La reconstruction de Gaza commence par l'humain

Un enfant est assis dans un panier attaché à une bicyclette qu'un homme pousse devant des abris de tentes à Gaza. (AFP)
Un enfant est assis dans un panier attaché à une bicyclette qu'un homme pousse devant des abris de tentes à Gaza. (AFP)
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Publié le Lundi 12 janvier 2026

La reconstruction de Gaza commence par l'humain

La reconstruction de Gaza commence par l'humain
  • Le rapport, publié fin décembre, a été élaboré en partenariat avec Heritopolis et le réseau Metropolis dans le cadre de l'initiative du réseau universitaire d'ONU-Habitat. Il propose un cadre fondamentalement différent pour la reconstruction
  • Plutôt que de proposer un plan de reconstruction conventionnel, le rapport remet en question les modèles pilotés par les donateurs qui privilégient la rapidité, l'échelle et la visibilité au détriment de la résilience à long terme

Alors que les débats internationaux se tournent à nouveau vers la reconstruction de Gaza, un nombre croissant de planificateurs, d'universitaires et de praticiens mettent en garde contre le fait que la simple reconstruction des maisons et des infrastructures ne suffira pas à guérir les communautés brisées par des décennies de conflit. "Gaza : Une vision d'espoir", un nouveau rapport de l'initiative Anthedon, affirme que la reconstruction de Gaza doit commencer non pas avec du ciment et des plans directeurs, mais avec des personnes, la mémoire et la cohésion sociale.

Le rapport, publié fin décembre, a été élaboré en partenariat avec Heritopolis et le réseau Metropolis dans le cadre de l'initiative du réseau universitaire d'ONU-Habitat. Il propose un cadre fondamentalement différent pour la reconstruction d'après-guerre. Il présente la dévastation de Gaza non seulement comme une urgence humanitaire, mais aussi comme le résultat cumulatif d'une fragmentation politique, d'un siège prolongé et de cycles de destruction répétés qui ont érodé à la fois la ville physique et son tissu social.

Plutôt que de proposer un plan de reconstruction conventionnel, le rapport remet en question les modèles pilotés par les donateurs qui privilégient la rapidité, l'échelle et la visibilité au détriment de la résilience à long terme. "La reconstruction technique détachée du contexte humain risque de reproduire la fragmentation et la vulnérabilité", affirment les auteurs. Les routes, les immeubles d'habitation et les services publics peuvent être restaurés, mais si l'on ne s'attaque pas aux traumatismes, aux déplacements et à la perte d'identité collective, la bande de Gaza reste profondément fragile.

Francesco Bandarin, conseiller spécial du directeur général du Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels et ancien directeur du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, affirme que "l'ampleur de la destruction à Gaza représente l'un des plus grands défis de reconstruction de l'histoire humaine moderne - en termes de dommages physiques, de besoins financiers et de la complexité d'opérer sous un contrôle militaire permanent".

Il ajoute : "Les plans de reconstruction à grande échelle pour Gaza ne sont tout simplement pas réalisables en l'absence d'un processus de paix politique. L'occupation directe par Israël de plus de 60 % de la bande de Gaza bloque structurellement la planification urbaine globale, les grands projets d'infrastructure et les investissements économiques à long terme".

M. Bandarin a conclu que la reconstruction de Gaza ne réussira pas sans un cadre de paix crédible soutenu par des acteurs régionaux clés, en particulier l'Arabie saoudite, la Jordanie et l'Égypte, ainsi que de véritables garanties internationales.

Les propos de Rami Nasrallah, fondateur du Centre international pour la paix et la coopération, vont dans le même sens. M. Nasrallah estime que la reconstruction nécessiterait plus de 100 milliards de dollars, mais qu'il n'y a pas d'engagement international pour mobiliser ces ressources. "Au-delà de l'aide humanitaire d'urgence, les donateurs restent réticents face à l'incertitude profonde qui pèse sur l'avenir de Gaza et du paysage palestinien au sens large, y compris la Cisjordanie et Jérusalem-Est".

Les plans directeurs et les mégaprojets imposés de l'extérieur négligent souvent les réalités locales et excluent les personnes les plus touchées.

Daoud Kuttab


Il a souligné que "les communautés de Gaza ne peuvent pas attendre et n'attendront pas les donateurs, les accords politiques ou les interventions à grande échelle qui risquent de ne jamais se concrétiser". Il a notamment fait remarquer que "le redressement est déjà en cours sur le terrain. Les Palestiniens reconstruisent des abris, des marchés et des espaces d'apprentissage en utilisant des matériaux locaux et recyclés, répondant de manière créative à la grave pénurie de fournitures et d'équipements de construction.

