Soudan: menace d'«insécurité alimentaire catastrophique» pour près de 5 millions de personnes

Des volontaires préparent de la nourriture pour des fidèles musulmans déplacés à l'intérieur du pays pour leur repas de rupture du jeûne pendant le mois sacré du Ramadan à Gedaref, le 13 mars 2024.  (AFP)
Des volontaires préparent de la nourriture pour des fidèles musulmans déplacés à l'intérieur du pays pour leur repas de rupture du jeûne pendant le mois sacré du Ramadan à Gedaref, le 13 mars 2024. (AFP)
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Publié le Samedi 16 mars 2024

Soudan: menace d'«insécurité alimentaire catastrophique» pour près de 5 millions de personnes

  • Le dernier rapport IPC estimait à 4,9 millions le nombre de personnes en phase 4 (urgence) au Soudan, dont plus de 300.000 au Centre Darfour et plus de 400.000 au Darfour Ouest
  • Au total, près de 18 millions de Soudanais font face à une insécurité alimentaire grave (phase 3 et plus), un chiffre «record» en période de récoltes et 10 millions de plus qu'à la même période l'an dernier

NATIONS UNIES: Près de 5 millions de personnes pourraient plonger dans une "insécurité alimentaire catastrophique" dans les prochains mois au Soudan en guerre, selon un document de l'ONU vu vendredi par l'AFP, qui réclame un meilleur accès humanitaire et un cessez-le-feu.

"Sans aide humanitaire urgente et un accès aux produits de base", près de 5 millions de Soudanais, déjà en situation d'urgence alimentaire (phase 4 de l'échelle IPC qui en compte 5), "pourraient glisser dans une insécurité alimentaire catastrophique dans certaines parties du pays dans les prochains mois", écrit le chef du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU Martin Griffiths dans cette note envoyée au Conseil de sécurité.

L'IPC est l'échelle de classification de l'insécurité alimentaire, sur laquelle se basent les agences de l'ONU.

"Des populations classées en phase 4 dans le Darfour Ouest et le Centre Darfour vont probablement passer en phase IPC 5", estime-t-il.

Le dernier rapport IPC estimait à 4,9 millions le nombre de personnes en phase 4 (urgence) au Soudan, dont plus de 300.000 au Centre Darfour et plus de 400.000 au Darfour Ouest. Personne n'était alors classé en phase 5 de "famine".

Au total, près de 18 millions de Soudanais font face à une insécurité alimentaire grave (phase 3 et plus), un chiffre "record" en période de récoltes et 10 millions de plus qu'à la même période l'an dernier.

Les femmes, les enfants et les déplacés sont "particulièrement menacés", met en garde Martin Griffiths, notant que près de 730.000 enfants, dont 240.000 au Darfour, devraient souffrir de malnutrition aiguë.

"Une augmentation sans précédent de traitements de cas d'émaciations aiguës, forme la plus mortelle de malnutrition, est déjà observée dans des zones accessibles", indique le responsable humanitaire, s'inquiétant pour les zones difficiles d'accès où vivent "près de trois-quarts des 4,7 millions d'enfants sont en grave malnutrition et de femmes enceintes ou allaitantes ayant besoin d'aide urgente".

Il appelle à des "mesures urgentes" pour empêcher à cette catastrophe "de s'installer", en particulier un meilleur accès humanitaire, plus d'argent, et un cessez-le-feu.

"Pour atteindre ceux qui en ont besoin, les organisations humanitaires ont besoin d'un accès sûr, rapide, continu et sans entrave, notamment à travers les lignes de front", a déclaré plus tôt vendredi Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU.

"Une mobilisation massive de ressources de la part de la communauté internationale est également essentielle", a-t-il insisté, alors que le plan humanitaire de l'ONU pour le Soudan en 2024, chiffré à 2,7 milliards de dollars, n'est financé qu'à moins de 5%.

Il y a suffisamment de stocks humanitaires à Port-Soudan mais l'accès à la population pose problème, a de son côté expliqué Jill Lawler, du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), de retour de la région de Khartoum, réclamant la possibilité de circuler à travers les lignes de front et de traverser les frontières des pays voisins.

Début mars, le Programme alimentaire mondial (PAM) a tiré déjà la sonnette d'alarme: la guerre "pourrait créer la plus grande crise de la faim au monde" dans un pays qui connaît déjà la plus importante crise de déplacement de population du globe.

Les combats, qui font rage depuis le 15 avril 2023 entre l'armée du général Abdel Fattah al-Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR, paramilitaires) du général Mohammed Hamdane Daglo, ancien numéro deux du pouvoir, ont fait des milliers de morts et plus de huit millions de déplacés, selon l'ONU.

La directrice régionale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Hanan Balkhy s'est elle alarmée vendredi dans un communiqué de la situation sanitaire, notamment au Darfour.

"La plupart des établissements de santé ont été pillés, endommagés ou détruits. Au Darfour-Ouest, le système de santé est à l'arrêt", a-t-elle déploré.

De l'autre côté du pays, à Port-Soudan, "les établissements de santé reçoivent 2 à 4 fois plus de patients que ce qu'ils sont habitués à traiter", a-t-elle ajouté, décrivant également la lutte contre le choléra.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".