En Libye, après 10 ans de guerre, une riche économie aujourd'hui à terre

Un combattant du Gouvernement d'accord national (GNA) reconnu par les Nations Unies en Libye tire des roquettes depuis une position proche de la ville de Garabulli vers la ville de Tarhuna, au sud-ouest de la capitale Tripoli, tenue par les forces de l'homme fort libyen Khalifa Haftar. (Mahmoud TURQUIE / AFP)
Un combattant du Gouvernement d'accord national (GNA) reconnu par les Nations Unies en Libye tire des roquettes depuis une position proche de la ville de Garabulli vers la ville de Tarhuna, au sud-ouest de la capitale Tripoli, tenue par les forces de l'homme fort libyen Khalifa Haftar. (Mahmoud TURQUIE / AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 10 février 2021

En Libye, après 10 ans de guerre, une riche économie aujourd'hui à terre

  • Des centaines de projets, estimés à plusieurs milliards de dollars et lancés au tournant de la décennie 2000-10 par des mastodontes mondiaux, ont été abandonnés du fait de l'instabilité
  • A cela s'ajoute une crise monétaire majeure, avec deux banques centrales entravant le contrôle de la politique monétaire du pays pendant que le dinar dégringole

TRIPOLI : Le pays est riche en hydrocarbures et sa population peu nombreuse pour se partager les dividendes des plus abondantes réserves pétrolières d'Afrique, mais dix ans après la révolution qui a emporté la dictature de Mouammar Kadhafi, l'économie de la Libye est en pleine "dépression" et ses habitants sont très appauvris.

Des pourparlers politiques et la récente désignation d'une autorité exécutive unifiée pour mener la transition, après une décennie de conflits, ont ravivé l'espoir d'une relance de l'économie du pays, jadis parmi les plus prospères de la région, avec pour principal thermomètre le rebond de la production d'or noir.

Partout dans ce pays de sept millions d'âmes se détachent les ossatures rouillées d'immenses grues trônant sur les carcasses de bâtiments inachevés, envahis par les herbes folles, témoins d'une économie à l'arrêt.

Des centaines de projets, estimés à plusieurs milliards de dollars et lancés au tournant de la décennie 2000-10 par des mastodontes mondiaux, ont été abandonnés du fait de l'instabilité.

Ces dernières années, l'activité économique en Libye a été l'otage des profondes divisions politiques entre deux autorités rivales, avec au coeur de ce champ de bataille le "croissant pétrolier", à mi-chemin entre Tripoli (nord-ouest), capitale et siège du gouvernement d'union nationale (GNA), et Benghazi (nord-est), où règnent les forces du maréchal Khalifa Haftar.

Un tableau compliqué par des ingérences étrangères.

"Tout ce qui concerne la Libye a incontestablement quelque chose à voir avec le pétrole", résume l'ingénieur pétrolier Al-Mahdi Omar.

Chantage 

L'an dernier, les pro-Haftar ont notamment bloqué les principales installations pétrolières pour réclamer une meilleure répartition des recettes, gérées à Tripoli. L'échec de leur offensive sur la capitale les a convaincus de renoncer à ce chantage.

La production a rebondi, pour atteindre en décembre 1,2 million de barils par jour, soit dix fois plus qu'au troisième trimestre 2020.

Mais cela reste en deçà des 1,5 à 1,6 million b/j d'il y a dix ans.

A l'époque, juste avant le déclenchement de la révolte, après avoir longtemps été mis au ban de la communauté internationale, le régime de Kadhafi est devenu fréquentable. Le "Guide" ne cache pas ses ambitions de développer les infrastructures.

Le pays va se refaire une beauté: logements, hôpitaux, routes, marinas... d'innombrables chantiers sont lancés. Des entreprises russes, chinoises, françaises, coréennes, émiraties, turques ou italiennes se ruent vers ce nouvel eldorado.

Mais tout s'arrête net en 2011. Les investisseurs ont déserté le pays, qui pointe à la 186e place sur 190 dans le classement "Doing business".

Des sommes colossales perdues pour des entreprises mais aussi pour l'Etat, qui va devoir dédommager des groupes lésés et qui l'ont poursuivi en justice.

"Gaspillage" 

L'année écoulée a été particulièrement difficile: l'offensive sur Tripoli et le blocus pétrolier ont provoqué "les plus graves crises politique, économique et humanitaire de Libye depuis 2011", selon la Banque mondiale (BM).

"C'est une récession sans précédent", abonde l'économiste Kamal al-Mansouri. 

A cela s'ajoute une crise monétaire majeure, avec deux banques centrales - la BCL à Tripoli et une banque concurrente à l'Est - entravant le contrôle de la politique monétaire du pays pendant que le dinar dégringole.

Dans ce contexte, le quotidien des Libyens est marqué par d'importantes pénuries de liquidités, d'essence, d'électricité et par une inflation galopante.

Salima Younis, 57 ans, a travaillé "pendant plus de 20 ans avec des compagnies pétrolières étrangères" qui la payaient un "salaire décent". Elles ont "toutes quitté le pays et ne sont jamais revenues", dit-elle à l'AFP.

"Il est difficile de recommencer à mon âge. Je viens de trouver un emploi de secrétaire à temps partiel (...), juste pour les besoins de base".

"Les gens sont tellement en colère" et "beaucoup vivent dans (...) la pauvreté croissante, dans un pays riche. C’est injuste de voir un tel gaspillage", poursuit-elle.

Le ministère de l'Economie du GNA l'a récemment reconnu: la majorité des produits de première nécessité ont vu leur prix augmenter de plus de 50% en 2020.

En cause, les restrictions imposées par la Banque centrale de Tripoli mais aussi la pandémie de Covid-19, qui a aggravé la crise.

Un récent ajustement du dinar libyen par rapport au dollar n'a "pas eu d'incidences significatives sur le pouvoir d'achat", observe Kamal al-Mansouri.

"Si la dégradation continue, la Libye devra emprunter auprès des institutions internationales", prévient un autre économiste, Nouri el-Hammi.

Les avoirs et investissements étrangers de la Libye, qui sont gérés par le fonds souverain Libyan Investment Authority (LIA), ont eux été placés sous séquestre en 2011 par l'ONU pour éviter des détournements.

Après des années d'impasse, un dialogue politique a repris, un nouvel exécutif intérimaire unifié a été désigné début février et une élection présidentielle se profile en fin d'année. Une échéance vitale.

"Sans stabilité, aucune réforme ne sera possible. Les investisseurs étrangers ne reviendront pas sans garanties de sécurité", dit Kamal al-Mansouri.


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

Short Url
  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Short Url
  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Short Url
  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.