La plus grande force du Liban est son unité

Joseph Aoun, au centre, Nabih Berri, à gauche, et Nawaf Salam au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, le 8 février 2025. (AFP)
Joseph Aoun, au centre, Nabih Berri, à gauche, et Nawaf Salam au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beyrouth, le 8 février 2025. (AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 15 juillet 2026

La plus grande force du Liban est son unité

La plus grande force du Liban est son unité
  • Pour que les négociations aboutissent, il faut un pays qui parle d’une seule voix
  • Le Liban a souvent abordé des enjeux nationaux cruciaux alors qu’il était miné par des divisions internes, des agendas politiques concurrents et des messages contradictoires adressés au monde extérieur

Le Liban se trouve à un tournant décisif de son histoire moderne. Les pourparlers indirects avec Israël ne constituent pas simplement un nouvel exercice diplomatique ou une tentative d’apaiser les tensions le long de la frontière sud. Ils représentent une occasion d’épargner au pays un nouveau conflit dévastateur et de commencer à réorienter le débat national, en le faisant passer de la guerre et de la confrontation à la reprise et à la reconstruction.

Que ces négociations débouchent finalement sur un accord à long terme ou qu’elles se contentent de réduire le risque d’une nouvelle escalade militaire, un fait reste indéniable : aucun accord ne servira les intérêts du Liban s’il n’est pas fermement ancré dans l’intérêt national du pays et soutenu par un front libanais uni.

Depuis bien trop longtemps, le Liban paie le prix des conflits régionaux qui, à maintes reprises, ont fait peser le fardeau le plus lourd sur sa population. Des villages entiers ont été réduits en ruines, des milliers de familles ont été déplacées et des infrastructures vitales ont été détruites à maintes reprises. Dans le même temps, le pays a traversé l’une des pires crises économiques de son histoire, marquée par l’effondrement de sa monnaie, l’affaiblissement de ses institutions et l’exode de ses jeunes talents les plus brillants, partis chercher des opportunités à l’étranger.

Après des années d’épreuves, l’écrasante majorité des Libanais, quelle que soit leur affiliation politique, partagent une même aspiration : vivre dans un pays qui jouisse de la stabilité, de la sécurité et de la possibilité de se reconstruire. Une nouvelle guerre ne résoudrait pas les problèmes du Liban, elle ne ferait que les aggraver.

C’est pourquoi les négociations actuelles méritent d’être considérées sous l’angle de l’intérêt national plutôt que de l’idéologie politique. L’objectif ne devrait pas être de déterminer qui peut revendiquer la victoire politique, mais plutôt de voir comment le Liban peut en sortir plus fort, plus sûr et mieux placé pour se concentrer sur la reconstruction de son économie et le rétablissement de la confiance dans ses institutions. Si la diplomatie peut réduire la menace de guerre, encourager les investissements, permettre aux communautés déplacées de regagner leurs foyers et donner au gouvernement les moyens de se concentrer sur la relance économique plutôt que sur la gestion de crise, alors chaque citoyen libanais en tirera profit. La stabilité n’est pas une concession faite à un parti quelconque — c’est un investissement dans l’avenir du Liban.

Cependant, la diplomatie à elle seule ne suffit pas. Pour que les négociations aboutissent, il faut un pays qui parle d’une seule voix. Le Liban a souvent abordé des enjeux nationaux cruciaux alors qu’il était miné par des divisions internes, des agendas politiques concurrents et des messages contradictoires adressés au monde extérieur. Une telle fragmentation affaiblit la position de négociation du pays avant même que les discussions ne commencent. Une nation divisée voit inévitablement son pouvoir de négociation diminuer, tandis qu’une nation unie négocie avec confiance et crédibilité. À ce moment critique, la plus grande force du Liban ne réside pas dans sa capacité militaire ni dans sa rhétorique politique, mais dans la capacité de son peuple et de ses institutions à s’unir derrière un objectif national unique.