Le professeur basé à Jérusalem a souligné que "la reconstruction menée localement n'est pas seulement une question de survie. Elle renforce la résolution collective des problèmes, la cohésion sociale et la résilience - prouvant que même face à la destruction et au siège généralisés, les communautés se réapproprient leur avenir".

Au cœur de cette vision se trouve la compréhension du fait que le rétablissement est fondamentalement un processus social et culturel. L'initiative Anthedon place la mémoire collective au centre de la reconstruction, non pas comme la nostalgie d'un passé perdu, mais comme un moyen de reconnecter les communautés à leur identité commune et à leur sentiment d'appartenance. Les quartiers historiques, les marchés, les mosquées, les écoles et les espaces publics sont décrits comme des points d'ancrage de la vie quotidienne qui soutenaient autrefois les liens sociaux et la résilience. Le rapport suggère que leur restauration est essentielle pour rétablir la confiance et la vie civique, parallèlement à l'infrastructure physique.

La participation est une autre pierre angulaire de l'approche proposée. Le rapport insiste sur le fait que les habitants de Gaza, en particulier les jeunes, les femmes, les militants associatifs, les autorités locales et les groupes professionnels, doivent être les principaux acteurs de leur propre reconstruction. Les plans directeurs et les mégaprojets imposés de l'extérieur négligent souvent les réalités locales et excluent les personnes les plus touchées par la destruction. Il s'agit plutôt d'un processus mené par la base qui rassemble les autorités locales, la société civile, les institutions académiques et les structures communautaires traditionnelles pour co-concevoir les quartiers, rétablir les moyens de subsistance et reconstruire les institutions.

Ce modèle participatif relie directement la reconstruction au renouveau civique. Les écoles, les centres communautaires, les lieux culturels et les espaces publics sont envisagés non seulement comme des sites de prestation de services, mais aussi comme des lieux de guérison, de souvenir et de restauration des liens sociaux. Dans un contexte marqué par des traumatismes et des pertes profondes, le rapport affirme que le rétablissement psychologique et social doit être abordé avec la même urgence que les dommages physiques.

La préservation du patrimoine joue un rôle central dans cette vision. Les sites archéologiques, les quartiers historiques et l'architecture traditionnelle ne sont pas considérés comme un luxe dont on s'occupera plus tard, mais comme des moteurs de la cohésion sociale et de la régénération économique. Selon le rapport, en protégeant et en réactivant le patrimoine culturel, Gaza peut générer des moyens de subsistance, renforcer l'identité locale et consolider la continuité face à des ruptures répétées.

Au-delà de la bande de Gaza elle-même, "Gaza : Une vision d'espoir" situe la reprise dans un cadre régional et politique plus large. Il réaffirme la place de Gaza dans un futur État palestinien et rappelle son rôle historique de plaque tournante méditerranéenne du commerce et des échanges. Selon le rapport, la stabilité à long terme dépend de la reconnexion de Gaza avec la Cisjordanie et de son intégration dans des réseaux régionaux plus vastes impliquant l'Égypte, la Jordanie, Israël et au-delà - par le biais d'infrastructures partagées, d'une coopération environnementale et de partenariats économiques.

Les auteurs soulignent toutefois que l'intégration régionale ne peut être imposée d'en haut. L'instauration de la confiance doit commencer au niveau local, par le biais d'une gouvernance inclusive et de l'autonomisation des communautés. Ce n'est qu'à cette condition qu'une coopération plus large pourra contribuer à la paix et à une prospérité partagée, au lieu d'aggraver la dépendance ou les inégalités.

Le message le plus percutant du rapport s'adresse peut-être à la communauté internationale. Il invite les donateurs et les institutions à repenser leur rôle, en passant du contrôle au partenariat et des projets à court terme au renforcement des capacités à long terme. Selon le rapport, une véritable reprise ne peut être importée. Il doit naître au sein de la société gazaouie, soutenu par la solidarité internationale et non dicté par elle.

En fin de compte, "Gaza : Une vision d'espoir" offre une leçon qui donne à réfléchir mais qui est porteuse d'espoir : les villes ne se rétablissent pas simplement en reconstruisant des structures. Elles se rétablissent en restaurant la dignité, l'appartenance et l'action. La reconstruction de Gaza, conclut le rapport, doit être un processus de reconnexion entre les personnes et les lieux, entre la mémoire et l'avenir, si l'on veut qu'elle conduise non seulement à la survie, mais aussi à la résilience et à la paix.

- Daoud Kuttab est un journaliste palestinien primé et ancien professeur de journalisme à l'université de Princeton. Il est l'auteur de "State of Palestine Now : Practical and Logical Arguments for the Best Way to Bring Peace to the Middle East (L'État de Palestine maintenant : arguments pratiques et logiques pour le meilleur moyen d'apporter la paix au Moyen-Orient).

X : @daoudkuttab

NDLR:  Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.