Le panier de Joe Biden : Les cinq grands dossiers de la politique étrangère

Le président américain élu Joe Biden prononce un discours au Queen Theater à Wilmington, dans le Delaware (Dossier/AFP)
Short Url
Publié le Mardi 05 janvier 2021

Le panier de Joe Biden : Les cinq grands dossiers de la politique étrangère

  • «Nombreux sont ceux qui se demandent – amis et ennemis, et non sans raison – si le président Trump a changé pour de bon la conception de la politique étrangère américaine, ou si Biden la ramènera au statu quo antérieur»
  • «Dans les mois à venir, de nombreux amis des États-Unis dans la région du Golfe et en Israël suivront, nerveux, les événements de près»

À chaque fois que le Bureau ovale accueille un nouveau président, les adversaires de l’Amérique ne manquent pas de le mettre à l’épreuve. Il en sera de même pour Joe Biden. En effet, la politique étrangère peu conventionnelle de Donald Trump amène à supposer que beaucoup de dirigeants du monde entier souhaitent mettre à l’épreuve la prochaine administration. 

Nombreux sont ceux qui se demandent – amis et ennemis, et non sans raison – si le président Trump a changé pour de bon la conception de la politique étrangère américaine, ou si Biden la ramènera au statu quo antérieur.

Avec le passage à l’an 2021, le panier de la nouvelle administration sera bien rempli. Certes, l’accent sera mis sur la situation interne des États-Unis. Les priorités les plus importantes consisteront à distribuer le vaccin contre le coronavirus (Covid-19) et à gérer les retombées économiques de la pandémie. Néanmoins, les événements survenus dans le monde ne ralentiront pas ou ne s’arrêteront pas simplement parce qu’un nouveau président arrive au pouvoir. Le président Biden et son administration seront mis à l’épreuve sur cinq dossiers en matière d’affaires internationales.

En tête de liste figure l’Iran. Par le passé, M. Biden a critiqué le retrait de l’administration Trump du plan d’action global conjoint, ou l’accord sur le nucléaire iranien. Il a également critiqué l’assassinat de Qassem Soleimani et la «campagne de pression maximale» contre Téhéran. Malgré cela, on ne peut nier que l’Iran est désormais plus fragile et moins menaçant en raison de la série de mesures prises par le gouvernement Trump. 

Par ailleurs, bien des Iraniens espéraient que Trump ne remporterait pas les élections pour voir si l’administration Biden allait changer sa stratégie. Il est évident que, dans les mois à venir, de nombreux amis des États-Unis dans la région du Golfe et en Israël suivront, nerveux, les événements de près. Il faut s’attendre à voir l’Iran défier les États-Unis et ses alliés dans la région au plus tôt afin de mesurer les politiques éventuelles de M. Biden à l’encontre de Téhéran.

Un autre dossier à surveiller est celui de la Chine. M. Trump s’est engagé d’une manière particulière avec le président Xi Jinping. Si le président américain souhaitait désespérément parvenir à un accord commercial plus avantageux entre les deux pays, peu de progrès ont été réalisés sur ce point. La pandémie de coronavirus a fait dérailler les efforts pour améliorer les relations entre les États-Unis et la Chine.

Ces dernières années, l’administration Trump a réalisé une bonne campagne de sensibilisation aux activités malveillantes de la Chine dans le monde. En effet, cette administration a rallié les Européens contre le recours à la technologie 5G proposée par les entreprises chinoises. Le département d’État américain a mis en lumière les actions entreprises par la Chine dans l’Arctique, en Afrique et dans la région indopacifique qui visent à saper les intérêts américains dans ces régions. 

Attendez-vous à ce que M. Biden poursuive cette politique dure à l’égard de Pékin. En adoptant une politique de ligne dure à l’égard de la Chine, le nouveau président profitera à la fois du soutien des deux partis américains et de celui de l’opinion publique de son pays. La Chine risque de créer bientôt des ennuis à la prochaine administration avec, avec entre autres, le sujet de la mer de Chine méridionale, celui de l’agression contre Taïwan ou encore les nouvelles mesures de répression à Hong Kong. 

«On ne peut nier que l’Iran est désormais plus fragile et moins menaçant en raison de la série de mesures prises par le gouvernement Trump.»

Luke Coffey 

Un autre défi à relever dans un avenir proche proviendra probablement de la Russie. Pendant son mandat de vice-président, M. Biden a été impliqué dans la politique du reset («la relance des relations américano-russes») de l’administration Obama, vouée à l’échec. Cependant, il a également dirigé la réaction des États-Unis à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2014, après que le reset a clairement échoué. Depuis, il a adopté une ligne dure à l’égard de Moscou. De nombreux démocrates pensent encore que l’ingérence de la Russie a permis à M. Trump d’être élu en 2016. Par conséquent, M. Biden recevra le soutien de son parti au Congrès pour maintenir sa ligne dure à l’égard de Moscou. Il reste à savoir s’il va tenter de nouveau un rapprochement après celui raté de M. Obama, ou s’il va se montrer plus dur face aux agressions russes dans des pays comme l’Ukraine, la Syrie et la Biélorussie.

De leur côté, les talibans souhaiteront eux aussi sonder l’opinion de l’administration Biden au sujet du processus de paix en Afghanistan. Les administrations successives avaient insisté sur la négociation d’un règlement du conflit en Afghanistan, mais Trump était le seul à manifester une volonté politique d’engager des pourparlers de paix. Trump a également supervisé un retrait des troupes américaines d’Afghanistan bien plus important que celui réalisé par les autres présidents. Cela a amené les talibans à soutenir sa réélection dans l’espoir que les États-Unis continueraient à diminuer les effectifs de leurs troupes. M. Biden continuera probablement à soutenir les pourparlers entre le gouvernement afghan et les talibans. Toutefois, il est probable que son administration ralentira le retrait des troupes américaines et examinera la situation sur le terrain. Au cours des premiers mois à venir, les talibans pourraient mettre à l’épreuve la détermination et l’engagement de l’administration Biden à l’égard de la sécurité en Afghanistan et des pourparlers entre les parties afghanes.

Pour terminer, le président de la Corée du Nord, Kim Jong-Un, qui entretient une relation relativement étroite avec M. Trump, voudra évaluer la position de la nouvelle administration. Bien que deux sommets de haut niveau aient rassemblé les dirigeants américains et nord-coréens, aucune avancée significative n’a été enregistrée en vue d’améliorer la situation. 

La Corée du Nord maintient ses armes nucléaires. En 2019, le régime a lancé 26 missiles, un record en un an. Rien qu’en mars dernier, Pyongyang a lancé neuf missiles – le nombre le plus élevé en un mois. Auparavant, la Corée du Nord avait l’habitude de faire monter les tensions dès qu’une nouvelle administration américaine était mise en place. Il est donc tout à fait normal que la même approche soit adoptée à l’égard de l’administration Biden.

La façon dont la nouvelle administration américaine abordera, affrontera et relèvera ces défis déterminera le climat pour les quatre années à venir. À l’exception de la question de l’Iran, toutes ces questions font généralement l’objet d’un large consensus bipartite à Washington. Cela devrait faciliter le travail de la nouvelle administration. M. Biden a passé un demi-siècle à travailler à Washington, dont la majeure partie a été consacrée à la politique étrangère, il a donc de l’expérience. Toutefois, le monde a connu de grands changements depuis son dernier mandat.

Le rythme avec lequel il s’adaptera, avec son équipe, à cette nouvelle réalité déterminera la sécurité des États-Unis et celle de leurs alliés. Mais ne vous trompez pas, il sera certainement mis à l’épreuve. 

  

Luke Coffey est directeur du Centre américain Douglas et Sarah Allison pour la politique étrangère relevant de la Heritage Foundation. Twitter: @LukeDCoffey 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com