Le rapport Stora: apaisement ou nouvelle pomme de discorde?

Benjamin Stora pose pour une séance photo à Paris le 19 janvier 2021. (AFP).
Benjamin Stora pose pour une séance photo à Paris le 19 janvier 2021. (AFP).
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Publié le Vendredi 22 janvier 2021

Le rapport Stora: apaisement ou nouvelle pomme de discorde?

  • Pendant plus de six mois, Benjamin Stora, lui-même natif de la région de Constantine en Algérie, a élaboré à la demande d’Emmanuel Macron ce rapport qui s’articule autour de plusieurs thèmes
  • La publication du rapport Stora n’a pas encore suscité de réaction officielle algérienne. Par contre force est de constater que les Algériens ne veulent rien céder sur certains préalables a ce qu’ils qualifient de réconciliation durable

PARIS: Le rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie remis par l’historien Benjamin Stora au président français Emmanuel Macron est-il un socle pour des relations franco-algériennes apaisées ou un nouveau motif de discorde ?

Pour Paris, le rapport de M. Stora, spécialisé dans l’histoire algérienne, constitue une remise à plat de la mémoire de la guerre d’Algérie et, d’une façon générale, la mémoire de la colonisation, pour atteindre un double objectif. D’une part, apaiser les deux mémoires antagonistes relatives à cette période et libérer les relations bilatérales de leurs séquelles négatives. D’autre part, construire selon l’Élysée, en exploitant cette histoire, une mémoire de l’intégration républicaine.

Pendant plus de six mois, Benjamin Stora, lui-même natif de la région de Constantine en Algérie, a élaboré à la demande d’Emmanuel Macron ce rapport qui s’articule autour de plusieurs thèmes.

Le thème phare, préconisé par M. Stora consiste à créer une commission chargée « d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires ».

Cette commission sera constituée de personnalités « engagées dans le dialogue franco-algérien » dans le but de dépasser, selon un conseiller présidentiel français, une mémoire qui oscillait depuis soixante ans entre le déni et le non-dit.

Pendant plus de six mois, Benjamin Stora, lui-même natif de la région de Constantine en Algérie, a élaboré à la demande d’Emmanuel Macron ce rapport qui s’articule autour de plusieurs thèmes.

Toutefois, il n’est pas question pour Benjamin Stora ni de repentance, ni d’excuses, mais de reconnaissance de la vérité, qui a longtemps perturbé les rapports de la France avec ses ressortissants d’origine algérienne ainsi que les relations entre les deux pays, constamment marquées par une tension sous-jacente.

Autre thème abordé dans le rapport, la transparence sur un passé commun, qui nécessite selon M. Stora la création du premier fond d’archives communs aux deux pays, accessibles librement.

Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’accorder plus de place à cette période de l’histoire dans les programmes scolaires et de rapprocher les jeunes des deux pays à travers un « office franco-algérien de la jeunesse ».

Benjamin Stora s’arrête également dans son rapport sur le poids des symboles et propose à ce sujet de faire entrer au Panthéon l’avocate Gisèle Halimi, une figure de proue de l’opposition à la guerre d’Algérie.

Il propose aussi d’honorer l’émir Abdelkader, pionnier du combat contre l’armée française, avant de devenir l’ami de la France, par l’instauration d’une stèle à sa mémoire, ainsi que la transformation des quatre anciens lieux d’internement d’algériens en France en lieu de mémoire.

Toujours dans le domaine des symboles, le rapport propose de multiplier les commémorations en ajoutant à la date du 19 Mars, qui marque la fin de la guerre, la date du 17 Octobre qui est celle de la répression d’une manifestation pacifique d’Algériens à Paris et celle du 25 Septembre qui sera une journée d’hommage aux harkis, ces algériens qui ont combattu dans les rangs français avant l’indépendance.

La publication du rapport Stora n’a pas encore suscité de réaction officielle algérienne. Par contre force est de constater que les Algériens ne veulent rien céder sur certains préalables a ce qu’ils qualifient de réconciliation durable.

Ce rapport fait suite à plusieurs gestes effectués par Emmanuel Macron, même avant d’avoir accédé à la présidence, et s’inscrit dans le cadre d’une volonté ferme de régler le contentieux historique qui entache les relations avec l’Algérie.

