Quatre ans après la bataille de Tripoli, des civils menacés par mines et munitions

Un homme montre des obus trouvés près des maisons dans la banlieue de Tripoli, le 26 mai 2024. (AFP)
Un homme montre des obus trouvés près des maisons dans la banlieue de Tripoli, le 26 mai 2024. (AFP)
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Publié le Vendredi 07 juin 2024

Quatre ans après la bataille de Tripoli, des civils menacés par mines et munitions

  • Début mai, le Centre libyen de déminage (LibMAC) du ministère de la Défense a noué une collaboration pour développer une «stratégie nationale antimines»
  • Même si la Libye a réussi à «nettoyer» quelque 36% des zones dangereuses identifiées dans le pays, environ 436 millions de mètres carrés demeurent «contaminés»

TRIPOLI: Quatre ans après une bataille sanglante entre rivaux libyens pour le contrôle de la capitale Tripoli, les habitants de la périphérie, revenus progressivement chez eux, vivent sous la menace de centaines de mines et engins non explosés, qui fauchent des vies innocentes même en temps de paix.

Sorti jouer un matin de la mi-mai avec deux copains derrière la maison familiale à Al-Machrou, en périphérie de Tripoli, Mohamad Saleh Farhat, dix ans, a fini aux soins intensifs avec des blessures graves qui ont failli lui coûter la vie.

Habitués à s'amuser avec tout ce qu'ils trouvent, les garçonnets ont ramassé un objet métallique, intrigués par sa forme, et l'ont manipulé, inconscients du danger, jusqu'à ce qu'il explose.

Mohamad s'est écroulé par terre dans une flaque de sang, pendant que ses deux camarades, terrifiés, couraient dans tous les sens, avant qu'un voisin ne vienne à leur secours pour les conduire à l'hôpital.

"Nous avons trouvé un cône métallique près du mur du jardin, nous l'avons ramassé en pensant que c'était un bout de métal", puis "nous avons pris peur et l'avons jeté", raconte son camarade Hamam Saqer, 12 ans, grièvement touché aux pieds par les fragments d'obus de mortier.

"Quelques secondes après, une forte explosion nous a projetés à terre", témoigne à l'AFP le garçon, sur son lit d'hôpital, le corps recouvert de pansements. "Nous n'avions pas compris que c'était une munition, nous n'allons plus jamais retourner dans ce jardin!"

Sur le lit voisin, son frère Laith Saqer, onze ans, s'en est sorti avec quelques lésions superficielles. "Nous ne savions pas. Nous sommes allés jouer, c'est tout", dit-il.

Rongée par les divisions depuis la chute et la mort du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est gouvernée par deux administrations rivales: l'une à Tripoli (ouest) dirigée par Abdelhamid Dbeibah et reconnue par l'ONU, l'autre dans l'est, incarnée par le Parlement et affiliée au puissant maréchal Khalifa Haftar.

«Zone sinistrée»

Même si la Libye a réussi à "nettoyer" quelque 36% des zones dangereuses identifiées dans le pays, environ 436 millions de mètres carrés demeurent "contaminés", d'après Fatma Zourrig, cheffe de la Section de lutte antimines de la Manul, la Mission de l'ONU en Libye.

"Ces cinq dernières années, plus de 400 personnes ont été blessées ou tuées dans des accidents liés aux munitions. Trente-cinq sur l'année dernière, dont 26 enfants", a-t-elle affirmé lors d'un récent colloque à Tripoli.

"Il va falloir cinq à dix ans pour éliminer" ces résidus explosifs, mais à condition que la Libye "retrouve une stabilité politique et des autorités exécutives et législatives unifiées", a indiqué un responsable du ministère de la Défense à l'AFP.

Début mai, le Centre libyen de déminage (LibMAC) du ministère de la Défense a noué une collaboration pour développer une "stratégie nationale antimines" avec le Centre International de Déminage Humanitaire de Genève (CIDHG) et la Manul.

La banlieue sud de la capitale, où ont été blessés les trois amis, a été le "théâtre de toutes les guerres depuis 2011 jusqu'à aujourd'hui, et nous entendons fréquemment dire que des voisins ont subi des amputations après l'explosion" d'un engin, explique Saleh Farhat, père du petit Mohamad.

"C'est une zone sinistrée", dit-il, espérant que les autorités accentueront le déminage de ces secteurs résidentiels. "J'ai le coeur brisé (...) et les autorités ne font pas assez pour éliminer les mines", déplore Saleh qui a aussi perdu une activité commerciale florissante à cause de la guerre.

Seddik al-Abassi, un responsable de la mairie d'Abouslim, "l'un des secteurs de Tripoli les plus touchés", souligne que "les gens ont peur car leur vie est en danger", exhortant les autorités à fournir les équipements modernes permettant d'effectuer une nouvelle inspection de ces zones résidentielles".

En attendant, l'état du jeune Mohamad, touché à la tête par les éclats d'obus, "est stable mais il aura besoin d'une longue convalescence", estiment ses médecins.


Israël continuera à opérer dans le sud du Liban 

 L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
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  • Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban
  • Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais.

L'armée a publié une carte de ce qu'elle déclare être son "espace de sécurité", s'étendant sur une dizaine de kilomètres à l'intérieur du territoire libanais.

