Le chef de l'ONU Antonio Guterres déclare à Arab News: « Nous ne pouvons pas permettre que le Liban devienne un autre Gaza»

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Publié le Dimanche 22 septembre 2024

Le chef de l'ONU Antonio Guterres déclare à Arab News: « Nous ne pouvons pas permettre que le Liban devienne un autre Gaza»

  • L'attaque par les appareils montre le risque d'une guerre totale entre Israël et le Hezbollah, "ce que nous devons éviter à tout prix", affirme Antonio Guterres
  • Il affirme que le problème humanitaire de Gaza nécessite une solution politique, exprime son soutien à "toutes les décisions de la CPI" et reconnaît les limites du pouvoir de l'organisation mondiale

NEW YORK: Alors que les hostilités entre Israël et la milice du Hezbollah, soutenue par l'Iran, sont au bord de la guerre totale, le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré à Arab News dans un entretien exclusif vendredi que le monde ne peut pas permettre que le Liban devienne un autre Gaza.

Les attentats perpétrés la semaine dernière à l'aide de bipeurs et de talkies-walkies au Liban, qui ont fait 37 morts et plus de 3 000 blessés, et qui ont été suivis de nouveaux échanges de tirs de part et d'autre de la frontière libanaise, ont porté les tensions régionales à leur paroxysme.

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Un médecin effectue une opération des yeux dans un hôpital de Beyrouth sur un homme qui a été blessé par l'explosion d'un appareil de communication. (AFP)

Guterres a déclaré qu'une guerre totale entre Israël et le Hezbollah "est quelque chose que nous devons éviter à tout prix". Pourtant, dans ce contexte, il affirme qu'il y a "une conscience croissante que nous devons arrêter. Nous devons arrêter cette guerre en général. Nous devons arrêter la guerre à Gaza".

S'adressant à Arab News avant la semaine de haut niveau de la 79e Assemblée générale de l'ONU, qui se déroule alors que la guerre à Gaza approche de son sinistre premier anniversaire, Guterres a reconnu que le conflit avait dépassé ses attentes en termes de durée et de "niveau sans précédent de destruction et de souffrance".

Tout en réitérant sa condamnation "vigoureuse" de l'attaque du 7 octobre menée par le Hamas contre le sud d'Israël, il a souligné une nouvelle fois que "cela ne peut jamais justifier le châtiment collectif du peuple palestinien".

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Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'entretient avec Ephrem Kossaify d'Arab News. (Photo AN)

Interrogé sur la responsabilité de l'ONU dans l'incapacité à mettre fin à la guerre, Guterres a clairement indiqué que la responsabilité incombait à ceux qui avaient déclenché le conflit.

Il a rappelé que l'ONU a toujours appelé au cessez-le-feu et à l'aide humanitaire depuis le début des hostilités, mais a ajouté qu'il était "impossible de convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus".

Guterres s'est dit attristé de ne pas pouvoir faire plus pour la population de Gaza, et a attribué cette situation aux problèmes de sécurité et aux restrictions imposées par les autorités israéliennes dans l'enclave ravagée par la guerre.

Appelant à une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien, il a déclaré: “Il n'y a pas de solution humanitaire aux problèmes humanitaires. La solution est toujours politique. C'est pourquoi nous devons arrêter la guerre".

Guterres a également abordé les limites du pouvoir de l'ONU, notant que bien qu'elle soit une voix forte pour la paix et l'adhésion au droit international, son efficacité est souvent entravée par des dynamiques géopolitiques, en particulier au sein du Conseil de sécurité.

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Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré qu'une solution politique était la seule solution viable au conflit israélo-palestinien. (Photo AN)

Appeler les États-Unis à cesser de fournir des armes à Israël est un exercice futile, a-t-il déclaré. "Je sais simplement que cela n'arrivera pas. Cela ne vaut pas la peine de concentrer des efforts là où les résultats sont impossibles".

