Syrie: les rebelles nomment un de leurs responsables comme Premier ministre de transition

 Les rebelles syriens qui ont mis fin au pouvoir de Bachar al-Assad ont annoncé mardi avoir nommé comme chef de gouvernement transitoire Mohammad al-Bachir. (AFP)
Les rebelles syriens qui ont mis fin au pouvoir de Bachar al-Assad ont annoncé mardi avoir nommé comme chef de gouvernement transitoire Mohammad al-Bachir. (AFP)
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Publié le Mardi 10 décembre 2024

Syrie: les rebelles nomment un de leurs responsables comme Premier ministre de transition

  • Le Qatar, resté critique de l'ex-gouvernement syrien, a pour sa part annoncé avoir "établi le premier canal de communication avec HTS"
  • Dans la capitale pendant ce temps, la vie reprend son cours, avec la réouverture des commerces. Mais pour beaucoup de Syriens, la priorité reste la quête de proches disparus, happés par des décennies de féroce répression

DAMAS: Les rebelles syriens qui ont mis fin au pouvoir de Bachar al-Assad ont annoncé mardi avoir nommé comme chef de gouvernement transitoire Mohammad al-Bachir, qui dirigeait jusqu'à présent le "Gouvernement de salut" du bastion insurgé d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie.

"Le commandement général nous a confié la tâche de diriger le gouvernement transitoire jusqu'au 1er mars", a indiqué un communiqué de M. Bachir, rapporté par la télévision qui l'a présenté comme "le nouveau Premier ministre".

La veille, Abou Mohammad al-Jolani, qui dirige le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS) à la tête de la coalition rebelle, avait eu un entretien avec l'ex-Premier ministre Mohammed al-Jalali pour "coordonner la transition du pouvoir", à laquelle le Parlement et le parti Baas du président déchu ont apporté leur soutien.

"Jusqu'à présent (...) HTS et les autres groupes armés ont envoyé un message positif au peuple syrien", a estimé l'ONU avant l'annonce de la nomination de M. Bachir, né en 1983 à Jabal al-Zawiya, dans la province d'Idleb.

Le Qatar, resté critique de l'ex-gouvernement syrien, a pour sa part annoncé avoir "établi le premier canal de communication avec HTS", qui a dirigé l'offensive rebelle fulgurante lancée le 27 novembre à partir d'Idleb contre les forces gouvernementales.

Ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, cette formation affirme avoir rompu avec le jihadisme, sans réellement convaincre les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui le classent terroriste.

Dans la capitale pendant ce temps, la vie reprend son cours, avec la réouverture des commerces. Mais pour beaucoup de Syriens, la priorité reste la quête de proches disparus, happés par des décennies de féroce répression.

Frappes israéliennes

L'ONU a de son côté appelé à la fin des "frappes et mouvements israéliens sur le territoire syrien", après qu' Israël a confirmé lundi avoir détruit des dépôts militaires, notamment d'"armes chimiques", en Syrie pour éviter leur prise par les insurgés dirigés par HTS.

L'armée israélienne a par contre démenti mardi des informations faisant état d'une avancée de ses chars vers Damas.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme, OSDH, qui s'appuie sur un vaste réseau de sources en Syrie, a recensé "près de 310 frappes" israéliennes notamment contre des aéroports et dépôts d'armes, ainsi qu'une unité de défense aérienne et des navires de guerre près du port de Lattaquié (nord-ouest).

L'armée israélienne a aussi confirmé mardi que ses forces "sont stationnées dans la zone tampon" avec la Syrie à la lisière de la partie du plateau du Golan occupée et annexée par Israël, "et aux points de défense près de la frontière" pour "protéger" le pays.

L'ONU avait qualifié cette incursion de "violation" de l'accord de désengagement de 1974 entre Israël et la Syrie. L'Iran a aussi dénoncé mardi une "violation flagrante" du droit, après des condamnations similaires d'Amman et Ryad.

La Turquie, qui soutient en Syrie des groupes armés rebelles, a de son côté pointé une "mentalité d'occupation" d'Israël, avant que son président, Recep Tayyip Erdogan, n'affirme qu'il ne permettra pas  "que la Syrie soit à nouveau divisée".

