«Nouveau Front Populaire» : comment la gauche a refait l'union en quatre jours

Le Nouveau Front Populaire annonce aussi vouloir un "protectionnisme écologique et social aux frontières de l'Europe" et "mettre fin aux accords de libre-échange".  (AFP)
Le Nouveau Front Populaire annonce aussi vouloir un "protectionnisme écologique et social aux frontières de l'Europe" et "mettre fin aux accords de libre-échange". (AFP)
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Publié le Vendredi 14 juin 2024

«Nouveau Front Populaire» : comment la gauche a refait l'union en quatre jours

  • Le Nouveau Front Populaire, alliance des principales forces de gauche, a dévoilé vendredi son programme pour les législatives
  • Il promet sur le plan national d'abroger les réformes des retraites, de l'assurance-chômage et de l'immigration

PARIS: En 2022, les négociations pour former la Nupes avaient duré 13 jours - et 13 nuits. En 2024, face au risque qui n'a jamais été aussi fort de voir l'extrême droite arriver au pouvoir, les partis de gauche auront réussi à s'entendre autour d'un "Nouveau Front populaire" en quatre jours. Non sans tensions.

"Il me faut une cigarette. J'ai pas dormi depuis deux nuits", soupire jeudi Sébastien Vincini, secrétaire national du PS, devant le siège des Ecologistes, rue des Petits Hôtels à Paris.

Dès dimanche soir, à peine le choc de la dissolution de l'Assemblée nationale passé, la patronne des Ecologistes Marine Tondelier annonce qu'elle "va prendre les uns et les autres, à deux, à trois" pour tenter de former une union à gauche face au Rassemblement national.

Un pari des plus risqués alors que depuis plusieurs mois et l'explosion de la Nupes, les relations sont au plus bas entre communistes, Insoumis, socialistes et Ecologistes. Voire exécrables.

Après des semaines de campagne pour les européennes où les Insoumis ont régulièrement attaqué Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, et tenté de siphonner le vote écologiste, les bises et les retrouvailles sont fraiches quand LFI arrive chez les écolos lundi après-midi.

"Laissez-les passer, on les a invités!", lance Marine Tondelier aux journalistes qui s'agglutinent autour de la délégation conduite par le coordinateur du mouvement Manuel Bompard et la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot.

Retraites, ISF, Gaza... les principaux engagements du Nouveau Front Populaire

Le Nouveau Front Populaire, alliance des principales forces de gauche, a dévoilé vendredi son programme pour les législatives. Il promet sur le plan national d'abroger les réformes des retraites, de l'assurance-chômage et de l'immigration.

A l'international, il s'engage à oeuvrer pour "un cessez-le-feu immédiat à Gaza" et dénonce les "massacres terroristes" du Hamas. Le programme laisse certains points de désaccords en suspens, sur le nucléaire ou l'Otan par exemple.

Retraites, immigration : «rupture totale» avec Macron

Les forces de gauche promettent "une rupture totale avec la politique d'Emmanuel Macron", avec des mesures d'urgence dès les "15 premiers jours" : à commencer par l'abrogation des réformes de l'assurance chômage et de l'emblématique réforme des retraites d'Emmanuel Macron. A plus long terme, elles réaffirment un "objectif commun du droit à la retraite à 60 ans", alors que la question de l'âge de départ a divisé socialistes et insoumis durant les européennes.

D'ici à quelques mois, l'alliance de gauche s'engage à indexer les salaires sur l'inflation et à passer aux 32 heures hebdomadaires "dans les métiers pénibles ou de nuit".

Elle promet de "bloquer", dès les premières semaines, "les prix des biens de première nécessité", d'augmenter le Smic à "1.600 euros net" ou encore de garantir des prix plancher aux agriculteurs par une taxe sur "les superprofits des agro-industriels et de la grande distribution".

Le Nouveau Front Populaire entend aussi abroger "les lois asile et immigration" votées sous Emmanuel Macron, et s'engage à garantir l'"accès à l'aide médicale d'État", qui couvre les frais de santé des étrangers sans papiers, à consacrer un "droit du sol intégral" ou encore à créer "un statut de déplacé climatique".

Dans leur viseur également : la réforme constitutionnelle en Nouvelle-Calédonie ou les "dispositions liberticides des lois sécurité globale, séparatisme, et les lois qui instaurent un état d'urgence permanent".