Il s'est toutefois montré sans équivoque sur la nécessité de mettre en œuvre toutes les délibérations de la Cour internationale de justice, qui a estimé en janvier qu'il y a un risque qu’un génocide soit en cours à Gaza.

Interrogé sur l'opportunité d'émettre des mandats d'arrêt à l'encontre du chef du Hamas, Yahya Sinwar, et du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, Guterres a déclaré qu'il soutenait "toutes les décisions de la CPI".

Q. Monsieur le Secrétaire général, commençons par le Liban. Les dernières attaques de bipeurs au Liban ont fait jusqu'à présent 37 morts et plus de 3 000 blessés. S'agit-il d'un nouvel exemple de mépris total pour les victimes civiles? S'agit-il de la nouvelle norme dans les conflits au Moyen-Orient?

R. Il s'agit d'une escalade très grave. Mais je pense que ce qui est encore plus important que le fait que vous avez mentionné, c'est l'idée, que nous connaissons maintenant, que cela a été déclenché parce que l'on soupçonnait qu'ils étaient découverts. Ainsi, lorsqu'ils ont été découverts, ils ont explosé, ce qui signifie que l'objectif n'était pas de les faire exploser maintenant. Ce type d’appareil, ce type d'opération, est logique dans le cadre d'une frappe préventive avant une opération militaire d'envergure. Ce qui est encore plus inquiétant que les événements eux-mêmes, c'est qu'ils montrent qu'il existe un risque sérieux de guerre totale au Liban, et c'est quelque chose que nous devons éviter à tout prix. Nous ne pouvons pas permettre que le Liban devienne un autre Gaza.

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Des membres du Hezbollah portent le cercueil d'un camarade, victime de l'attaque israélienne par bipeur, lors de funérailles à Adloun, au sud de Tyr, dans le sud du Liban. (AFP)

Q. Êtes-vous en contact avec Israël et le Hezbollah? Qu'entendez-vous? Une escalade totale est-elle inévitable à ce stade? L'ONU peut-elle faire quelque chose?

R. En ce moment, nous assistons à une escalade, à la fois physique et verbale, mais il y a aussi une conscience croissante que nous devons arrêter. Nous devons arrêter cette guerre en général. Nous devons arrêter la guerre à Gaza. Nous devons arrêter. Et qu'il est absolument essentiel de commencer par une désescalade, et deuxièmement, d'avoir une négociation sérieuse pour résoudre une fois pour toutes les problèmes de démarcation sur la Ligne bleue et pour stabiliser la relation là-bas sans plus de victimes, en particulier sans plus de victimes civiles.

Q. Depuis près d'un an, le monde regarde les images les plus traumatisantes de mort et de sang à Gaza. C'est la guerre la plus longue et la plus atroce entre Israéliens et Palestiniens. Vous attendiez-vous à ce que cela dure aussi longtemps? Et voyez-vous une fin en vue?

R. Sincèrement, je ne m'attendais pas à ce que cela dure. Et depuis le début, j'ai demandé un cessez-le-feu, un cessez-le-feu humanitaire, depuis le tout début. J'ai condamné vigoureusement les horribles attaques terroristes perpétrées le 7 octobre par le Hamas, mais cela ne peut en aucun cas justifier la punition collective du peuple palestinien. Et ce que nous avons vu au cours des presque un an qui viennent de s'écouler, c'est un niveau de mort et de destruction sans précédent depuis que je suis secrétaire général. Et comme vous le savez, en plus de tous les décès de civils, près de 200 membres de notre propre personnel, du personnel humanitaire, ont été tués. Il s'agit là d'une situation qui, en toute circonstance, devrait faire l'objet d'une enquête sérieuse.

