Ces chrétiens arabes qui réfutent le discours de levée des sanctions US contre Damas

Le président syrien Bashar Assad (à droite) rencontre le nouveau patriarche melkite gréco-catholique Youssef Absi (à gauche) dans la capitale syrienne Damas (Photo, AFP/SANA).
Le président syrien Bashar Assad (à droite) rencontre le nouveau patriarche melkite gréco-catholique Youssef Absi (à gauche) dans la capitale syrienne Damas (Photo, AFP/SANA).
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Publié le Jeudi 18 février 2021

Ces chrétiens arabes qui réfutent le discours de levée des sanctions US contre Damas

  • Une lettre du 21 janvier affirmait que des «mesures coercitives unilatérales» imposées par les États-Unis avaient aggravé la situation des Syriens
  • Les détracteurs de la lettre disent que les Assad ont l’habitude d’utiliser les minorités comme moyen de peaufiner leur image à l’étranger

NEW YORK: Lorsque le moment est venu pour Bashar Jaafari, ancien représentant permanent de la Syrie à l’ONU, de quitter New York, une seule personne l’a vu à l’aéroport JFK: sa fidèle assistante de bureau.

Le symbolisme du moment a peut-être échappé à la dame pendant qu’elle saluait le diplomate qui disparaissait dans la foule des voyageurs: rien de plus que le départ solitaire de Jaafari ne pourrait incarner l’image du régime de Bashar Assad tel qu’il est isolé sur la scène mondiale aujourd’hui.

Jaafari est retourné à Damas où il reprendrait ses fonctions de vice-ministre des Affaires étrangères, de retour dans les bras d'un régime qui était son seul soutien au siège de l'ONU.

Pendant des années, Jaafari avait utilisé le temps qui lui était alloué au Conseil de sécurité afin de blâmer l'Occident pour la misère sous laquelle le peuple syrien vivait. Une fois, Il a même qualifié les nations occidentales de «voleurs sans frontières d’Ali Baba», uniquement pour piller les richesses de la Syrie, tant matérielles que culturelles.

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU semblent ne pas douter que seul le régime est à l’origine des atrocités infligées aux Syriens, et que seule la corruption du régime est en mesure d’expliquer la catastrophe économique de plus en plus grave (Photo, AFP).

Les insultes de Jaafari n’ont cependant rien fait pour modifier la position des États membres sur des faits désormais fermement établis et régulièrement soulignés par les rapports du secrétaire général sur la Syrie. Pendant chaque réunion du conseil, des représentants demandaient à Assad d’avouer clairement l’emploi des armes chimiques qu'il a utilisées contre son propre peuple à plusieurs reprises.

Les membres de l’ONU ont rejeté les plans d’Assad pour des «élections simulées». Et lorsque le régime, soutenu par la Russie, a organisé une conférence destinée à encourager les réfugiés syriens à retourner dans une Syrie «désormais sûre», les Américains l'ont qualifiée de «numéro de cirque».

Hormis la Russie, qui assure de manière fiable la défense du régime, les membres du Conseil de sécurité semblent ne pas douter que seul le régime est à l’origine des atrocités infligées aux Syriens et que seule la corruption du régime est en mesure d’expliquer la catastrophe économique qui ne cesse de s’aggraver.

Isolé et paralysé par les sanctions de la loi César sur la protection civile en Syrie, le régime a utilisé toutes les ruses possibles pour trouver un moyen de les contourner. La relève de la garde à Washington, associée à la nomination de hauts conseillers de la Maison Blanche désireux d’apaiser avec l'Iran, pourrait bien être la pause qu'Assad et le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah attendaient.

Isolé et paralysé par les sanctions de la loi César sur la protection civile en Syrie, le régime a utilisé toutes les ruses possibles pour trouver un moyen de les contourner (Photo, AFP).