«Cessez-le-feu» à Gaza, livraisons d'armes à l'Ukraine

Sur le plan international, les partis de gauche tentent de mettre de côtés les profondes divergences qui les ont opposés sur le Hamas, en dénonçant "les massacres terroristes" du mouvement islamiste et en promettant d'oeuvrer "pour la libération des otages détenus" depuis le 7 octobre.

Ils appellent à "imposer un cessez-le-feu immédiat à Gaza et à faire respecter l'ordonnance de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui évoque, sans ambiguïtés, un risque de génocide".

Le Nouveau Front Populaire s'engage aussi à "reconnaitre immédiatement l’État de Palestine aux côtés de l’État d’Israël".

Constatant que les "actes racistes, antisémites et islamophobes (...) connaissent une explosion inquiétante sans précédent", les partis de gauche appellent à un "plan interministériel contre l'antisémitisme et l'islamophobie".

Partagés sur le degré de soutien à l'Ukraine face à la Russie, ils s'entendent sur un dénominateur commun et promettent de "défendre indéfectiblement la souveraineté" ukrainienne "par la livraison d'armes nécessaires".

Ils ne règlent en revanche pas leurs désaccords sur l'Otan, que LFI souhaite quitter à terme par exemple, au contraire du PS.

ISF et «protectionnisme écologique»

Pour "abolir les privilèges des milliardaires" dès "le 4 août", l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) sera rétabli et "renforcé avec un volet climatique". La grille d'imposition sera revue avec 14 tranches et un "héritage maximum" instauré.

Le Nouveau Front Populaire annonce aussi vouloir un "protectionnisme écologique et social aux frontières de l'Europe" et "mettre fin aux accords de libre-échange". Il entend aussi "conditionner les aides aux entreprises au respect de critères environnementaux (et) sociaux".

Un encadrement des loyers sera également instauré "de manière obligatoire dans les zones tendues".

L'union de la gauche souhaite également un "moratoire sur les grands projets d'infrastructures autoroutières et les mégabassines".

L'accord ne tranche toutefois pas ses différends sur le mix énergétique français et la question cruciale de la part du nucléaire.

Sur le plan institutionnel, les partis de gauche promettent "d'instaurer la proportionnelle" aux élections législatives ou encore d"abroger le 49.3", pour mettre une VIe république sur les rails.

Pression populaire 

La délégation socialiste, conduite par le patron du PS Olivier Faure, le secrétaire général Pierre Jouvet et la maire de Nantes Johanna Rolland, forte du bon score de Raphaël Glucksmann la veille aux européennes, arrive deux heures plus tard. Non sans avoir envoyé auparavant ses conditions.

"Le premier temps pris par le PS pour formuler la liste de courses avec Place publique était décisif", admet une députée LFI.

Après des retrouvailles "franches" selon l'élue LFI Clémence Guetté, les discussions s'engagent.

Dix pizzas arrivent pour nourrir les participants, un bon signe pour les partisans de l'union, cela veut dire que personne n'a claqué la porte.

Sur les coups de 22h30, une manifestation contre l'extrême droite place de la République migre vers la rue des Petits Hôtels.

Depuis la salle René Dumont - du nom du premier candidat écologiste à une présidentielle - le tumulte du peuple unitaire de gauche, qui chante "la jeunesse exige le Front populaire!" se fait entendre.

Et "quand tout le monde est dans la rue, ça accélère les discussions", se félicite Marine Tondelier.

Dans la foulée, le "Nouveau Front populaire" publie son premier communiqué pour annoncer un accord de principe pour les législatives.

"Nous l'avons fait, nous avons réussi à nous mettre d'accord!" lance Marine Tondelier aux manifestants.

Place publique reste réticent. L'eurodéputée Aurore Lalucq, proche de Raphaël Glucksamnn, précise: "ce n’est pas un accord, juste une ouverture de discussion". Une écologiste confie: "je lui ai dit: +Aurore, je suis d’accord avec toi dans l’idéal, mais là il faut qu’on négocie dans le monde réel+".

«On se connait»

Mardi, les tractations s'accélèrent pour dégager dans l'urgence un programme commun et se répartir des circonscriptions.

Pour le programme, les Insoumis Clémence Guetté et Hadrien Clouet retrouvent au QG des Verts la patronne des députés écolos Cyrielle Chatelain, son homologue socialiste Boris Vallaud et Johanna Rolland et Aurore Lalucq.

