Crise politique en Tunisie: le principal parti mobilise ses partisans dans la rue

Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République (Photo, AFP)
Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 28 février 2021

Crise politique en Tunisie: le principal parti mobilise ses partisans dans la rue

  • «Le peuple veut l'unité nationale», ont scandé des partisans d'Ennahdha, agitant des drapeaux à Tunis
  • «Nous ne réagissons pas en fonction de leurs calculs et arrangements, mais en fonction de nos principes et engagements devant le peuple», a déclaré le président Saied

TUNIS: Le principal parti au pouvoir en Tunisie, Ennahdha, a mobilisé des milliers de partisans samedi, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation d'inspiration islamiste et le chef de l'Etat Kais Saied. 

Cette manifestation, l'une de plus importantes de ces dernières années, intervient alors que la crise sociale accentuée par la pandémie de coronavirus se double de difficultés budgétaires grandissantes. Certaines entreprises publiques peinent à payer les salaires et les bailleurs s'inquiètent de voir grimper la dette tunisienne. 

Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté dans un communiqué samedi sur l'urgence des réformes pour diminuer le déficit. Il a appelé à réduire la masse salariale publique et les subventions sur l'énergie, soulignant que « la dette publique deviendrait insoutenable à moins d'adopter un programme de réformes solide ». 

M. Saied, un conservateur indépendant qui jouit d'une importante popularité, a rejeté fin janvier en raison de soupçons de conflit d'intérêt pesant sur certains ministres, un remaniement voulu par Ennahdha pour assurer au gouvernement le soutien de sa coalition parlementaire. 

Les deux camps s'écharpent sur l'interprétation de la Constitution et des prérogatives de chacun dans ce système semi-parlementaire. 

En l'absence d'une Cour constitutionnelle, le conflit s'éternise, paralysant le gouvernement depuis six semaines. 

Dialogue national 

« Le peuple veut l'unité nationale », ont scandé des partisans d'Ennahdha, agitant des drapeaux à Tunis. 

Prenant la parole devant les manifestants, le chef de file d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, a appelé à un dialogue entre »toutes les forces politiques » et à défendre le Parlement et les institutions. 

« Ce n'est pas au président de décider tout seul qui peut gouverner ou pas! », a déclaré Mohamed Khlif, venu de Sfax (est) en dépit des restrictions de déplacements en vigueur en raison de la pandémie.  

Les manifestants, agitant des drapeaux tunisiens et nombreuses banderoles, sont venus de tout le pays, et plus de cent cars ont été affrétés pour les transporter. 

Ennahdha --qui domine la scène politique depuis 2011 mais a vu son socle électoral s'éroder jusqu'à ne contrôler qu'un quart du Parlement--, « a montré qu'elle était toujours capable de mobiliser en nombre », estime le politologue Youssef Cherif. 

Cette mobilisation « permet d'arriver à la table des négociations fort de ce soutien visible », mais elle risque de compliquer tout dialogue, ajoute-t-il. Les dirigeants du parti ont « gagné en assurance » face à un président hostile à tout compromis. 

« Nous ne réagissons pas en fonction de leurs calculs et arrangements, mais en fonction de nos principes et engagements devant le peuple », a déclaré le président Saied samedi soir, qualifiant la manifestation de « gaspillage d'argent ». 

« Luttes de pouvoir » 

Ennahdha s'est également réaffirmé face à une gauche affaiblie qui a également manifesté samedi contre Ennahdha, et aux anti-islamistes du Parti destourien libre (PDL), en plein essor. 

Mais cette démonstration de force reste controversée jusqu'au sein d'Ennahdha, d'autant que les luttes de pouvoir incessantes participent à discréditer la classe politique. 

Le bras de fer risque de faire tomber le gouvernement de Hichem Mechichi, soulignent des responsables politiques, alors que le Premier ministre est laborieusement arrivé au pouvoir il y a 6 mois. Il a pris la suite d'un gouvernement qui n'avait tenu que quelques mois. 

Les querelles politiques qui ont entravé les réformes de fond depuis la révolution de 2011 se sont accentuées depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 d'un Parlement morcelé et profondément divisé. 

Cet « affaiblissement de la gouvernance » a poussé l'agence de notation Moodys à dégrader cette semaine la note de la dette souveraine de la Tunisie, compliquant son accès à l'emprunt alors que le pays n'a pas bouclé son budget 2021. 

M. Mechichi, qui avait limogé 11 ministres parmi lesquels celui de la Santé ou de l'Intérieur, a fini par confier ces ministères à d'autres membres du gouvernement déjà en place. 

« Dans ces moments de crise, il faut un dialogue, et actuellement il n'y en a aucun, seulement des monologues interactifs », a estimé le député Ennahdha Samir Dilou. La Tunisie « n'a pas les moyens d'avoir à la fois une crise politique, une crise socio-économique et le risque d'une crise sécuritaire ». 


