Le «partenariat» entre les Arabes américains et Biden

Joe Biden déroule sa stratégie de lutte contre les inégalités raciales lors de sa campagne électorale, à Wilmington, Delaware, aux États-Unis, le 28 juillet 2020 (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 14 janvier 2021

Le «partenariat» entre les Arabes américains et Biden

  • Biden a agi rapidement en nommant plusieurs Arabes américains à des postes clés dans son administration
  • Des dizaines d'Américains se sont fait tuer ou passer à tabac dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre parce qu'ils étaient, ou du moins semblaient être, originaires du «Moyen-Orient»

Joe Biden prêtera serment en tant que 46e président des États-Unis la semaine prochaine, avec le soutien des électeurs arabes, musulmans et palestiniens américains. La question clé demeure cependant de savoir si le vote en faveur de Biden représente simplement une contestation de l'administration sortante, décriée par de nombreux Arabes et Musulmans, ou si ce vote reflète une intime conviction qu'il va réellement apporter un changement en ce qui concerne le monde arabe en général et les Palestiniens en particulier?

Je pense qu'il est clair que Biden a ouvert la porte un peu plus largement que l’ont fait ses prédécesseurs, ayant publié l'année dernière ce que les Arabes américains ont appelé un «Plan de Partenariat» avec la communauté, un document «historique» de six pages. Aucun autre candidat à la présidentielle n'a abordé directement les préoccupations des Arabes américains comme l'a fait Biden avec ce document.

Mais qu'est-ce que cela signifie vraiment? Eh bien, Biden a agi rapidement en nommant plusieurs Arabes américains à des postes clés dans son administration. Ces recrues se sont toutefois abstenues de communiquer publiquement aux Arabes américains de ce que l'on attend d'eux. Ils sont déjà attaqués par le mouvement pro-israélien, qui les a accusés d'entretenir des opinions «anti-Israël», cette institution sacrée dans la politique américaine que peu de gens sont autorisés à remettre en question.

Le document de «partenariat» de Biden aborde certaines questions importantes, comme le soutien d’une forme d’immigration plus libre. Alors que Trump a restreint l'immigration, utilisant ce qui a été décrit comme un «embargo sur les musulmans» pour empêcher les arrivées d’immigrants de six pays à majorité musulmane, le président élu s’est insurgé l’interdiction «moralement erronée» et a promis de mettre fin à cette interdiction. Il a également promis de renforcer les balises qui protègent les «Rêveurs», ces enfants d'immigrants rentrés de manière illicite en Amérique, et qui continuent de se battre pour obtenir la citoyenneté.

Biden a également promis dans son plan de lutter contre «les politiques discriminatoires qui ciblent les Arabes américains et considèrent des communautés entières avec suspicion». De quelles politiques s'agit-il? Va-t-il dénoncer le racisme anti-arabe, comme la déformation de la vérité sur la Nakba palestinienne de 1948, ce qui décrié par des membres pro-israéliens du Congrès, dont de nombreux démocrates?

La discrimination accrue contre les Arabes et les Musulmans en Amérique après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 a grandement régressé. Mais on n'a pas fait grand-chose par rapport au Congrès qui n’a jamais reconnu les dizaines d'Américains qui se sont fait tuer ou passer à tabac dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre parce qu'ils étaient, ou du moins semblaient être, originaires du «Moyen-Orient».

Biden affirme qu'il compte examiner la liste d'interdiction de vol du Département de la Sécurité Intérieure, ainsi que la liste de surveillance qui cible les personnes soupçonnées d'implication dans le terrorisme. Il a aussi promis de mettre fin aux pratiques de profilage racial.  

Le président élu veut de plus soutenir la création d’une catégorie «Moyen-Orient et Afrique du Nord» dans les futurs formulaires émis par le Bureau du recensement des États-Unis, ce qui renforcerait l’identification des Arabes d’Amérique. Il existe actuellement 22 groupes raciaux et ethniques répertoriés dans le Recensement, qui est effectué chaque décennie. Ces statistiques sont utilisées pour aider à la distribution de milliards de dollars en subventions et en financement aux groupes ethniques et raciaux reconnus.

Le document de partenariat de Biden, si vous le lisez attentivement, est en fait rempli de nombreux mots positifs sur la protection des droits civils de tous, et non seulement des Arabes. La partie la plus importante, et la moins détaillée, s'intitule «Défendre la démocratie et les droits de l’homme dans le monde». Est-ce que ceci équivaudrait à censurer Israël lorsque Tel Aviv fait preuve de discrimination à l’encontre de ses citoyens non Juifs? Biden défendra-t-il les droits des Palestiniens sous occupation? Va-t-il ramener le lexique du conflit du Moyen-Orient à la réalité en appelant les choses par leur nom? Va-t-il dire «occupation» au lieu de «territoires contestés?»

Biden dénoncera-t-il les lois adoptées par plus de trente États américains qui appellent à des sanctions et à des restrictions contractuelles contre quiconque soutient le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions? La question du boycott d’Israël à cause de l’exploitation de terres palestiniennes volées par le mouvement des colons illégaux et racistes constitue un grand sujet aux États-Unis et dans le monde, mais elle n’est pas abordée dans le document de Biden.

Aucun autre candidat à la présidentielle n'a abordé directement les préoccupations des Arabes américains comme l'a fait Biden.

J'espère que le président élu défendra tout ce qu’il dit vouloir défendre. De nombreux présidents avant lui ont fait, sans les tenir, les mêmes promesses.

Je veux demander aux Arabes américains: Qu’attendons vraiment? Biden aura-t-il le courage de résister aux politiques racistes d’Israël et de parvenir à une solution à deux États qui offre aux Palestiniens leur propre État souverain, avec Jérusalem pour capitale? Ou va-t-il simplement nous ramener tous, Arabes, Musulmans et Palestiniens, là où nous étions avec ses prédécesseurs, ces dirigeants qui n'ont littéralement rien fait de fondamental pour défendre les droits du peuple palestinien, ou la démocratie dans le monde arabe?

Si c'est trop attendre d'un président américain, je vais demander, où est l’intérêt de l’avoir élu?

 

Ray Hanania est un éditorialiste et ancien journaliste politique primé auprès de l’hôtel de ville de Chicago. Il peut être joint sur son site Web personnel à l'adresse www.Hanania.com. Twitter: @RayHanania

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com