Pour les circonscriptions, le LFI Paul Vannier, réputé très dur en négociations, retrouve le secrétaire général du PS Pierre Jouvet au QG de campagne de Raphaël Glucksmann, boulevard Saint-Martin. Les deux hommes ont déjà négocié ensemble la Nupes en 2022. Non sans quelques empoignades.

Cette fois, Paul Vannier reconnait des "discussions parfois vives", mais nie toute altercation. "On se connait maintenant", sourit-il.

Les discussions sont suspendues vers 6H00 du matin. Elles reprennent mercredi au siège du PCF, l'imposant bâtiment construit par le brésilien Oscar Niemeyer.

Avant un retour au QG des Ecologistes, jeudi où les négociations "entrent dans le dur". "C'est tendu" une partie de la journée entre PS et LFI, "du théâtre", analyse un écologiste auprès des journalistes qui glanent des informations à chaque sortie des négociateurs, pour prendre l'air ou fumer une cigarette.

Peu après 20H00, "le Nouveau front populaire" annonce dans un communiqué avoir scellé "un programme de gouvernement" commun.

Olivier Faure, Marine Tondelier, Fabien Roussel, Manuel Bompard, visiblement fatigués mais souriants, posent pour la photo, sous les applaudissements de quelques dizaines de militants.

Jean-Luc Mélenchon, salue l'accord, François Hollande se dit "favorable". Muré dans le silence toute la soirée, Raphaël Glucksamnn annonce vendredi matin le valider, malgré ses désaccords avec LFI.


Algérie: les derniers obstacles judiciaires levés avant une possible grâce de Gleizes

Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
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  • Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme"
  • Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général

ALGER: Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison.

Les avocats Amirouche Bakouri et Emmanuel Daoud ont fait savoir dans un communiqué sur Facebook que la Cour de cassation avait "définitivement statué" sur ce dossier en date du 25 mai. Elle a "pris acte du désistement du pourvoi" de M. Gleizes et a "rejeté au fond" un autre recours introduit par le parquet.

Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme", une peine confirmée en appel en décembre dernier.

Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général.

"Le débat juridictionnel étant désormais clos, l'avenir de Christophe Gleizes relève à présent des prérogatives discrétionnaires du président" Abdelmajid Tebboune, ont ajouté les avocats à propos de la grâce du journaliste réclamée par sa famille.

L'avocat algérien et son collègue français ont dit exprimer "formellement le voeu" qu'une "mesure de grâce présidentielle soit accordée dans les plus brefs délais afin d'apporter un dénouement rapide et humain à cette affaire".

En Algérie, les présidents accordent traditionnellement leurs grâces lors des fêtes religieuses musulmanes et aussi à l'occasion de la fête du 5 juillet, qui célèbre l'indépendance du pays acquise au terme de 132 ans de colonisation française et huit années d'une guerre sanglante (1954-1962).

"Seule issue" 

"Nous attendions cette nouvelle depuis (...) mi-mars et nous en sommes particulièrement heureux", a déclaré à l'AFP Sylvie Godard, la mère du journaliste.

Le sort de M. Gleizes, qui fait partie de nombreux sujets de tension entre Paris et Alger, a encore été évoqué ce lundi lors d'une rencontre à Paris entre le ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud et son homologue français Laurent Nuñez.

Une crise profonde avait éclaté à l'été 2024 entre les deux pays lorsque Paris avait apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié en novembre 2025), puis la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ.

Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur Stéphane Romatet.

Un dégel a été amorcé depuis février, marqué par le retour de l'ambassadeur à Alger et les visites en Algérie de trois ministres français.

La décision de la Cour de cassation "ouvre la voie à une grâce présidentielle, seule issue pour le drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille", a indiqué à l'AFP Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF), qui chapeaute le comité de soutien à Christophe Gleizes.

"A quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde", qui démarre le 11 juin aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, "il est indispensable que Christophe retrouve les siens et la tribune presse des stades", a-t-il ajouté.