«En tant que Syriens, nous avons peur de ces conseillers qui entretiennent de bonnes relations avec les Iraniens», a révélé Ayman Abdel Nour, un réformiste syrien. «Vont-ils nous vendre - comme ils l'ont fait sous le président Barack Obama - comme la cerise sur le gâteau avec un autre accord nucléaire? »

Une lettre largement médiatisée envoyée au président Joe Biden le 21 janvier par Michel Abs, secrétaire général du Conseil des églises du Moyen-Orient, et cosignée par le patriarche syriaque catholique Ignace Joseph III Younan, le patriarche melkite catholique Joseph Absi et le patriarche syriaque orthodoxe Ignatius Ephrem II, a fait valoir que «les mesures coercitives unilatérales imposées par les États-Unis aggravent de plus en plus la situation économique du peuple syrien».

Les signataires incluent également d'autres religieux en plus des fonctionnaires et des personnalités civiles ayant des liens étroits avec le régime d'Assad.

Comme peuvent l'attester les spécialistes de l'histoire moderne du Moyen-Orient, le régime d'Assad utilise depuis longtemps les minorités comme un moyen de redorer son image à l'étranger tout en dissimulant ses crimes secrets.

Lorsque Hafez Assad est arrivé au pouvoir en 1970, il s'est présenté dès le premier jour comme le «protecteur des minorités» et l'antidote à la montée du fondamentalisme islamique. Au nom de la lutte contre le radicalisme, le père Assad a exterminé des villes entières, a commis des massacres terribles et a renforcé son régime minoritaire alaouite avec une main de fer en s’imposant sur la nation en tant que chef absolu.

Une photo prise le 20 avril 2014 montre Assad visitant l'ancienne ville chrétienne de Maaloula que ses troupes avaient récemment reprise aux rebelles (Photo, AFP/SANA).

Son fils Bashar continue d'utiliser la minorité chrétienne dans ses diverses tentatives dans le but de contourner les sanctions, et comme une tentative désespérée de regagner une sorte de reconnaissance internationale.

Ainsi, il a envoyé quatre patriarches à Washington en 2013 pour rencontrer le président Barack Obama. Lorsque ce dernier les a regardés répéter les mêmes points de discussion à partir de petits papiers cachés dans leurs poches, il était furieux.

«Cette réunion était vraiment un désastre», se souvient Abdel Nour, qui a rencontré les quatre patriarches dans le hall de leur hôtel avant leur rencontre avec Obama.

«Il était très clair que les patriarches n’étaient que les messagers du service de renseignement du régime. Ainsi, lorsqu'ils sont revenus l'année suivante, Obama a refusé de les rencontrer ».

Un transfuge de l'armée syrienne utilisant le pseudonyme de César, tout en portant également une cagoule pour protéger son identité, témoigne de la guerre en Syrie lors d'une audition du comité sénatorial des relations étrangères au Capitole à Washington DC, le 11 mars 2020 (Photo, AFP).

Assad avait plus de tours dans son sac, pour ainsi dire, alors que l'étau des sanctions continuait de se resserrer. En 2017, après avoir déclaré la victoire à Alep, il a cherché le soutien public du Vatican.

Pour l'obtenir, il a fait au Saint-Siège deux offres que ce dernier ne pouvait pas refuser: La première était un permis pour construire une faculté de théologie romaine melkite ouverte aux séminaristes de tout le Moyen-Orient.

La seconde était une visite qu'il a personnellement rendue à un camp de jeunes catholiques syriaques. Tout sourire, il a posé pour les caméras qui le montraient en parfaite harmonie avec des jeunes chrétiens.

Quelques chiffres

* 128 000  Personnes auraient été assassinées dans les prisons syriennes par le régime d'Assad.

* 7,6 milliards de dollars  Ligne de crédit iranienne estimée au régime d'Assad depuis 2011.

* 70%  Baisse de des dépenses budgétaires par habitant de la Syrie depuis 2010.

* 902 millions de dollars  Déficit budgétaire prévu de la Syrie de pour 2021.

* 117 milliards de dollars  Coût estimé de la reconstruction de la Syrie

Le patriarche Younan, qui a été nommé par le Vatican, était très heureux. Lui et son homologue romain melkite ont envoyé des télégrammes au pape François faisant l’éloge de la générosité du président et l'implorant d'envoyer une délégation pour rencontrer Assad.