Ainsi, lors d’un déplacement en Algérie pendant sa campagne électorale, il l’avait clairement abordé allant jusqu’à parler de « crimes contre l’humanité », ce qui lui avait valu une pluie de critiques dans des milieux de droite et d’extrême droite.

Après son arrivée au pouvoir, il n’a pas renoncé à son but d’autant plus qu’il n’est, selon l’Elysée, ni acteur, ni témoin de cette période, et qu’il est attaché à vouloir faire quelque chose de commun avec l’Algérie.

D’où la nomination de Benjamin Stora pour l’élaboration de son rapport en commun accord avec la partie algérienne qui a pour sa part désigné le responsable des Archives nationales, Abdel-Majid Chikhi, pour accomplir de son côté un travail semblable. Le but étant côté français non pas de fusionner des mémoires antagonistes, mais de les décloisonner. Pour accomplir un tel travail, il faut que les deux parties concernées soient au même diapason et travaillent chacune selon les mêmes dispositions. Or en regardant aujourd’hui du côté algérien on ne peut que constater doutes et suspicions à l’égard de la démarche française.

La publication du rapport Stora n’a pas encore suscité de réaction officielle algérienne. Par contre force est de constater que les Algériens ne veulent rien céder sur certains préalables a ce qu’ils qualifient de réconciliation durable.

Pour compléter le tableau il suffit de regarder l’actualité pour se rendre compte du climat de défiance qui règne côté algérien. L’ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, s’est retrouvé en décembre dernier au centre d’une cabale, pour avoir rencontré des Algériens partisans de l’instauration d’une période de transition politique en Algérie.

Ils insistent sur les excuses que la France devra présenter selon eux pour la période de colonisation et s’opposent à la réhabilitation des harkis, estimant que ce sujet est hors de question.

Ils réclament une restitution totale des archives françaises de la période de la colonisation, une indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le sud algérien ainsi que la levée du secret défense sur les lieux ou sont enfouis des résidus radioactifs sur leur territoire.

Pour compléter le tableau il suffit de regarder l’actualité pour se rendre compte du climat de défiance qui règne côté algérien. L’ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, s’est retrouvé en décembre dernier au centre d’une cabale, pour avoir rencontré des Algériens partisans de l’instauration d’une période de transition politique en Algérie.

Avant cela, c’était l’ambassadeur d’Algérie en France, Mohamed Daoud, qui avait été rappelé par les autorités de son pays, en protestation contre la diffusion par une chaine de télévision française d’un documentaire sur le Hirak, le mouvement algérien opposant au pouvoir.


L'armée israélienne annonce avoir frappé un site en Iran utilisé selon elle pour produire des armes nucléaires

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé un site en Iran utilisé selon elle pour produire des armes nucléaires, au 13e jour de la guerre déclenchée par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé un site en Iran utilisé selon elle pour produire des armes nucléaires, au 13e jour de la guerre déclenchée par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique. (AFP)
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  • "Dans le cadre des vagues de frappes menées ces derniers jours", l'armée de l'air israélienne a bombardé "le complexe +Taleghan+ (...) utilisé par le régime pour développer des capacités essentielles à la fabrication d'armes nucléaires"
  • "L'armée israélienne a récemment découvert que le régime avait pris des mesures pour réhabiliter le complexe après qu'il a été frappé en octobre 2024", poursuit le texte

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé un site en Iran utilisé selon elle pour produire des armes nucléaires, au 13e jour de la guerre déclenchée par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique.

"Dans le cadre des vagues de frappes menées ces derniers jours", l'armée de l'air israélienne a bombardé "le complexe +Taleghan+ (...) utilisé par le régime pour développer des capacités essentielles à la fabrication d'armes nucléaires", a déclaré l'armée dans un communiqué.

L'armée fait probablement référence à une installation située à Parchin, au sud-est de Téhéran, où, selon l'Institut pour la science et la sécurité internationale, un organisme basé aux Etats-Unis spécialisé dans la surveillance de la prolifération nucléaire, l'Iran mène des activités militaires secrètes.

"L'armée israélienne a récemment découvert que le régime avait pris des mesures pour réhabiliter le complexe après qu'il a été frappé en octobre 2024", poursuit le texte.