Fin des fouilles à Saydnaya 

Près de Damas, devant la sinistre prison de Saydnaya, les secouristes des Casques blancs ont annoncé tôt mardi mettre fin à leur recherche de possibles cachots souterrains "sans avoir trouvé de lieux secrets ou cachés".

Des milliers de personnes s'étaient massées autour de la prison depuis sa libération dimanche par les rebelles, dans l'espoir de nouvelles de leurs proches disparus.

A la recherche de son fils, arrêté en 2013, Khouloud Amini, 53 ans, s'y est rendue en vain, explique-t-elle à l'entrée du bloc d'immeubles qui abritait à Damas les redoutables organes de sécurité syriens, où elle poursuit sa quête d'informations.

Sleimane Kahwaji, un jeune secouriste, est lui revenu pour retrouver les lieux où il a été détenu "55 jours sous terre" en 2014 dans un cachot surpeuplé, où il a vu mourir deux compagnons d'infortune.

M. Jolani, a promis de désigner, poursuivre et de châtier les auteurs d'exactions, y compris en demandant leur remise aux pays "où ils se sont enfuis".

Selon des médias libanais, d'anciens dignitaires syriens se sont réfugiés à Beyrouth sous la protection du Hezbollah, un allié de Bachar al-Assad. Egalement soutenu par la Russie et l'Iran, ce dernier se trouve à Moscou avec sa famille, selon les agences russes.

Amnistie 

M. Jolani - Ahmed al-Chareh de son vrai nom - a précisé avoir "accordé l'amnistie" au personnel subalterne de l'armée et des forces de sécurité.

Depuis le début du soulèvement prodémocratie en 2011, qui a tourné à la guerre civile dans le pays, plus de 100.000 personnes ont péri dans les prisons syriennes, estimait en 2022 l'OSDH.

Des rebelles ont déclaré à l'AFP avoir trouvé lundi une quarantaine de corps portant des traces de torture dans la morgue d'un hôpital près de Damas, entassés dans des sacs mortuaires.

"C'était un spectacle horrible", a décrit à l'AFP Mohammed al-Hajj, un combattant rebelle du sud du pays, faisant état de "signes de tortures effroyables". Sur des photographies et vidéos qu'il dit avoir prises lui-même, l'AFP a pu voir des cadavres aux yeux et dents arrachés, couverts de sang et d'ecchymoses.

Mardi, des familles en quête de proches affluaient à la morgue d'un hôpital de Damas où ces dépouilles ont été transférées pour identification, a constaté un photographe de l'AFP.

Les commerces d'alimentation, marchés et pharmacies ont rouvert leurs portes mardi dans la capitale, de nouveau sillonnée à la mi-journér par voitures et piétons, constaté un journaliste de l'AFP.

"La vie continue", se réjouit Lina al-Istaz, une fonctionnaire de 57 ans, pour qui depuis dimanche, "la peur a disparu".

Au moins 910 personnes, dont 138 civils, ont été tuées durant l'offensive rebelle éclair lancée le 27 novembre, selon l'OSDH, et "entre 800.000 à un million" de personnes déplacées, selon l'ONU.


L'Égypte condamne les attaques iraniennes contre la Jordanie, Bahreïn et le Koweït

La ligne d'horizon de Manama lors du troisième jour des essais de pré-saison de Formule 1 sur le circuit international de Bahreïn à Sakhir, le 28 février 2025. (File/AFP)
La ligne d'horizon de Manama lors du troisième jour des essais de pré-saison de Formule 1 sur le circuit international de Bahreïn à Sakhir, le 28 février 2025. (File/AFP)
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  • L'Egypte met en garde contre les attaques qui menacent la stabilité régionale et réaffirme son soutien aux Etats arabes du Golfe
  • Dans une déclaration, le ministère égyptien des affaires étrangères a exprimé la "pleine solidarité" du Caire avec les trois États du Golfe

DUBAI : L'Egypte a condamné mercredi les attaques iraniennes visant la Jordanie, Bahreïn et le Koweït, les décrivant comme une escalade dangereuse et une violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des trois pays.