Bahreïn dénonce une "agression flagrante" après des frappes iraniennes

Des véhicules circulent sur une route dans la capitale du Bahreïn, Manama, le 11 mars 2026. (AFP)
Des véhicules circulent sur une route dans la capitale du Bahreïn, Manama, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Bahreïn affirme avoir intercepté sept missiles tirés lors de frappes iraniennes visant son territoire et le Koweït, qu’il qualifie d’attaque contre sa souveraineté
  • Téhéran a revendiqué des tirs de missiles en représailles à des frappes américaines, ciblant notamment une base aérienne au Koweït et un site militaire américain à Bahreïn

MANAMA: Bahreïn, déjà ciblé en début de semaine, a dénoncé samedi les frappes menées par l'Iran contre son territoire et le Koweït voisin, disant avoir intercepté sept missiles.

"Le ministère des Affaires étrangères condamne fermement ces nouvelles attaques", a-t-il écrit dans un communiqué. "Cette agression flagrante constitue une violation manifeste de la souveraineté des deux pays", a-t-il ajouté.

Les Gardiens de la Révolution iraniens avaient dit dans la nuit avoir tiré, en représailles à des frappes américaines, des missiles balistiques vers la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït, où sont stationnés des appareils américains, et le quartier général de la Ve flotte américaine à Bahreïn.


L'Iran n'a pas à "intervenir au Liban", dit le président libanais

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  • Le président libanais Joseph Aoun a appelé l’Iran à cesser toute ingérence au Liban, affirmant la souveraineté du pays dans une interview à CNN
  • Il a également exhorté le Hezbollah à privilégier la diplomatie et la négociation comme seule voie pour résoudre le conflit avec Israël

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a sommé l'Iran de ne plus "intervenir" dans son pays, dans une interview à la chaîne CNN diffusée vendredi, et affirmé au Hezbollah soutenu par Téhéran que la diplomatie était la seule solution au conflit avec Israël.

"Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre (...) Vous n'avez pas à intervenir dans notre pays", a lancé le dirigeant libanais à l'adresse de l'Iran.

"Le Hezbollah doit comprendre qu'il (n'y a pas) d'autre solution que de s'asseoir et de parler, pas d'autre moyen (...) de sauver ce qu'il reste sauf à travers la négociation et la diplomatie", a-t-il ajouté.


Liban: sept morts dans des frappes israéliennes sur Tyr, selon la défense civile

Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
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  • Des frappes israéliennes nocturnes à Tyr, dans le sud du Liban, ont fait au moins sept morts et plusieurs blessés, touchant notamment des zones proches d’un hôpital et des quartiers résidentiels
  • Israël annonce de nouvelles attaques contre le Hezbollah au nord du fleuve Litani et ordonne des évacuations, tandis que le conflit continue de provoquer de lourdes pertes civiles et des déplacements massifs

BEYROUTH: Des frappes nocturnes israéliennes sur la ville millénaire de Tyr, dans le sud du Liban, dont l'une près d'un hôpital, ont tué sept personnes, a indiqué vendredi à l'AFP une source au sein de la défense civile.

L'armée israélienne a annoncé de son côté qu'elle allait attaquer le Hezbollah dans trois localités au nord du fleuve Litani, à une quarantaine de km de la frontière, ordonnant à leur population d'évacuer.

Le mouvement pro-iranien avait rejeté jeudi un accord de cessez-le-feu annoncé la veille à Washington après des négociations entre le Liban et Israël, réclamant un retrait total des forces israéliennes qui occupent une partie du sud du pays.

A Tyr, une frappe tard jeudi soir a fait quatre morts et sept blessés, selon la Défense civile. Elle a dévasté le siège d'une banque et endommagé légèrement l'hôpital Jabal Amel, l'un des trois que compte la ville, a constaté le correspondant de l'AFP.

Une autre frappe sur un quartier résidentiel de la ville a tué trois personnes et en a blessé cinq autres dont deux enfants, selon la Défense civile.

Lundi, une frappe près de l'hôpital Jabal Amel avait tué quatre personnes et blessé 127 autres, dont 39 membres du personnel, selon le ministère de la Santé.

La ville côtière, qu'une partie de ses habitants refuse d'évacuer malgré les avertissements israéliens, est régulièrement pilonnée.

Des habitants s'étaient réfugiés dans le quartier chrétien exigu de la Vieille ville, épargné par les avertissements isaréliens, dormant dans leurs voitures ou sous des tentes.

Mais ils l'ont fui après qu'Israël a menacé mardi le quartier, accusant des membres du Hezbollah de s'y cacher, selon le correspondant de l'AFP.

Une frappe avait également visé mercredi soir les abords d'un parc où campent des dizaines de réfugiés syriens, selon le correspondant de l'AFP qui n'a pas fait état de victime.

Dans ce contexte, une pétition, appelant à exclure toute présence armée à Tyr - où le Hezbollah est fortement implanté - autre que celle de l'armée libanaise, a recueilli près de 250 signatures selon les organisateurs.

Une pétition similaire concernant Nabatiyé - autre grande ville du sud à majorité chiite - pratiquement désertée du fait des bombardements israéliens, a recueilli plus de 500 signatures.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait 3.526 morts depuis le début du conflit le 2 mars, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.