«Le pape ne pouvait pas dire non. Ce sont ses deux patriarches pour tout le Moyen-Orient, pas seulement pour la Syrie », a affirmé Abdel Nour. «Ils ont des circonscriptions au Liban, en Jordanie et en Palestine. Donc, il a envoyé cette délégation. Assad a utilisé la séance photo pour montrer au monde qu'il avait le soutien du Vatican».

Encore une fois, le Vatican s'est rapidement éloigné des «actions» d'Assad.

Ainsi, lorsque Abdel Nour, qui est également rédacteur en chef d’All4Syria, le principal média indépendant de Syrie, a entendu parler de la lettre du 21 janvier, il a été choqué.

Abdel Nour signale avoir pris le téléphone et appelé les signataires. Il a appris que certains avaient été contraints de signer; d'autres avaient demandé des modifications à la lettre avant d'accepter de signer, mais leurs noms ont quand même été ajoutés sans qu'aucune modification n'ait été apportée.

Des fidèles chrétiens orthodoxes syriens participent à un défilé marquant le dimanche des Rameaux à l'église Saint-Élie de Damas, la capitale syrienne, le 9 avril 2017 (Photo, AFP).

Un signataire était sur un lit d'hôpital quand Abdel Nour l'a appelé. Le patient n'avait même pas entendu parler de la lettre, a-t-il avoué.

Un examen des antécédents de l’un des signataires de la lettre, SOS Chrétiens d’Orient (SOS-CO), révèle que l’ONG française a consciemment transféré de l’argent et du matériel aux Forces de défense nationale (FDN) pro-régime.

Le rapport de novembre 2020 préparé par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (SOHR) basé au Royaume-Uni a également affirmé qu'il existe des liens étroits entre les fondateurs de SOS-CO et les leaders du FDN.

Le département du Trésor américain définit le NDF comme «une milice pro-Assad, affiliée à l'Iran». Il a sanctionné l'un de ses principaux leaders à la fin de l'année dernière pour son rôle présumé dans le massacre de plus de 70 civils.

Ce qui a le plus chagriné Abdel Nour, c'est le langage sophistiqué et efficace de la lettre. Elle a été rédigée par des dignitaires chrétiens très respectés qui ont fait qu’une seule et simple demande: que les sanctions soient levées.

Assad (Centre) marchant avec des religieux chrétiens et musulmans lors d'une conférence annuelle organisée par le ministère des Awqaf à Damas (Photo, AFP).

C'est le genre de lettre qui retient l'attention à Washington, D.C. «Ils y ont travaillé très dur. Ils ont commencé à écrire en décembre, deux mois avant que Biden ne prête serment », a expliqué Abdel Nour.

«Cette lettre a été soumise le 21 janvier, deuxième jour du mandat de Biden, dans l'espoir de profiter du nouvel moment. Elle donne l'impression que toutes les souffrances du peuple syrien sont dues aux sanctions de la loi César contre les personnalités du régime.

Il fallait faire quelque chose, a signalé Abdel Nour, président de l'association à but non lucratif Syrian Christians for Peace (Chrétiens syriens pour la paix). Le travail sur une nouvelle lettre a alors commencé. Une réponse a été rédigée et signée par d'éminentes personnalités chrétiennes et musulmanes de six pays arabes.

Les noms comprenaient des membres du Congrès arabe chrétien; le diplomate jordanien Marwan Muasher; et les anciens députés libanais Fares Souaid et Ahmed Fatfat; en plus des intellectuels et des politiciens irakiens et des recteurs d'université ainsi que des écrivains célèbres.

Les signataires ont écrit que lorsque on parle d’Assad, le monde a affaire à un leader qui a été convoqué par les tribunaux européens pour ses crimes de guerre et ses crimes contre l'humanité.

Ils ont fait valoir que les Syriens souffrent effectivement, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les sanctions: le régime a trouvé des moyens de voler l'aide humanitaire, de vendre les marchandises sur le marché et d'utiliser les bénéfices afin de financer ses opérations militaires contre les civils.