Pourtant, on ne peut pas simplement exiger de la population qu’elle fasse preuve d’unité nationale. Elle doit être méritée par ceux à qui l’on a confié la conduite des négociations. Les citoyens libanais ont tout à fait le droit de chercher à être rassurés quant à l’orientation de ces pourparlers. Des décennies de conflit ont, à juste titre, rendu de nombreuses personnes prudentes, voire sceptiques, à l’égard de tout engagement avec Israël. Ces préoccupations ne doivent ni être écartées ni être présentées comme des obstacles à la diplomatie. Au contraire, elles reflètent un désir sincère de garantir que la souveraineté, l’intégrité territoriale et la dignité nationale du Liban restent pleinement protégées. Renforcer la confiance du public devient donc l’une des responsabilités les plus importantes du gouvernement.

Cela exige de la transparence, une communication honnête et un engagement sans faille envers l’intérêt national. Le gouvernement doit expliquer clairement les objectifs des négociations et garantir au peuple libanais qu’aucun accord n’impliquera de concessions portant atteinte aux droits souverains, à la sécurité ou à l’intégrité territoriale du pays. Le public mérite de savoir que chaque proposition sera évaluée selon un seul et unique critère : celui de savoir si elle sert les intérêts à long terme du Liban.

De telles assurances ne sont pas seulement des impératifs politiques : elles sont essentielles pour instaurer la confiance dont dépend l’unité nationale. Lorsque les citoyens estiment que leurs dirigeants négocient en se fondant sur des principes plutôt que sous la pression, ils sont bien plus enclins à soutenir l’État.

La diversité politique du Liban ne doit pas devenir un obstacle à cette unité. Le pays a toujours abrité différents mouvements politiques, communautés religieuses et visions concurrentes de son avenir. Ces différences font partie du tissu démocratique du Liban et continueront de façonner sa vie politique. Pourtant, il existe dans l’histoire de chaque nation des moments où les loyautés partisanes doivent céder le pas à l’intérêt national supérieur. C’est l’un de ces moments.

Que l’on soutienne le Hezbollah, que l’on s’y oppose ou que l’on appartienne à n’importe quel autre courant politique, chaque Libanais a un intérêt commun à préserver la sécurité du pays, à protéger sa souveraineté et à créer les conditions permettant aux générations futures de vivre dans la paix et la prospérité.

Une nation divisée voit inévitablement son poids diminuer, tandis qu’une nation unie négocie avec confiance et crédibilité.

Hani Hazaimeh

Soutenir les efforts de négociation du gouvernement ne doit donc pas être interprété comme un abandon de principes politiques profondément ancrés ni comme un oubli des chapitres douloureux de l’histoire du Liban. Il faut plutôt y voir l’affirmation que l’État libanais doit rester le garant ultime des intérêts de la nation.

Dans le même temps, le soutien aux négociations ne doit en aucun cas signifier accorder un chèque en blanc au gouvernement. Les citoyens ont tout à fait le droit — et même le devoir — d’exiger la responsabilité, la transparence et une communication régulière tout au long du processus. Une véritable unité nationale ne repose pas sur une confiance aveugle, mais sur la certitude que ceux à qui l’on a confié la représentation du pays ne compromettront pas sa souveraineté ni ne sacrifieront sa dignité sous la pression extérieure.

Le Liban a connu suffisamment de conflits, suffisamment de paralysie politique et suffisamment d’occasions manquées. Il mérite un avenir dans lequel sa population ne soit plus rongée par la crainte d’une nouvelle guerre, mais puisse au contraire se concentrer sur la reconstruction de son économie, l’éducation de ses enfants, l’attraction d’investissements et le rétablissement du rôle historique du pays en tant que centre de culture, de commerce et de dialogue dans la région.

Hani Hazaimeh est rédacteur en chef basé à Amman.

X : @hanihazaimeh

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.