Les tactiques de guerre des Houthis entravent l’aide humanitaire au Yémen

De nouvelles recrues houthies lors d'un rassemblement tenu en janvier dans la capitale Sanaa afin de mobiliser davantage de combattants pour combattre les forces progouvernementales dans un nombre de villes yéménites. (Photo, AFP)
De nouvelles recrues houthies lors d'un rassemblement tenu en janvier dans la capitale Sanaa afin de mobiliser davantage de combattants pour combattre les forces progouvernementales dans un nombre de villes yéménites. (Photo, AFP)
De nouvelles recrues houthies lors d'un rassemblement tenu en janvier dans la capitale Sanaa afin de mobiliser davantage de combattants pour combattre les forces progouvernementales dans un nombre de villes yéménites. (Photo, AFP)
De nouvelles recrues houthies lors d'un rassemblement tenu en janvier dans la capitale Sanaa afin de mobiliser davantage de combattants pour combattre les forces progouvernementales dans un nombre de villes yéménites. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 12 février 2021

Les tactiques de guerre des Houthis entravent l’aide humanitaire au Yémen

  • Les Houthis ont utilisé des mines antipersonnel interdites, tiré de l'artillerie lourde sur les villes yéménites et lancé des missiles balistiques sans distinction vers l’Arabie saoudite
  • «Les Houthis ont un bilan particulièrement inacceptable en matière d'obstruction aux agences d'aide humanitaire qui tentent de parvenir aux civils dans le besoin»

DUBAI: La décision du département d’État qui annule la désignation d’organisation terroriste des milices houthies au Yémen figure parmi les premières mesures prises par la nouvelle administration américaine.

L’argument des conseillers du président Joe Biden, et de nombreux organismes d’aide humanitaires, avance que l’annulation de la qualification de «terroristes» des Houthis (Ansar Allah) va certainement faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire au Yémen.

Le problème est que, indépendamment de l’appellation américaine, la milice chiite soutenue par l'Iran a longtemps empêché toute aide de l'ONU de parvenir à ses destinataires.

Nombreux sont ceux qui considèrent que les appels lancés par les États-Unis aux Houthis pour cesser de se comporter comme une organisation terroriste n’ont pas grand poids et arrivent trop tard. Soutenus par un régime iranien qui désire coûte que coûte d'être courtisé par l'administration Biden, les Houthis pensent probablement qu'ils sont sur une séquence de victoires et devraient donc accélérer l'action, et non la réduire.

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Pour prouver cette mentalité, il ne faut pas chercher plus loin que les attaques quotidiennes de drones et de missiles contre des installations civiles en Arabie saoudite, même si les pertes ont été minimes, et cela grâce aux solides défenses aériennes du Royaume.

Depuis qu'ils ont lancé une offensive contre le gouvernement reconnu par l'ONU et ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa, et d'autres régions du nord du Yémen en 2014 et début 2015, les Houthis ont utilisé des mines antipersonnel interdites, tiré de l'artillerie lourde sur les villes yéménites et lancé des missiles balistiques sans distinction vers l’Arabie saoudite.

Notant que l'attaque de drone de mercredi sur l'aéroport d'Abha dans le sud-ouest du Royaume, qui a incendié un avion civil, s'est produite quelques jours seulement après la visite de Martin Griffiths, l'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen.  A Téhéran, l'analyste politique Hamdan Al-Shehri explique que l'Iran encourage les Houthis à mener des attaques «parce que Téhéran ne souhaite aucune solution à cette crise».

Débris d'un drone utilisé lors de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d'Abha dans la province d'Asir. (Photo fournie par le ministère saoudien des médias)
Débris d'un drone utilisé lors de l'attaque des Houthis contre l'aéroport international d'Abha dans la province d'Asir. (Photo fournie par le ministère saoudien des médias)

«Il serait très étrange de voir l'administration Biden garder les Houthis hors de la liste du terrorisme, car les trois dernières semaines nous ont permis de constater de nombreuses attaques contre l'Arabie saoudite, sans compter celles perpétrées à l'intérieur du Yémen», a déclaré Al-Shehri à Arab News.