Le Koweït, Bahreïn et la Jordanie ont signalé des interceptions de drones, des sirènes de raids aériens et des tirs de missiles dans le cadre des attaques iraniennes contre des cibles liées aux États-Unis dans la région.

Dans une déclaration, le ministère égyptien des affaires étrangères a exprimé la "pleine solidarité" du Caire avec les trois États du Golfe et a affirmé son soutien aux mesures visant à protéger leur sécurité, leur stabilité et leurs biens nationaux.

Le ministère a déclaré que les attentats menaçaient la sécurité et la stabilité de l'ensemble de la région, soulignant que la sécurité des États arabes faisait "partie intégrante" de la sécurité nationale égyptienne et arabe.

L'Égypte a également réitéré son rejet de toute action qui porte atteinte à la souveraineté des États ou menace l'intégrité territoriale, tout en appelant à la désescalade et au respect du droit international afin de préserver la stabilité régionale.


Gaza: les discussions du Caire butent sur la question clef du désarmement

Les discussions au Caire en vue d'avancer vers une fin de la guerre à Gaza butent sur un différend entre mouvements palestiniens et médiateurs sur la question clef du désarmement de ce territoire et du Hamas, a appris l'AFP mardi de sources palestiniennes. (AFP)
Les discussions au Caire en vue d'avancer vers une fin de la guerre à Gaza butent sur un différend entre mouvements palestiniens et médiateurs sur la question clef du désarmement de ce territoire et du Hamas, a appris l'AFP mardi de sources palestiniennes. (AFP)
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  • Faisant état d'"avancées", un dirigeant de mouvement palestinien a confirmé le blocage, reconnaissant que "la question des armes est l'un des dossiers les plus sensibles qui ont été abordés" et que la balle était "dans le camp d'Israël et des médiateurs"
  • Les groupes palestiniens "restent attachés" au principe selon lequel la question du désarmement doit être liée à au "retrait total d'Israël de la bande de Gaza", a-t-il ajouté

LE CAIRE: Les discussions au Caire en vue d'avancer vers une fin de la guerre à Gaza butent sur un différend entre mouvements palestiniens et médiateurs sur la question clef du désarmement de ce territoire et du Hamas, a appris l'AFP mardi de sources palestiniennes.

"Les consultations se poursuivent [...] dans un contexte de divergences nettes de vision [...] la question des armes restant le seul point de discorde", a déclaré à l'AFP une source politique palestinienne au fait des pourparlers.

Faisant état d'"avancées", un dirigeant de mouvement palestinien a confirmé le blocage, reconnaissant que "la question des armes est l'un des dossiers les plus sensibles qui ont été abordés" et que la balle était "dans le camp d'Israël et des médiateurs", soit l'Egypte, le Qatar et la Turquie.

Les groupes palestiniens "restent attachés" au principe selon lequel la question du désarmement doit être liée à au "retrait total d'Israël de la bande de Gaza", a-t-il ajouté.

Validé par l'ONU, le plan de paix par étapes du président américain Donald Trump en vue de mettre fin à la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas sur Israël, n'entrevoit au contraire qu'à très long terme la possibilité d'un retrait total des troupes israéliennes, qui contrôlent aujourd'hui environ 60% de ce territoire.

Et Israël continue d'exiger un désarmement complet du Hamas et des autres groupes palestiniens avant toute progression dans la feuille de route fixée par M. Trump.

Plus tôt mardi, plusieurs sources palestiniennes impliquées dans les discussions avaient fait état d'un accord entre les différents mouvements pour que les groupes militarisés de la bande de Gaza remettent une partie de leurs armes à une instance palestinienne ad hoc, restant à créer.

Une telle proposition n'ayant a priori aucune chance d'être acceptée par Israël, "l'Egypte et les médiateurs travaillent à élaborer une nouvelle formule acceptable tenant compte de ce consensus", avait indiqué un des participants.

Parmi les mouvements présents au Caire figurent le Hamas, le Jihad islamique et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) parmi les plus importants, mais pas le Fatah, la formation du président palestinien Mahmoud Abbas.

