Face à la menace d'une famine, les généraux soudanais écouteront-ils les appels à un cessez-le-feu pendant le ramadan?

Des Soudanais qui ont fui le conflit à Geneina, dans la région soudanaise du Darfour, reçoivent de la nourriture distribuée par des volontaires de la Croix-Rouge à Ourang, dans la banlieue d’Adré, au Tchad. (Photo, Reuters)
Des Soudanais qui ont fui le conflit à Geneina, dans la région soudanaise du Darfour, reçoivent de la nourriture distribuée par des volontaires de la Croix-Rouge à Ourang, dans la banlieue d’Adré, au Tchad. (Photo, Reuters)
Des enfants soudanais déplacés par le conflit reçoivent des portions de riz dans un centre de réfugiés au Tchad. (Photo, AFP)
Des enfants soudanais déplacés par le conflit reçoivent des portions de riz dans un centre de réfugiés au Tchad. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 10 mars 2024

Face à la menace d'une famine, les généraux soudanais écouteront-ils les appels à un cessez-le-feu pendant le ramadan?

  • Les populations souffrent de la faim en raison du conflit prolongé alors que le monde islamique s’apprête à entamer le mois sacré
  • L’effondrement économique contraint la plupart des Soudanais à donner la priorité à la survie plutôt qu’aux joies partagées des repas en commun

ABIDJAN: Alors que le monde islamique s'apprête à entamer le mois sacré du ramadan, avec son jeûne requis pendant les heures de la journée, la population du Soudan a faim, mais ce n’est pas un choix. Onze mois de violence ont conduit ce pays d’Afrique de l’Est au bord de la famine.

En raison du conflit qui sévit dans le pays depuis près d’un an, les récoltes de sésame et de gomme arabique, autrefois abondantes, ont diminué. Par ailleurs, le spectre de la famine plane sur les communautés isolées par les combats et auxquelles l’aide humanitaire ne peut accéder.

«Cette année, le ramadan sera difficile, en raison de la menace imminente de famine», a déclaré à Arab News Mendy Ahbizzy, un Soudanais vivant dans le Kordofan du Sud.

«Des États comme le Kordofan du Sud et le Gadarif, qui fournissaient traditionnellement de la nourriture pendant la saison des pluies l’année dernière, n’ont pas beaucoup produit.»

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Déplacement massif de Soudanais, quittant Khartoum ou toute autre ville dans les véhicules dont ils disposent. (Photo, AFP)

Osama Eklas, activiste pro-démocratie dans la ville d’Atbara sur le Nil, située dans le nord du pays, a confié qu’elle ne voyait «que du désespoir, pas de grand espoir pour les semaines ou les mois à venir».

«Peu d’aide humanitaire a été acheminée et les gens sont de plus en plus désemparés au fil des jours», a-t-elle indiqué à Arab News.

La faim a atteint des proportions catastrophiques, soulignant le besoin urgent d’un cessez-le-feu pendant le ramadan. Selon l’ONU, environ 25 millions de personnes, soit la moitié de la population soudanaise d’avant-guerre, ont désormais besoin d’une aide humanitaire, 18 millions d’entre elles étant en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

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Les réfugiés soudanais dans les camps des pays voisins sont confrontés à la menace d’une baisse de l’aide alimentaire alors que l’ONU a vu son soutien financier réduit. (Photo, AFP)

Cette crise est née d’une lutte de pouvoir acharnée entre le général Abdel Fattah al-Burhane, président de facto et chef des Forces armées soudanaises (FAS), et Mohammed Hamdane Dagalo, commandant des Forces paramilitaires de soutien rapide (FSR).

Autrefois alliés au sein du gouvernement de transition du Soudan après le coup d’État de 2021, les deux hommes sont devenus des ennemis jurés. Le conflit qui en résulte a causé des milliers de morts, des déplacements massifs et des atrocités horribles, en particulier à l’encontre des communautés non-arabes du Darfour.