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Près d'un an après le lancement par Israël de sa guerre de vengeance contre l'attaque meurtrière du 7 octobre 2023 menée par des militants du Hamas, la bande de Gaza a été presque totalement détruite et plus de 41 000 personnes ont été tuées. (Photos AFP)

Q. Est-ce que vous ou l'ONU assumez une responsabilité personnelle dans l'incapacité à mettre fin à la guerre?

R. Soyons clairs: la responsabilité de la guerre incombe à ceux qui la font. Normalement, ce genre de question est posé pour détourner l'attention de ceux qui sont à l'origine du problème. Les Nations unies auraient-elles pu faire plus? Sincèrement, je n'ai jamais pensé que nous avions la possibilité de faire plus que ce que nous avons fait depuis le début. Depuis le début, nous avons demandé un cessez-le-feu, la libération des otages, une aide humanitaire efficace. Depuis le début, notre voix est forte et claire. Depuis le début, nous avons fait pression sur tous, notamment sur les pays qui pouvaient avoir une influence directe sur Israël. Mais soyons clairs: il est impossible de convaincre ceux qui ne veulent pas être convaincus.

Q. J'ai lu que pendant le génocide cambodgien, les détracteurs de l'ONU disaient, "Oh, regardez l'ONU. Elle distribue des sandwiches aux portes d'Auschwitz". Cela m'a fait penser à Gaza aujourd'hui, où l'ONU n'est même pas capable de faire cela: distribuer des sandwiches à Gaza. Tous ceux qui vous connaissent vous décrivent avant tout comme un humanitaire. En tant qu'humanitaire, que pensez-vous du fait que vous n'ayez pas été en mesure d'acheminer de la nourriture et des médicaments à Gaza?

R. Eh bien, il y a toujours eu une série d'obstacles, des obstacles causés à bien des égards, directement par les autorités israéliennes, des obstacles causés par l'insécurité dans la région, par le fait que l'ordre public s'est complètement effondré dans cette situation dramatique. Et vous pouvez imaginer à quel point je suis profondément attristé de ne pas pouvoir faire beaucoup plus. Et la preuve que nous ne faisons pas plus à cause des obstacles qui nous sont imposés, c'est la vaccination contre la polio. Lorsque ces obstacles disparaissent, l'action humanitaire devient possible.

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Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU écoutent Riyad Mansour, ambassadeur palestinien auprès de l'ONU, s'exprimer sur la situation au Moyen-Orient. (Getty Images/AFP)

Ce n'est donc pas que l'ONU n'est pas capable de faire plus. Ce n'est pas que les autres agences ne sont pas capables de faire plus. C'est que jusqu'à présent, nous n'avons pas été autorisés à en faire plus. Lorsque nous y sommes autorisés, nous agissons et nous tenons nos promesses, comme cela a été démontré. Mais encore une fois, j'ai été pendant 10 ans le Haut Commissaire pour les réfugiés, et j'ai toujours dit qu'il n'y a pas de solution humanitaire aux problèmes humanitaires. La solution est toujours politique.

C'est pourquoi nous devons arrêter la guerre. C'est pourquoi nous devons créer une feuille de route claire pour une solution à deux États, une solution à deux États conforme à toutes les délibérations que la communauté internationale a déjà prises, permettant aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre ensemble dans la paix et la sécurité.

Q. Je ne peux m'empêcher de remarquer que vous avez évité d'appeler directement les États-Unis à cesser de fournir des armes à Israël, et vous avez dit à plusieurs reprises que vous préfériez vous concentrer sur des choses plus réalisables.

R. Non, je sais simplement que cela n'arrivera pas. J'ai été très clair: je pense que je devrais concentrer mes efforts sur ce qui peut produire des résultats. Cela ne vaut pas la peine de concentrer ses efforts là où les résultats sont impossibles.

Q. Mais étant donné que 50 000 bombes ont déjà été larguées sur Gaza et que la CIJ a déclaré qu'il y avait un risque de génocide à Gaza, votre point de vue sur le conditionnement de l'aide à Israël a-t-il changé?

