Dialogue de sourds entre la cour et François Léotard au procès d'Edouard Balladur

Jugés depuis mardi devant la CJR, composé de magistrats et de parlementaires, les deux anciens responsables politiques ont tous les deux fermement nié toute culpabilité dans cette affaire (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 22 janvier 2021

Dialogue de sourds entre la cour et François Léotard au procès d'Edouard Balladur

  • L'ancien ministre de la Défense et l'ex-Premier ministre sont soupçonnés d'avoir mis en place dans les années 90 un système de rétrocommissions illégales liées à d'importants contrats d'armement
  • «Et, si c'était à refaire, je le referai», ajoute à plusieurs reprises celui qui a décidé de défendre son «honneur» lui-même, sans avocat

PARIS: «Mais quel est le rapport?» Entre digressions et pantalon de mémoire, la Cour de justice de la République (CJR) a poursuivi jeudi le difficile interrogatoire de François Léotard, jugé à Paris avec Edouard Balladur pour le financement de la campagne de ce dernier à la présidentielle de 1995.

L'ancien ministre de la Défense et l'ex-Premier ministre sont soupçonnés d'avoir mis en place dans les années 90 un système de rétrocommissions illégales liées à d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan, qui aurait servi à nourrir les comptes de la campagne de M. Balladur.

Ce système de commissions «exorbitantes» réglées à des intermédiaires «inutiles», selon l'accusation, une valeur aux collaborateurs de MM. Balladur et Léotard de lourdes condamnations en juin dernier, dans le volet non ministériel de cette partie de la tentaculaire «affaire Karachi». Jugés depuis mardi devant la CJR, composé de magistrats et de parlementaires, les deux anciens responsables politiques ont tous les deux fermement nié toute culpabilité dans cette affaire.
Jean noir et pull marine, planté devant le pupitre au centre de la salle d'audience, M. Léotard, 78 ans, écoute patiemment le président Dominique Pauthe décrire les complexes négociations qui ont entouré les contrats de vente de sous-marins au Pakistan.
La cour veut des précisions sur une note des services du ministère de la Défense mais se heurte à l'une des difficultés de ce procès: juger des faits un quart de siècle après.
«Alors là, vous me posez une colle M. le président, ça doit avoir vingt-cinq ans», souffle l'ancien ministre. «Je ne me souviens pas», ajoute-t-il, comme il le répètera encore une dizaine de fois lors de son interrogatoire. 
«Si on m'avait signalé quelque chose d'irrégulier, naturellement, je n'aurais pas accepté que ça se poursuive», s'empresse de préciser François Léotard. «J'ai toujours pensé que tout ça était légal, régulier, et dans notre intérêt».

«Le cadet de mes soucis»

Lorsque l'ex-ministre rappelle que la pratique des commissions pour faciliter l'obtention d'un contrat étaient à son époque légale, le président lui précise: «Il ne s'agit pas de critiquer la vente de sous-marins ou de frégates mais (...) des accords passés en marge de ces contrats».
«Si c'est légal, j'assume tout. Si c'est pas légal, je n'assume rien», lui rétorque M. Léotard. «Et, si c'était à refaire, je le referai», ajoute à plusieurs reprises celui qui a décidé de défendre son «honneur» lui-même, sans avocat.
«Ces affaires de contrats, excusez-moi d'avoir l'air désinvolte, mais c'était le cadet de mes soucis», insiste-t-il en évoquant le «nucléaire français», les guerres en «Bosnie et au Rwanda» ou les «soldats blessés» qu'il devait accueillir. 
- «D'autres que vous s'en chargeaient ?», coupe le président, revenant sur les contrats. 
- «Bien sûr».
- «Notamment Renaud Donnedieu de Vabres ?»
Plus proche conseiller de M. Léotard à l'époque - il était connu comme «son double» - M. Donnedieu de Vabres a été condamné en juin à cinq ans de prison dont trois ferme pour avoir imposé le réseau d'intermédiaires aux industriels et reçu de l'argent du sulfureux intermédiaire libanais Ziad Takkiedine pour des »services» rendus en marge des contrats.
Il a fait appel de ce jugement, tout comme ses coprévenus.
Le procureur général François Molins aimerait bien savoir à quelle fréquence M. Donnedieu de Vabres rendait des comptes à son ministre, et s'agace quand M. Léotard se lance en réponse dans un commentaire sur les pratiques financières au Liban.
«Est-ce qu'il est possible d'avoir une réponse à ma question»?, s'impatiente le magistrat. «Les conversations étaient quotidiennes», finit par lui répondre M. Léotard. Avant dans se lancer dans une nouvelle digression, cette fois sur son long mandat de maire à Fréjus, où il réside.
Le président est interloqué. «Mais quel est le rapport ?»
L'audience reprend mercredi prochain avec l'interrogatoire d'Edouard Balladur. 


