Le cardinal Raï fustige les dirigeants libanais «entêtés et destructeurs»

Le patriarche maronite Béchara Boutros Raï (Photo, AFP).
Le patriarche maronite Béchara Boutros Raï (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 25 janvier 2021

Le cardinal Raï fustige les dirigeants libanais «entêtés et destructeurs»

  • «Avec quelle conscience, quelle justification, quelle autorité, quel droit, quel mandat, osez-vous refuser de former un gouvernement ?»
  • Le député du FPM César Abi Khalil affirme que Aoun ne démissionnerait pas

BEYROUTH: Le plus haut chef religieux chrétien au Liban a critiqué dimanche les dirigeants «entêtés et destructeurs» qui font obstruction à la formation d’un nouveau gouvernement.

Dans son sermon, le patriarche maronite Béchara Boutros Raï a dénoncé ceux qui bloquent le processus, et a brossé un sombre tableau du pays qui s’enlise entre pandémie et crise financière.

Les politiciens ne parviennent pas à s'entendre sur un nouveau cabinet depuis la démission du dernier gouvernement, au lendemain de l'explosion dévastatrice qui a eu lieu le 4 août à Beyrouth. Le blocage est alimenté par les tensions accrues entre le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri.

Raï a tenté une médiation pour sortir l'impasse, sans succès.

Le patriarche s’est insurgé contre «l'obstination des fonctionnaires libanais, murés dans des positions entêtées et destructrices vis-à-vis de l'État et ses institutions. Avec quelle conscience, quelle justification, quelle autorité, quel droit, quel mandat, osez-vous refuser de former un gouvernement?» tonne-t-il, «pourquoi ne formez-vous pas un gouvernement alors que les gens crient de douleur, meurent de faim et succombent au fléau?»

Les hôpitaux regorgent de patients, poursuit le prélat, les cliniques et les pharmacies manquent de médicaments, les magasins manquent de nourriture, et les crises monétaires et économiques ont atteint leur paroxysme. «L’économie s’éteint, la production agricole est détruite, les gens en sont venus à mendier leur propre argent aux portes des banques, et les principales institutions militaires, financières et judiciaires de l’État sont touchées dans leur prestige, leur moral, et même leurs fonctionnaires en raison de campagnes sournoises et de rumeurs».

Les frontières sont poreuses, la contrebande se fait aux dépens du pays, la souveraineté est inachevée, l’indépendance est mise en veille, la corruption est endémique et le chômage et la pauvreté touchent plus de la moitié de la population, se désole Raï. Il rappelle que «la capitale est zone de combat, le port est détruit, les ressources de pétrole et de gaz sont détournées… le pays est à la veille de plonger dans l’abîme». 

La colère du patriarche survient alors que les différents partis politiques se rejettent âprement la responsabilité au sujet du blocage.

Aoun insiste que la constitution accorde au président le droit d'approuver les noms inclus dans le cabinet avant de signer le document. Hariri se décharge de toute responsabilité, et dénonce pour sa part un «président qui s'oppose à tel ou tel nom, sans étayer son objection par une explication».

Un communiqué du Mouvement patriotique libre (FPM), le parti dirigé par le gendre d’Aoun, le député Gebran Bassil, s’en est pris à Hariri. «Les temps de la tutelle étrangère sont révolus, et certains s’imaginent pouvoir la remplacer par une hégémonie interne», a-t-il déclaré. «C’est interdire aux autres partis de se prévaloir de leurs droits politiques».

Le député du FPM César Abi Khalil affirme que Aoun ne démissionnerait pas, et que les députés du FPM n'ont pas nommé Hariri à la tête du gouvernement parce qu'ils ne lui font pas confiance en ce qui concerne la tâche requise à ce stade.

Les insultes ont fusé sur les réseaux sociaux, comme «Sénile Aoun» et «Berri pour vol et corruption», une référence au président du Parlement libanais Nabih Berri.

L'ancien ministre Nazem El-Khoury a déclaré que le patriarche a exprimé dans son sermon la douleur de tout le peuple libanais.

Il s'est adressé au FPM en disant: «À ceux qui disent défendre les droits des chrétiens, ne soyez pas plus chrétien que le patriarche des Maronites et de tout le Liban.»