R. Je pense que toutes les délibérations de la CIJ doivent être pleinement prises en compte et appliquées.

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Des magistrats sont vus à la Cour internationale de justice dans le cadre de la requête de l'Afrique du Sud sur un cessez-le-feu à Gaza, à La Haye. (AFP)

Q. Beaucoup, dans la région et dans le monde, ont le sentiment aujourd'hui que l'ONU n'a pas réussi le test de Gaza, et que la peur a poussé cette organisation à se retirer du droit international lui-même, à miner sa propre crédibilité alors que cette guerre se poursuit sans contrôle. Quelle est votre réponse à ces questions, et êtes-vous d'accord pour dire qu'il y a une peur dans ce bâtiment de confronter les États-Unis, de confronter Israël?

R. Il n'y a aucune crainte dans ce bâtiment à affronter qui que ce soit. Si je peux être fier de quelque chose, c'est que ma voix s'est élevée haut et fort pour défendre la Charte des Nations Unies, le droit international, le droit humanitaire international et le droit à l'autodétermination des peuples, et en particulier du peuple palestinien.

Je ne pense donc pas que l'on puisse accuser les Nations unies de ne pas être très claires sur tous ces aspects, comme nous l'avons été en Ukraine et comme nous l'avons été dans de nombreuses autres situations dans le monde. Nous n'avons aucun pouvoir réel, soyons honnêtes. L'organe des Nations unies qui a un certain pouvoir est le Conseil de sécurité, et vous savez que le Conseil de sécurité est paralysé.

Nos ressources sont limitées, mais même sans pouvoir ni argent, nous avons deux choses. La première est une voix que personne ne peut faire taire, et la seconde est la capacité de faire de notre mieux pour réunir les personnes de bonne volonté afin de faire pression sur les responsables des guerres dramatiques auxquelles nous assistons, pour s'assurer que ces guerres prennent fin le plus rapidement possible.

Q. Êtes-vous favorable à des mandats d'arrêt contre le chef politique du Hamas, Yahya Sinwar, et le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou?

R. Je soutiens toutes les décisions de la CPI.

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L'ambassadeur d'Israël à l'ONU, Gilad Erdan, brandit l'image du chef du Hamas, Yahya Sinwar, lors de la session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU, tandis que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est représenté sous les traits d'Hitler lors d'une manifestation en Australie. (Photos AFP)

Q. Vous êtes le chef de l'ONU, vous n'utilisez donc pas le mot "génocide" à la légère. Et je suis bien conscient que le concept de génocide a souvent fait l'objet d'abus politiques. Mais depuis des mois, nous entendons tous les spécialistes du génocide, tous les avocats internationaux spécialisés dans les droits de l'homme, mettre en garde contre la nature génocidaire de cette guerre. À Gaza, les maisons, les écoles, les églises, les mosquées, les universités, les infrastructures d'eau et d'électricité, les systèmes alimentaires, les institutions médicales ont été pratiquement anéantis. Les maladies, l'empoisonnement de la terre, les agressions sexuelles, la torture et les armes avancées. Croyez-vous, des mois plus tard, que les actions israéliennes laissent planer le doute sur le fait qu'il s'agit d'un génocide?

R. Notre position a toujours été très claire: ce n'est pas au secrétariat de l'ONU de classer des actes comme ceux-là. Nous nous en remettons à la Cour internationale de justice, et nous respecterons les décisions de la Cour internationale de justice au moment où la Cour internationale de justice se penchera sur la question. En tant qu'ONU, nous avons donc notre cour, et en tant qu'ONU, nous devons soutenir en toutes circonstances les décisions de notre cour et ne pas la remplacer.