Début mars, l'armée israélienne avait annoncé avoir frappé un centre militaire souterrain secret du programme nucléaire de l'Iran dans la région de Téhéran, où d'après elle des scientifiques travaillaient sur "un élément clé de la capacité du régime iranien à développer des armes atomiques".

Israël et les Occidentaux affirment que l'Iran cherche à se doter de l'arme atomique, ce que la République islamique dément tout en défendant son droit à développer un programme nucléaire civil.

Israël a lancé le 28 février, conjointement avec les Etats-Unis, une offensive massive pour faire disparaître la "menace existentielle" que représentent selon lui les programmes nucléaire et balistique iraniens.

Les responsables israéliens affirment que Téhéran avait intensifié ses efforts pour se doter de l'arme atomique depuis la fin de la guerre de 12 jours déclenchée en juin 2025 par Israël, au cours de laquelle les Etats-Unis avaient bombardé trois installations nucléaires, dont une usine d'enrichissement.

 


Iran: plus de 3 millions de déplacés depuis le début de la guerre, selon le HCR

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre opposant ce pays à Israël et aux Etats-Unis, a annoncé jeudi le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre opposant ce pays à Israël et aux Etats-Unis, a annoncé jeudi le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • Les Etats-Unis et Israël ont lancé conjointement le 28 février une vaste offensive contre l'Iran. Cette offensive a déclenché une guerre dans l'ensemble du Moyen-Orient
  • Alors que les frappes se poursuivaient jeudi en Iran et dans la région au 13e jour du conflit, le HCR a aussi voulu attirer l'attention sur les personnes réfugiées en Iran

GENEVE: Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre opposant ce pays à Israël et aux Etats-Unis, a annoncé jeudi le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Selon des estimations préliminaires, entre 600.000 et 1 million de foyers iraniens sont actuellement déplacés temporairement à l’intérieur du pays en raison du conflit en cours, ce qui représente jusqu’à 3,2 millions de personnes", a annoncé dans un communiqué Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La plupart d’entre eux fuient Téhéran et d’autres grandes agglomérations pour se réfugier dans le nord du pays et les zones rurales", a-t-il ajouté, estimant que "ce chiffre devrait continuer d’augmenter tant que les hostilités se poursuivent".

Les Etats-Unis et Israël ont lancé conjointement le 28 février une vaste offensive contre l'Iran. Cette offensive a déclenché une guerre dans l'ensemble du Moyen-Orient.

Alors que les frappes se poursuivaient jeudi en Iran et dans la région au 13e jour du conflit, le HCR a aussi voulu attirer l'attention sur les personnes réfugiées en Iran.

"Les familles de réfugiés accueillies dans le pays, majoritairement afghanes, sont également touchées. Leur situation précaire et leurs réseaux de soutien limités les rendent particulièrement vulnérables", a prévenu M. Ito.

"Face à l'insécurité croissante et à l'accès restreint aux services essentiels, ces familles quittent les zones sinistrées", a-t-il ajouté, précisant que le HCR "collabore avec les autorités nationales et ses partenaires pour évaluer les nouveaux besoins et renforcer sa préparation face à l'augmentation des mouvements de population".

Dans son communiqué, le HCR a encore alerté sur "l'urgence de protéger les civils, de maintenir l'accès humanitaire et de garantir l'ouverture des frontières aux personnes en quête de sécurité, conformément aux obligations internationales".

 


Liban: huit morts dans une nouvelle frappe sur Beyrouth, Israël menace d'une offensive terrestre

De nouvelles frappes israéliennes ont fait 11 morts au Liban, dont huit sur le front de mer à Beyrouth où des déplacés dorment dans des tentes, Israël menaçant "d'étendre" ses opérations terrestres contre le Liban où il mène depuis le 2 mars une vaste campagne de frappes aériennes. (AFP)
De nouvelles frappes israéliennes ont fait 11 morts au Liban, dont huit sur le front de mer à Beyrouth où des déplacés dorment dans des tentes, Israël menaçant "d'étendre" ses opérations terrestres contre le Liban où il mène depuis le 2 mars une vaste campagne de frappes aériennes. (AFP)
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  • Cette guerre a fait plus de 687 morts, dont 98 enfants et 52 femmes, et déplacé plus de 800.000 personnes, selon le dernier bilan libanais officiel
  • Alors que le Hezbollah a annoncé mercredi soir intensifier ses attaques contre Israël, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a déclaré jeudi avoir ordonné à l'armée de se préparer à "étendre" ses opérations au Liban

BEYROUTH: De nouvelles frappes israéliennes ont fait 11 morts au Liban, dont huit sur le front de mer à Beyrouth où des déplacés dorment dans des tentes, Israël menaçant "d'étendre" ses opérations terrestres contre le Liban où il mène depuis le 2 mars une vaste campagne de frappes aériennes.

