serait épargné pour la protéger des «attaques féroces» de ses détracteurs.

Alors que les manifestations en lien avec la guerre à Gaza continuent de provoquer des frictions à travers le monde, notamment des querelles croissantes dans les universités américaines, Philippe Lazzarini, commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), soutient que de nombreux partisans des deux camps dans le conflit sont incapables de ressentir la moindre empathie pour ceux de l’autre et les diabolisent donc.

«En soi, le processus de paix ne suffit pas», ajoute-t-il. «Nous avons surtout besoin d’apaisement.»

M. Lazzarini est étonné de constater que «l’empathie dans cette partie du monde est la plupart du temps unilatérale. Il s’agit soit d’empathie uniquement envers les Palestiniens, sans comprendre les Israéliens et le traumatisme que le 7 octobre a créé dans le pays, soit d’empathie uniquement envers les Israéliens, sans aucune forme d’empathie envers les Palestiniens.»

Son message principal aux étudiants américains est la nécessité de faire preuve de «compassion et d’empathie» envers les deux peuples, «parce qu’en fin de compte, nous espérons que les Israéliens et les Palestiniens vivront – et méritent d’ailleurs de vivre – en paix et en sécurité».

L’Unrwa n’a jamais été aussi souvent attaqué que ces derniers mois, poursuit M. Lazzarini.

«Jamais auparavant dix-huit pays n’avaient revu ou gelé simultanément leurs contributions», ajoute-t-il. «L’Unrwa n’a jamais été la cible d’une campagne ouverte en vue de démanteler totalement ses activités à Gaza, et peut-être au-delà. Ce que nous vivons est particulièrement brutal.»

Les membres du personnel de l’agence et les communautés qu’ils servent sont «profondément inquiets» quant à la possibilité qu’elle soit affaiblie, voire démantelée, précise-t-il, en faisant allusion à un sondage d’opinion au cours duquel entre 80 et 90% des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ont exprimé de telles craintes.

«Nous ne ménagerons aucun effort pour éviter le démantèlement de l’agence», affirme Philippe Lazzarini.

Il ajoute que c'est l'état d'esprit qui prévaut depuis que la crise à laquelle l’agence fait face a été portée à l’attention de l’Assemblée générale des nations unies en mars et qu’il s’est à nouveau manifesté la semaine dernière lors d’une réunion du Conseil de sécurité demandée par la Jordanie en réponse à des tentatives répétées des autorités israéliennes pour forcer l’agence à quitter Gaza.

«Nous étudions désormais le meilleur moyen de protéger l’organisation de ce type d’attaques», précise-t-il.

L’agence, qui fournit de l’aide et d’autres services à des millions de réfugiés palestiniens à Gaza et dans toute la région, a été plongée dans la crise au mois de janvier lorsque Israël a affirmé que douze employés de l’Unrwa avaient participé aux attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre.

Dans un rapport publié lundi, une équipe d’enquêteurs indépendants, dirigée par l’ancienne ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a rapporté que les autorités israéliennes n’avaient pas encore fourni de preuves pour étayer leurs allégations et n’avaient pas auparavant exprimé d’inquiétudes concernant les individus nommés sur les listes du personnel de l’Unrwa qu’ils reçoivent depuis 2011.

Immédiatement après les allégations israéliennes, les États-Unis, le plus grand bailleur de fonds de l’agence, et plusieurs autres donateurs majeurs ont immédiatement suspendu leur financement. Au total, dix-huit États membres de l’ONU ont suspendu leur financement, tandis que d’autres ont imposé des conditions, mettant en péril l’avenir même de l’agence. Beaucoup ont ensuite repris leur financement.

S’adressant aux journalistes à la fin de sa visite officielle à New York, M. Lazzarini a une fois de plus déclaré qu’il pensait que les attaques contre l’Unrwa n’étaient pas véritablement motivées par des préoccupations concernant la neutralité de son personnel, mais que leur objectif principal était plutôt de priver les Palestiniens de leur statut de réfugiés.

Israël accuse depuis longtemps l’agence de perpétuer délibérément le statut de réfugié de millions de Palestiniens, une allégation que Philippe Lazzarini qualifie d’«absurde».

«Au fond, c’est comme si l’on disait que la réponse humanitaire dans une zone de conflit perpétue le conflit», s’indigne-t-il.

«La réalité est que le conflit se perpétue en raison de l’absence de solution politique. L’Unrwa a été conçu comme une organisation temporaire, qui espérait mettre fin à ses activités le jour où une solution politique durable et juste serait trouvée. Et nous voici, soixante-quinze ans plus tard; ce n’est certainement pas l’Unrwa qui perpétue ce statut, mais notre incapacité collective à promouvoir une solution.»

