Les combats n’ont pas cessé depuis que les négociations à Islamabad ont été interrompues. La décision dangereuse du président américain Donald Trump d’imposer un blocus au commerce maritime iranien a bouleversé l’ensemble du paysage, l’Iran menaçant désormais de cibler les ports du Golfe.
Sur le champ de bataille, les forces israéliennes progressent dans le sud du Liban et chaque succès qu’elles y obtiennent affaiblit la position de négociation et la position morale de l’Iran. Israël a déjà pris le contrôle d’environ un tiers du territoire libanais et se rapproche de la prise de trois bastions militaires clés du Hezbollah : Bint Jbeil, Khiam et Taybeh. Le gouvernement libanais, en raison de cette guerre, a osé franchir une étape historique en engageant des négociations directes avec Israël, défiant les menaces du Hezbollah.
Les Iraniens se sont empressés de demander la reprise des négociations avec les États-Unis, laissant entendre une volonté de faire des concessions pour mettre fin au blocus naval.
Le blocus est l’arme la plus dangereuse qui puisse être utilisée contre l’Iran. Entraver le commerce maritime iranien pourrait faire tomber le régime si la mesure est maintenue suffisamment longtemps et appliquée strictement. Bien sûr, étrangler l’Iran en mer a des conséquences et pourrait potentiellement raviver une guerre plus large.
Dans un geste calculé, Trump a annoncé un blocus couvrant Bandar Abbas, Bushehr et d’autres ports le long du golfe Arabique et du golfe d’Oman, tout en empêchant tout navire d’entrer ou de sortir d’Iran par le détroit d’Ormuz. Cela devrait coûter à l’Iran environ un demi-milliard de dollars par jour, en plus d’affaiblir sa position politique, après que Téhéran a utilisé sa capacité à menacer le détroit d’Ormuz comme levier face aux États du Golfe arabe et à l’économie mondiale.
Une conséquence possible, selon le régime iranien, serait des représailles par des frappes contre les ports du Golfe et un retour à une destruction mutuelle assurée. L’Iran a déjà montré qu’il prenait ce type de menaces au sérieux en ciblant ses voisins arabes, frappant des infrastructures civiles vitales dans six États du Golfe, ainsi qu’en Irak et en Jordanie.
Les États du Golfe peuvent-ils supporter de nouvelles pertes si leurs ports — ces lignes de vie par lesquelles pétrole, gaz et produits pétrochimiques sont exportés vers les marchés mondiaux — sont visés ?
En temps de guerre, ils ont peu d’options. Les pays du Golfe ont déjà fait ce qu’ils pouvaient pour éviter le conflit. Les forces américaines ont été contraintes de mener des opérations militaires depuis des flottes navales et des bases situées dans des pays au nord de l’Iran, mais Téhéran a choisi de frapper les installations du Golfe pour imposer un coût à l’économie mondiale.
Les Iraniens se sont empressés de demander la reprise des négociations, laissant entendre une volonté de faire des concessions.
Abdulrahman Al-Rashed
Cela a fonctionné : les prix du pétrole et du gaz ont doublé, suivis d’une hausse des coûts du transport, de l’aviation et des produits pétroliers, directs et indirects.
Pour cette raison, l’Iran reproduira probablement la même stratégie et ciblera de nouveau les États du Golfe.
Les calculs des États-Unis reposent sur un équilibre des souffrances des deux côtés et sur des estimations quant à la durée nécessaire du blocus pour contraindre l’Iran à faire des concessions permettant la reprise de son commerce maritime. Washington envisage également la reprise des frappes après une trêve de deux semaines, à la lumière des évaluations sur ce qu’il reste de l’arsenal iranien et sa capacité à lancer de nouveaux missiles avec précision.
Dans le même temps, l’Iran est profondément meurtri après 38 jours de guerre. Il fait face à un vide de leadership et ses relais régionaux, comme on l’a vu au Liban, ont été affaiblis. La question demeure : choisira-t-il malgré tout de jouer ce dangereux jeu de la surenchère ?
L’Iran pourrait être en mesure de détruire une part importante des infrastructures maritimes et énergétiques du Golfe, mais ces États s’en remettraient. Ils ont la capacité de réparer les dégâts et d’absorber des pertes majeures. L’Iran, en revanche, jouerait la survie de son régime dans ce nouveau cycle de confrontation.
Les États-Unis ont montré leur volonté de poursuivre le combat. On pourrait soutenir que davantage de frappes contraignant l’Iran à capituler constitueraient la meilleure option pour Trump, lui permettant d’apparaître victorieux aux yeux du monde.
En effet, les États-Unis ont subi peu de pertes lors du cycle précédent (13 morts, dont la moitié dans un crash d’avion en Irak). Parallèlement, Israël est également favorable à la poursuite de la guerre pour obtenir davantage de concessions de l’Iran, l’opinion publique suggérant que les Israéliens sont prêts à supporter des coûts supplémentaires si l’Iran cesse de représenter une menace régionale persistante.
La nouvelle direction iranienne peut sembler fanatique, mais cette même direction a exprimé le souhait de revenir à la table des négociations. Elle a un intérêt évident à éviter une destruction qui mettrait en péril l’existence même du régime. Un blocus et des destructions seraient moins probables si les délégations américaine et iranienne reprenaient les négociations.
Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.
X : @aalrashed
NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