Le vélo, autre miroir des inégalités femmes-hommes

Un homme portant un masque de protection déverrouille son vélo alors que des femmes passent avec des sacs à provisions dans une rue, à Bordeaux, le 18 juillet 2020. (Philippe Lopez/AFP)
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  • Obstacles culturels et sociétaux, aménagements urbains inadaptés, insécurité : les freins pour atteindre la parité hommes-femmes à vélo sont encore puissants
  • Plusieurs études montrent que la pratique féminine du vélo est encore plus faible dans les quartiers populaires

SAINT-DENIS : La pandémie de Covid a lâché des flopées de néo-cyclistes dans les rues des villes françaises mais le vélo reste très majoritairement pratiqué par les hommes. Obstacles culturels et sociétaux, aménagements urbains inadaptés, insécurité : les freins pour atteindre la parité sont encore puissants.

En 2018, le géographe Yves Raibaud réalisait une vaste étude sur Bordeaux et sa métropole. Verdict : seuls 38% des cyclistes étaient des femmes. La nuit et par temps de pluie, leur proportion dégringolait à 22%.

Parmi les désagréments cités par ces cyclistes : le fait d'être chargée (courses, enfants), la peur de l'accident ou d'un problème technique, le sentiment d'insécurité face au harcèlement et aux agressions sexuelles (équivalent à celui ressenti à pied), la tenue parfois exigée au travail (jupes, talons, tailleurs).

"Le sexe du vélo, c'est aussi la virilité de la chute, du risque, de la performance", les hommes représentent "86% des morts en France, notamment chez les livreurs à vélo, nouveau dangereux métier d'homme", souligne le géographe dans un article publié dans le journal du CNRS.

Pour Chris Blache, co-fondatrice de "Genre et Ville", "le problème est que les conditions dans lesquelles on peut faire du vélo aujourd'hui freinent les femmes". En France comme dans de nombreux pays européens, à l'exception de ceux du Nord.

La consultante en socio-ethnographie, qui vient de réaliser une enquête auprès des usagères de Vélib, souligne l'importance de "créer un environnement sécurisé pour accéder au vélo" (éclairage public, garages), "de mettre en place la continuité des pistes cyclables et de les élargir pour permettre aux vélos-cargos de circuler, mais aussi de ralentir la circulation".

"La révolution du vélo sera menée par les femmes! Dans une ville qui est dessinée par les hommes et pour les hommes, nous devons faire que les rues ne soient pas un environnement hostile", twittait fin février la sociologue et maire EELV du XIIe arrondissement parisien, Emmanuelle Pierre-Marie.

Chris Blache, qui a beaucoup travaillé sur les quartiers prioritaires de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise), où seuls les balcons peuvent faire office de garage, pointe aussi du doigt des questions de "praticité".

 "Masculinité dominante"

De fait, plusieurs études montrent que la pratique féminine du vélo est encore plus faible dans les quartiers populaires.

Parmi elles, la thèse de David Sayagh, chercheur à l'Ecole de l'aménagement durable des territoires, consacrée "au clivage sexué des pratiques du vélo durant l'adolescence", notamment dans les quartiers prioritaires des métropoles de Montpellier et Strasbourg.

"Dans ces quartiers, on voit qu'il y a des normes sexuées, genrées : il n'est pas bienvenu pour une jeune femme d'afficher son corps en mouvement en train de faire du vélo, surtout si c'est seule", relate-t-il.

"Le vélo, notamment dans les milieux populaires, sert de support à la construction à la masculinité, et à une masculinité dominante puisqu'on parle d'occupation et de prise de risque dans l'espace public", poursuit-il.

Représentations et croyances jouent aussi : "Dans des centres socio-culturels, des éducatrices m'ont dit que certaines mères de famille avaient peur que leurs filles perdent leur virginité à vélo. Il y a encore ce genre de croyances dans certaines familles avec un capital scolaire peu important".

A ses yeux, pour pouvoir "parler d'égalité", il faudrait "que les femmes se sentent aussi libres de rouler au sein du trafic motorisé, d'adopter l'itinéraire le plus rapide sans faire de détour pour éviter certaines zones, qu'elles se sentent libres de se pencher sur leur vélo quelle que soit leur tenue vestimentaire, ou encore de pratiquer seules la nuit."