Le quotidien libanais Ad-Diyar a rapporté dimanche qu'un responsable politique et parlementaire est préoccupé par «les tentatives de faire échouer les solutions, comme si un complot se trame pour faire tomber le Liban».

Le responsable craint que le «maintien du gouvernement intérimaire dirigé par Hassan Diab jusqu'à la fin du mandat actuel» soit la seule issue acceptable.

Diab a formé son gouvernement en janvier dernier pour faire face à la pire crise économique depuis des décennies. Son administration est arrivée au pouvoir après que son prédécesseur, Hariri, ait démissionné face aux foules qui réclamaient son départ.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Le ministre libanais de la Défense reçoit l'ambassadeur saoudien à Beyrouth

Fahd Al-Dosari (à droite) et le général de division Michel Menassa à Beyrouth. (Photo fournie)
Fahd Al-Dosari (à droite) et le général de division Michel Menassa à Beyrouth. (Photo fournie)
  • L’ambassadeur saoudien au Liban, Fahd Al-Dosari, a été reçu lundi par le ministre libanais de la Défense, le général de division Michel Menassa, dans son bureau à Beyrouth
  • Les parties ont discuté des développements récents et des moyens de renforcer les relations bilatérales

BEYROUTH : L’ambassadeur saoudien au Liban, Fahd Al-Dosari, a été reçu lundi par le ministre libanais de la Défense, le général de division Michel Menassa, dans son bureau à Beyrouth.

Les deux parties ont évoqué les derniers développements et les moyens de renforcer les relations bilatérales, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Par ailleurs, le prince Saud bin Naif bin Abdulaziz, gouverneur de la Province de l’Est, a reçu lundi à Dammam l’ambassadeur du Kenya auprès du Royaume, Joseph Masila. Ils ont eu des entretiens cordiaux et ont abordé des questions d’intérêt commun.


L'ex-ministre égyptien Nabil Fahmy officiellement nommé à la tête de la Ligue arabe

La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne. (AFP)
La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne. (AFP)
  • L'ancien haut diplomate de 75 ans a dirigé les Affaires étrangères égyptiennes de juin 2013 à juillet 2014
  • Il deviendra le huitième Egyptien à la tête de l'organisation panarabe basée au Caire, en succédant à Ahmed Aboul Gheit, en poste depuis 2016 (deux mandats)

LE CAIRE: La Ligue arabe a officiellement entériné la nomination à sa tête de Nabil Fahmy, ancien chef de la diplomatie égyptienne, lors d'une réunion à Amman en Jordanie des ministres des Affaires étrangères de l'organisation, a-t-elle indiqué lundi dans un communiqué.

Nabil Fahmy, qui avait été nommé secrétaire général à l'unanimité en mars, prendra ses fonctions début juillet et pour cinq ans.

L'ancien haut diplomate de 75 ans a dirigé les Affaires étrangères égyptiennes de juin 2013 à juillet 2014. Il deviendra le huitième Egyptien à la tête de l'organisation panarabe basée au Caire, en succédant à Ahmed Aboul Gheit, en poste depuis 2016 (deux mandats).

La Ligue arabe, qui compte 22 membres n'a eu qu'un seul secrétaire général non égyptien depuis sa création: le Tunisien Chedli Klibi dans les années 1980, après que l'Egypte a été suspendue de l'organisation pour avoir signé un traité de paix avec Israël.

Fondée en 1945, la Ligue arabe est la principale organisation régionale dédiée à la concertation politique au sein du monde arabe.