Q. Lors des génocides du siècle dernier, celui des Tutsis, des Bosniaques, des Yazidis et des Rohingyas, c'est toujours après qu'il est apparu clairement que la communauté internationale avait failli à son devoir de prévenir les atrocités de masse et de veiller à ce que les auteurs de ces actes soient tenus responsables de leurs actes. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui affirment que le mandat du bureau de prévention des génocides des Nations unies est plus nécessaire que jamais. Pourquoi votre sous-secrétaire, Alice Wairimu Nderitu, qui s'est beaucoup exprimée sur le Soudan et l'Arménie, pour n'en citer que deux, est-elle restée silencieuse sur Gaza?

R. Elle n'est pas restée silencieuse. Elle a été active sur Gaza et sur bien d'autres situations. Ce n'est pas à elle de déclarer ce qui est un génocide ou non. Elle est notre envoyée pour la prévention des génocides et je suis très fière du travail qu'elle a accompli.
 

La carriere d'Antonio Guterres

Antonio Guterres, né le 30 avril 1949 à Lisbonne, au Portugal, est l'actuel secrétaire général des Nations unies, poste qu'il occupe depuis le 1er janvier 2017. Sa carrière s'étend sur plusieurs décennies dans les domaines de la politique, de la diplomatie et de l'action humanitaire internationale.

Guterres est diplômé de l'Institut Supérieur Technique de l'université de Lisbonne en 1971, où il a étudié la physique et l'ingénierie. Il a commencé sa carrière en tant que professeur assistant, se spécialisant dans la théorie des systèmes et les signaux de télécommunication, avant d'entrer en politique pendant la période post-révolutionnaire du Portugal, au milieu des années 1970.

Au début de sa carrière politique, Guterres a notamment dirigé le cabinet du secrétaire d'État à l'industrie et a siégé au parlement portugais, où il a présidé des commissions clés sur l'économie, les finances, l'administration territoriale et l'environnement.

Son engagement politique international a débuté en 1981 lorsqu'il a rejoint l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, où il s'est concentré sur les questions de migration, de démographie et de réfugiés.

De 1995 à 2002, Guterres a occupé le poste de premier ministre du Portugal, où il a mené des actions visant à garantir un revenu minimum et une scolarisation universelle en maternelle. Son administration est également connue pour avoir finalisé le transfert de la souveraineté portugaise sur Macao à la Chine en 1999.

Au cours de cette période, il s'est fait le champion de l'intervention de l'ONU au Timor oriental, plaidant pour la paix et l'indépendance de la région après des années de conflit.

Sur le plan international, Guterres s'implique de plus en plus dans les questions relatives aux réfugiés et à l'aide humanitaire. En 2005, il a été nommé Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, où il a renforcé la capacité d'intervention d'urgence de l'organisation.

Son mandat a été marqué par son plaidoyer en faveur d'une approche humaine des crises de réfugiés, en particulier en Irak et en Syrie. Il a également renforcé la présence du HCR dans les pays d'accueil des réfugiés, comme la Jordanie et le Liban.

La nomination de l'actrice américaine Angelina Jolie en tant qu'envoyée spéciale, une décision stratégique qui a permis de sensibiliser le monde aux questions relatives aux réfugiés, est une réalisation notable de cette période.

Tout au long de sa carrière, Guterres a défendu la diplomatie, le développement durable et les droits de l'homme. Il reste membre du Club de Madrid, une organisation regroupant d'anciens dirigeants démocratiques, et continue d'encourager la coopération mondiale sur des questions urgentes telles que le changement climatique, la résolution des conflits et les migrations.

Il est marié à Catarina Vaz Pinto, ancienne vice-ministre portugaise de la Culture, et a deux enfants, un beau-fils et trois petits-enfants.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Taïwan rappelle les Etats-Unis à leur engagement sur les ventes d'armes, après la mise en garde de Trump

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance. (AFP)
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  • En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise
  • Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan

TAIPEI: Le gouvernement de Taïwan a réaffirmé samedi que l'île était une nation "indépendante", en réponse à la ferme mise en garde du président américain Donald Trump à l'issue de sa visite à Pékin, et rappelé les Etats-Unis à leur engagement en ce qui concerne les ventes d'arme à Taïwan.