Cennet, qui enfourchait vendredi un destrier fluo lors d'un "atelier vélo" à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), n'en est pas encore là.

A 47 ans, grâce à l'association des Femmes des Francs-Moisins, une cité de cette ville populaire, elle a réalisé un de ses rêves : apprendre à faire du vélo. "J'en avais envie depuis toute petite. Mais, comme pour les études, je n'avais jamais pu le faire", sourit cette mère de famille qui a grandi en Turquie.

Comme une demi-douzaine d'habitantes de son quartier, elle décrit "le bonheur" et "le sentiment de liberté" éprouvé en pédalant. Son apprentissage terminé, elle avoue craindre de se lancer seule dans la circulation, dans une ville où les pistes cyclables sont rares.

"La prochaine étape est de leur permettre d'acquérir des vélos d'occasion", explique Simon Gaudin, chargé de mission pour l'association Ufolep, qui accompagne plusieurs ateliers de ce type en Seine-Saint-Denis. Mais aussi d'apprendre à ces femmes à réparer leur vélo. Pour être, vraiment, autonomes.


Violences dans la métropole de Lyon: pointée du doigt, la police reçoit des renforts

Des policiers patrouillent dans une rue à la suite d'émeutes et après l'incendie de plusieurs voitures dans le quartier de Parilly à Bron, près de la ville de Lyon, dans le centre-est de la France, le 6 mars 2021 (Photo, AFP).
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  • M. Darmanin a annoncé un bilan total de 21 arrestations, dont une majorité de mineurs, après ces trois nuits de troubles
  • Le maire LR du 2e arrondissement Pierre Oliver a rapporté au Progrès avoir été «insulté et menacé» samedi par une trentaine de jeunes

LYON : La métropole lyonnaise a été agitée depuis plusieurs nuits par des troubles urbains qui rappellent de mauvais souvenirs, sur fonds d'accusations contre les forces de l'ordre qui viennent de recevoir des renforts de Paris pour prévenir une éventuelle escalade.

«On peut penser qu'il y a une forme de surenchère, le terreau est présent dans notre zone mais on n'espère pas de nouveaux troubles dans d'autres quartiers ce soir», a confié une source syndicale policière. Selon la préfecture la situation demeurait calme vers 21H30 dimanche soir.

La Duchère à Lyon jeudi soir, Rillieux-la-Pape vendredi, puis Bron samedi: la métropole lyonnaise a subi des débordements urbains à répétition marqués par des échauffourées entre jeunes et forces de l'ordre et de nombreux incendies de véhicules.

Ces troubles sont le fait de petits groupes mais ils ravivent chez certains les sombres souvenirs de 2005 et 2015, lorsque les banlieues lyonnaises s'étaient embrasées à tour de rôle.

A Bron samedi soir, un équipage de police secours qui sortait d'un foyer pour mineurs a été pris à partie. Les policiers «étaient à 30 contre trois. Ils ont dû abandonner leur véhicule pour se réfugier dans le foyer» et leur fourgon a été dégradé, a rapporté une source policière. Une enquête a été confiée à la sûreté départementale.

De l'avis du maire LR de Bron Jérémie Bréaud, qui fait l'objet d'une protection après des menaces répétées, c'est l'action de la police contre le trafic de drogue qui a provoqué ces violences. Mais une source policière confie que les forces de l'ordre sont aussi montrées du doigt pour l'accident d'un mineur survenu en marge des heurts.

Dimanche, le parquet a annoncé avoir ouvert une enquête sur la chute samedi soir d'un mineur de 15 ans, atteint d'une hémorragie cérébrale et «dont le pronostic vital serait toujours engagé» dimanche.

Des jeunes ont indiqué à des pompiers auditionnés qu'«il avait pris la fuite avec eux par peur de la police» avant de chuter, d'être saisis de convulsions puis de perdre connaissance, selon le parquet.

A la Duchère, c'est un autre accident, de scooter qui a mis le feu aux poudres jeudi. La veille, un adolescent de 13 ans qui roulait sans casque a été gravement touché après avoir perdu le contrôle de son véhicule.

Selon la presse locale, des jeunes du quartier assurent que le scooter était poursuivi par une voiture de police banalisée, ce que la préfecture a formellement démenti. Une enquête a été confiée à l'IGPN.

«Les collègues sont intervenus uniquement pour secourir ce jeune», se défend une source syndicale policière. «Il y a une minorité qui, aujourd'hui, quoi qu'on puisse faire, fait tout de suite l'amalgame et nous pointe du doigt».