Elle indique que des troupes continueront d'y être déployées "afin d'éliminer les menaces et d'améliorer la défense des habitants du nord d'Israël".

Un responsable militaire israélien a précisé que l'armée pourrait également agir pour "neutraliser" les risques identifiés au-delà de la zone de sécurité, et appelé les civils libanais à ne pas y pénétrer.

Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban et le Hezbollah pro-iranien n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël.

Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais.

L'armée israélienne a pour sa part annoncé la mort de l'un de ses soldats dans la nuit de mercredi à jeudi, lors d'un incident survenu dans le sud du Liban. Sept soldats ont également été blessés.

Le groupe armé Hezbollah soutenu par l'Iran a entraîné le Liban dans la guerre début mars en attaquant Israël pour venger l'assassinat du guide suprême de la République islamique au début de la campagne américano-israélienne.

Israël a riposté par de vastes frappes à travers le Liban et par le lancement d'une invasion terrestre dans le sud, région frontalière d'Israël et de longue date sous l'influence du Hezbollah.

Le Liban et Israël mènent depuis avril des pourparlers directs à Washington afin de tenter de mettre fin aux hostilités et de dissocier leur conflit de la guerre régionale.

"D'autres étapes sont en cours de discussion" dans le cadre de ces pourparlers, a déclaré jeudi la même source militaire, ajoutant que "les représentants se rencontreront à nouveau la semaine prochaine".

 


Iran: le guide suprême dit avoir approuvé l'accord avec les Etats-Unis, malgré une «opinion différente»

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails. (AFP)
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  • "J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom"
  • Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas"

TEHERAN: Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a déclaré jeudi avoir approuvé l'accord avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre, malgré une "opinion différente" sur la question, sans plus de détails.

"J'avais une opinion différente, mais j’ai donné mon autorisation en raison de l’engagement que le respectable président (iranien), en tant que président du Conseil suprême de sécurité nationale, a pris envers moi en son nom et au nom des autres membres pour protéger les droits de la nation iranienne et du front de la résistance" à Israël, a déclaré Mojtaba Khamenei, dans un message écrit lu à la télévision d’État.

Selon lui, le président l'a aussi assuré que "si la partie américaine formule des exigences excessives" dans la suite des négociations en vue d'un accord final, "ils ne s’y soumettront pas".

"Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l'avenir ne présagent pas de l'acceptation du point de vue de l'ennemi", a souligné le guide suprême, dans cette première réaction à l’accord irano-américain visant à mettre fin à la guerre, signé tôt jeudi par les présidents américain Donald Trump et iranien Masoud Pezeshkian.

Le dirigeant n’a pas été vu en public depuis son entrée en fonction en mars, à la suite de l’assassinat de son père et prédécesseur, l’ayatollah Ali Khamenei, lors des premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, qui ont déclenché la guerre régionale.

Mojtaba Khamenei a encore affirmé que Donald Trump avait "par désespoir, actionné toutes sortes de leviers" pour obtenir cet accord avec l’Iran,  afin de mettre fin à la guerre.


Trump et Netanyahu sur le Liban, un « petit différend »

Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille. (AFP)
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  • "Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré
  • "Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend"

EVIAN: Donald Trump a vanté mercredi, depuis le sommet du G7 en France, son "formidable partenariat" avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un changement de ton après ses critiques acerbes de la veille.

"Pour être tout à fait juste envers Bibi (surnom du Premier ministre israélien) Netanyahu, qui se trouve être un homme bien, il s'emporte un peu parfois", a-t-il déclaré.

"Nous avons un partenariat formidable", a-t-il ajouté, qualifiant leur désaccord sur le Liban de "petit différend".

Le président américain a indiqué que le protocole d'accord avec l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient serait signé "bientôt", "peut-être" jeudi ou vendredi.

La signature a été annoncée pour vendredi à Genève.

Interrogé sur son intention de rester en Europe pour la signature, il a répondu qu'il "pourrait" rester, tout en ajoutant: "Ce n'est pas le genre de document que je devrais signer".

Sur "la partie libanaise, c'est une chose sur laquelle il va falloir qu'on travaille un peu", a reconnu Donald Trump, alors que les Iraniens exigent qu'Israël cesse ses frappes contre le groupe armé pro-iranien Hezbollah au Liban.

"C'est en fait une toute petite pièce du puzzle, mais elle fait quand même beaucoup de bruit", a également commenté Donald Trump, estimant que "le vrai sujet, c'est l'accord avec l'Iran".

Car "c'est là qu'est l'argent, là que se trouvait le pouvoir", a-t-il ajouté.

Il a en outre répété que les Etats-Unis "prendront" l'uranium hautement enrichi de l'Iran même s'il est "sans valeur".

Le président américain a par ailleurs promis une discussion "parallèle" avec les pays du Golfe portant sur les missiles balistiques.

Ces pays ont été la cible des frappes de Téhéran durant la guerre américano-israélienne contre la République islamique iranienne.

Donald Trump était depuis lundi à Evian, station thermale des Alpes, pour le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de sept des plus grandes puissances industrialisées (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni).

Il prolonge son séjour en France avec un dîner au château de Versailles avec Emmanuel Macron.