«Si nous souhaitons sincèrement une solution à deux États et que nous réactivons la mise en œuvre d’une telle solution, le caractère temporaire de l’Unrwa peut être rétabli et l’agence pourra ainsi ouvrir la voie au futur État palestinien afin qu’il puisse lui-même assurer les services qu’elle fournit.»

Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre, cent quatre-vingts membres du personnel de l’agence ont été tués, plus de cent soixante bâtiments de l’ONU ont été endommagés ou détruits et au moins quatre cents personnes ont été tuées alors qu’elles cherchaient refuge sous la bannière de l’ONU.

Les locaux que le personnel de l’Unrwa a été contraint d’abandonner auraient été repris et utilisés à des fins militaires par l’armée israélienne, le Hamas ou d’autres groupes armés. Plusieurs travailleurs intérimaires ont été arrêtés ou maltraités, certains ont même été torturés.

M. Lazzarini exhorte le Conseil de sécurité à mener une enquête indépendante. Il exige que les responsables du «mépris flagrant» témoigné à l’égard des locaux, du personnel et des opérations de l’ONU dans la bande de Gaza soient tenus responsables, afin «d’éviter de tels incidents dans les futures situations de conflit».

Les attaques contre l’Unrwa et ses activités se poursuivent même si les craintes selon lesquelles le réchauffement climatique entraînerait des maladies et d’autres risques pour la santé sont de plus en plus importantes. C’est particulièrement préoccupant dans le sud de Gaza – le dernier refuge de plus d’un million de personnes qui ont été contraintes de fuir d’autres parties du territoire en raison des combats. Philippe Lazzarini déclare que «le ramassage des ordures est devenu une priorité pour nos collègues afin de prévenir l’apparition de maladies», à la lumière de «l’anxiété majeure» au sein de la population face à la menace, «peut-être imminente, d’offensive militaire» d’Israël, «qui semble être remise sur la table».

Le rapport soumis par l’équipe de Colonna après son enquête, ordonnée par l’ONU pour évaluer si l’Unrwa faisait tout son possible pour garantir la neutralité de plus de trente-deux mille travailleurs, comprend plus de cinquante recommandations, notamment des améliorations du contrôle interne, un renforcement de la formation des personnes et un soutien supplémentaire des pays donateurs.

M. Lazzarini a salué le rapport et il s’est dit déterminé à mettre en œuvre ses recommandations. Il ressort clairement de ses conclusions, déclare-t-il, que «l’agence, en réalité, dispose déjà d'un certain nombre de systèmes pour traiter les questions de neutralité, bien en avance sur la moyenne des agences des Nations unies ou même des organisations non gouvernementales. En raison de la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons, nous devons être extrêmement vigilants et nous pouvons déployer toujours plus d’efforts.»

Il espère que, grâce au rapport et aux mesures qui seront mises en place, «le dernier groupe de donateurs aura la confiance nécessaire pour se tourner de nouveau» vers l’agence.

Cependant, il note que les États-Unis ne fourniraient plus de dons avant au moins mars 2025 en raison d’un manque de soutien politique à l’Unrwa à Washington. Il ajoute: «Ma tâche est désormais d’essayer de combler le déficit de financement qui existe actuellement» et «de faire en sorte que ce financement soit couvert jusqu'à la fin du mois de juin».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: une évacuation des civils de Rafah «  pas possible » actuellement, selon un responsable du CICR

Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza. (AFP).
Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza. (AFP).
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  • De nombreuses capitales étrangères et organisations humanitaires s'inquiètent des préparatifs en cours pour cette opération sur Rafah, dans le sud du territoire palestinien assiégé, considérée par Israël comme le dernier grand bastion du Hamas
  • "Quand on voit le niveau de destruction dans le secteur central (de Gaza) et dans le nord, on ne voit pas très bien vers où les gens pourraient être déplacés et où ils pourraient avoir des abris décents et des services de base"

DUBAI: Une évacuation de plus d'un million de civils de Rafah n'est "pas possible" dans les conditions actuelles, a prévenu mardi un responsable du CICR, alors qu'Israël menace de lancer une offensive terrestre contre cette ville de la bande de Gaza.

De nombreuses capitales étrangères et organisations humanitaires s'inquiètent des préparatifs en cours pour cette opération sur Rafah, dans le sud du territoire palestinien assiégé, considérée par Israël comme le dernier grand bastion du mouvement islamiste Hamas contre lequel il est en guerre.

"On ne voit pour l'instant aucun plan d'évacuation pour les civils" de Rafah, a déclaré Fabrizio Carboni, directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en marge d'une conférence d'aide à Dubaï, aux Emirats arabes unis.

Rafah accueille un million et demi de personnes, habitants et déplacés, confrontés à une situation humanitaire dramatique.

"Quand on voit le niveau de destruction dans le secteur central (de Gaza) et dans le nord, on ne voit pas très bien vers où les gens pourraient être déplacés et où ils pourraient avoir des abris décents et des services de base", a-t-il ajouté.