Des volontaires de la défense civile syrienne recherchent des victimes à la suite des frappes aériennes du gouvernement syrien sur l'enclave de Douma, tenue par les rebelles de la Ghouta orientale, à la périphérie de la capitale Damas, le 20 mars 2018 (Photo, AFP).

Ils ont demandé que l'aide soit fournie directement aux citoyens syriens pauvres vivant dans des camps de réfugiés sous la supervision d'organisations internationales.

La lettre a également insisté sur le fait de mettre un terme à toute augmentation des fournitures humanitaires, affirmant que ce n'est pas la quantité d'aide qui est le problème, mais la façon dont elle est distribuée. Au lieu de cela, il serait plus que suffisant pour les États-Unis de faire pression pour une mise en œuvre complète de la résolution 2254, qui appelait à un cessez-le-feu et à un règlement politique global, selon les signataires.

La lettre n'est apparemment pas passée inaperçue au département d'État. Anthony Blinken, qui au cours de son audience de confirmation de cinq heures au Sénat le mois dernier n'a pas mentionné une seule fois la Syrie. Blinken a appelé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres et a discuté de certaines recommandations de la lettre. Tous deux ont réaffirmé leur attachement au processus politique en vertu de la résolution 2254 du Conseil de sécurité et l'extension d'une autorisation transfrontalière afin de fournir de l'aide de manière à aider à soulager les souffrances du peuple syrien.

Le problème a de nouveau été soulevé lors d'un appel entre Blinken et son homologue turc. «Blinken a montré qu'il est un fonctionnaire qui a de la dignité», a commenté Abdel Nour.

Assad a rencontré le chef suprême iranien Ali Khamenei en 2019 lors de sa première visite en République islamique depuis le début du conflit syrien. Au cours de la réunion, Assad a exprimé sa gratitude envers l'Iran pour tout ce qu'il avait fait pour la Syrie pendant le conflit (Photo, AFP).

«Blinken a sans doute lu une lettre crédible d'un groupe de signataires réputés et il l'a adoptée comme sa politique».

Abdel Nour, dont le podcast Risala Ila Sourriyyin (Lettre aux Syriens) compte 1,5 million d'auditeurs hebdomadaires, a dévoilé que les États-Unis n'avaient toujours pas de stratégie pour faire face à la crise syrienne, bien que le département d'État envisage d’élaborer une. Il pense que cela ne sera pas séparé de la stratégie pour le Moyen-Orient, qui inclut l'Iran.

Dans une liste de recommandations qu'il a été invité à partager, Abdel Nour a exhorté l'équipe du Département d'État à tenir compte des leçons apprises par l'accord nucléaire de l'ère Obama de 2015: «L'accord n'a pas empêché le régime iranien de s'élargir et de prendre le contrôle des capitales arabes. Cela a mis les alliés américains (les pays du CCG) en danger constant. L'accord nucléaire ne doit pas être rétabli sans d'abord répondre aux préoccupations des Arabes qui vivent dans la région. Ensuite, il y a l’affaire des missiles balistiques iraniens qui, s'ils sont développés, atteindront certes les capitales européennes».

L’accord sur le nucléaire doit être révisé d’après Blinken. Mais dans un Conseil de sécurité qui a été paralysé pendant des années par les disputes américano-russes, un accord révisé est-il une option réaliste?

«Je pense que oui», a répondu Abdel Nour, «parce qu'au cours des deux dernières années, l'Iran a montré son visage hostile. Il a montré les dégâts qu'il peut infliger aux installations pétrolières saoudiennes utilisant le Yémen et l'Irak. Et c’est très dangereux. Ce que Téhéran a également fait contre l'ambassade américaine en Irak est inacceptable».

«Cela ne passera pas. Il y aura sûrement des représailles».