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Le chef des Forces armées soudanaises, Abdel Fattah al-Burhane (à gauche) et son ancien adjoint, Mohammed Hamdane Dagalo, commandant des Forces de soutien rapide. (Photo, AFP)

Jeudi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé un appel passionné en faveur d’un cessez-le-feu, exhortant les généraux en conflit à déposer les armes et à respecter les valeurs du ramadan.

Il a brossé un tableau sombre d’enfants mourant de malnutrition. Toutefois, ce message risque de tomber dans l’oreille d’un sourd, car les généraux belligérants ignorent les multiples appels au cessez-le-feu depuis le début des violences, le 15 avril dernier.

Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, a lui aussi appelé à un cessez-le-feu national pour le mois sacré du ramadan afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils qui en ont cruellement besoin et d’empêcher la famine.

EN CHIFFRES

25 millions de personnes «prises dans la spirale» de l’insécurité alimentaire.

 

18 millions de personnes «en situation d’insécurité alimentaire aiguë» à l’intérieur du Soudan.

 

90% des habitants du Soudan sont confrontés à des «niveaux de faim extrêmes».

 

4,2 millions de femmes et de filles exposées à un risque accru de violence sexuelle.

(Source: ONU)

Vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté massivement en faveur d’une résolution rédigée par le Royaume-Uni appelant Al-Burhane et Dagalo à cesser immédiatement les hostilités pendant le ramadan, avec le soutien de quatorze pays et l’abstention de la Russie uniquement.

Le ministère soudanais des Affaires étrangères a publié un communiqué dans lequel il énumère un certain nombre de conditions pour qu’un cessez-le-feu soit effectif, tandis que les FSR n’ont pas répondu. Pourtant, les deux parties sont certainement conscientes que les appels à la trêve sont une demande désespérée pour arrêter la spirale descendante du Soudan vers la famine et le chaos.

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Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a déclaré qu’il avait dû réduire l’aide aux réfugiés soudanais au Tchad en raison d’un manque de fonds. (Photo, AFP)

M. Guterres a mis en garde contre la possibilité d’une instabilité régionale «aux proportions dramatiques», couvrant le Sahel du Mali à l’ouest jusqu’à la Corne de l’Afrique et la mer Rouge à l’est, si l’on laisse le conflit perdurer.

Le Soudan accueille aujourd’hui la plus grande population déplacée au monde, avec 6,3 millions de personnes forcées de quitter leur foyer, tandis que 1,7 million d’autres se sont réfugiées dans les pays voisins.

L’impact de la guerre sur les habitudes alimentaires des Soudanais a été profond.

La cuisine soudanaise, autrefois symbole d’harmonie communautaire et de variété avec ses ragoûts, ses sauces, ses salades fraîches et ses pains, est devenue un lointain souvenir pour une population aujourd’hui aux prises avec la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

La situation économique, caractérisée par une forte taxation des produits importés et une inflation élevée qui en découle, a contraint la plupart des Soudanais à donner la priorité à la survie plutôt qu’aux joies partagées des repas en commun.

Même avant l’éclatement du dernier conflit, l’économie politique soudanaise était caractérisée par un large fossé entre les nantis et les démunis.

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Manifestation de soutien à l’armée soudanaise à Wad Madani, le 17 décembre 2023, dans le cadre de la guerre contre les Forces paramilitaires de soutien rapide. (Photo, AFP)

Aujourd’hui, après onze mois de combats incessants, une grande partie de la population, qui ne dispose pas des ressources nécessaires pour exploiter le potentiel de la terre, doit se contenter de céréales hors de prix pour se nourrir.

D’immenses étendues de terres arables, abandonnées par les Soudanais en fuite, sont désormais vulnérables à la désertification inexorable provoquée par la sécheresse et le changement climatique.

