Le «dossier César», au cœur des accusations contre Damas

Le photographe « César » s’exprime devant la commission d’enquête américaine à Washington en 2014 (Photo, AFP).
Le photographe « César » s’exprime devant la commission d’enquête américaine à Washington en 2014 (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 25 février 2021

Le «dossier César», au cœur des accusations contre Damas

  • Des milliers de photos de détenus morts dans les centres de détention du régime syrien ont révélé au monde en 2014 l'ampleur des crimes imputés au régime de Bachar al-Assad
  • Ce dossier est au centre du procès en cours en Allemagne pour crimes contre l'humanité en Syrie, qui a abouti mercredi à une condamnation historique, la première du genre

COBLENCE: Des milliers de photos de détenus morts dans les centres de détention du régime syrien et sorties secrètement du pays par le photographe « César » ont révélé au monde en 2014 l'ampleur des crimes imputés au régime de Bachar al-Assad.

Ce dossier est au centre du procès en cours en Allemagne pour crimes contre l'humanité en Syrie, qui a abouti mercredi à une condamnation historique, la première du genre, d'un ancien agent de renseignement.

Ces photos de corps victimes de flagellations, strangulations, d'électrocution ou affamés ont servi à différentes procédures judiciaires en Europe et donné leur nom à une série de sanctions économiques américaines.

« César » est le pseudonyme d'un ex-photographe du service de documentation de la police militaire syrienne, qui a fait défection.

Il est parvenu au péril de sa vie à exfiltrer 53 275 clichés montrant 6 786 détenus syriens morts, dont une seule femme, dans les centres de détention syriens.

Ces photos ont été prises par « César » lui-même entre mai 2011 et août 2013 avant qu'il ne parvienne à les faire sortir de Syrie.

Horrifié

Horrifié par les milliers de photos qu'il avait prises, il a contacté l'opposition syrienne qui, après lui avoir demandé de collecter le plus de clichés possible, a organisé son exfiltration de Syrie. 

Figés par une mort brutale, torturés, les cadavres portent tous des numéros inscrits souvent à même leur peau.   

Certains sont sans yeux, la plupart sont nus ou en sous-vêtements. 

En 2014, le monde découvre avec stupeur ces clichés effroyables, notamment par un rapport de trois anciens procureurs internationaux.

Ces photos ont ensuite donné leur nom à la « loi César » aux Etats-Unis qui prévoit des sanctions économiques contre la Syrie. 

A la mi-juin 2020 un nouveau train de sanctions est entré en vigueur dans le cadre de cette loi, qui visent de nombreux membres de la famille et de l'entourage du président syrien, dont son épouse Asma al-Assad.

Sur le plan judiciaire, ces clichés ont pour la première fois été présentées l'an dernier devant le tribunal de Coblence en Allemagne.

Preuves matérielles

Ils ont été analysés devant la Cour par un médecin légiste, le professeur Markus Rotschild, et considérés comme preuves matérielles contre le régime de Damas.

« Permettez-moi une remarque personnelle. Je n'oublierai pas ces photos », a lancé, émue, la présidente de la Cour de Coblence, Anne Kerber, lors de l'énoncé mercredi du verdict.

Ces photos ont également été à l'origine de plaintes déposées en France et en Allemagne contre de hauts responsables syriens. 

Elles ont abouti en 2018 à l'émission de mandats d'arrêt internationaux par la France et l'Allemagne de hauts dirigeants du régime, dont l'ancien directeur du renseignement de l'Armée de l'air, Jamil Hassan, la branche la plus redoutée de l'appareil sécuritaire syrien.

Depuis qu'il est parvenu à s'enfuir de Syrie, « César », et son ami « Sami » qui l'a aidé à sortir ces photos, vivent dans le plus grand anonymat.

« Nous essayons de le protéger, il doit changer régulièrement de résidence, c'est très dur pour lui et sa famille », a expliqué l'avocat syrien Ibrahim al-Kasem, installé à Berlin où il gère ces photos et assure le contact avec les familles de disparus quand ils croient reconnaître un proche sur ces photos.

Une première fois, « César » est apparu en public, mais dissimulé derrière une capuche, pour une audition incognito devant le Congrès américain en 2014. Il a de nouveau été entendu en 2020 devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain. 

« Sami » a quant à lui été entendu par la police allemande dans le cadre de l'enquête qui a abouti au procès de Coblence de deux anciens agents du renseignement syrien. 


Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
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  • La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Celle-ci a été annoncée par le président américain Donald Trump.

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump.

La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit entre Israël et le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah. Ce dernier a rejoint début mars la guerre au Moyen-Orient en lançant des roquettes contre le territoire israélien, en solidarité avec l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

 

 


Le Liban accuse Israël de violer le cessez-le-feu tout juste entré en vigueur

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  • Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump, l'armée libanaise dénonçant aussitôt des violations de la part d'Israël dans le sud du pays.

Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi). Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran. De nombreux tirs de célébration ont retenti dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, selon des journalistes de l'AFP.

Des images de l'AFPTV ont montré des personnes retournant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, particulièrement ciblée ces dernières semaines, certaines agitant le drapeau jaune du Hezbollah ou portant des portraits de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Nous sommes fatigués de la guerre et nous voulons la sécurité et la paix", a dit à l'AFP à Beyrouth Jamal Chehab, une femme au foyer de 61 ans, saluant l'accord de trêve.

Mais quelques heures plus tard, l'armée libanaise a évoqué "un certain nombre de violations de l'accord, plusieurs actes d'agression israéliens ayant été recensés, sans compter les bombardements sporadiques qui ont touché plusieurs villages". Elle a appelé les personnes déplacées par les combats à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du Liban.

L'armée israélienne a averti qu'elle maintenait son déploiement terrestre dans cette région, et a demandé à la population de ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani.

Malgré ces mises en garde, des journalistes de l'AFP ont vu des embouteillages monstres se former au nord du Litani, motocyclistes et automobilistes patientant pendant des heures pour pouvoir franchir le dernier pont, lourdement endommagé par un bombardement israélien, reliant le sud du Liban au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé avoir "bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam", dans le sud-est du Liban, "en réponse à la violation du cessez-le-feu par l'armée d'occupation".

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a rapporté des bombardements contre cette localité et le village voisin de Debbine, ainsi que d'"intenses activités de drones" dans la même région.

Donald Trump a annoncé jeudi qu'Israël et le Liban s'étaient mis d'accord sur un cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu'il s'efforçait d'organiser la toute première rencontre à la Maison Blanche entre le président du Liban Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.


La Turquie se prépare aux obsèques des neuf victimes de la tuerie scolaire de Kahramanmaras

La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud). (AFP)
La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud). (AFP)
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  • "Des mandats d'arrêt ont été émis contre 83 personnes qui se sont livrées à des posts et à des activités faisant l'apologie de crimes et de criminels affectant négativement l'ordre public, et des poursuites ont été déclenchées contre elles"
  • La police turque a par ailleurs indiqué que l'auteur de la tuerie scolaire de Kahramanmaras, un adolescent de 14 ans, "utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, qui avait perpétré un attentat aux Etats-Unis en 2014"

KAHRAMNMARAS: La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud).

L'attaque de mercredi, qui a provoqué la mort de huit élèves et une enseignante, était la seconde en une semaine dans le pays.

Mardi, un premier adolescent né en 2007 et armé d'un fusil à pompe avait déjà fait seize blessés dans un lycée technique de la province turque de Sanliurfa (sud-est), parmi lesquels dix élèves et quatre enseignants.

La police turque a indiqué jeudi avoir émis des mandats d'arrêt contre 83 personnes pour s'être livrées à l'apologie en ligne des fusillades dans des établissements scolaires cette semaine.

"Des mandats d'arrêt ont été émis contre 83 personnes qui se sont livrées à des posts et à des activités faisant l'apologie de crimes et de criminels affectant négativement l'ordre public, et des poursuites ont été déclenchées contre elles", a indiqué la police dans un communiqué.

La direction générale de la police turque a par ailleurs indiqué que l'auteur de la tuerie scolaire de Kahramanmaras, un adolescent de 14 ans, "utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, qui avait perpétré un attentat aux Etats-Unis en 2014".

Le père du tireur, identifié comme un ancien inspecteur de police, a été interpellé mercredi et placé en détention provisoire, a-t-elle précisé.

Le parquet de Kahramanmaras a quant à lui indiqué jeudi que l'adolescent avait prémédité l'attaque "d'ampleur", d'après un "document du 11 avril 2026" retrouvé dans son ordinateur.

La référence à Elliot Rodger renvoie à l'auteur de la tuerie d'Isla Vista, en 2014 en Californie. Cet homme avait fait six morts sur le campus d'une université de Santa Barbara, avant de se suicider. Il avait expliqué dans une vidéo diffusée avant son crime que cette attaque était un "châtiment" pour les femmes qui l'avaient rejeté.

Les huit élèves victimes de l'attaque de mercredi, cinq garçons et trois filles, avaient entre 10 et 11 ans et l'enseignante était âgée de 55 ans, selon une liste d'avis de décès de la municipalité de Kahramanmaras, consultée par l'AFP.

Les établissements scolaires de la province de Kahramanmaras resteront fermés jeudi et vendredi, a indiqué le ministre de l'Intérieur.

L'auteur de la tuerie est décédé, avait indiqué mercredi le gouverneur de la province de Kahramanmaras, Mükerrem Ünlüer, sans être en mesure de préciser "s'il s'agit d'un suicide ou si cela s'est produit dans le chaos".

"Les supports numériques saisis lors des perquisitions au domicile de l'auteur et dans le véhicule de son père ont été confisqués et sont en cours d'analyse. (...) D'après les premiers éléments recueillis, aucun lien avec le terrorisme n'a été établi, il s'agit vraisemblablement d'un acte isolé", a ajouté la police turque.

"Un élève est arrivé à l'école avec des armes, vraisemblablement celles de son père, dans son sac à dos. Il est entré dans deux salles de classe et a ouvert le feu au hasard", avait détaillé M. Ünlüer.

Ce type d'incident est rare en Turquie où, selon les estimations d'une fondation locale, des dizaines de millions d'armes à feu sont en circulation, la plupart illégalement.