Guerre Israël-Hezbollah: JD Vance discute avec le président libanais d'une cellule de prévention

Un véhicule transportant des matelas passe devant un panneau d'affichage sur lequel est accroché un portrait du président libanais Joseph Aoun et où l'on peut lire : « La diplomatie est le moyen de mettre fin au wat au Liban », le long de l'autoroute de la ville côtière de Sidon, alors que des familles déplacées regagnent leurs villages d'origine dans le sud du Liban, le 15 juin 2026. (AFP)
Un véhicule transportant des matelas passe devant un panneau d'affichage sur lequel est accroché un portrait du président libanais Joseph Aoun et où l'on peut lire : « La diplomatie est le moyen de mettre fin au wat au Liban », le long de l'autoroute de la ville côtière de Sidon, alors que des familles déplacées regagnent leurs villages d'origine dans le sud du Liban, le 15 juin 2026. (AFP)
  • L'entretien a porté sur "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard, y compris la possibilité de former une cellule à cette fin"
  • De son côté, M. Vance a affirmé lundi que ce "mécanisme" était destiné à faire en sorte que "lorsque quelque chose se passe, cela ne se dégénère pas en escalade de plus grande ampleur

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a reçu un appel du vice-président américain JD Vance portant notamment sur la création d'une cellule préventive visant à mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, a indiqué son bureau lundi.

Au terme d'une première séance de négociations en Suisse, Washington et Téhéran se sont entendus sur la mise en place d'une "cellule de gestion des conflits", selon les médiateurs pakistanais et qatari.

M. Aoun a reçu à ce sujet "un appel téléphonique du vice‑président américain JD Vance, du principal conseiller du président américain Jared Kushner et du Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani", a précisé la présidence libanaise.

L'entretien a porté sur "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard, y compris la possibilité de former une cellule à cette fin", selon la même source.

Cette cellule constituera "le premier test réel", a commenté le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

De son côté, M. Vance a affirmé lundi que ce "mécanisme" était destiné à faire en sorte que "lorsque quelque chose se passe, cela ne se dégénère pas en escalade de plus grande ampleur".

"Nous pensons (...) que nous pouvons parvenir à une situation dans laquelle la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban est protégée, comme la sécurité d'Israël", a ajouté le vice-président américain à l'issue des pourparlers en Suisse.

"Cela va nécessiter une certaine coordination avec les forces armées libanaises, et aussi que les Iraniens maîtrisent le Hezbollah", a-t-il avancé.

Des affrontements meurtriers entre Israël et le Hezbollah ont eu lieu vendredi et samedi au Liban, faisant vaciller le protocole d'accord irano-américain qui prévoit la fin des hostilités sur tous les fronts.

"Nous négocions pour nous-mêmes" 

Le Liban connaît désormais une accalmie, confirmée lundi par le porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Dimanche "a été le premier jour depuis la reprise des hostilités le 2 mars au Liban" où les Casques Bleus "n'ont pas détecté des tirs ou des interceptions", a affirmé Stéphane Dujarric, selon qui ce calme "s'est poursuivi ce (lundi) matin".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a toutefois prévenu lundi que les soldats déployés dans le sud du Liban "disposent d'une liberté d'action totale pour neutraliser toute menace directe ou potentielle à leur encontre ou à l'encontre des habitants du nord" d'Israël.

"L'armée israélienne ne fait l'objet d'aucune restriction sur cette question", a ajouté M. Netanyahu, selon un communiqué de son bureau.

L'entente pour créer une cellule de crise, qui n'inclut pas Israël, intervient à la veille de nouvelles discussions directes à Washington entre le Liban et Israël, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Il s'agira de la cinquième session depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël le 2 mars.

Le mouvement chiite a attaqué Israël pour venger la mort le 28 février du guide suprême iranien Ali Khamenei, dans l'offensive américano-israélienne. Les frappes israéliennes de représailles ont fait plus de 4.000 morts.

Une trêve, théoriquement en vigueur depuis le 17 avril, n'a jamais été respectée.

"Nous négocions pour nous-mêmes, et n'acceptons pas qu'une autre partie négocie pour nous", a insisté Joseph Aoun lundi.

"Nous accueillons toute aide venant de tout pays pour mettre fin à la guerre (...) mais il y a une grande différence entre oeuvrer à nous aider et s'ingérer dans nos affaires internes", a-t-il rappelé, dans une allusion à l'Iran, qui a longtemps exercé une forte influence au Liban à travers le Hezbollah.

Beyrouth, qui s'est employé au cours des derniers mois à dissocier les dossiers libanais et iranien, pousse en faveur de la réussite des pourparlers de Washington, auxquels s'oppose le Hezbollah, afin de mettre fin à la guerre et de déterminer l'avenir des relations entre les deux pays.