Dans le Soudan du Sud en crise, où environ 600 000 personnes sont réfugiées, des camps de transit surpeuplés témoignent d’une sombre réalité. Ici, les familles déjà éprouvées par les privations liées au déplacement sont confrontées à davantage de privations.

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Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a déclaré qu’il avait dû réduire l’aide aux réfugiés soudanais au Tchad en raison d’un manque de fonds. (Photo : PAM, Eloge Mbaihondoum)

Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), un enfant sur cinq traversant la frontière souffre de malnutrition. Seulement 5% de la population soudanaise peut s’offrir un repas complet par jour, ce qui donne une image désastreuse de l’insécurité alimentaire généralisée.

Pour Samah Salmane, spécialiste soudano-américaine de la sécurité alimentaire, cette crise de la faim est le fruit d’un mélange de plusieurs facteurs tels que le conflit, les précipitations irrégulières et les mauvaises récoltes.

«La dévastation économique et les déplacements internes ont entraîné un écart de 50% dans les besoins de sécurité alimentaire du Soudan», a expliqué M. Salmane à Arab News. «Les personnes qui prenaient autrefois trois repas par jour se retrouvent aujourd’hui avec un seul repas par jour.»

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Les personnes qui prenaient autrefois trois repas par jour se retrouvent aujourd’hui avec un seul repas par jour. (Photo, AFP)

Les mêmes tendances qui affectent l’agriculture en général s’appliquent à la gomme arabique, un produit stratégique mais non comestible du secteur de l’agriculture et de la sylviculture, qui était autrefois la principale culture de rente du Soudan.

«Au Darfour, au Kordofan et à Khartoum, les conflits et l’insécurité empêchent les agriculteurs et les cueilleurs de gomme arabique d’accéder aux champs, ce qui réduit les surfaces cultivées de 40 à 50%», a précisé M. Salmane. 

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La guerre au Soudan a gravement affecté la production de gomme arabique, l’une des principales exportations du pays. (Photo, AFP)

L’instabilité économique exacerbe la crise dans tous les domaines de l’agriculture. Au cours du dernier trimestre, le Soudan a vu l’inflation grimper en flèche pour atteindre 200 à 250%, soit le troisième taux le plus élevé au monde.

«Le taux de change sur le marché parallèle a doublé, passant de 600 livres soudanaises pour un dollar américain (1 dollar = 0,91 euro) au début du conflit à environ 1100 livres soudanaises aujourd’hui, ce qui exacerbe la crise économique», a souligné M. Salmane. 

Selon une récente note de synthèse de Clingendael, l’Institut néerlandais des relations internationales, cette situation est aggravée par la destruction délibérée des systèmes alimentaires du Soudan par les parties belligérantes, ce qui entrave les mécanismes de survie de la population.

Clingendael a ajouté que le monde devait prendre conscience de la menace de famine qui pèse sur le Soudan et a proposé des mesures concrètes pour relever ce défi.

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Des commerçants et des éleveurs d’ânes se rassemblent sur un marché ouvert dans l’État de Gedaref, dans l’est du Soudan, le 16 février 2024, alors que les ânes sont de plus en plus utilisés pour le transport en raison de la pénurie de carburant et d’essence dans ce pays ravagé par la guerre. (Photo, AFP)

Ils recommandent notamment d’injecter de l’argent mobile directement aux producteurs locaux et d’aider les consommateurs par l’intermédiaire de «salles d’intervention d’urgence». Ils recommandent également d’augmenter immédiatement et de manière substantielle l’aide alimentaire et le soutien en matière d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène.

Mettant en garde contre l’éventualité de la plus grave crise alimentaire mondiale depuis des décennies, Clingendael a insisté sur la nécessité pour les puissances mondiales de mobiliser d’urgence des ressources et de réagir de manière décisive afin d’éviter une famine de masse.

Un développement récent a apporté une lueur d’espoir, le gouvernement soudanais dirigé par les FAS ayant accepté, pour la première fois, de recevoir de l’aide humanitaire via le Tchad et le Soudan du Sud, même si cette aide devra passer par des territoires contrôlés par leur adversaire, les FSR.