Programmation militaire: Lecornu appelle le Parlement à «trouver une solution» après un vote inattendu au Sénat

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu faire face à un "vrai problème" après un vote inattendu au Sénat, qui a supprimé une rallonge budgétaire allouée aux armées d'ici 2030, appelant les parlementaires à "trouver une solution". (AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu faire face à un "vrai problème" après un vote inattendu au Sénat, qui a supprimé une rallonge budgétaire allouée aux armées d'ici 2030, appelant les parlementaires à "trouver une solution". (AFP)
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  • "On parle d'un sujet grave qui est le sujet militaire (...) Il faut une trajectoire qui soit soutenable. Le vrai problème au moment où on se parle, c'est qu'il n'y a plus de trajectoire dans le texte"
  • "Il faut que les parlementaires trouvent une solution mais je laisse les débats se faire. J'ai l'habitude, avec ce qui se passe à l'Assemblée nationale, d'être calme"

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu faire face à un "vrai problème" après un vote inattendu au Sénat, qui a supprimé une rallonge budgétaire allouée aux armées d'ici 2030, appelant les parlementaires à "trouver une solution".

Interrogé sur Public Sénat en marge de la séance de Questions au gouvernement, le locataire de Matignon a promis de "laisse(r) les débats se faire" sur l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM).

Le Sénat a terminé l'examen de ce texte mercredi soir, avant un vote solennel prévu le 9 juin.

Mais dans la nuit de mardi à mercredi, le gouvernement a essuyé un contretemps non négligeable avec la suppression d'un article phare du projet de loi, celui qui actait la trajectoire budgétaire d'ici 2030 en portant à 436 milliards d'euros les dépenses militaires, soit 36 milliards supplémentaires par rapport à la dernière loi de programmation (2023).

La droite sénatoriale souhaitait en effet obtenir 14 milliards supplémentaires pour les armées, mais elle a été battue sur ce point dans l'hémicycle et a répliqué dans la foulée en obtenant le rejet pur et simple de l'article fixant la feuille de route sur les prochaines années.

"On parle d'un sujet grave qui est le sujet militaire (...) Il faut une trajectoire qui soit soutenable. Le vrai problème au moment où on se parle, c'est qu'il n'y a plus de trajectoire dans le texte", s'est inquiété le Premier ministre.

"Il faut que les parlementaires trouvent une solution mais je laisse les débats se faire. J'ai l'habitude, avec ce qui se passe à l'Assemblée nationale, d'être calme", a-t-il ajouté.

La trajectoire budgétaire et l'enveloppe de 36 milliards, soutenues très largement à l'Assemblée nationale ces derniers jours, pourront en effet être rétablies par la suite dans la procédure parlementaire, notamment lors d'une commission mixte paritaire (CMP). Cette réunion de conciliation entre députés et sénateurs doit être convoquée après le vote du Sénat.

La droite en "désaccord profond" 

Lors d'une conférence de presse tenue au même moment, la droite sénatoriale a défendu sa position. Le président LR de la commission de la Défense Cédric Perrin a assuré avoir voulu "acter un désaccord profond avec le gouvernement".

"Nous avons considéré que 436 milliards n'étaient pas suffisants pour assurer la sécurité de la France", a-t-il ajouté, promettant "d'aller au bout de la négociation" au Parlement sur ce texte gouvernemental.

La ministre des Armées Catherine Vautrin a appelé sur X les parlementaires à opter pour un "cadre financier ambitieux et robuste, c’est-à-dire réaliste" et à "faire le choix de l'accélération soutenable du réarmement" lors de la CMP.

La loi de programmation militaire, qui fixe les grandes orientations et les moyens des armées françaises, n'est toutefois pas contraignante pour le gouvernement, le budget des armées devant être voté chaque année au Parlement dans le projet de loi de finances.

Les sénateurs ont terminé mercredi l'examen de ce texte dans le calme, validant notamment la création d'un régime d'exception en cas de menace "grave et actuelle", dispositif décrié par une partie de la gauche.

Ils ont aussi approuvé la transformation de la Journée défense et citoyenneté (JDC) en une "Journée de mobilisation", supprimant néanmoins la nécessité pour les jeunes de réaliser en parallèle un examen médical, une mesure défendue par le gouvernement pour permettre de disposer d'une "photographie" de l'état de santé d'une classe d'âge entière.

Autre mesure adoptée, la création du nouveau service national militaire et volontaire, d'une durée de dix mois, dont la campagne de recrutement a démarré en janvier.