La politique américaine à l'égard de Taïwan repose sur un soutien militaire robuste à l'île, sans toutefois la reconnaître à part entière ni soutenir ouvertement des velléités d'indépendance.

La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire.

Dans un entretien télévisé enregistré avant son départ de Pékin, où le président chinois Xi Jinping lui a tenu des propos particulièrement fermes à propos de l'île, Donald Trump a mis en garde vendredi Taïwan contre toute proclamation d'indépendance.

"Je n'ai pas envie que quelqu'un déclare l'indépendance et, vous savez, nous sommes ensuite censés faire 15.000 kilomètres pour faire la guerre", a dit le président américain sur Fox News, en demandant à Taipei et à Pékin de faire "baisser la température".

"Taïwan est une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n'est pas subordonnée à la République populaire de Chine", a réagi le ministère taïwanais des Affaires étrangères, estimant que la politique de Washington demeurait "inchangée".

"En ce qui concerne les ventes d'armes entre Taïwan et les Etats-Unis, il ne s'agit pas seulement d'un engagement des Etats-Unis envers la sécurité de Taïwan, clairement prévu par la loi sur les relations avec Taïwan, mais aussi d'une forme de dissuasion commune face aux menaces régionales", a insisté le ministère taïwanais, dans un communiqué.

Washington est tenu de fournir des armes défensives à Taïwan en vertu du Taiwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979, à la suite de la reconnaissance de la République Populaire de Chine par les Etats-Unis et à condition que l’île ne déclare pas l’indépendance.

Depuis 1982, l'un des grands principes de la stratégie américaine est de ne pas "consulter" Pékin sur ses ventes d'armes à Taïwan tout en restant flou quant à la possibilité d’intervenir militairement en cas d'attaque chinoise.

En décembre, le gouvernement américain a approuvé la deuxième vente d'armes à Taïwan depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour une valeur de 11,1 milliards de dollars face à la menace chinoise.

Il s'agit de la vente la plus importante depuis 2001, lorsque George W. Bush avait validé la livraison de 18 milliards de dollars d'armes à Taïwan.

S'en sont suivis des mois de bataille politique à Taïwan où le président Lai Ching-te (DPP) qui n'a pas la majorité au parlement, a proposé de voter 40 milliards de dollars pour la modernisation et le renforcement des capacités de défense de l'île.

Il s'est heurté à l'opposition du Kuomintang (KMT) qui accuse le parti présidentiel de pousser Taïwan dans une course aux armements et un conflit perdant. Le Kuomintang  s'est finalement laissé fléchir et permis le vote le 8 mai d'une enveloppe de 25 milliards de dollars destinés à l'achat d'armes américaines.

"Engagement" et "dissuasion commune" 

"Nous n'avons pas envie que quelqu'un se dise, proclamons l'indépendance parce que les Etats-Unis nous soutiennent", a également déclaré Donald Trump, en ajoutant n'avoir pas encore pris de décision sur les ventes d'armes américaines à l'île.

"Je prendrai une décision dans un délai assez court", a pourtant répondu M. Trump aux journalistes vendredi, en chemin vers Washington.

La visite du président américain a permis d'afficher une certaine stabilité entre les deux superpuissances, sans déboucher sur de grandes avancées, que ce soit sur le commerce ou sur l'Iran, allié de la Chine.

La visite annoncée de Xi Jinping à Washington à l'automne servira de nouveau test pour le fragile statu quo entre la première et la deuxième puissance mondiale.

Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, pense que la Chine va "pousser fortement" pour que Donald Trump s'abstienne de toute décision sur des ventes d'armes à Taïwan d'ici là.

Jeudi, avec une fermeté inhabituelle, Xi Jinping avait mis Donald Trump en garde: "La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit".