L’expression traditionnelle soudanaise «Nous avons mangé ensemble», qui symbolisait autrefois l’harmonie et la paix, constitue aujourd’hui un rappel poignant des défis auxquels est confrontée une nation déchirée par les conflits et la faim.

Alors que le Ramadan débute, la communauté internationale observe la situation avec une inquiétude croissante, espérant que les appels au cessez-le-feu seront entendus et que les valeurs du mois sacré apporteront une paix durable au peuple soudanais.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Les calculs à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien

« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
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  • Ibrahim Olabi déclare au Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a frappé la base aérienne d’Abu Al-Duhur à huit reprises et que les incursions et les « actes d’agression » se poursuivent, notamment les enlèvements, les bombardements et d’autres violations
  • La Syrie se trouve « à un moment charnière » alors que des millions de personnes déplacées rentrent enfin chez elles, a déclaré le coordinateur adjoint des secours d’urgence de l’ONU, mais « ce retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », a-t

NEW YORK : Les frappes militaires et les incursions israéliennes poussent la région vers la catastrophe, a déclaré jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi. 

« La région tout entière se trouve au seuil d’une guerre régionale qui n’épargnerait personne », a-t-il déclaré, en raison des « calculs électoraux étroits du Premier ministre israélien ». 

Ses remarques interviennent alors que de hauts responsables de l’ONU ont informé le Conseil de la situation humanitaire en Syrie et de l’avancement de la transition politique post-Assad. 

Israël a mené huit frappes aériennes contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, a poursuivi ses incursions sur le territoire syrien et a persisté dans des « actes d’agression, notamment des enlèvements, des bombardements et des violations » qui « ne cessent pas », a déclaré M. Olabi. 

Il a critiqué « l’attitude irresponsable » du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui s’est rendu cette semaine auprès des troupes israéliennes du côté syrien du mont Hermon et a déclaré qu’elles y resteraient indéfiniment, qualifiant cela de « défi flagrant à la légitimité internationale et aux résolutions de ce Conseil ». 

Il a indiqué que la Syrie s’engageait sérieusement dans les efforts diplomatiques menés sous l’égide des États-Unis visant à désamorcer l’escalade, mais a averti que « tous les efforts internationaux et régionaux déployés depuis des mois pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région risquent désormais d’être réduits à néant par les illusions qui n’existent que dans l’imagination d’un gouvernement imprudent et extrémiste ». 

Les attaques israéliennes « ne nous feront pas changer de cap », a ajouté M. Olabi, ni « le choix de la Syrie en faveur de la stabilité », qui, selon lui, ne peut être réalisé que si Israël met fin à ses attaques, cesse ses incursions, se conforme pleinement à l’accord de désengagement de 1974 et se retire des territoires qu’il occupe depuis le 8 décembre 2024. 

Abordant la question du Golan occupé, M. Olabi a cité la résolution 497 du Conseil de sécurité, adoptée en 1981, et en a rappelé la conclusion selon laquelle la « décision d’Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le Golan syrien occupé » était « nulle et non avenue, et sans effet juridique international ». 

Il a noté qu’une résolution de l’Assemblée générale adoptée ce mois-ci, réaffirmant ce principe, avait recueilli le soutien de 123 États, contre 97 auparavant. 

M. Olabi a exposé sa vision de ce qu’il a qualifié de tournant pour la Syrie. Il a notamment mis en avant trois événements marquants survenus ce mois-ci. Premièrement, la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à Damas, qui, selon lui, a mis fin à « une ère de tensions entre les Nations unies et la Syrie » au profit d’« une nouvelle phase […] placée sous le signe du partenariat ». 

Deuxièmement, la visite du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui a marqué ce qu’il a qualifié de fin de « l’ère des déplacements et des réfugiés » et le début d’une ère de « retour », plus de 3 millions de Syriens étant déjà rentrés chez eux. 

