La confédération, voie de stabilité pour l’Iran

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (au centre), assiste à une cérémonie marquant le 40e jour depuis l'inhumation du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à la mosquée de l'imam Hassan al-Mujtaba, dans la ville sainte de Karbala, située au centre de l'Irak, le 20 août 2026. (Photo : Karar Jabbar / AFP)
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (au centre), assiste à une cérémonie marquant le 40e jour depuis l'inhumation du défunt guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à la mosquée de l'imam Hassan al-Mujtaba, dans la ville sainte de Karbala, située au centre de l'Irak, le 20 août 2026. (Photo : Karar Jabbar / AFP)
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Publié le Lundi 24 août 2026

La confédération, voie de stabilité pour l’Iran

La confédération, voie de stabilité pour l’Iran
  • Pendant des décennies, la communauté internationale s’est peut-être concentrée sur la question de savoir qui gouverne l’Iran, en négligeant le cadre qui permet aux autorités centrales de reconstituer leur projet de puissance
  • Mais ces tactiques ne répondent pas à la question cruciale : comment empêcher un État centralisé, doté de ressources humaines et matérielles ainsi que d’une expertise, de reconstruire ses forces une fois les conditions favorables réunies ?

Depuis près de 50 ans, le monde aborde l’Iran selon une prémisse simple : la seule source de danger réside dans le système religieux instauré par la révolution de 1979.

Les politiques occidentales ont oscillé entre l’endiguement du régime, la modification de son comportement, l’érosion de ses capacités ou l’attente d’un effondrement interne. Pourtant, le bilan de ces stratégies soulève une question plus ardue : pourquoi la menace iranienne réapparaît-elle chaque fois que les adversaires de Téhéran croient l’avoir contenue ?

Pendant des décennies, la communauté internationale s’est peut-être concentrée sur la question de savoir qui gouverne l’Iran, en négligeant le cadre qui permet aux autorités centrales de reconstituer leur projet de puissance dès que les conditions le permettent.

Le problème de fond dépasse le programme nucléaire, l’arsenal de missiles balistiques et les réseaux de proxys. Ces atouts peuvent être neutralisés ou partiellement détruits, mais ils puisent leur origine dans un État vaste, doté d’une population nombreuse, de réserves énergétiques, d’une base scientifique et industrielle, d’une étendue géographique stratégique et d’institutions militaires forgées au fil des décennies.

La perte d’installations, de dirigeants ou de munitions ne peut effacer le savoir-faire technique ni la capacité de récupération. Un outil peut être brisé, mais la machine sous-jacente reste capable d’en fabriquer un autre.

L’histoire montre que les négociations internationales avec l’Iran ont ciblé ce qui pouvait être détruit : les capacités pouvaient être réduites. Mais ces tactiques ne répondent pas à la question cruciale : comment empêcher un État centralisé, doté de ressources humaines et matérielles ainsi que d’une expertise, de reconstruire ses forces une fois les conditions favorables réunies ? Le débat glisse ainsi du désarmement à la structure de l’État, et de la question de savoir qui dirige l’Iran à celle de la manière dont les sources de pouvoir sont administrées à l’intérieur du pays.

L’élimination du général Qassem Soleimani en janvier 2020 a ébranlé le Corps des gardiens de la révolution islamique, mais les réseaux d’influence ont repris leurs activités une fois les rôles redistribués.

Salem AlKetbi

Un épisode illustre cette contradiction. L’accord nucléaire de juillet 2015 a limité une partie des activités nucléaires de l’Iran, mais il a laissé intacte la vision que Téhéran a de sa place régionale. Les travaux sur les missiles et les opérations par proxys se sont poursuivis sans interruption.

L’élimination du général Qassem Soleimani en janvier 2020 a ébranlé le Corps des gardiens de la révolution islamique, mais les réseaux d’influence ont repris leurs activités une fois les rôles redistribués. Les frappes sur les sites militaires iraniens ont certes infligé des dégâts et perturbé les opérations, mais elles ne garantissent pas une neutralisation permanente. Ainsi, l’endiguement se résume souvent à une gestion répétée de cycles de renforcement, de frappes et de réarmement.

Dans cette optique, un changement de régime en Iran ne serait, au mieux, qu’une solution partielle s’il est présenté comme une réponse définitive. Le système en place fournit au projet de puissance du pays son idéologie, tandis que l’État centralisé lui apporte ses ressources et sa richesse.