Encore un maire menacé

A Rillieux-la-Pape, ville classée en janvier parmi les quartiers de «reconquête républicaine» (QRR) par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, 13 véhicules ont été incendiés vendredi soir. Selon le maire LR Alexandre Vincendet, «certains se sont servis de ce qui s'est passé (la veille) à la Duchère pour laisser libre cours à leur violence».

M. Darmanin a annoncé un bilan total de 21 arrestations, dont une majorité de mineurs, après ces trois nuits de troubles.

Cinq suspects arrêtés à Bron, dont un majeur, se trouvaient encore en garde à vue dimanche. Quatre autres mineurs arrêtés à Rillieux-la-Pape étaient en cours de défèrement dimanche soir et trois autres jeunes, dont un majeur, arrêtés à La Duchère, attendaient d'être présentés à la justice, selon le parquet.

Réclamé depuis de nombreux mois par les élus de la métropole, un renfort de 200 policiers et gendarmes se trouvait à Lyon depuis samedi. 

Signe que le climat lyonnais se tend, le maire LR du 2e arrondissement Pierre Oliver a rapporté au Progrès avoir été «insulté et menacé» samedi par une trentaine de jeunes qu'il a surpris en plein tournage de clip de rap illégal dans un sous-sol de la gare Perrache.

Face aux violences et incivilités lyonnaises, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a fustigé sur Twitter la «faiblesse et le laxisme» du gouvernement.

En déplacement à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) dimanche, M. Darmanin a estimé que «s'il y a des violences urbaines, s'il y a des voitures qui peuvent brûler, des policiers qui sont pris à partie, des élus menacés, c'est parce (...) qu'on intervient, on démantèle chaque jour des points de deal».

«Plus il y aura harcèlement de ces points de deal, plus il y a manifestement réaction des dealers, mais à la fin ce sera toujours la police qui va gagner», a-t-il assuré.


Le ministre de la Justice annonce la création d'un statut du détenu travailleur

«Il y a des détenus qui pour la première fois de leur vie vont découvrir ici (en prison) le travail, c'est le gage qu'ils quittent la délinquance», a expliqué le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti (Photo, AFP).
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  • «Je vais mettre en place un contrat de travail. Il ne peut pas y avoir de décalage entre la prison et le reste de la société, ou alors on considère que la prison est une société à part»
  • Cette proposition est évoquée dans l'avant-projet de loi «pour la confiance dans l'institution judiciaire» qui doit être présenté en conseil des ministres mi-avril

PARIS: Les détenus qui travaillent vont pouvoir bénéficier d'un contrat de travail, a annoncé dimanche le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti qui souhaite ainsi revaloriser le travail en prison.

«Je vais mettre en place un contrat de travail. Il ne peut pas y avoir de décalage entre la prison et le reste de la société, ou alors on considère que la prison est une société à part», a affirmé le ministre de la Justice dans l'émission Zone interdite sur M6.

«Il y a des détenus qui pour la première fois de leur vie vont découvrir ici (en prison) le travail, c'est le gage qu'ils quittent la délinquance», a expliqué M. Dupond-Moretti.

Au cours de l'émission, le garde des Sceaux a également annoncé la création d'un code pénitentiaire qui à l'instar du code civil ou du code pénal regroupera «toutes les règles importantes» autour de la détention.

Les détenus travailleurs ne bénéficient d'aucun véritable statut, dénoncent depuis des années des organisations comme la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP).

Lors d'un discours devant l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (Enap), en mars 2018, le président de la République, Emmanuel Macron avait affirmé que «le lien qui unit l'administration pénitentiaire et le détenu travaillant en son sein» ne doit plus être «un acte unilatéral avec la négation de tous les droits», mais «un lien contractuel avec des garanties qui s'y attachent».

«On ne peut pas demander à des détenus de respecter la société, de pouvoir se réinsérer en elle» si «on nie (leur) dignité et (leurs) droits», avait souligné le chef de l'État.

Cette proposition est évoquée dans l'avant-projet de loi «pour la confiance dans l'institution judiciaire» qui doit être présenté en conseil des ministres mi-avril.

Le texte prévoit également que le gouvernement puisse légiférer par ordonnance pour permettre «l'ouverture de droits sociaux aux personnes détenues, dès lors qu'ils sont utiles à leur réinsertion et notamment les droits à l'assurance-chômage, vieillesse, maladie et maternité et maladie professionnelle et accident du travail».