Et troisièmement, la visite de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui, selon lui, a ouvert «une nouvelle phase de coopération plus large» après «l’ère de l’ambiguïté». 

M. Olabi s’est également félicité de la décision prise cette semaine par les États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme après 47 ans, et a remercié le président Donald Trump. 

Il a évoqué le réchauffement des relations avec la Russie, la Chine et le Pakistan, et a souligné que l’intégration et la dissolution complètes des Forces démocratiques syriennes au sein de l’Armée arabe syrienne constituaient la preuve d’« un véritable processus d’intégration nationale […] fondé sur l’égalité entre les citoyens et non sur des quotas sectaires ». 

Il a cité une série de signes de reprise économique en Syrie : la reprise des vols internationaux vers l’Allemagne ; de nouveaux systèmes de paiement électronique ; les préparatifs en vue de sortir de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les pays présentant des faiblesses reconnues dans leurs efforts de lutte contre le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers ; et la réouverture du salon commercial de la Foire internationale de Damas. 

Pour les Syriens, « le rétablissement d’un vol direct ou l’ouverture d’un compte bancaire… ce ne sont pas des détails mineurs ; ce sont au contraire des signes du retour à la vie elle-même », a déclaré M. Olabi. 

Il a également noté que les tribunaux avaient rendu des jugements à l’encontre de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad, de son frère Maher et d’autres membres de l’ancien régime pour des crimes commis contre des citoyens syriens, et a remercié le Liban d’avoir extradé un ancien officier recherché. 

Moment charnière

Lors d’un point d’information au Conseil sur la situation humanitaire en Syrie, Indrika Ratwatte, secrétaire général adjoint par intérim et coordinateur adjoint des secours d’urgence, a déclaré que le pays se trouvait « à un moment charnière », avec près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés ayant regagné leur foyer depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024. 

Il a toutefois averti que « le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », soulignant que plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, dont 833 000 vivent dans plus de 1 200 camps. 

Il a indiqué que les engins explosifs avaient fait plus de 2 400 victimes, dont 865 morts, depuis décembre 2024, et que l’appel humanitaire international en faveur de la Syrie n’était financé qu’à hauteur de 30 %. 

« C’est précisément le moment où les investissements peuvent transformer des progrès fragiles en une reprise durable », a déclaré M. Ratwatte, appelant à un financement soutenu, à un soutien aux rapatriés et à des efforts pour « empêcher la Syrie d’être entraînée dans un conflit régional ». 

S’exprimant depuis Damas, le représentant spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, s’est félicité de la décision américaine de lever la désignation de la Syrie comme «État soutenant le terrorisme », et a cité une projection du Fonds monétaire international prévoyant «une croissance à deux chiffres en 2026» pour le pays. 

Il a toutefois averti que « la pauvreté généralisée et la recrudescence de l’inflation signifient que les conditions restent très difficiles pour la plupart des Syriens ». 

M. Cordone a également fait part de ses inquiétudes concernant la poursuite des opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie, « notamment les incursions terrestres répétées, les perquisitions domiciliaires et la destruction de biens privés et agricoles », et a déclaré que la présence d’Israël à l’est de la ligne de cessez-le-feu « violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ». 

Il a condamné la frappe israélienne du 18 août contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, dans le gouvernorat d’Idlib, et s’est félicité des « récents contacts directs entre Israël et la Syrie et des pourparlers en Jordanie », ainsi que des efforts de médiation américains. Il a également soulevé un certain nombre de préoccupations d’ordre national, notamment des informations faisant état de décès en détention et de disparitions, et a exhorté les autorités syriennes à instaurer « un moratoire sur toutes les exécutions ».


Syrie: le président Chareh fait du chef kurde Mazloum Abdi l'un de ses conseillers

Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
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  • M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI)
  • Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat

DAMAS: Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas.