Remplacer le régime sans toucher à l’administration du pouvoir pourrait adoucir le discours, mais n’offre aucune garantie d’un changement de cap. Un gouvernement plus pragmatique, axé sur l’économie, pourrait émerger. Cependant, la géographie, les intérêts nationaux et les capacités latentes survivraient à un changement de direction. Les ambitions régionales de longue date réapparaîtraient probablement, exprimées en termes nationalistes plutôt que révolutionnaires.

Un démantèlement chaotique de l’État iranien comporte ses propres risques graves.

Salem AlKetbi

Cela dit, considérer l’État iranien comme intrinsèquement hostile relève d’une lecture erronée de la réalité. La plupart des pays ajustent leur comportement lorsque leurs institutions, leur doctrine militaire et l’équilibre entre dirigeants et dirigés évoluent. L’objectif ne devrait pas être un affaiblissement indéfini de l’Iran, mais plutôt d’empêcher la convergence d’un pouvoir central sans contrôle, d’une idéologie expansionniste et d’un monopole exclusif sur les décisions militaires.

Un démantèlement chaotique de l’État iranien comporte ses propres risques graves. La diversité interne, la prolifération des armes et la position stratégique de l’Iran pourraient transformer un effondrement en conflit civil, en ingérences étrangères et en perturbations massives des flux énergétiques et des voies maritimes.

La solution la plus durable part donc de l’intérieur de l’Iran, sur la base du principe que les Iraniens ont seuls le droit de choisir leur système de gouvernement et sa structure.

Une large décentralisation, un fédéralisme, voire des arrangements confédéraux, s’ils sont adoptés par consentement national et accord constitutionnel, pourraient limiter le monopole du centre sur la richesse et les décisions, donner aux régions une plus grande autonomie sur les ressources et les questions fiscales, et ancrer dans les institutions des limites à l’utilisation des capacités nationales pour des aventures extérieures. Imposer de tels modèles de l’extérieur, en revanche, permettrait aux autorités de se présenter comme les défenseurs de l’unité nationale et de transformer les réformes en prétexte à une répression accrue.

La décentralisation ne garantit pas que l’Iran devienne automatiquement un pays pacifique. Les arrangements constitutionnels, à eux seuls, ne peuvent dissoudre les ambitions nationales ni éliminer les tensions extérieures. Leur valeur réside dans le fait qu’ils augmentent le coût de la monopolisation des décisions, étendent le contrôle sur les ressources et rendent les entreprises étrangères à long terme bien plus difficiles à mener sans un large consensus et une réelle responsabilité. De telles règles limitent les actions impulsives, même si elles ne constituent pas une garantie absolue de comportement responsable.

Aucune nécessité mondiale n’exige qu’un adversaire iranien permanent justifie des alliances et des budgets de défense. Renverser le régime sans plan pour la suite ne promettrait qu’une crise encore plus dangereuse.

Ce qui est nécessaire, en revanche, c’est de mettre fin à la capacité de la menace à se régénérer, par quatre mesures parallèles : limiter les capacités offensives, promouvoir des réformes institutionnelles qui répartissent le pouvoir en Iran, maintenir une dissuasion régionale pour bloquer la coercition et mener une diplomatie qui lie l’intégration économique et politique à une révision du comportement.

Le monde a, à plusieurs reprises, ralenti le projet de puissance de l’Iran, mais il n’a jamais éliminé la capacité du pays à le reconstruire. Le système actuel pourrait un jour s’effondrer, mais sa chute laisserait intactes les bases de la force iranienne. Si un cadre subsiste qui permet aux autorités centrales de mobiliser le peuple, les ressources et l’expertise au service d’aventures extérieures, toute victoire ne sera qu’une trêve temporaire entre deux cycles.

Une résolution crédible interviendra lorsque la force de l’Iran, au lieu d’être une source de crainte pour ses voisins, sera encadrée par des institutions et orientée par les intérêts de la société. Ce n’est qu’alors que le problème de fond sera résolu. Le danger n’aura pas subi un nouveau revers : il aura perdu les conditions qui le faisaient renaître sans cesse. 

Salem AlKetbi est un politologue émirati et ancien candidat au Conseil national fédéral.

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.