Le labyrinthe Houthi au Yémen

Les Houthis sont une minorité qui s’est infiltrée à Sanaa depuis Saada, profitant des troubles du soi-disant « Printemps arabe ». (AFP/Archives)
Les Houthis sont une minorité qui s’est infiltrée à Sanaa depuis Saada, profitant des troubles du soi-disant « Printemps arabe ». (AFP/Archives)
Publié le Lundi 06 juillet 2026

Le labyrinthe Houthi au Yémen

Le labyrinthe Houthi au Yémen
  • Les Houthis du Yémen ne peuvent être comparés au Hezbollah libanais, qui est plus important tant en nombre qu’en proportion de la population et qui est basé dans son fief chiite au Liban, non loin de là, contrairement aux Houthis qui se trouvent à Sanaa
  • Les Houthis sont une minorité qui s’est infiltrée à Sanaa depuis Saada, profitant des troubles du soi-disant «Printemps arabe» pour occuper la ville par la force des armes et grâce à des alliances, dans le but de rétablir le régime de l’imamat

Quelqu’un a demandé : pourquoi les Saoudiens ne règlent-ils pas la situation au Yémen et ne mettent-ils pas fin au groupe houthi ? La vérité, c’est qu’après avoir suivi pendant de nombreuses années l’évolution de la situation au Yémen, je peux affirmer que la question houthiste est en quelque sorte un véritable labyrinthe. Dès que l’on croit avoir trouvé la vérité, on découvre une nouvelle couche de relations et d’alliances tribales, régionales et politiques.

La conclusion initiale peut sembler simple, mais elle est réaliste : les Houthis constituent un phénomène éphémère. Il s’agit d’un petit groupe armé, tribal, idéologique et extrémiste. Tous les cas historiques comparables suggèrent qu’il ne durera pas. Les Houthis représentent moins de 7 % de la population yéménite, mais ils ont réussi à tisser de vastes alliances locales. Ces alliances ont été à la fois la faiblesse et la force du groupe.

Les Houthis du Yémen ne peuvent être comparés au Hezbollah libanais, qui est plus important tant en nombre qu’en proportion de la population et qui est basé dans son fief chiite au Liban, non loin de là, contrairement aux Houthis qui se trouvent à Sanaa. Les Houthis sont une minorité qui s’est infiltrée à Sanaa depuis Saada, profitant des troubles du soi-disant «Printemps arabe» pour occuper la ville par la force des armes et grâce à des alliances, dans le but de rétablir le régime de l’imamat. Les Houthis ne sont pas le Hezbollah, un groupe qui a un avenir politique grâce à sa base importante.

Il y a aussi « l’épine houthiste ». Cette épine menace non seulement la stabilité de l’Arabie saoudite, mais encore davantage celle du Yémen. Le petit mouvement houthiste a réussi à s’imposer comme un acteur représentant une menace comparable à celle de l’Iran. Il a pris l’initiative de menacer le commerce international dans le détroit de Bab al-Mandab, tout en sapant plus largement les échanges commerciaux en mer Rouge. Les Houthis ont également tenté de jouer un rôle qui s’étend au-delà des frontières et des eaux jusqu’en Afrique de l’Est, mais ils restent une petite faction qui devient de plus en plus fragile à mesure qu’elle grandit et qu’elle étend ses activités belliqueuses.

En termes géopolitiques, les Houthis peuvent s’apparenter à Cuba par rapport aux États-Unis. Petit point dans le voisinage de l’Amérique, l’île communiste est restée une épine dans le pied de Washington pendant des décennies en raison de ses liens avec Moscou. Aujourd’hui, le Cuba de Castro est entré dans son dernier chapitre et reviendra bientôt dans le giron américain.

Quant à la manière dont cette fourmi a pu vivre et survivre aux côtés de l’éléphant américain, cela s’inscrivait dans le cadre des arrangements liés à la Guerre froide. Les États-Unis avaient décidé d’envahir Cuba, l’allié de Moscou. Bien qu’ils aient tenté une fois de le faire et aient échoué, les Soviétiques étaient convaincus que les Américains n’abandonneraient pas.

Les Houthis sont une minorité qui s’est infiltrée à Sanaa depuis Saada, profitant des troubles du soi-disant «Printemps arabe». 

Abdulrahman Al-Rashed


Nikita Khrouchtchev proposa de retirer les missiles soviétiques en échange de l’engagement de John F. Kennedy à ne pas envahir l’île, qui ne deviendrait ainsi pas une source de menace, et à ce que les États-Unis retirent leurs missiles de la Turquie, ligne de front américaine contre Moscou. Les deux parties se sont mises d’accord et Cuba est resté un État communiste non hostile, tandis que la Turquie est restée un allié occidental ne représentant pas une menace pour Moscou.

Les Houthis et le Hezbollah sont tous deux des mandataires de l’Iran, qui les utilise pour imposer son influence sur les pays de la région, sous le couvert de slogans de propagande bien connus. Nous ne savons pas encore comment Téhéran va redéfinir sa stratégie régionale après la guerre qui l’oppose actuellement aux États-Unis et à Israël. Si la question des mandataires n’est pas résolue par la négociation, ces territoires en proie à la crise connaîtront probablement de nouvelles vagues de conflits.

D’un autre côté, les Yéménites sont capables de tenir les Houthis en échec, de les épuiser et, à terme, de faire échouer leur projet. À l’heure actuelle, le groupe ne contrôle plus qu’un tiers du territoire qu’il détenait au plus fort de son expansion. Son aéroport est fermé, ses ports sont sous blocus et ses dirigeants se cachent dans la clandestinité.

Du point de vue de l’Iran, les Houthis ont une valeur stratégique moindre que les milices irakiennes et le Hezbollah, et ils constitueraient la carte la moins coûteuse à jouer si Téhéran décidait de négocier dans le cadre d’accords régionaux. C’est pourquoi je les considère comme un phénomène éphémère.

Le problème est que les Houthis ne sont pas réputés pour leur souplesse politique — contrairement au Hezbollah, qui a déjà signé des accords avec Israël et répondu aux appels de ses rivaux libanais lors de crises passées.

La question demeure : les Houthis ont-ils un moyen de sortir de ce trou, qui était autrefois un palais et qui est aujourd’hui devenu une prison ? La solution politique est toujours d’actualité : le partage du pouvoir reste sur la table et pourrait les sauver de l’anéantissement. Les Houthis restent une composante sociale du Yémen — ils ont le droit d’être partenaires au sein du gouvernement, non pas de le dominer. On leur a proposé à plusieurs reprises de participer au gouvernement, mais ils font preuve d’arrogance et continuent de refuser ces offres, animés par une soif de pouvoir absolu qui pourrait leur coûter tout ce qu’ils ont.

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et intellectuel saoudien. Il est l’ancien directeur général de la chaîne d’information Al-Arabiya et ancien rédacteur en chef d’Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.