Les discussions du Caire se tiennent alors que les frappes israéliennes - visant, selon Israël, des membres de groupes armés - se poursuivent à un rythme quasi-quotidien en dépit du cessez-le-feu annoncé en octobre 2025.

Les parties se renvoient mutuellement la responsabilité de la situation, le Hamas accusant Israël de ne pas respecter ses engagements, notamment humanitaires.

Les pourparlers entre le Hamas et les médiateurs doivent reprendre mercredi, selon un dirigeant du mouvement islamiste.

Le Hamas a déjà plusieurs fois déclaré ne pas être opposé à rendre une partie de son arsenal, mais uniquement dans le cadre d'un processus politique palestinien.

Son ancien numéro un, Khaled Mechaal, a aussi évoqué un "gel" ou un "stockage" des armes, ce qui avait été immédiatement rejeté par Israël.


Mort d'un bébé palestinien: une ONG contredit la version de l'armée israélienne, vidéo à l'appui

Une capture d'écran montre Sam Abu Haikal, âgé de sept mois, porté par son père quelques instants après qu'un soldat israélien a tiré sur la voiture dans laquelle ils se trouvaient, à Hébron, le 5 juin 2026. (B’Tselem via Reuters)
Une capture d'écran montre Sam Abu Haikal, âgé de sept mois, porté par son père quelques instants après qu'un soldat israélien a tiré sur la voiture dans laquelle ils se trouvaient, à Hébron, le 5 juin 2026. (B’Tselem via Reuters)
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  • Dimanche, l'armée israélienne avait dit que "sur la base des conclusions de l'enquête préliminaire, il a(vait) été décidé d’ouvrir une enquête par la Division des enquêtes criminelles de la police militaire"
  • L'ONG a en outre accusé les soldats de ne pas être venus en aide aux blessés

JERUSALEM: L'organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a diffusé mardi une vidéo contredisant, selon elle, la version de l'armée sur la mort d'un bébé palestinien, tué par des tirs israéliens en Cisjordanie occupée la semaine dernière.

Sam Fahd Abou Haikal, sept mois, est décédé et ses parents ont été légèrement blessés lorsque les forces israéliennes ont ouvert le feu vendredi sur la voiture de la famille dans la ville de Hébron, selon des sources palestiniennes.

L'armée avait indiqué, après une enquête préliminaire, qu'un de ses soldats avait ouvert le feu "sur des civils" non suspects, après que leur véhicule avait accéléré en direction de troupes.

Toutefois, selon une vidéo publiée par B'Tselem sur X, la voiture a ralenti et s'est arrêtée à l'approche de deux soldats israéliens. Les images ne montrent pas le moment des tirs, mais les instants d'après, la famille palestinienne se tenant près de leur voiture tandis que le bébé saigne dans les bras de son père.

Dimanche, l'armée israélienne avait dit que "sur la base des conclusions de l'enquête préliminaire, il a(vait) été décidé d’ouvrir une enquête par la Division des enquêtes criminelles de la police militaire".

L'ONG a en outre accusé les soldats de ne pas être venus en aide aux blessés.

"Après les tirs, le soldat qui avait ouvert le feu et un autre soldat qui l'accompagnait ont quitté les lieux sans vérifier le véhicule ni aider le bébé et sa mère, grièvement blessés", a affirmé B'Tselem, toujours sur X.

Sollicitée mardi soir, l'armée israélienne a indiqué à l'AFP qu'elle "vérifiait" la vidéo publiée par l'ONG.

Lors des funérailles du nourrisson samedi, son père a dit rejeter l'idée que les tirs résultaient d'une erreur: "quand plus d'une balle est tirée, qu'il n'y a pas de tir de sommation et aucun avertissement, ça ne peut pas être une erreur".

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967.

Les violences liées au conflit israélo-palestinien ont explosé dans ce territoire en marge de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas sur Israël le 7 octobre 2023.

Depuis lors, au moins 1.080 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux combattants, mais aussi beaucoup de civils, ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens, selon un décompte de l'AFP à partir de données de l'Autorité palestinienne.

Dans le même temps, d'après des données officielles israéliennes, au moins 46 Israéliens, parmi lesquels des civils et des soldats, y ont été tués dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.