"Donc aujourd'hui, avec les informations dont on dispose (...), on ne considère pas possible une évacuation massive".

« Conséquences humanitaires dévastatrices »

Une guerre oppose depuis le 7 octobre dans la bande de Gaza Israël au Hamas, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste sur le sol israélien qui a entraîné la mort de 1.170 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

En riposte, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et mène une offensive militaire qui a fait plus de 34.000 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Après avoir mené des bombardements aériens, l'armée israélienne a lancé fin octobre une offensive terrestre dans ce territoire, allant du nord au sud, mais elle n'est pas encore entrée à Rafah, à l'extrême sud du territoire, bombardée cependant quotidiennement par les airs.

Selon des responsables égyptiens, cités par le Wall Street Journal, en prévision à l'offensive Israël se prépare à déplacer les civils de Rafah vers la ville proche de Khan Younès, notamment, où il prévoit d'installer des abris et des centres de distribution de nourriture.

Cette opération d'évacuation durerait deux à trois semaines et serait menée en coordination avec les Etats-Unis, l'Egypte et d'autres pays arabes tels que les Emirats arabes unis, selon ces responsables.

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a fait savoir qu'il étudiait une "série de mesures à prendre en préparation des opérations à Rafah, en particulier sur l'évacuation des civils".

"Une opération militaire (à Rafah) ne peut en aucun cas être menée sans conséquences humanitaires dévastatrices", a déclaré mardi à l'AFP M. Carboni lors de la Conférence internationale de Dubaï sur le développement et l'aide humanitaire (Dihad).

"Vu le niveau de destruction, la fatigue des gens, certains étant blessés ou malades, et l'accès limité à la nourriture et aux services de base, je vois (cette évacuation) comme extrêmement difficile", a-t-il ajouté.

« Aucune consultation »

Pour Jan Egeland, secrétaire général de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), une offensive terrestre sur Rafah, "le plus grand camp de déplacés sur terre," conduirait à une "situation apocalyptique".

"Il n'y a aucune information (sur l'évacuation), aucune consultation avec les humanitaires", a-t-il dit à l'AFP lors de la Dihad.

Ce que les humanitaires entendent, "c'est que Netanyahu dit qu'il va attaquer mais pas de plan sur où les civils doivent aller, comment l'aide peut être fournie ou comment son acheminement peut être sécurisé".

"Il n'y a pas de stocks, il n'y a pas de carburant et plus important, il n'y a pas de liquidité. Il n'y a pas d'argent, on ne peut pas payer nos salariés", a en outre déploré le patron de NRC.

Pour les Palestiniens qui sont retournés dans des secteurs du nord de la bande de Gaza ces dernières semaines, "ce qui les attend, ce sont des ruines (...) des engins non explosés, et dans de nombreux cas davantage de bombardements", selon M. Egeland.

"Il n'y a aucun endroit sûr à Gaza si les gens quittent Rafah".


Frappes sur Gaza, le Sénat américain approuve l'aide à Israël

Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis". Ici, Joe Biden et Benjamin Netanyahou à Jerusalem. (AFP).
Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis". Ici, Joe Biden et Benjamin Netanyahou à Jerusalem. (AFP).
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  • Tôt mercredi, des sources hospitalières et sécuritaires à Gaza ont fait état de frappes aériennes israéliennes dans les secteurs de Nousseirat (centre) et de Rafah
  • A Washington, le Sénat américain a approuvé une aide de 13 milliards de dollars d'assistance militaire à Israël, afin notamment de renforcer son bouclier antimissile "Dôme de fer" déployé à ses frontières

TERRITOIRES PALESITNIENS: Après plus de 200 jours d'affrontements, la guerre à Gaza ne donne aucun signe de répit mercredi avec des frappes dans le territoire palestinien pendant que le Sénat américain donnait son feu vert à des milliards en aide militaire à Israël en lutte contre le Hamas.

Tôt mercredi, des sources hospitalières et sécuritaires à Gaza ont fait état de frappes aériennes israéliennes dans les secteurs de Nousseirat (centre) et de Rafah, "dernier" grand bastion du Hamas selon Israël, situé à la pointe sud du territoire, près de l'Egypte.

A Washington, le Sénat américain a approuvé une aide de 13 milliards de dollars d'assistance militaire à Israël, afin notamment de renforcer son bouclier antimissile "Dôme de fer" déployé à ses frontières.

Cette aide à Israël "est un gage clair de la force de notre alliance et elle envoie un message fort à tous nos ennemis", une référence au Hamas, mais aussi à l'Iran et au Hezbollah libanais, a réagi sur X le chef de la diplomatie israélienne Israel Katz.