"Moustafa Khalil Abdi est nommé conseiller auprès de la présidence de la République", indique le décret signé par M. Chareh et publié par l'agence de presse officielle Sana.

M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.

L'accord d'intégration représente une victoire majeure pour M. Chareh, mais met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes.

"Absolument historique": l'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, s'est félicité mardi de cette décision qui "ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie".

"Sacrifices consentis"

"Garantir des rôles de premier plan à nos précieux partenaires", y compris M. Abdi au sein du gouvernement, "témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis par nos partenaires kurdes et à la contribution constructive qu'ils ont apportée à la stabilité régionale", avait ajouté M. Barrack, sans préciser quel rôle l'ex-chef des FDS était appelé à occuper.

Les FDS ont été formées en 2015 à l'initiative des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu l'EI à Kobané, dans le nord de la Syrie, et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte en cours contre les jihadistes.

A leur apogée, elles comptaient environ 100.000 combattants, kurdes et arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.

Mais Mazloum a adhéré à l'accord d'intégration à la suite des affrontements de janvier dernier, au cours desquels les Kurdes ont perdu de vastes portions de territoire au profit des troupes gouvernementales, alors même que Washington, soutien de longue date des Kurdes, se rapprochait des nouvelles autorités de Damas.

M. Chareh a de son côté signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale – une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.

M. Abdi a annoncé la semaine dernière que l'intégration de l'administration kurde à l'Etat syrien était achevée, ajoutant "notre combat se poursuivra afin d'inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution."


Tunisie: pour les coupures d'eau et électricité, le président dénonce des «actes prémédités»

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
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  • Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics
  • Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés"

TUNIS: Le président tunisien Kais Saied, doté des pleins pouvoirs depuis l'été 2021, a dénoncé des "actes prémédités" visant à "attiser les tensions" pour expliquer les coupures d'eau et d'électricité qui rythment le quotidien des Tunisiens depuis le début de l'été.

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics.

Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés".

M. Saied s'est exprimé après une réunion avec sa cheffe de gouvernement, les ministres concernés et les dirigeants des deux entreprises publiques, Steg (électricité) et Sonède (eau).

Dans son communiqué, M. Saied, coutumier des déclarations à caractère complotiste, affirme que "les enquêtes ont démontré" que les coupures "dans plusieurs zones ne résultaient pas de pannes ordinaires".

Selon lui, il s'agit "d'actes prémédités visant à enflammer la situation par tous les moyens, à répandre mensonges et rumeurs afin de semer la confusion" et à "maltraiter les citoyens jusque dans les services les plus élémentaires".

Comme en juillet, la Steg a recommencé à publier des avis de "délestages", destinés à soulager son réseau sous forte tension, en listant les villes concernées ainsi que les quartiers de Tunis, une agglomération d'environ trois millions d'habitants sur 12 millions.

Les Tunisiens subissent aussi de fréquentes coupures d'eau, car une bonne partie de l'approvisionnement en eau courante nécessite un pompage.

La production de bouteilles d'eau minérale, dont les Tunisiens sont de gros consommateurs, a en outre été perturbée par ces coupures d'électricité et une pénurie de bouteilles en plastique. Dans les supermarchés, l'eau est rationnée à un pack de six par personne et est devenue introuvable dans les épiceries.

"Les ennemis de la patrie et ceux qui les soutiennent sont désormais démasqués aux yeux du peuple tunisien", a poursuivi M. Saied, prévoyant "un échec" pour ces "tentatives de provocation" et "ces plans criminels, d'où qu'ils viennent" tant que le pays restera "soudé".

En juillet 2021, M. Saied avait limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, réduit depuis à un rôle de chambre d'enregistrement.

Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères, dont Human Rights Watch et Amnesty International, l'ont accusé de dérive autoritaire à travers une restriction des droits et libertés et l'emprisonnement des principaux leaders de l'opposition, de dizaines de journalistes, avocats et militants.