Il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que le régime iranien change d’attitude

Manifestants iraniens brûlant un drapeau américain (Atta Kenare/AFP)
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Publié le Dimanche 18 octobre 2020

Il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que le régime iranien change d’attitude

  • L’Iran est un État révolutionnaire, fondé en 1979 sur des idéaux spécifiques qui constituent les principes fondamentaux de son existence
  • La Constitution de la République islamique est claire sur le fait que la mission religieuse du gouvernement n’est pas limitée aux seules frontières de l’Iran

L’Iran est un État révolutionnaire, fondé en 1979 sur des idéaux spécifiques qui constituent les principes fondamentaux de son existence

La Constitution de la République islamique est claire sur le fait que la mission religieuse du gouvernement n’est pas limitée aux seules frontières de l’Iran

L’argument selon lequel on peut convaincre le régime iranien de changer sa politique étrangère, que ce soit à travers la diplomatie, les négociations ou les incitations financières, défie la logique et la raison. Certains dirigeants du monde plaident même pour la poursuite d’une politique d’apaisement avec les religieux au pouvoir en Iran comme un moyen de modifier leur attitude déstabilisatrice dans la région.

A titre d’exemple, le texte final de la plateforme 2020 du Parti Démocrate américain, qui a été rendu public cette semaine, fait référence à la politique du parti vis-à-vis de l’Iran. En vue de changer l’attitude du régime, les Démocrates appellent à une approche diplomatique et à des négociations avec Téhéran, ainsi qu’à un retour au Plan d’Action Global Commun (PAGC), connu aussi sous le nom d’accord sur le nucléaire iranien, précisant que Joe Biden lèverait les sanctions américaines à l’encontre du gouvernement iranien s’il gagnait l’élection en novembre.

Proposer des avantages économiques et politiques est une politique valable pour convaincre un État moderne et rationnel d’abandonner ou de changer ses opérations déstabilisatrices. Mais ce que les défenseurs de cette politique n’arrivent pas à comprendre est que la République Islamique n’est pas un État conventionnel pouvant être persuadé de changer sa politique étrangère. C’est un État révolutionnaire, fondé en 1979 sur des idéaux spécifiques qui constituent les principes fondamentaux de son existence.

Quels sont certains de ces idéaux révolutionnaires que le régime n’a pas changés depuis des décennies ? La République islamique se considère supérieure au niveau religieux dans la région et au-delà. Ce sentiment de supériorité religieuse est accompagné d’un autre idéal qui est d’avoir la prépondérance sur l’ensemble du monde Musulman, basée sur les termes édictés. La Constitution de la République islamique est claire sur le fait que la mission religieuse du gouvernement n’est pas limitée aux seules frontières de l’Iran. Elle stipule :’’La Constitution fournit la base nécessaire en vue de garantir la poursuite de la Révolution dans le pays, aussi bien qu’à l’étranger. De façon particulière, dans le développement des relations internationales, la Constitution luttera avec les autres mouvements Islamiques et populaires pour préparer le chemin à la formation d’une seule communauté mondiale.’’

Un autre principe révolutionnaire du régime est d’employer le pouvoir coercitif en vue d’exporter son idéologie religieuse vers d’autres pays. La Constitution confie aux militaires l’accomplissement de cet objectif : « L’Armée de la République islamique d’Iran doit être une armée islamique - dévouée à l’idéologie islamique et au peuple… Elle sera responsable non seulement de la garde et de la préservation des frontières du pays, mais aussi de l’accomplissement de la mission idéologique du jihad sur sa voie vers Dieu; ce qui revient à étendre la souveraineté de la loi divine dans le monde. »

La République Islamique n’est pas un État conventionnel pouvant être persuadé de changer sa politique étrangère

                                                                                   Dr Majid Rafizadeh

Un autre principe révolutionnaire inflexible est l’anti-américanisme. Comme l’a affirmé en 2015 Ali Shirazi, le représentant du Guide suprême Ali Khamenei auprès des forces Al-Qods : « Nous résisterons à l’arrogance du monde. Nous ne connaîtrons pas de repos avant d’avoir hissé la bannière de l’Islam au-dessus de la Maison-Blanche. »

Si nous étudions soigneusement le gouvernement de la République islamique tout au long des quatre dernières décennies, nous pouvons clairement voir que le régime iranien a maintenu ces principes fondamentaux de son idéologie, bon an, mal an, dans la guerre comme dans la paix, et ce depuis la révolution de 1979.

Après la conclusion de l’accord nucléaire du PAGC en 2015, et alors que l’Iran s’était trouvé libéré des sanctions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, le régime n’a pas tempéré son attitude ou mis ses idéaux révolutionnaires de côté. En fait, le régime s’est vu renforcé et enhardi dans l’exercice de son influence dans la région.

Une fois l’Iran libéré des restrictions des sanctions internationales, il a commencé à lancer des missiles balistiques, en violation des résolutions des Nations-Unies, et a accru son soutien au Président Syrien Bachar el-Assad en recrutant des milices, en fournissant des aides financières et politiques, et en envoyant davantage de soldats en Syrie. La République islamique est également devenue un membre provocateur de l’OPEP, en rejetant ouvertement en 2016 une proposition de ses membres, dont le Qatar, l’Arabie Saoudite et le Venezuela, de réduire sa production de pétrole en vue de répondre à un excédent mondial.

Après l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire, une série d’assassinats et de complots terroristes à travers l’Europe – certains ayant réussi, et d’autres ayant échoué – ont été attribués à Téhéran. Les violations des droits humains et la répression en Iran se sont également accrus. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique a étendu son rôle militariste dans la région, cependant qu’augmentaient également les actions destructrices de l’Iran, le financement et l’armement de milices terroristes, dont le Hezbollah et les Houthis. Les slogans tels que « Mort à l’Amérique » n’ont pas disparu suite à toutes ces politiques d’apaisement et ces initiatives diplomatiques. Téhéran a fait également preuve d’agressivité dans le Golfe et a attaqué des navires sans crainte de répercussions.

Le régime iranien a maintenu les principes fondamentaux de son idéologie depuis 1979. Il serait totalement irrationnel et irréaliste de s’attendre à un changement de sa politique destructrice, comme conséquence de mesures diplomatiques et d’apaisement.

•         Dr. Majid Rafizadeh est un politologue irano-americain diplômé de Harvard. Twitter : @Dr_Rafizadeh.

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