Le plan américain comporte aussi plus de neuf milliards de dollars pour "répondre au besoin urgent d'aide humanitaire à Gaza et à d'autres populations vulnérables dans le monde", notamment au Soudan, en guerre aussi depuis plus d'un an, confirmant ainsi un vote ce week-end de la chambre des Représentants, autre branche du Congrès.

Cette aide intervient sur fond de manifestations pro-palestiniennes sur des campus américains et à l'heure de craintes de capitales étrangères, y compris de Washington, sur une éventuelle opération terrestre à Rafah, où s'entassent environ 1,5 million de Palestiniens.

« Apocalyptique »

Selon des responsables égyptiens, cités par le Wall Street Journal, Israël se prépare à déplacer les civils vers la ville proche de Khan Younès, notamment, où il prévoit d'installer des abris et des centres de distribution de nourriture.

Cette opération d'évacuation durerait deux à trois semaines et serait menée en coordination avec les Etats-Unis, l'Egypte et d'autres pays arabes tels que les Emirats arabes unis, selon ces responsables.

Le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a fait savoir qu'il étudiait une "série de mesures à prendre en préparation des opérations à Rafah, en particulier sur l'évacuation des civils".

"On ne voit pour l'instant aucun plan d'évacuation pour les civils" de Rafah, a déclaré mardi à l'AFP Fabrizio Carboni, directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour qui une évacuation massive n'est "pas possible" dans les conditions actuelles.

Pour Jan Egeland, le secrétaire général de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), une offensive sur Rafah, "le plus grand camp de déplacés sur terre," conduirait à une "situation apocalyptique".

« Sans horizon »

"Après 200 jours, l'ennemi reste piégé dans les sables de Gaza. Sans but, sans horizon, sans l'illusion de la victoire ou de la libération des prisonniers", a affirmé le porte-parole de la branche armée du Hamas, Abou Obeida. "Nous continuerons à frapper et à résister tant que l'agression de l'occupation se poursuivra sur un seul centimètre de notre terre", a-t-il ajouté.

La guerre a été déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent menée depuis Gaza contre Israël par des commandos du Hamas, qui a entraîné la mort de 1.170 personnes, essentiellement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent captives à Gaza, dont 34 sont mortes selon des responsables israéliens.

En riposte à l'attaque, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et lancé une vaste opération militaire qui a fait jusqu'à présent 34.183 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Avant une éventuelle opération sur Rafah, l'armée israélienne s'était déployée dans la ville de Gaza (nord), puis à Khan Younès.

« Climat d'impunité »

Or l'ONU a réclamé mardi une enquête internationale sur des fosses communes découvertes dans les deux principaux hôpitaux de ces villes, al-Chifa à Gaza et Nasser à Khan Younès, soulignant la nécessité de mettre fin au "climat d'impunité" actuel.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains, Volker Türk, s'est dit "horrifié par les destructions" de ces deux hôpitaux "et par la découverte annoncée de fosses communes dans et autour de ces sites".

La Défense civile de Gaza a affirmé avoir exhumé depuis samedi 340 corps de personnes tuées et enterrées par les forces israéliennes dans des fosses communes à l'intérieur de l'hôpital Nasser.

Or l'armée a nié mardi avoir enterré des corps, disant avoir, lors de ses opérations dans cet hôpital, examiné des corps "enterrés par des Palestiniens" pour déterminer si des otages se trouvaient parmi eux.

Dans les ruines de l'hôpital al-Chifa, un médecin, Amjad Alewah, est venu montrer mardi à un correspondant de l'AFP l'accueil des urgences, calciné et partiellement vidé de son mobilier. "Au bout de 200 jours de guerre, nous sommes maintenant au milieu des décombres de ce grand hôpital (...) Nous recevions des milliers de blessés chaque jour", se souvient-il.

Par mer et terre 

Outre le lourd bilan humain et les destructions massives, la population de Gaza est confrontée selon l'ONU à un risque de famine.

Les Etats-Unis vont débuter "très prochainement" la construction d'une jetée à Gaza pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire dans le territoire palestinien bombardé et assiégé par Israël, a déclaré mardi le Pentagone.

Au cours des derniers jours, Israël, qui contrôle l'entrée des marchandises dans la bande de Gaza, a augmenté le nombre de camions d'aide autorisés à pénétrer dans le territoire.

Israël et l'ONU ne s'accordent pas toujours sur le décompte de ces camions d'aide, mais le patron de l'Agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), Philippe Lazzarini, s'est félicité d'un nombre record de camions entrés le territoire en une seule journée.

"Où il y a une volonté, il y a un chemin", a-t-il écrit mardi soir sur X, après avoir demandé au Conseil de sécurité de l'ONU une enquête indépendante "sur les 180 employés de l'UNRWA tués" dans la guerre. Le Conseil doit d'ailleurs discuter mercredi de l'aide à Gaza.