La récente déclaration du Service de sécurité de l’État des Émirats arabes unis, annonçant le démantèlement d’une organisation terroriste liée au Velayat-e Faqih iranien, ne doit pas être considérée comme un banal incident sécuritaire, mais comme la preuve que la nature de la menace a évolué. Le danger réside moins dans l’ampleur du réseau que dans son mode opératoire interne, qui utilisait des mécanismes familiers au sein d’un environnement fondé avant tout sur la confiance. Ce paradoxe est crucial, car les mêmes facteurs qui garantissent la stabilité peuvent, dans certaines circonstances, devenir des vecteurs d’infiltration.
Ce modèle de menace, articulé autour de la création de cellules terroristes et de l’infiltration du tissu social, ne repose pas sur l’affrontement direct, mais sur une pénétration progressive de communautés stables. Les réseaux se constituent discrètement, tirant parti de la stabilité pour couvrir leurs déplacements.
La réussite du Service de sécurité de l’État à démasquer le réseau avant la concrétisation de ses projets confirme que l’État n’attend pas que les menaces se matérialisent : il les traque dans leurs repaires et les neutralise avant que le péril ne s’amplifie.
Salem AlKetbi
Cette affaire a révélé que les activités avaient déjà dépassé le stade de la planification pour entrer dans une phase opérationnelle avant leur démantèlement. La réussite du Service de sécurité de l’État à démasquer le réseau avant la concrétisation de ses projets confirme que l’État n’attend pas que les menaces se matérialisent : il les traque dans leurs repaires et les neutralise avant que le péril ne s’amplifie.
Ce succès ne doit pas être perçu comme une simple mesure technique, mais comme le fruit d’un travail institutionnel continu, fondé sur la vigilance, la rigueur et la capacité à évaluer les menaces avant qu’elles n’atteignent leur pleine maturité. Il mérite d’être salué, car il protège la société à un moment où le public ne perçoit pas encore le danger. Le mal est éradiqué avant même d’être ressenti. Cela confirme que la sécurité et la stabilité qui en résultent ne sont pas le fruit du hasard, mais proviennent du travail acharné d’agents qui savent qu’une véritable réussite consiste à prévenir le danger.
Le rejet et l’indignation ne proviennent pas seulement de l’acte criminel lui-même, mais du fait qu’il s’attaque au fondement des relations entre les individus. La confiance est le socle de la stabilité, et sa rupture modifie instantanément la perception des personnes concernées.
Salem AlKetbi
Que se passe-t-il lorsque la confiance elle-même devient une faille ? Comment une société fondée sur l’ouverture et la coexistence réagit-elle lorsque cet espace est retourné contre elle ? Du point de vue émirati, un tel acte est considéré non seulement comme un crime, mais aussi comme une attaque directe contre la confiance, dont les séquelles psychologiques persistent longtemps après les faits et qui oblige la société à rouvrir un débat difficile sur le sentiment d’appartenance.
Cette évolution permet de comprendre la réaction de l’opinion publique. Le rejet et l’indignation ne proviennent pas seulement de l’acte criminel lui-même, mais du fait qu’il s’attaque au fondement des relations entre les individus. La confiance est le socle de la stabilité, et sa rupture modifie instantanément la perception des personnes concernées. La société redéfinit alors ses propres limites, déterminant qui conserve sa place et qui s’en trouve exclu.
Concrètement, la loi offre le cadre officiel à cette qualification. Il incombe au législateur de protéger la société contre toute érosion interne. Les sanctions pour infractions terroristes et pour collaboration avec l’ennemi en temps de guerre s’inscrivent donc dans un système gradué, proportionné à la nature et à la gravité de chaque crime. Le retrait de la nationalité figure parmi elles, une mesure qui réinitialise le lien juridique entre l’individu et l’État et acte la rupture du pacte d’appartenance.
L’édifice juridique obéit à une logique de dissuasion. Les organisations liées à des projets extérieurs fondent leurs décisions sur des calculs coûts-avantages. En pratique, des coûts modérés encouragent la récidive, tandis que des coûts élevés imposent de véritables contraintes. La certitude de la sanction joue un rôle préventif qui freine leur expansion.
Dans ce contexte, la loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort pour les crimes portant directement atteinte à la sécurité de l’État, en particulier lorsqu’un groupe clandestin interne collabore avec un acteur extérieur hostile. La qualification juridique repose sur des faits avérés, sur l’organisation, les communications et le financement qui les accompagnent, ainsi que sur l’intention déduite d’un comportement répété. Les peines s’alourdissent pour les atteintes à la sécurité de l’État et pour les agissements au profit d’une entité hostile dans une situation d’hostilité avérée. Le crime est apprécié à l’aune de ses faits et de son impact sécuritaire, et la sanction peut aller jusqu’à la peine de mort dès lors que ses éléments constitutifs sont démontrés et que des conditions strictes sont réunies.
Le cadre juridique ne s’inscrit pas en dehors d’un débat plus large sur son interprétation et son application. Certains plaident parfois pour la prudence face au durcissement des peines, craignant qu’elles ne soient instrumentalisées dans un contre-discours. Cette analyse part du principe que le problème réside dans l’image de la riposte, alors que l’expérience démontre que le véritable écueil est l’espace laissé libre aux tentatives. L’hésitation ouvre cet espace, la détermination le réduit. La différence entre ces deux approches se juge davantage aux résultats qu’aux discours.
Le rôle de la société demeure en effet déterminant pour empêcher toute récidive. Les services de sécurité traitent les conséquences, tandis que la prévention commence par une sensibilisation précoce. Le signalement d’activités suspectes et la détection de tentatives de recrutement réduisent la marge de manœuvre de ces réseaux. La stabilité ne se préserve pas uniquement par des mesures techniques, mais aussi par un comportement collectif conscient de la menace et engagé, en concertation avec les institutions sécuritaires, pour la conjurer.
À mon sens, le défi le plus périlleux pour les nations ne vient pas de l’extérieur, mais de ce qui s’infiltre sous le couvert de l’appartenance et de la participation.
Salem AlKetbi est un Politologue émirati et ancien candidat au Conseil national fédéral
NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.














