Comment un cessez-le-feu à Gaza pourrait aider à prévenir une nouvelle épidémie mortelle de polio

Parmi les victimes du conflit qui a dévasté le système de santé de Gaza, les enfants de moins de 5 ans sont les plus menacés par la polio. (AFP)
Parmi les victimes du conflit qui a dévasté le système de santé de Gaza, les enfants de moins de 5 ans sont les plus menacés par la polio. (AFP)
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Publié le Lundi 12 août 2024

Comment un cessez-le-feu à Gaza pourrait aider à prévenir une nouvelle épidémie mortelle de polio

  • La surpopulation, la destruction des installations sanitaires et la détérioration du système de santé ont contribué à la réapparition de la polio
  • L'OMS a annoncé son intention d'envoyer 1,2 million de vaccins contre la polio à Gaza après la détection du virus dans les eaux usées.

LONDRES: Plus d'un million d'enfants de la bande de Gaza risquent de contracter le poliovirus de type 2, une maladie hautement infectieuse qui peut entraîner la paralysie, voire la mort, car les déplacements de population et la destruction des infrastructures d'assainissement rendent la population vulnérable à la maladie.

L'Organisation mondiale de la santé a annoncé son intention d'envoyer 1,2 million de vaccins contre la polio à Gaza après que le virus a été détecté dans des échantillons d'eaux usées prélevés le mois dernier dans les camps de déplacés des gouvernorats de Khan Younis et de Deir Al-Balah, dans le nord du pays.

Bien qu'aucun cas clinique de polio n'ait été diagnostiqué jusqu'à présent, Hanan Balkhy, directrice régionale de l'OMS, a averti que le virus pourrait "se propager davantage, y compris au-delà des frontières" si les agences n'agissaient pas rapidement pour vacciner la population.

Sur cette photo prise le 9 septembre 2020, un employé de l'UNRWA vaccine des enfants contre la poliomyélite dans une clinique du camp de réfugiés de Bureij, dans la bande de Gaza. Les autorités sanitaires ont de nouveau détecté le poliovirus dans la bande de Gaza, alors que la guerre fait rage et a détruit la plupart des centres de santé de la région. (AFP/File)
Cependant, toute campagne de vaccination de masse contre la poliomyélite à Gaza, visant 600 000 enfants de moins de 8 ans, se heurterait à une multitude de difficultés, la principale étant l'absence de cessez-le-feu qui permettrait aux médecins d'accéder en toute sécurité aux communautés déplacées.

"Nous avons besoin d'un cessez-le-feu, même temporaire, pour mener à bien ces campagnes", a déclaré  Balkhy lors d'une conférence de presse mercredi.

Les enfants de moins de 5 ans, et en particulier les nourrissons, sont les plus exposés au risque de polio, car nombre d'entre eux n'ont pas bénéficié des campagnes de vaccination régulières qui avaient eu lieu à Gaza avant le début du conflit, le 7 octobre.

Le virus, qui se propage par contact avec les excréments, la salive ou le mucus nasal d'une personne infectée, attaque les nerfs de la moelle épinière et du tronc cérébral, entraînant une paralysie partielle ou totale en quelques heures.

Il peut également immobiliser les muscles de la poitrine et entraîner des difficultés respiratoires, voire la mort.

Infographie OPS/OMS

La polio a été éradiquée en Europe en 2003 grâce à une campagne de vaccination efficace. Aucun cas confirmé de paralysie due à la polio n'a été enregistré au Royaume-Uni depuis 1984.

Les cas de poliovirus sauvage ont chuté de plus de 99 pour cent depuis 1988, passant d'environ 350 000 cas dans plus de 125 pays endémiques à six cas signalés en 2021.

Parmi les trois souches de poliovirus sauvage, le type 2 a été éradiqué en 1999 et le type 3 en 2020. En 2022, le type 1 n'était plus endémique que dans deux pays: le Pakistan et l'Afghanistan.

À Gaza, la surpopulation, le manque d'eau potable et de matériel d'hygiène, la détérioration du système de santé et la destruction des installations sanitaires ont contribué à la réapparition du type 2, selon Hamid Jafari, Directeur de l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite à l'OMS, qui s'est exprimé lors de la conférence de presse de mercredi.

Selon l'OMS, la surpopulation, le manque d'eau potable et de matériel d'hygiène, la détérioration du système de santé et la destruction des installations sanitaires sont autant de facteurs qui ont contribué à la réapparition de la polio à Gaza. (AFP)

Les Nations unies estiment qu'au moins 70 pour cent des installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement de Gaza, y compris les installations de traitement des eaux usées et les stations de pompage, ont été endommagées ou détruites depuis le début du conflit.

Fin juillet, l'autorité sanitaire de Gaza a déclaré l'enclave "zone d'épidémie de polio", imputant la résurgence du virus à la campagne de bombardements israélienne et aux dégâts qu'elle a causés au système de santé.

L'armée israélienne a commencé à bombarder la bande de Gaza en réponse à l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre contre le sud d'Israël. Bien que l'armée israélienne insiste sur le fait qu'elle ne vise pas les infrastructures civiles, les écoles, les hôpitaux et les services publics ont subi d'importants dégâts.

Les plus de 490 attaques contre des installations médicales et des membres du personnel médical, recensées par les Nations unies au cours des seuls six premiers mois du conflit, ont laissé le système de santé de Gaza en lambeaux. Seuls 16 des 36 établissements de santé de Gaza fonctionnent encore partiellement.

