Une guerre contre l’Iran : quels dangers pour le Golfe ?

Si les piliers du système de Téhéran s'effondrent, un vide menaçant tout le monde apparaîtra. (Fichier/AFP)
Si les piliers du système de Téhéran s'effondrent, un vide menaçant tout le monde apparaîtra. (Fichier/AFP)
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Publié le Jeudi 29 janvier 2026

Une guerre contre l’Iran : quels dangers pour le Golfe ?

Une guerre contre l’Iran : quels dangers pour le Golfe ?
  • Le CCG a été créé pour faire face aux menaces régionales, et une guerre contre l’Iran mettrait directement à l’épreuve sa raison d’être : la sécurité collective
  • Qu’il s’effondre ou qu’il survive, le régime iranien ferait peser des conséquences graves et durables sur l’ensemble du Golfe

Notre région est jonchée de mines terrestres enfouies depuis longtemps, dont chacune pourrait déclencher des conséquences imprévues. Cela ne vise pas le différend saoudo-émirati dans le sud du Yémen, bien qu’il s’agisse de l’une des questions brûlantes actuelles qui pourrait encore être résolue par des pourparlers directs.

Au-delà de ces mines, la question la plus dangereuse demeure toutefois la probabilité croissante d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran et ses répercussions sur notre environnement, au premier rang desquelles figurent les pays du Conseil de coopération du Golfe, assis au premier rang du théâtre de la guerre.

Il convient de rappeler que le CCG a été fondé il y a plus de quarante ans précisément pour faire face à ce danger. Pourtant, ses États membres ont choisi d’élargir leurs objectifs, passant de la coopération en matière de défense à presque tous les domaines, jusqu’à des détails mineurs comme les étiquettes de blanchisserie et les prises électriques. Il demeure le seul bloc régional largement couronné de succès, ce qui n’exclut pas l’existence de désaccords politiques.

Un chercheur m’a un jour affirmé que le CCG avait été construit sur la « haine du régime iranien ». C’est bien sûr inexact. Il a effectivement vu le jour dans le contexte des menaces de l’ayatollah Khomeini contre les États du Golfe et du déclenchement de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Toutefois, la région surplombant le Golfe occidental avait besoin d’un cadre pour organiser les relations entre ses six États, même en l’absence de toute menace extérieure. De grandes entreprises peuvent naître de circonstances imprévues.

Les États du Golfe ne seront pas d’accord sur tout, mais leur intérêt commun réside dans la préservation de leur sécurité collective. 

                                                   Abdulrahman Al-Rashed

L’Union européenne, par exemple, est née d’un accord sur le charbon entre l’Allemagne et la France. La Communauté européenne du charbon et de l’acier a servi de passerelle au développement des relations dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale et a ensuite conduit à la création de l’UE élargie. Les États du Golfe ne seront pas d’accord sur tout, mais leur intérêt commun réside dans la préservation de leur sécurité collective. La menace iranienne a continué de jouer un rôle dans le renforcement des relations intra-CCG.

Toute notre histoire avec l’Iran n’a pas été tumultueuse — cette situation est limitée au régime actuel. Sous la monarchie iranienne, Téhéran entretenait généralement des relations positives avec ses voisins pendant des siècles, marquées par des différends occasionnels typiques des relations entre États voisins. La détérioration a été immédiate après l’arrivée au pouvoir du régime clérical.

Si les piliers du système de Téhéran s’effondrent, un vide émergera qui menacera tout le monde ; s’ils tiennent, il reviendra avec force. 

                                             Abdulrahman Al-Rashed

Dès la première semaine, l’Arabie saoudite a exprimé son souhait d’entretenir de bonnes relations, envoyant des délégations officielles et non officielles à Khomeini et acheminant une cargaison de produits pétroliers pour atténuer une grave pénurie à Téhéran à l’époque, en signe d’amitié envers le nouveau régime. Pourtant, Khomeini a officiellement déclaré son intention de travailler au renversement des systèmes voisins.

Il a fallu plus de quarante ans à la république pour corriger sa trajectoire et rechercher la réconciliation avec Riyad. Aujourd’hui, Téhéran fait face à une menace existentielle qui l’oblige à choisir entre l’abandon du projet de 1979 qu’il proclamait — l’exportation des révolutions et la confrontation avec le monde — et le risque d’un affrontement dévastateur.

Les six capitales du Golfe reconnaissent qu’elles ne sont pas en mesure de soutenir ni de changer le régime ; l’événement les dépasse. Toutefois, ses répercussions sont dangereuses pour elles. Les scénarios possibles en cas de guerre sont nombreux, allant de l’effondrement à un coup d’État, ou à un régime qui tient bon et en sort renforcé. Les risques sont immenses et ne peuvent même pas être comparés à l’invasion de l’Irak et à la chute du régime de Saddam Hussein, survenues rapidement et facilement. Si les piliers du système de Téhéran s’effondrent, un vide émergera qui menacera tout le monde ; s’ils tiennent, il reviendra avec force.

Tous les gouvernements du Golfe ont choisi de ne pas s’impliquer dans l’opération. Cela ne constitue pas une déception pour leur allié américain, qui maintient des moyens militaires et des accords avec les États du CCG et préfère également ne pas élargir le front, ce qui nécessiterait des efforts défensifs accrus. Malgré les allusions de l’Iran à des frappes contre des installations dans les États du Golfe, un tel scénario reste peu probable, bien que non impossible.

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com