Emmanuel Macron salue en Edgar Morin un «destin exceptionnel dans le siècle»

Emmanuel Macron a salué mercredi, lors d'un hommage national aux Invalides au philosophe et sociologue Edgar Morin, mort à 104 ans, "un destin exceptionnel dans le siècle" qui ne céda jamais à "la vérité d'un seul camp". (AFP)
Emmanuel Macron a salué mercredi, lors d'un hommage national aux Invalides au philosophe et sociologue Edgar Morin, mort à 104 ans, "un destin exceptionnel dans le siècle" qui ne céda jamais à "la vérité d'un seul camp". (AFP)
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  • "Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître", a assuré Emmanuel Macron dans un discours d'un peu moins de quinze minutes ponctué d'un "Merci Edgar"
  • Edgar Morin était l'auteur d'une œuvre très diverse, connue bien au-delà de la France et qui se voulait une réflexion sur l'Homme à partir des données de la science

PARIS: Emmanuel Macron a salué mercredi, lors d'un hommage national aux Invalides au philosophe et sociologue Edgar Morin, mort à 104 ans, "un destin exceptionnel dans le siècle" qui ne céda jamais à "la vérité d'un seul camp".

"C'est un destin exceptionnel dans le siècle", "un humaniste planétaire certes, mais irréductiblement français toujours pour ses combats de liberté (..) d'égalité, d'émancipation, de fraternité aussi avec tous les peuples privés de leurs droits", a lancé le chef de l'Etat devant un grand portrait du philosophe, arborant son éternel chapeau et sourire. Edgar Morin fut notamment un farouche défenseur de la cause palestinienne.

"Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction", a-t-il ajouté.

"Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître", a assuré Emmanuel Macron dans un discours d'un peu moins de quinze minutes ponctué d'un "Merci Edgar".

Edgar Morin était l'auteur d'une œuvre très diverse, connue bien au-delà de la France et qui se voulait une réflexion sur l'Homme à partir des données de la science. Malgré son grand âge, le philosophe, décédé vendredi, était toujours présent et écouté dans le débat intellectuel.

La cérémonie s'est déroulée dans la cour sud du Dôme des Invalides et non la cour d'honneur, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence de son épouse, la philosophe marocaine Sabah Abouessalam, et nombre de personnalités du monde politique et intellectuel.

"Français juif" et résistant 

L'ancien président François Hollande, le Premier ministre Sébastien Lecornu et ses prédécesseurs Laurent Fabius, Dominique de Villepin, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Elisabeth Borne ainsi que le sociologue Jean Viard et l'historien Pascal Ory ont notamment été aperçus. Le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch était aussi présent.

Le cercueil, sur lequel l'emblématique chapeau du sociologue était posé, a fait son entrée dans la cour au pas du tambour. Après l'éloge funèbre présidentiel, la sonnerie "Aux Morts" a retenti, suivi d'une minute de silence et de la Marseillaise.

Docteur honoris causa de 38 universités étrangères, Edgar Morin a écrit des dizaines d'ouvrages dont "La Rumeur d'Orléans" (1969), sur une rumeur antisémite, "La méthode" (1977-2004), son œuvre majeure en six volumes, et plusieurs livres sur l'écologie, thème qui lui tenait à cœur.

De son vrai nom Edgar Nahoum, il est né le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique en Grèce, émigrée à Paris. En 1941, il rejoint le Parti communiste et entre dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin

Le chef de l'Etat a salué "l'enfant de Ménilmontant", quartier populaire de Paris, d'un "enseignement laïque", "vibrant de son identité de Français juif, traqué, opprimé", résistant face à l'Occupant nazi et adepte de la "pensée complexe".

"Contre les apparences" 

"Pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation (...) après la guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne" et en "tira un livre à rebours de l'époque pour défendre l'idée de l'Allemagne qu'il aimait, l'idée de l'Europe qu'il aimait et ses idées dont il espérait la renaissance", a-t-il rappelé.

Dans "Autocritique" (1959), le philosophe relata son exclusion du PCF et ses propres aveuglements face au stalinisme. Edgar Morin fut aussi l'un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d'Algérie. "Il avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même", a dit le chef de l'Etat.

Devenu chercheur au CNRS, il sut "décrire la rumeur d'Orléans avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés et son travail éclaire encore ce que nous savons de ces poussées de fièvre imaginaire". Il "aperçut l'émergence de la génération des yéyé" nés près la guerre, d'une "nouvelle culture de masse ou la "fin de la société rurale", a relaté le président.

Après la chute du Mur de Berlin en 1989, il a observé comment "le modèle occidental entrait en crise au moment de sa victoire politique et économique". Avec la "crise écologique", "le retour du fondamentalisme religieux", la "crise de l'ordre international" et le retour de la guerre en Europe.