Les États du Golfe et la remise du détroit d’Ormuz à l’Iran

Le différend sur l’ouverture du détroit déterminera l’avenir du Golfe (Photo d’archives/AFP)
Le différend sur l’ouverture du détroit déterminera l’avenir du Golfe (Photo d’archives/AFP)
Publié le Vendredi 26 juin 2026

Les États du Golfe et la remise du détroit d’Ormuz à l’Iran

Les États du Golfe et la remise du détroit d’Ormuz à l’Iran
  • Le contrôle du détroit d’Ormuz par l’Iran lui confère un levier stratégique majeur sur le commerce mondial de l’énergie, bien au-delà de la simple question de redevances ou de péages
  • Les concessions issues des négociations récentes sont perçues comme renforçant l’influence de Téhéran, lui permettant d’imposer de nouvelles règles de passage et d’exercer une pression durable sur les États du Golfe et les importateurs

Le détroit d’Ormuz a été rouvert et l’Iran a commencé à agir comme son gendarme, contrôlant le trafic maritime et évoquant la perception de redevances. La Maison Blanche le nie, affirmant qu’aucun péage n’est imposé et que Téhéran s’y était engagé, tout en menaçant de redéployer les navires de guerre américains stationnés à proximité du Golfe.

Il semble que l’une des deux parties ne dise pas la vérité, ou que nous soyons confrontés à une ambiguïté résultant d’interprétations différentes de l’accord.

Même si l’Iran ne perçoit pas un seul dollar de droits de passage, son contrôle du détroit lui confère un pouvoir politique extrêmement dangereux. L’objectif ultime de Téhéran est de contrôler le Golfe en s’érigeant en arbitre de l’autorisation ou du refus de passage des pétroliers. À terme, tous les pays de la région ainsi que les pays importateurs à travers le monde se retrouveront soumis à la décision des officiers de la marine iranienne quant au passage sélectif ou à l’entrave des navires.

Cette réalité se manifestera dès que l’Iran entrera en conflit avec un État du Golfe, cherchant alors à l’empêcher d’exporter son pétrole sous divers prétextes. Téhéran punira également les pays importateurs européens ou asiatiques en limitant leurs approvisionnements. Il utilisera le détroit pour imposer ses politiques aux États du Golfe et les sanctionner à sa convenance. En outre, l’Iran imposera des prélèvements non autorisés aux navires en transit. C’est une méthode que Téhéran applique depuis des décennies : il enlève dans la rue des ressortissants de pays avec lesquels il est en conflit, les accuse de faits fabriqués de toutes pièces afin de faire pression sur leurs gouvernements pour obtenir des concessions. Il agit de la même manière en Irak et au Liban à travers ses milices.

Lorsque le vice-président américain J.D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio affirment que l’Iran s’est engagé à ne pas imposer de redevances dans le détroit, cela est peut-être exact. Mais cela n’exclut en rien l’intention de Téhéran d’exercer un contrôle total sans pour autant vendre des droits de passage.

Même si l’Iran ne perçoit pas un seul dollar de droits de passage, son contrôle du détroit lui confère un pouvoir politique extrêmement dangereux. 

                                    Abdulrahman Al-Rashed

L’hégémonie politique est plus dangereuse que l’extorsion financière. L’annonce par Oman d’un corridor parallèle constituait un test pour les dirigeants iraniens. Il est peu probable que cette initiative puisse perdurer en l’absence d’une force militaire dissuasive capable de la soutenir.

Le différend sur l’ouverture du détroit déterminera l’avenir du Golfe. Les États du Golfe et les autres pays concernés font-ils suffisamment d’efforts pour mobiliser l’opinion internationale afin d’éviter une dérive géopolitique qui affecterait durablement la sécurité régionale et menacerait les exportations de pétrole pendant des années ?

C’est la fermeture du détroit d’Ormuz qui a poussé le président américain Donald Trump à négocier et à conclure précipitamment le mémorandum d’entente de Genève, et non les attaques iraniennes par missiles et drones.

Selon Trump, l’Iran a perdu la guerre sur le plan militaire, mais il a été capable d’absorber les pertes en attendant le moment propice pour négocier.

Quelles étaient les véritables motivations derrière les concessions accordées à Genève ? Trump a lui-même expliqué craindre un ralentissement économique, accompagné de signes d’inflation et d’une hausse des prix de l’essence. La réserve stratégique américaine, qui comptait auparavant 415 millions de barils — la principale ligne de défense énergétique des États-Unis — était tombée à moins de 20 % de sa capacité, son niveau le plus bas depuis 1983.

Le président américain devait alors choisir : risquer le reste de son mandat ainsi que l’avenir électoral de son parti lors des élections de mi-mandat de novembre en poursuivant la guerre, ou conclure rapidement un accord avec Mohammad Bagher Ghalibaf, envoyé de la nouvelle direction iranienne.

Téhéran a clairement interprété cette volonté américaine de parvenir rapidement à un accord et a répondu par une série de conditions, parmi lesquelles l’administration du détroit d’Ormuz. Dans le même temps, l’équipe de Trump s’est concentrée sur la clause nucléaire, considérée comme prioritaire par l’administration, quel qu’en soit le coût en termes de concessions sur d’autres dossiers.

Il convient de rappeler que le plan américain de contre-blocus face à la fermeture du détroit par l’Iran s’est révélé efficace et a contribué à contraindre Téhéran à négocier. Le président iranien Massoud Pezeshkian, en visite au Pakistan pour remercier Islamabad de ses efforts de médiation, a déclaré que son pays était au bord de l’effondrement sans ces négociations.

L’équipe américaine est entrée dans les négociations à Islamabad avec pour exigences d’empêcher la prolifération nucléaire, d’obtenir la remise de l’uranium enrichi, la réouverture du détroit et le démantèlement des milices du régime. Elle est ressortie de Genève après avoir signé un mémorandum promettant de prévenir toute agression contre l’Iran et son allié le Hezbollah, de faciliter l’accès de Téhéran à ses fonds gelés et de créer un fonds d’aide !

Pourtant, jusqu’au début du mois dernier, le régime était sous les décombres. Que s’est-il donc passé ? À propos de ces concessions, J.D. Vance affirme qu’elles visent à instaurer la confiance et que l’accord final sera équilibré, avec des concessions raisonnables de la part de l’Iran, des États-Unis et des acteurs régionaux.

Depuis Genève, la partie iranienne agit avec une confiance particulièrement préoccupante. Elle multiplie les pressions et les menaces sans avoir répondu aux gestes américains par des concessions tangibles. Même la réouverture du détroit s’est accompagnée d’une condition obligeant les navires à reconnaître le droit de l’Iran de les interroger, de communiquer leurs données et d’attendre son autorisation. Il ne s’agit pas d’une concession, mais bien de l’instauration de nouvelles règles de contrôle. 

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com