En effet, avec la recrudescence des attaques houthis contre les zones peuplées, on peut observer un modèle de comportement synonyme au terrorisme dans sa forme la plus pure.

Il faut aussi tenir en compte la tactique bien documentée de la milice qui consiste à retarder l’autorisation de distribution de l’aide, et à exercer un chantage sur ses bénéficiaires.

Selon un rapport de l'AP qui date du début de 2020, les Houthis ont bloqué la moitié des programmes de fourniture d'aide de l'ONU au Yémen, «une tactique puissante qui a pour but de forcer l'agence à leur donner un meilleur contrôle sur la campagne humanitaire massive, et à leur accorder une partie de l’aide étrangère qui s’élève à des milliards de dollars».

EN CHIFFRES

16,2 millions de Yéménites vivent dans l'insécurité alimentaire.

Avec une économie en chute libre, l'aide de l'ONU est une source majeure de devises au Yémen. L'ONU a reçu environ 3 milliards de dollars en 2019 en dons internationaux pour sa campagne.

Les Houthis avait lié l'accès aux zones sous leur contrôle à un certain nombre de conditions, ce qui leur aurait donné une plus grande influence sur les bénéficiaires de l'aide, selon le rapport de l'AP.

Accorder 2% de ce budget aux Houthis aurait permis à la milice de déverser entre 60 à 80 millions de dollars dans les coffres de la SCMCHA. «le harcèlement, l'intimidation et les détournements de fonds des Houthis durent depuis des années, déclarent les travailleurs humanitaires, et la situation s’est aggravée depuis que les rebelles ont créé leur agence de coordination humanitaire au début de 2018», a rapporté AP.

L'extorsion et l'ingérence des Houthis ont fait l'objet d'un nouvel examen vers la fin de 2020, dans un rapport intitulé «Conséquences mortelles». Dans le document, Human Rights Watch (HRW) accuse la milice en autres de créer de nombreux obstacles qui entravent le travail des organismes humanitaires au Yémen.

Les obstacles créés par la milice houthie empêchent régulièrement l'aide alimentaire internationale d'atteindre les personnes déplacées par le conflit au Yémen. (Photo, PAM)
Les obstacles créés par la milice houthie empêchent régulièrement l'aide alimentaire internationale d'atteindre les personnes déplacées par le conflit au Yémen. (Photo, PAM)

«Les efforts pour endiguer propagation de la Covid-19, et répondre à d'autres besoins sanitaires urgents au Yémen, sont considérablement entravés par les restrictions et les obstacles financiers que les Houthis et d'autres autorités imposent aux agences d'aide internationales et aux organisations humanitaires», a expliqué HRW.

«Depuis mai, les Houthis ont bloqué 262 conteneurs dans le port de Hodeidah appartenant à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi qu'une importante cargaison d'équipements de protection individuelle (EPI) pour la riposte contre la Covid-19», poursuit le rapport. «Les Houthis ont tenté d'utiliser des cargaisons comme monnaie d'échange dans des négociations au sujet de la levée d'autres obstacles, et ont accepté de libérer 118 des conteneurs fin août ou début septembre».

Le HRW ne mâchent pas leurs mots. «Les Houthis ont un bilan particulièrement inacceptable en matière d'obstruction aux agences d'aide humanitaire qui tentent de parvenir aux civils dans le besoin. Leur objectif, du moins partiellement, est de détourner l'aide vers leurs responsables, leurs partisans et leurs combattants. En 2019 et 2020, les travailleurs humanitaires ont dû repousser des chefs houthis qui insistaient obtenir des biens, tels que des voitures, des ordinateurs portables et des téléphones cellulaires, la fin des projets».