QUELQUES CHIFFRES
1,2 million de vaccins contre la polio que l'OMS prévoit d'envoyer à Gaza pour prévenir une épidémie.
600 000 enfants de moins de 8 ans seront ciblés par la campagne de vaccination.
70 pour cent des installations sanitaires de Gaza endommagées ou détruites.
1,9 million de Palestiniens de Gaza ont été déplacés à plusieurs reprises depuis le début du conflit.

Selon l'organisation non gouvernementale Physicians for Human Rights, basée aux États-Unis, trois de ces installations se trouvent dans le nord, sept dans la ville de Gaza, trois à Deir Al-Balah, trois à Khan Younis et aucune dans la ville méridionale de Rafah.

Javid Abdelmoneim, chef d'équipe médicale pour Médecins sans frontières, qui travaillait à l'hôpital Nasser dans le sud de la bande de Gaza le mois dernier, a déclaré à l'organisation que "chaque jour de juillet a été un choc après l'autre".

Il a raconté un incident particulièrement traumatisant: "Je suis entré derrière un rideau et j'ai vu une petite fille seule, en train de mourir. Voilà le résultat de l'effondrement du système de santé. Une petite fille de 8 ans, mourant seule sur un chariot aux urgences”.

"Dans un système de santé qui fonctionne, elle aurait été sauvée”.

Du matériel médical est mis au rebut dans un hôpital de Gaza qui a été détruit par les bombardements israéliens. (AFP)
Malgré les appels de l'OMS et d'autres organismes d'aide pour que les parties belligérantes à Gaza accordent une "liberté de mouvement absolue" afin que les médecins puissent lancer une campagne de vaccination, la possibilité d'un cessez-le-feu ne semble pas près de se concrétiser.

Mercredi, l'armée israélienne a émis de nouveaux ordres d'évacuation pour plusieurs parties du nord de la bande de Gaza, notamment Beit Hanoun, Manshiyya et Sheikh Zayed.

Avichay Adraee, porte-parole de l'armée israélienne, a publié les ordres d'évacuation sur la plateforme de médias sociaux X. Il a demandé aux habitants de Beit Hanoun de "se déplacer immédiatement" vers Deir Al-Balah et Zawayda.

"La région de Beit Hanoun est toujours considérée comme une zone de combat dangereuse", a-t-il ajouté.

L'évacuation constante des familles palestiniennes dans la bande de Gaza a entravé le déploiement d'une campagne de vaccination. (AP)
Malgré les assurances que ces régions seraient traitées comme des zones sûres dans lesquelles les civils pourraient s'abriter, Deir Al-Balah et Zawayda ont fait l'objet d'attaques israéliennes régulières au cours des derniers mois.

Les Nations unies ont indiqué que si aucune zone de Gaza n'est sûre, 86 pour cent de l'enclave palestinienne assiégée est sous le coup d'ordres d'évacuation israéliens. Environ 1,9 million des 2,1 millions d'habitants de Gaza ont été déplacés à plusieurs reprises depuis le 7 octobre.

"Aucun endroit n'est sûr. Partout, c'est une potentielle zone de mort ", a déclaré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lors de l'ouverture de la conférence des donateurs de l'UNRWA, le 12 juillet.

En raison des déplacements incessants des familles à Gaza, il est difficile pour les organisations humanitaires, qui manquent déjà de fonds et peinent à atteindre les populations touchées, de localiser et d'identifier les enfants qui n'ont pas été vaccinés.

Sur cette photo d'archive, un patient atteint de polio est équipé d'un membre artificiel dans un centre de réhabilitation pour les prothèses et le traitement de la polio dans la ville de Gaza. La guerre à Gaza a entravé le fonctionnement du centre de réhabilitation. (Getty Images)

 Jafari, spécialiste de la polio à l'OMS, a averti que le virus pouvait circuler à Gaza depuis septembre, l'enclave offrant des "conditions idéales" pour sa transmission.

Avant le 7 octobre, la couverture vaccinale contre la polio dans les territoires palestiniens occupés était estimée à 89 pour cent, selon l'OMS.

Même si les 1,2 million de vaccins prévus sont acheminés avec succès à Gaza, leur déploiement constituera un "énorme défi logistique", a déclaré Andrea King, fonctionnaire de l'OMS, à la BBC.

Les vaccins doivent être conservés dans une marge de température limitée entre le moment où ils sont fabriqués et celui où ils sont administrés. Apporter ces vaccins réfrigérés à Gaza et les maintenir à la température requise serait une entreprise difficile dans le meilleur des cas.

Avec la guerre, apporter des vaccins réfrigérés à Gaza et les conserver à la température requise serait une entreprise difficile dans le meilleur des cas, déclarent les responsables de l'OMS. (Getty Images)

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré mercredi qu'un cessez-le-feu ou au moins quelques jours de calme étaient essentiels pour protéger les enfants de Gaza.

Depuis le 7 juillet, l'OMS a enregistré une recrudescence des maladies infectieuses, dont un million de cas d'infections respiratoires aiguës, 577 000 cas de diarrhée aqueuse aiguë, 107 000 cas de syndrome de jaunisse aiguë et 12 000 cas de diarrhée sanglante.

Cette situation est principalement due au manque d'eau potable et à la destruction d'une installation d'eau essentielle à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".