 

Avec les contributions d'Oubai Shahbandar à Washington, D.C.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Durant le ramadan, les heures sombres des prisons syriennes sur les écrans télévisés

Les souffrances des détenus dans les prisons de Syrie sous le clan Assad sont aujourd'hui un thème récurrent des séries télévisées du ramadan, diffusées par des chaînes du Qatar dans tous les pays arabes, se démarquant des populaires feuilletons à l'eau de rose. (AFP)
Les souffrances des détenus dans les prisons de Syrie sous le clan Assad sont aujourd'hui un thème récurrent des séries télévisées du ramadan, diffusées par des chaînes du Qatar dans tous les pays arabes, se démarquant des populaires feuilletons à l'eau de rose. (AFP)
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  • Symbole des atrocités du régime syrien déchu, la prison de Saydnaya a été recréée dans une savonnerie abandonnée au nord de Beyrouth, où sont actuellement tournés les derniers épisodes de "La sortie vers le puits"
  • "Pour les Syriens, la prison de Saydnaya est un endroit sombre, où il y a beaucoup d'histoires à raconter", précise à l'AFP le réalisateur jordanien, Mohammed Lutfi

BEYROUTH: Dans la cour d'une prison, des détenus sont à genoux, la tête baissée et les jambes enchaînées, tandis qu'un officier hurle: "C'est moi qui décide ici qui meurt et qui reste vivant".

Les souffrances des détenus dans les prisons de Syrie sous le clan Assad sont aujourd'hui un thème récurrent des séries télévisées du ramadan, diffusées par des chaînes du Qatar dans tous les pays arabes, se démarquant des populaires feuilletons à l'eau de rose.

Symbole des atrocités du régime syrien déchu, la prison de Saydnaya a été recréée dans une savonnerie abandonnée au nord de Beyrouth, où sont actuellement tournés les derniers épisodes de "La sortie vers le puits".

"Pour les Syriens, la prison de Saydnaya est un endroit sombre, où il y a beaucoup d'histoires à raconter", précise à l'AFP le réalisateur jordanien, Mohammed Lutfi.

La série porte "sur l'émeute de 2008, au cours de laquelle les détenus ont pris le contrôle de la prison et ont engagé des négociations avec les services de renseignements syriens", ajoute-t-il.

Le feuilleton a commencé à être diffusé cette semaine sur des chaînes arabes à l'occasion du début du mois de jeûne du ramadan, qui enregistre des pics d'audience.

Dans une scène du premier épisode, des détenus, dont des islamistes, arrivent dans la prison et sont accueillis par des insultes et des coups brutaux des gardiens.

"Abattoir humain" 

L'acteur syrien de renom Jamal Souleiman joue le rôle du porte-parole des prisonniers, Sultan, face à Abdel Hakim Qutaifan qui incarne un officier des services de renseignement.

Les autorités n'ont jamais annoncé de bilan de l'émeute, au cours de laquelle des dizaines de prisonniers et plusieurs gardiens ont été tués.

L'Association des détenus et disparus de la prison de Saydnaya estime à 30.000 le nombre de personnes détenues dans cette prison, l'une des plus grandes de Syrie, à compter du début de la guerre civile en 2011.

Seuls 6.000 prisonniers ont été libérés, les autres sont toujours portés disparus.

Saydnaya avait été qualifiée par Amnesty International d'"abattoir humain", et des milliers de personnes y avaient afflué dès la chute d'Assad, dans le vain espoir d'y retrouver leurs proches vivants.

Un autre feuilleton: "César, sans date ni lieu", raconte également les expériences dans les prisons au cours de la guerre civile.

Colère des familles 

Mais comme les autres séries touchant à ce sujet sensible, il a été critiqué par les familles dont des dizaines de milliers sont toujours à la recherche de leurs disparus, plus d'un an après la chute du président Bachar-al-Assad et qui reprochent aux nouvelles autorités leur inaction.

Dans un communiqué, l'association de familles de César a affirmé refuser que le "drame" des prisonniers et disparus devienne la matière de séries télévisées.

"La justice se réclame devant les tribunaux, pas dans les studios de tournage", a-t-elle ajouté.

César est le nom de code de l'homme qui avait été à l'origine de milliers de photos de corps suppliciés dans des centres de détention syriens sous le règne d'Assad.

M. Lutfi affirme qu'il avait l'intention de tourner à Saydnaya mais a changé d'avis de crainte que des documents ou des graffitis sur les murs de la prison puissent être compromis.

Toujours sur Saydnaya, la série "La 15ème province" raconte l'histoire de deux détenus de cette sinistre prison, un Libanais et un Syrien, qui retrouvent la liberté après la chute d'Assad.

Le Libanais revoit après 20 ans de détention sa famille qui le croyait mort.

Le personnage principal syrien rejoint également sa famille au Liban, où ont afflué plus d'un million de réfugiés ayant fui la guerre civile.

"La série évoque la période de la présence syrienne au Liban", lorsque Damas imposait sa tutelle sur le petit pays voisin, explique le réalisateur libanais Marwan Haddad.

Le Liban a longtemps souffert de l'hégémonie du clan Assad auquel sont imputés de multiples assassinats de personnalités.

"Pendant des années, nous disions que nous ne voulions pas être la 15e province" de la Syrie, qui en compte 14, explique la scénariste Carine Rizkallah.

 


Les pays arabes et musulmans dénoncent des propos de l'ambassadeur américain sur le droit d'Israël à occuper des terres

Les pays arabes et musulmans dénoncent des propos de l'ambassadeur américain sur le droit d'Israël à occuper des terres
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  • Les réactions ont été d'autant plus vives qu'Israël a pris récemment une série de mesures visant à accroître son contrôle sur la Cisjordanie occupée
  • Mike Huckabee, ancien pasteur baptiste et fervent partisan d'Israël, nommé au poste d'ambassadeur en 2025 par le président Donald Trump, était interviewé par le commentateur conservateur américain Tucker Carlson

JERUSALEM: De vives protestations s'élèvent dimanche dans le monde arabe et musulman après des propos de l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Mike Huckabee, qui a affirmé que selon la tradition biblique, Israël aurait un droit sur des terres s'étendant sur une large partie du Moyen-Orient.

Les réactions ont été d'autant plus vives qu'Israël a pris récemment une série de mesures visant à accroître son contrôle sur la Cisjordanie occupée.

Mike Huckabee, ancien pasteur baptiste et fervent partisan d'Israël, nommé au poste d'ambassadeur en 2025 par le président Donald Trump, était interviewé par le commentateur conservateur américain Tucker Carlson.

Dans un podcast diffusé vendredi, Tucker Carlson a interrogé l'ambassadeur sur son interprétation d'un verset de la Genèse selon lequel Israël aurait des droits sur les terres situées "entre le Nil et l'Euphrate", s'étendant donc de l'Egypte à l'Irak et à la Syrie.

"Je pense que c'est exact. Et cela engloberait en gros tout le Moyen-Orient", a déclaré M. Huckabee. "Ce serait bien s'ils prenaient tout", a-t-il ajouté.

Dans une déclaration commune, plus de dix pays dont les États du Golfe, l'Egypte, la Turquie ou encore l'Indonésie, ainsi que des organisations comme la Ligue arabe ont exprimé dimanche matin "leur ferme condamnation et leur profonde préoccupation".

Ils ont affirmé leur "rejet catégorique de telles déclarations dangereuses et incendiaires", qui selon eux "constituent une menace grave pour la sécurité et la stabilité de la région".

L'Iran s'est joint au concert de critiques par la voix de son ministère des Affaires étrangères, qui a accusé M. Huckabee de révéler par ses propos "la complicité active des Etats-Unis" dans ce qu'il nomme les "guerres d'agression expansionnistes" menées par Israël contre les Palestiniens.

Souveraineté régionale" 

L'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie occupée, a déclaré sur X que les propos de Mike Huckabee "contredisaient le rejet par le président américain Donald Trump du projet d'annexion de la Cisjordanie" par Israël.

Israël multiplie les mesures visant à accroître son contrôle sur la Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris sur des secteurs placés sous le contrôle de l'Autorité palestinienne en vertu des accords israélo-palestiniens d'Oslo, conclus dans les années 1990 et aujourd'hui moribonds.

Une haute responsable de l'ONU a estimé mercredi que les mesures prises par Israël équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Israël a annexé Jérusalem-Est et une partie du plateau syrien du Golan.

Hormis Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent en Cisjordanie dans des colonies que l'ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.

Face aux critiques, l'ambassadeur américain a publié samedi deux messages sur X pour préciser sa position sur d'autres sujets abordés lors de l'entretien, dont la définition du sionisme, mais il n'est pas revenu sur ses propos concernant le contrôle par Israël de territoires du Moyen-Orient.

La Ligue arabe a déploré sur X "de telles déclarations extrémistes (qui) suscitent des sentiments religieux et nationalistes à un moment où le "Conseil de paix" de Donald Trump donne une "occasion pour lancer un processus de paix sérieux".

Ouvert pour la première fois jeudi à Washington, ce "Conseil de paix" vise à discuter du financement de la reconstruction de Gaza après la guerre. Une grande partie du territoire palestinien a été détruite durant l'offensive israélienne lancée à Gaza en représailles à une attaque sans précédent du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Une trêve fragile est entrée en vigueur le 10 octobre 2025. Les échanges de tirs restent quotidiens.

Une vidéo générée par intelligence artificielle et diffusée pendant la réunion a ainsi montré, à l'horizon de 10 ans, des images de la bande de Gaza hérissée de gratte-ciel, accompagnées d'un commentaire décrivant un territoire "autonome", "relié au reste du monde", "sécurisé, prospère et en paix".


Liban: le président condamne les frappes israéliennes meurtrières

Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
Un bâtiment lourdement endommagé est photographié dans le village d’Ali al-Nahri, au centre de la vallée orientale de la Bekaa, au Liban, le 21 février 2026, à la suite de frappes israéliennes. (AFP)
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  • Vendredi, dix personnes ont été tuées dans la vallée de la Bekaa et deux dans le camp palestinien d’Ain el-Héloué
  • Israël affirme viser des centres de commandement du Hezbollah et du Hamas, tandis que le président Joseph Aoun parle d’« agression flagrante » menaçant la stabilité et les efforts diplomatiques

BEYROUTH: Le président libanais a condamné samedi les attaques israéliennes meurtrières ayant visé son pays la veille, un député du Hezbollah appelant de son côté à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu entre Israël et le mouvement pro-iranien.

Vendredi, dix personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur la vallée de la Bekaa (est), et deux autres dans le camp palestinien de Ain el-Héloué (sud). L'armée israélienne a affirmé qu'elle y avait visé des "centres de commandement" du Hezbollah et du Hamas palestinien.

Ces attaques sont une "agression flagrante visant à mettre à mal les efforts diplomatiques" du Liban et de "pays amis" pour "la stabilité et l'arrêt des hostilités israéliennes contre le Liban", a déclaré le président Joseph Aoun dans un communiqué.

Les bombardements israéliens sont réguliers au Liban, en dépit d'un cessez-le-feu ayant mis fin en novembre 2024 à la guerre entre Israël et le Hezbollah. L'armée israélienne dit y viser le mouvement pro-iranien, qu'elle accuse de se réarmer, et son allié du Hamas.

Un commandant du Hezbollah a été tué dans une des frappes de vendredi dans la Bekaa, a indiqué le mouvement.

Le député du Hezbollah Rami Abou Hamdane a déclaré samedi que le mouvement "n'acceptera pas que les autorités se comportent en simples analystes politiques, faisant peu de cas de frappes israéliennes auxquelles nous ne sommes habitués".

Il a appelé le gouvernement à suspendre les réunions du comité de surveillance du cessez-le-feu - auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies -, "jusqu'à ce que l'ennemi arrête ses attaques". Il est prévu que le comité se réunisse la semaine prochaine.

Le gouvernement libanais a annoncé en début de semaine que l'armée disposerait d'une période de quatre mois, renouvelable, pour mettre en oeuvre la deuxième phase de son plan visant à désarmer le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'un an de conflit avec Israël.

Les autorités israéliennes jugent insuffisants les progrès réalisés.

Plus de 370 personnes ont été tuées dans des raids israéliens au Liban depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, selon un bilan de l'AFP fondé sur les données des autorités libanaises.