Le 10 janvier, quatre mois après la publication du rapport de HRW, Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d'État américain, a annoncé la désignation des Houthis comme organisation terroriste. Le Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor américain a alors émis des permis et des exemptions afin d’atténuer l’impact humanitaire et commercial de cette décision.

Ce détail est très important, car le Yémen dépend des importations pour acheminer 90% de sa nourriture, et 80% de la population de 29 millions d'habitants ont réellement besoin d'aide.

Néanmoins, les défis pour les agences d’aide restent de taille, car les Houthis contrôlent les zones où vit la majeure partie de la population du Yémen et où le besoin d’aide est le plus grand.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) vise à atteindre 1,7 million d'enfants et de mères dans plus de 3 000 centres de santé à travers le Yémen. Les taux de malnutrition augmentent avec chaque année de guerre au Yémen. (Photo, PAM)
Le Programme alimentaire mondial (PAM) vise à atteindre 1,7 million d'enfants et de mères dans plus de 3 000 centres de santé à travers le Yémen. Les taux de malnutrition augmentent avec chaque année de guerre au Yémen. (Photo, PAM)

HRW explique, sous le titre de «conséquences mortelles», que «les lourdes exigences bureaucratiques non justifiées des autorités houthies empêchent des millions de Yéménites de bénéficier d’une aide aussi vitale. Bien que les Houthis ne représentent pas le gouvernement reconnu du Yémen, ils devraient malgré tout agir honnêtement afin de garantir les droits des personnes sur les territoires qu'ils contrôlent.

Dans le passé, les Houthis ont bloqué des visas et des permis requis pour l’acheminement des équipements et des fournitures, et ont même interdit aux missions de l'ONU de se déplacer dans leurs zones.

Les concessions de l’ONU ont évidemment incité les hauts responsables houthis à allonger leur liste de revendications. À présent, et avec l'administration Biden qui a retiré la milice de la liste terroriste américaine sans contrepartie, tous les coups sont permis.

«Je crois, en somme, que c'est un message envoyé par l'Iran aux États-Unis, à savoir que Téhéran contrôle les décisions de la milice, et qu'elle ne veut aucune relation entre les Houthis et les États-Unis», a déclaré Badr Al-Qahtani, rédacteur en chef pour le journal d’Asharq Al-Awsat au Yémen, à Arab News, en parlant de l'attaque de l'aéroport d'Abha, à quelque 120 kilomètres au nord de la frontière avec le Yémen.

On estime que 16 millions de Yéménites souffrent de la faim, et près de 50 000 personnes s’ajouteront à ce chiffre d'ici le mois de juin. (Photo, PAM)
On estime que 16 millions de Yéménites souffrent de la faim, et près de 50 000 personnes s’ajouteront à ce chiffre d'ici le mois de juin. (Photo, PAM)

«Lorsque Washington fait un geste conciliant, même si les Houthis souhaitent répondre favorablement, ils n’en seraient pas capables. Ils ne sont pas maîtres de leurs décisions».

Al-Qahtani pense que Téhéran veut que le Yémen fasse partie de l'ordre du jour si elle peut ramener les États-Unis à la table des négociations. «Je crois aussi que l'envoyé de l'ONU Griffiths et l'envoyé spécial américain Timothy Lenderking vont travailler d’arrache-pied pour séparer les deux dossiers», déclare-t-il à Arab News, «car ils ne peuvent ignorer le sort de 29 millions de Yéménites, principales victimes de la guerre, des conflits et des crises. Ce n’est pas un simple dossier dans la pile».

Al-Qahtani ajoute: «Je pense que c'est le conflit réel auquel nous assistons actuellement, un conflit de dossiers, pour ainsi dire. On estime que 16 millions de Yéménites souffrent de la faim, et près de 50 000 personnes s’ajouteront à ce chiffre d'ici le mois de juin».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com