 


«Flottille pour Gaza»: expulsés par Israël, les militants étrangers sont arrivés en Turquie

Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. (AFP)
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  • Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne
  • Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué

JERUSALEM: Des militants propalestiniens de la "Flottille pour Gaza" expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention.

Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance, selon des images de l'AFP.

Les forces israéliennes "nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens", a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi.

Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.

Outre des humiliations et le manque de sommeil, "nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé", a-t-elle indiqué.

"Deux Coréens ont été expulsés vers la Corée du Sud, un participant a été expulsé vers l'Egypte, deux vers la Jordanie, une citoyenne israélienne a été libérée dans le pays, et le reste des 422 participants a été transféré à Istanbul à bord de trois vols de Turkish Airlines affrétés par le gouvernement turc", a indiqué la coalition Freedom Flotilla.

Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, au sud-ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus dans la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.

Ils ont "tous été expulsés", a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.

Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés vers la Turquie et seront rapatriés dès que possible, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux.

Une militante israélienne, Zohar Regev, a été déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.

"Partisans terroristes du Hamas" 

Partis de Turquie, les militants de la "Global Sumud Flotilla" ("sumud" signifie "résilience" en arabe) voulaient attirer l'attention sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza, dévastée par plus de deux ans de guerre, en brisant le blocus maritime imposé par Israël. En avril, une précédente "flottille pour Gaza" avait déjà été interceptée par Israël au large de la Grèce.

"Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a estimé le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en référence au mouvement islamiste palestinien ayant déclenché la guerre en lançant une attaque sans précédent sur Israël le 7 octobre 2023.

Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir , figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.

Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.

 "Traitement de luxe" 

Les images diffusées ne sont "pas conformes aux valeurs d'Israël", a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant M. Ben Gvir d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux". L'intéressé a défendu au contraire "une grande source de fierté".

En Europe, plusieurs pays ont appelé l'UE a prendre des sanctions contre Israël et contre le ministre. Le traitement réservé aux détenus a ainsi été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses" et demandé des mesures contre Ben Gvir.

Le Premier ministre irlandais a condamné le "traitement choquant réservé aux citoyens de l'UE" et réclamé "la suspension d'une partie, voire de la totalité, de l'accord d'association entre l'UE et Israël".

L'Italienne Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, a salué sur X ces prises de positions.

Ce qu'ont subi ces militants est "un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes", a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser "de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël."


Trump assure l'engagement des États-Unis en faveur de la sécurité dans le Golfe dans une lettre adressée au Bahreïn

Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump salue alors qu'il monte à bord d'Air Force One à l'aéroport de Groton-New London à Groton, Connecticut, le 20 mai 2026. (AFP)
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  • Le dirigeant américain dit son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn face aux attaques de drones et de missiles iraniens
  • Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran.

LONDRES : Le président américain Donald Trump a souligné l'engagement de Washington à assurer la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe dans une lettre adressée au roi Hamad bin Isa Al-Khalifa de Bahreïn.

Le dirigeant américain a également exprimé son admiration pour l'unité nationale de Bahreïn en réponse aux violations du droit international par l'Iran, a rapporté l'Agence de presse de Bahreïn.

Les défenses aériennes bahreïnies ont intercepté et détruit au moins 188 missiles balistiques et 477 drones lancés depuis l'Iran depuis le début de la campagne militaire menée par les États-Unis et Israël contre le régime de Téhéran le 28 février.

Bahreïn, qui abrite le Commandement central des forces navales américaines et la Cinquième flotte, était l'un des dix pays visés par les attaques de missiles et de drones de l'Iran. Toutefois, le pays n'a participé à aucune opération directe menée par les États-Unis contre Téhéran.

Un fragile cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis est en vigueur depuis le début du mois d'avril. Toutefois, le détroit d'Ormuz, une voie commerciale essentielle, reste fermé. Parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent afin de parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien.