L'Égyptien Bassem Youssef, l'humour banni du Printemps arabe

Le satiriste égyptien Bassem Youssef pose pour une photo dans les studios de la chaîne de télévision saoudienne Asharq, dans l'émirat du Golfe de Dubaï, le 13 novembre 2020, où il a filmé sa nouvelle émission "Ask Bassem".  (Karim SAHIB / AFP)
Le satiriste égyptien Bassem Youssef pose pour une photo dans les studios de la chaîne de télévision saoudienne Asharq, dans l'émirat du Golfe de Dubaï, le 13 novembre 2020, où il a filmé sa nouvelle émission "Ask Bassem". (Karim SAHIB / AFP)
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Publié le Jeudi 21 janvier 2021

L'Égyptien Bassem Youssef, l'humour banni du Printemps arabe

  • M. Youssef est devenu célèbre sur YouTube après le soulèvement populaire de janvier 2011, qui a mené à la chute du président Hosni Moubarak
  • Pour son retour auprès du public arabe, sa nouvelle émission "Demande à Bassem", diffusée sur la chaîne saoudienne Asharq à Dubaï, se focalisera sur sa passion pour l'alimentation à base de plantes

LE CAIRE: Rira bien qui rira le dernier. Lors du Printemps arabe, le comique Bassem Youssef s'en était donné à coeur joie contre les dirigeants égyptiens, rendant hilares ses compatriotes. Mais dix ans plus tard, dans l'Égypte de Sissi, l'humour n'a plus droit de cité.

Cet ancien chirurgien âgé de 46 ans vit aujourd'hui aux États-Unis, avec la peur de rentrer dans son pays, où les autorités musèlent toute liberté d'expression.

"J'aime ma vie en Amérique", a déclaré à l'AFP M. Youssef dans un chat video depuis Dubaï, ajoutant, ironique: "La seule chose, peut-être, qui me manque à propos de l'Égypte, ce sont les mangues".

M. Youssef est devenu célèbre sur YouTube après le soulèvement populaire de janvier 2011, qui a mené à la chute du président Hosni Moubarak.

Dans "El Bernameg" (Le programme), il ridiculisait chaque semaine les hommes de pouvoir de tous bords, des militaires aux imams, avec un humour décapant.

Mais en 2014, il a dû quitter l'Égypte après la suspension de son show: il s'était moqué d'Abdel Fatah al-Sissi, alors candidat à l'élection présidentielle, qu'il a remportée largement.

"40 millions"

Il avait notamment raillé le culte de la personnalité envers le nouvel homme fort du pays dont les portraits figuraient partout, des mugs aux pâtisseries.

Depuis son arrivée au pouvoir, M. Sissi a mené une répression impitoyable contre toute forme d'opposition, islamiste ou libérale, emprisonnant artistes, journalistes, intellectuels, avocats ou politiciens.

Aujourd'hui, l'humoriste vit en Californie et a débuté une nouvelle carrière de stand up comédien, écrivain et podcaster, mais il ne cache pas son amertume.

"Je ne veux même pas dire que je suis un exilé. J'ai passé ça", confie-t-il.

"Quand vous vous dites que vous êtes en exil, vous pensez à quand vous allez rentrer chez vous. Moi, je n'y pense même plus", ajoute l'humoriste, qui n'a pas pu se rendre aux funérailles de son père en Égypte.

Après la "révolution" de janvier, le médecin au large sourire et aux yeux bleus avait conquis un large public en Égypte, et même au delà, grâce à sa modeste émission sur Youtube en 2011, filmée depuis sa buanderie. Le show était vite devenu un programme télévisé ultra-populaire rassemblant des millions de téléspectateurs.

"Une grande partie du succès de El Bernameg était dû aux circonstances (....) Or on ne peut pas recommencer car ces évènements ne sont plus là", dit-il en référence aux manifestations monstres de janvier-février 2011.

"Aucune autre émission ne rassemblera 40 millions de personnes chaque semaine. Et il nous faut tous - moi le premier - vivre avec", ajoute-t-il.

Malgré son lien avec la révolution, le comédien, suivi par 15 millions de personnes sur les réseaux sociaux, refuse de se poser en "militant" politique.

"Je dis toujours que le rôle d'un humoriste, d'un artiste ou d'un comédien se limite à l'écran", lance-t-il.

Nouveau créneau 

"Je pense que la révolution était quelque chose qui devait arriver. C'était naturel. C'est devenu quelque chose que, peut-être, on n'espérait pas, mais c'est comme ça", ajoute-t-il.

Il n'en reste pas moins, selon lui, que ces événements constituent une rupture avec "la façon de penser traditionnelle".

Pour son retour auprès du public arabe, sa nouvelle émission "Demande à Bassem", diffusée sur la chaîne saoudienne Asharq à Dubaï, se focalisera sur sa passion pour l'alimentation à base de plantes.

"Je suis médecin après tout", lance-t-il.

"C'est une façon de retourner au monde arabe sans les risques que nous connaissons", analyse le comédien qui souhaite "aider les gens à se sentir mieux".

L'humour, Bassem Youssef continue à le pratiquer aux Etats-Unis. Il a fait des apparitions dans plusieurs émissions populaires, dont celle de son ami Jon Stewart, le célèbre humoriste américain auquel il est souvent comparé. Pour s'adapter à ce nouveau public, il y raille notamment le président sortant Donald Trump.

Mais la nostalgie n'est jamais loin.

"Vous ne pouvez pas en avoir complètement terminé avec votre pays d'origine, parce vous êtes toujours égyptien. Ca fait partie de vous".


L'évacuation de masse de la ville de Gaza est « impossible » pour la dirigeante de la Croix-Rouge

Des Palestiniens déplacés fuyant vers le sud voyagent à bord d'un camion avec leurs effets personnels le long de la route côtière qui traverse le camp de réfugiés palestiniens de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 août 2025. (Photo Eyad BABA / AFP)
Des Palestiniens déplacés fuyant vers le sud voyagent à bord d'un camion avec leurs effets personnels le long de la route côtière qui traverse le camp de réfugiés palestiniens de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 août 2025. (Photo Eyad BABA / AFP)
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  • « Il est impossible de procéder à une évacuation en masse de la ville de Gaza de manière sûre et digne dans les conditions actuelles », a déclaré Mirjana Spoljaric dans un communiqué.
  • « Beaucoup de civils ne seront pas en état d'obéir à un ordre d'évacuation parce qu'ils sont affamés, malades ou blessés », a jugé Mirjana Spoljaric.

GENEVE : La présidente du CICR a dénoncé  samedi les plans israéliens d'évacuation en masse de la ville de Gaza, soulignant qu'ils étaient « impossibles » à mettre en œuvre de manière « sûre et digne ».

« Il est impossible de procéder à une évacuation en masse de la ville de Gaza de manière sûre et digne dans les conditions actuelles », a déclaré Mirjana Spoljaric dans un communiqué.

« Une telle évacuation déclencherait un mouvement de population massif qu'aucune zone de la bande de Gaza n'est en mesure d'absorber, compte tenu de la destruction généralisée des infrastructures civiles et des pénuries extrêmes de nourriture, d'eau, d'abris et de soins médicaux », a-t-elle ajouté.

Vendredi, l'armée israélienne a déclaré la ville de Gaza « zone de combat dangereuse », en prévision d'une offensive d'envergure voulue par le gouvernement de Benjamin Netanyahu, qui vise à vaincre le Hamas et à ramener tous les otages.

L'armée n'a pas explicitement appelé à une évacuation de la ville, mais un porte-parole a jugé mercredi qu'elle était « inévitable ».

« Beaucoup de civils ne seront pas en état d'obéir à un ordre d'évacuation parce qu'ils sont affamés, malades ou blessés », a jugé Mirjana Spoljaric.

« Si un ordre d'évacuation est donné, Israël doit, selon le droit humanitaire international, faire tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer que les civils bénéficient de conditions satisfaisantes en matière d'abris, d'hygiène, de santé, de sécurité et d'accès à la nourriture. Or, ces conditions ne peuvent actuellement pas être remplies à Gaza. »

« Cela rend toute évacuation non seulement infaisable, mais incompréhensible dans les circonstances actuelles », a-t-elle insisté.

Selon une estimation de l'ONU, environ un million de Palestiniens se trouvent actuellement à Gaza. Des milliers d'habitants ont déjà fui cette ville, située dans le nord du territoire, où la guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023.

Ces trois dernières semaines, Israël a intensifié ses bombardements aériens sur Gaza et multiplié les opérations aux abords de cette ville, la plus grande du territoire, frappée par la famine selon l'ONU.

Malgré des pressions croissantes, tant à l'échelle internationale qu'en Israël, pour mettre fin à la guerre, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a affirmé vouloir poursuivre l'offensive dans la bande de Gaza afin d'anéantir le Hamas.


l'ONU « ne saurait souffrir d'aucune restriction d'accès » selon la France

Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot (Photo AFP)
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot (Photo AFP)
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  • Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a dénoncé samedi le refus des États-Unis d'accorder des visas à des responsables palestiniens pour se rendre à New York.
  • Washington a annoncé cette décision vendredi soir, à quelques semaines de la prochaine assemblée générale de l'ONU, prévue en septembre, au cours de laquelle la France plaidera en faveur de la reconnaissance d'un État palestinien.

COPENHAGUE, DANEMARK : Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a dénoncé samedi le refus des États-Unis d'accorder des visas à des responsables palestiniens pour se rendre à New York, affirmant que le siège de l'ONU « ne saurait souffrir d'aucune restriction d'accès ».

« Le siège des Nations unies est un lieu de neutralité. C'est un sanctuaire au service de la paix. Une assemblée générale des Nations unies ne saurait souffrir d'aucune restriction d'accès », a déclaré M. Barrot à Copenhague, peu avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE.

Washington a annoncé cette décision vendredi soir, à quelques semaines de la prochaine assemblée générale de l'ONU, prévue en septembre, au cours de laquelle la France plaidera en faveur de la reconnaissance d'un État palestinien.

Le département d'État a indiqué « révoquer et refuser » l'octroi de visas « pour les membres de l'Organisation de libération de la Palestine et de l'Autorité palestinienne », à l'approche de cette réunion internationale.

Ce geste a également été dénoncé par Xavier Bettel, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères. « On ne peut pas nous prendre en otage », a-t-il lancé, suggérant d'organiser à Genève une session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU pour s'assurer de la présence des Palestiniens.

« On doit pouvoir discuter ensemble, on ne peut pas simplement exclure la Palestine du dialogue », a affirmé M. Bettel devant la presse à Copenhague. 


Gaza : Kallas se montre « pas très optimiste » concernant l'adoption de sanctions de l'UE contre Israël

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas (Photo AFP)
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas (Photo AFP)
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  • « Je ne suis pas très optimiste, et nous n'allons certainement pas prendre de décision aujourd'hui », a-t-elle déclaré à Copenhague, avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27.
  • Le Danemark, qui préside actuellement le Conseil des ministres de l'UE, s'est dit favorable à une solution contournant la règle de l'unanimité qui prévaut dans le bloc européen en matière de politique étrangère. 

COPENHAGUE, DANEMARK : La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a reconnu samedi ne pas être « très optimiste » quant à la possibilité que les Vingt-Sept sanctionnent Israël, malgré la situation humanitaire catastrophique dans le territoire palestinien de Gaza.

« Je ne suis pas très optimiste, et nous n'allons certainement pas prendre de décision aujourd'hui », a-t-elle déclaré à Copenhague, avant une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27. « Cela envoie le signal que nous sommes divisés », a déploré Mme Kallas.

La Commission européenne a proposé la suspension des financements européens aux start-ups israéliennes, mais « même cette mesure », plutôt « indulgente », n'a pas été retenue par les 27 en raison de leurs divisions, a souligné la dirigeante estonienne.

Plusieurs pays de l'UE, dont l'Allemagne, la Hongrie ou la Slovaquie, sont réticents à prendre des mesures contre Israël, tandis que d'autres, comme l'Irlande ou l'Espagne, y sont beaucoup plus favorables.

Le Danemark, qui préside actuellement le Conseil des ministres de l'UE, s'est dit favorable à une solution contournant la règle de l'unanimité qui prévaut dans le bloc européen en matière de politique étrangère. 

L'UE doit « passer des mots aux actes », a affirmé son chef de la diplomatie, Lars Lokke Rasmussen, suggérant notamment d'interdire les importations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie. Cette décision, qui relève de la politique commerciale, peut être prise à la majorité qualifiée, a-t-il expliqué.

La règle de l'unanimité bloque un grand nombre de décisions, non seulement sur Israël, mais aussi sur l'Ukraine, en raison de l'hostilité de la Hongrie.

« Nous avons un problème constitutionnel en Europe : le bateau le plus lent dans le convoi décide de la vitesse. Nous devons prendre des mesures pour que la majorité puisse s'exprimer », a expliqué le ministre danois.

La situation à Gaza est une « tragédie absolue », a déclaré de son côté le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), la bande de Gaza, où sévit la famine, est arrivée à un « point de rupture ».

Malgré des pressions croissantes, tant à l'échelle internationale qu'en Israël, pour mettre fin à la guerre, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a affirmé vouloir poursuivre l'offensive dans la bande de Gaza afin de mettre un terme au mouvement islamiste Hamas et de ramener tous les otages enlevés lors de l'attaque du 7 octobre.