Cette guerre a fait plus de 687 morts, dont 98 enfants et 52 femmes, et déplacé plus de 800.000 personnes, selon le dernier bilan libanais officiel.

Alors que le Hezbollah a annoncé mercredi soir intensifier ses attaques contre Israël, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a déclaré jeudi avoir ordonné à l'armée de se préparer à "étendre" ses opérations au Liban.

"J'ai averti le président libanais que si son gouvernement ne parvient pas à contrôler le territoire et à empêcher le Hezbollah de menacer les communautés du nord et de tirer sur Israël, nous prendrons des territoires et le ferons nous-mêmes", a-t-il dit.

Selon Israël, le Hezbollah a mené mercredi soir une attaque coordonnée avec l'Iran, lançant quelque "200 roquettes et environ 20 drones", combinés à des missiles balistiques tirés par Téhéran.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël en riposte à la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes américano-israéliennes.

A Beyrouth, une nouvelle frappe a ciblé dans la nuit le front de mer de Ramlet al-Bayda où ont afflué les déplacés venus des bastions du Hezbollah,  faisant huit morts et 31 blessés selon un dernier bilan officiel.

"Nous avons soudain entendu le fracas d'une explosion", dit Aseel Habbaj, une femme portant son bébé, qui dormait dans une tente avec sa famille. Elle dit avoir "vu des gens tués étendus par terre", avant qu'une deuxième frappe blesse son mari.

"Nous avons choisi cet endroit parce qu'on aurait jamais imaginé qu'Israël frappe" en plein cœur de Beyrouth, dit Dalal al-Sayed, 40 ans.

"Carnage" 

Elle dit qu'après la première frappe, "une deuxième a suivi" au moment ou des personnes s'étaient rassemblées autour du site visé, causant "un carnage".

Cette femme ayant fui le sud du Liban dit qu'elle continuera de vivre sous la tente sur le front de mer, n'ayant nulle part où aller.

Un correspondant de l'AFP sur place a vu une moto et deux voitures endommagées. Des taches de sang maculent le trottoir et un petit trou est visible dans le sol.

Les éclats d'obus ont atteint quelques tentes.

Il s'agit de la troisième attaque au cœur de la capitale depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, après une frappe contre un hôtel en bord de mer dimanche et un raid contre un appartement mercredi.

Des frappes ont également visé Aramoun, un quartier résidentiel au sud de Beyrouth, hors des bastions du Hezbollah, faisant trois morts et un blessé, un enfant, selon le bilan initial du ministère de la Santé.

Mercredi soir, l'armée israélienne avait annoncé avoir déclenché une nouvelle série de frappes "à grande échelle" sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah régulièrement bombardé depuis dix jours et dont une grande partie de la population a fui.

Désolation 

L'armée israélienne a dit avoir atteint dix cibles liées au Hezbollah dans le sud de Beyrouth, dont un quartier général du renseignement, des centres de commandement, et "des dizaines de lanceurs".

Jeudi matin, un photographe de l'AFP a rapporté un spectacle de désolation dans la banlieue déserte: immeubles en ruines, certains encore en feu, et gravats jonchant les rues.

Alors que toutes les issues diplomatiques semblent bloquées, le président français Emmanuel Macron a appelé mercredi Israël sur X à "clairement renoncer à une offensive terrestre au Liban" et le Hezbollah à "immédiatement mettre fin à ses attaques", après s'être entretenu avec son homologue libanais Joseph Aoun.

Israël a massé des troupes à sa frontière avec le Liban et son armée s'est avancée dans plusieurs villages frontaliers depuis le début de la guerre.

Jeudi en milieu de journée, l'Agence nationale d’information (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur plusieurs villages du sud, dont certains proches de la frontière.