L'élan croissant en faveur d'un éventuel accord entre les États-Unis et l'Iran est présenté au niveau international comme une percée diplomatique capable d'empêcher une guerre régionale de plus grande ampleur. Les rapports suggèrent que le cadre pourrait inclure la réouverture du détroit d'Ormuz, l'allègement des sanctions, un accord de cessez-le-feu et de futures négociations nucléaires.
Du point de vue du Golfe, toutefois, la question n'est pas simplement de savoir si un accord est conclu. La véritable question est de savoir quel type d'accord en résultera et s'il renforcera la stabilité régionale à long terme ou s'il récompensera involontairement les tactiques à l'origine de la crise.
Les États du Golfe sont ceux qui ont le plus à perdre d'une éventuelle instabilité du détroit d'Ormuz. Leurs économies, leurs exportations d'énergie, leur commerce maritime et leur sécurité nationale sont directement liés au flux ininterrompu de la navigation internationale dans les eaux du Golfe. Contrairement aux puissances mondiales qui peuvent aborder la crise par le biais de calculs géopolitiques plus larges, les pays du Conseil de coopération du Golfe en subissent les conséquences immédiatement et directement.
C'est pourquoi les capitales du Golfe sont susceptibles de soutenir tout accord qui réduirait réellement les tensions, garantirait la liberté de navigation et rétablirait la stabilité régionale. Mais elles sont tout aussi fondées à craindre un accord qui permettrait à l'Iran de sortir politiquement plus fort après des mois d'escalade, de menaces sur les voies de navigation et de moyens de pression régionaux.
Une grande partie de la dynamique diplomatique actuelle existe précisément parce que l'Iran a démontré sa capacité à perturber l'un des points d'étranglement maritimes les plus vitaux au monde. Les menaces de Téhéran autour d'Ormuz ont déclenché des préoccupations énergétiques mondiales, une hausse des prix du pétrole et des craintes de perturbations économiques bien au-delà du Moyen-Orient.
Tout accord qui semble récompenser le recours à la coercition risque d'encourager des crises similaires à l'avenir.
Hani Hazaimeh
Si le résultat final de cette confrontation est un allègement majeur des sanctions, une reconnaissance internationale de l'influence stratégique de l'Iran et une expansion de son influence régionale sans contraintes significatives sur son comportement futur, alors le message envoyé à la région serait profondément dangereux : l'escalade fonctionne.
Aucun pays ne devrait être autorisé à armer les voies navigables internationales, à menacer le commerce mondial, puis à convertir cette pression en gains politiques et économiques sans s'engager de manière contraignante à assurer la stabilité future. Tout accord qui semble récompenser le recours à la coercition risque d'encourager des crises similaires à l'avenir, et non de les prévenir.
Pour le CCG, la question centrale n'est pas l'opposition à la diplomatie avec l'Iran. Les États du Golfe eux-mêmes ont constamment recherché la désescalade, le dialogue et l'engagement pragmatique au cours des dernières années. Le problème est de savoir si la diplomatie s'attaque aux causes profondes de l'instabilité ou si elle se contente de geler temporairement les tensions tout en laissant intact le déséquilibre stratégique.
Tout accord durable doit donc inclure des garanties claires concernant la sécurité maritime et la liberté de navigation, conformément au droit international.
Le détroit d'Ormuz ne peut faire l'objet d'un marchandage politique ou d'un accès sélectif en fonction des calculs de l'Iran. Les voies maritimes internationales sont régies par des lois et des principes maritimes établis qui garantissent le libre passage de toutes les nations. Les rapports et les spéculations suggérant que l'Iran pourrait chercher à obtenir une reconnaissance spéciale de son contrôle sur le détroit ou une influence privilégiée sur les accords de transit doivent être entièrement rejetés.
Un tel précédent saperait fondamentalement les normes maritimes internationales et créerait une incertitude permanente pour les marchés mondiaux de l'énergie.
Du point de vue du Golfe, tout accord entre les États-Unis et l'Iran doit établir des obligations claires et applicables qui empêchent les menaces futures sur les routes maritimes, les exportations d'énergie et l'infrastructure commerciale régionale. Les promesses temporaires ne suffisent pas. La région a déjà connu des cycles répétés d'escalade suivis d'accords de désescalade fragiles qui ne parviennent pas à résoudre les tensions sous-jacentes.
Les négociations actuelles représentent un test important pour la crédibilité du système international.
Hani Hazaimeh
Les États du CCG craignent également que certaines puissances occidentales ne privilégient la stabilité immédiate au détriment de l'équilibre à long terme. L'objectif premier de Washington est peut-être d'éviter une nouvelle confrontation militaire coûteuse et de stabiliser les marchés pétroliers mondiaux avant que les dommages économiques ne s'aggravent. Mais la région doit voir plus loin que les réactions à court terme du marché. Leur préoccupation est le futur ordre régional qui pourrait émerger de ces négociations.
Si l'Iran obtient un redressement économique, un allègement des sanctions et une légitimité diplomatique tout en maintenant intacts ses mécanismes de pression régionaux, l'équilibre stratégique dans le Golfe pourrait évoluer dans un sens qui accroîtrait l'insécurité à long terme.
Ce point est particulièrement important car la question nucléaire n'a jamais été la seule source d'inquiétude dans le Golfe. Les réseaux régionaux de mandataires, les capacités en matière de missiles, les tactiques de pression maritime et l'ingérence dans les affaires arabes restent des éléments centraux de l'équation de sécurité au sens large. Un accord étroit portant uniquement sur l'enrichissement de l'uranium et ignorant ces dynamiques plus larges laisserait de nombreuses préoccupations du CCG sans réponse.
Dans le même temps, les États du Golfe reconnaissent qu'une confrontation permanente avec l'Iran n'est pas une voie viable. La géographie rend la coexistence inévitable. La stabilité dans le Golfe exige en fin de compte des accords régionaux fondés sur le respect mutuel, la non-ingérence et l'adhésion au droit international.
Les négociations actuelles représentent un test important non seulement pour les relations entre les États-Unis et l'Iran, mais aussi pour la crédibilité du système international lui-même. Si la sécurité maritime et les routes commerciales internationales peuvent être prises en otage pendant les périodes de confrontation politique, la stabilité mondiale devient vulnérable à une coercition répétée.
C'est pourquoi tout accord doit aller au-delà d'un vague langage diplomatique et établir des mécanismes concrets garantissant la liberté de navigation, le respect de la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires régionales.
Pour la région, le succès ne se mesurera pas simplement à l'arrêt temporaire des combats. Il se mesurera à la création d'un cadre régional stable dans lequel aucun État ne pourra menacer la prospérité collective par des perturbations maritimes ou un chantage géopolitique.
Les États du Golfe ne souhaitent pas l'effondrement de l'Iran, ni une confrontation sans fin. Ils recherchent un ordre régional équilibré où la stabilité est protégée par le droit international plutôt que dictée par celui qui peut créer la plus grande perturbation.
Hani Hazaimeh est un rédacteur en chef basé à Amman.
X : @hanihazaimeh
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.














