Dans le lexique de la diplomatie moyen-orientale, peu de mots ont été mis à rude épreuve - ou aussi souvent - que celui de "cessez-le-feu". Les récents accords entre Israël et le Liban, apparemment soutenus par des assurances américaines visant à empêcher une nouvelle escalade, étaient censés marquer une pause et, en fin de compte, une voie vers la désescalade. Pourtant, sur le terrain, le schéma est familier : les violations persistent, les tensions couvent et la frontière entre dissuasion et provocation continue de s'estomper.
Cette dynamique n'est pas nouvelle. La doctrine israélienne en matière de sécurité repose depuis longtemps sur la préemption, l'ambiguïté et la création de ce qu'elle considère comme des "zones tampons" nécessaires. Dans la pratique, cependant, ces mesures se transforment souvent en quelque chose de plus durable - des points d'appui territoriaux justifiés par des récits de sécurité qui sont rarement abandonnés une fois qu'ils sont établis. Le Liban, en particulier sa frontière méridionale, a toujours été le terrain d'essai de cette approche.
Le moment actuel est marqué par des crises qui se chevauchent. La guerre à Gaza a rééquilibré la perception des menaces régionales, tandis que le risque d'une confrontation plus large impliquant l'Iran et son réseau d'alliés - en particulier le Hezbollah - a accru l'importance stratégique du Liban. Dans ce contexte, toute activité militaire israélienne, même lorsqu'elle est présentée comme limitée ou préventive, a des implications plus larges. Il ne s'agit pas simplement de frappes tactiques, mais de redéfinir les règles d'engagement dans une région déjà à cran.
Ce qui est préoccupant, c'est le décalage apparent entre les engagements diplomatiques et les réalités opérationnelles. Si Washington a effectivement donné des assurances quant à la retenue israélienne, la poursuite des actions transfrontalières - qu'il s'agisse d'incursions aériennes, de frappes ciblées ou d'opérations de surveillance - sape leur crédibilité. Cela renforce également une perception de longue date dans la région : les cessez-le-feu impliquant Israël sont souvent conditionnels, flexibles et sujets à une réinterprétation unilatérale.
Il ne s'agit pas seulement de frappes tactiques ; il s'agit de redéfinir les règles d'engagement dans une région déjà à cran
Hani Hazaimeh
Du point de vue de Beyrouth, cela crée un dilemme stratégique. L'État libanais, déjà limité par la fragmentation politique interne et l'effondrement économique, n'a ni la capacité ni l'influence nécessaires pour faire respecter les termes d'une trêve. Le Hezbollah, quant à lui, opère selon son propre calcul, étroitement lié à la position régionale de l'Iran. Il en résulte une structure de dissuasion fragmentée, dans laquelle de multiples acteurs opèrent selon différents seuils d'escalade.
La comparaison avec Gaza n'est pas fortuite. Sur les deux théâtres, Israël a fait preuve d'une volonté de remodeler les réalités géographiques et sécuritaires en justifiant la neutralisation des menaces. À Gaza, cela s'est traduit par des opérations militaires de grande envergure et une reconfiguration effective du territoire. Au Liban, l'approche est plus progressive mais suit une logique similaire : établir des faits sur le terrain, les normaliser au fil du temps et les intégrer dans une architecture de sécurité plus large.
Cela soulève une question essentielle : Où s'arrête la sécurité temporaire et où commence le changement territorial de facto ?
Le droit international offre un cadre clair concernant la souveraineté et l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la force. Pourtant, son application reste difficile, en particulier lorsque les alignements géopolitiques mettent certaines actions à l'abri d'une véritable responsabilité. L'absence de conséquences ne permet pas seulement la répétition, elle l'institutionnalise.
Dans une région déjà définie par des conflits qui se chevauchent, la marge d'erreur de calcul est dangereusement mince
Hani Hazaimeh
Pour les États-Unis, les enjeux sont tout aussi importants. En tant qu'allié stratégique d'Israël et courtier autoproclamé de la stabilité régionale, la crédibilité de Washington dépend de sa capacité - ou de sa volonté - de veiller à ce que ses engagements se traduisent par des résultats observables. Si les assurances sont perçues comme rhétoriques plutôt qu'opérationnelles, leur valeur dissuasive diminue rapidement.
De manière plus générale, l'érosion continue des normes de cessez-le-feu a des implications systémiques. Chaque violation, même limitée, contribue à une déstabilisation cumulative qui rend les accords futurs plus difficiles à négocier et encore plus difficiles à maintenir. Dans une région déjà définie par des conflits qui se chevauchent, la marge d'erreur de calcul est dangereusement mince.
Rien de tout cela ne suggère que les préoccupations d'Israël en matière de sécurité sont fabriquées de toutes pièces. L'environnement de menace le long de sa frontière nord est réel, façonné par les capacités du Hezbollah et son intégration dans une stratégie iranienne plus large. Mais la sécurité ne peut être durablement assurée par l'expansion perpétuelle de l'espace opérationnel au détriment de la souveraineté des États voisins. Une telle approche peut apporter des avantages tactiques à court terme, mais elle renforce l'instabilité à long terme.
Le Liban, pour sa part, reste le maillon faible de cette équation, non pas par choix mais en raison des circonstances. Sa fragilité en fait à la fois un champ de bataille et une monnaie d'échange dans une compétition géopolitique plus large. C'est pourquoi le respect des conditions du cessez-le-feu n'est pas un détail de procédure, c'est une nécessité.
La trajectoire actuelle suggère que le cessez-le-feu est moins un accord contraignant qu'une pause temporaire dans un cycle de conflit en cours. À moins d'un changement - soit par le biais de mécanismes exécutoires, soit par un rééquilibrage des priorités stratégiques - le schéma persistera : négociation, violation, normalisation et répétition.
En fin de compte, la question n'est pas de savoir si les cessez-le-feu sont déclarés. Il s'agit de savoir s'ils sont censés tenir.
Hani Hazaimeh est un rédacteur en chef basé à Amman.
X : @hanihazaimeh
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.














