Salah Guemriche : quand l’arabe et le français s’entremêlent

Salah Guemriche ©Editions de l'Aube
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Publié le Mercredi 07 avril 2021

Salah Guemriche : quand l’arabe et le français s’entremêlent

  • «Les étymologistes ont fait des tours et des détours, en passant par le latin et l’italien, pour expliquer l’origine des mots. Or, dans certains cas, ils camouflent les origines arabes»
  • Pour la réalisation de la «Cité de la francophonie», plusieurs associations et personnalités francophones ont travaillé à l’élaboration de projets qui feront de Villers-Cotterêts une sorte de musée vivant et ouvert au monde

PARIS : Chaque mot est un voyage. Vestige du passé ou marqueur de l’évolution des mœurs, chacun des mots de notre vocabulaire est né des soubresauts et voltiges de l’histoire.

Le français, langue romane issue du peuple germain, n’est autre que le fruit d’un merveilleux métissage. En ce 20 mars 2020, à l’occasion de la journée de la Francophonie, Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien dévoile à Arab News en Français des facettes insoupçonnées de la langue de Molière.

Après un rigoureux travail de recherche qui a duré 4 ans, l’auteur a fait un constat étonnant : sur les 35 000 mots du français courant, 10% sont issus de l’arabe. Une donnée surprenante qui illustre le caractère hybride de cette langue parlée dans plus de 50 pays.

En effet, comme l’explique M. Guemriche dans son livre « Dictionnaire des mots français d’origine arabe», 4192 mots du français viennent des langues étrangères «25% de l’anglais, 16% de l’italien, 13% du germanique et 10% de l’arabe».

Dans son recueil, l’auteur recense 400 mots d’origine arabe employés dans la vie de tous les jours. Cet état de fait indique qu’il existe plus de mots arabes que de mots d’origine gauloise ou espagnole dans le français, qui est pourtant une langue indo-européenne !

Dans cet entretien exclusif, Salah Guemriche partage sa vision de la francophonie et ses futurs projets, et explique avec passion et minutie l’évolution des mots, leur étymologie et leur origine lexicographique, tout en dévoilant la poésie qui se cache derrière chaque signification.

Quel regard portez-vous sur la francophonie ? Par rapport au passé, pensez-vous que l’usage du français a effectivement régressé au Maghreb ?

Toute langue est la bienvenue, puisqu’elle constitue une ouverture sur le monde. Le français a été mon arme, mon moyen d’expression. C’est cette langue qui m’a permis de rencontrer Simone de Beauvoir en 1971, c’est grâce à elle et à sa palette de mots que j’exprime mes idées avec nuance et précision. Il est vrai que l’arabe recule dans les pays du Moyen-Orient. Au Maghreb, spécifiquement en Algérie, ceci s’explique par le lourd passé qui lie ce pays à la France.

Il y a une volonté toujours visible de se détacher des anciens colons. Moi je pense qu’il faut dépasser ces différends, aller de l’avant, tourner la page. Comme le disait l’écrivain Kateb Yacine, «le français est notre butin de guerre». L’arabisation qui a été menée au lendemain de l’indépendance n’a pas suffi à enrayer l’usage du français, même 50 ans plus tard. En 2019, la politique d’arabisation a été durcie. Je pense que c’est une erreur, deux langues peuvent coexister. Et comme je l’ai prouvé avec l’aide de l’éminente linguiste Henriette Walter, les langues s’entremêlent et se complètent. L’arabe a, d’une certaine façon, permis au français de se réinventer. Je suis convaincu que lorsque le travail sur la mémoire collective de la guerre d’Algérie sera achevé, et donc que les esprits rancuniers seront apaisés, le français retrouvera sa place… Même si l’anglais devient la langue internationale de référence, je pense que la francophonie a encore de beaux jours devant elle… !

Que pensez-vous des déclinaisons de la langue française dans le monde (québécois, belge, français mélangé à la «darija» etc.) ?

Je considère qu’il y a «des» français, et non pas un seul français. Toutes les déclinaisons du «français de France» sont légitimes.

Saviez-vous que face à l’anglicisme, les plus fervents défenseurs de la francophonie sont les Québécois ? Ils disent «envoyer un courriel» (contraction de e-mail et courrier)  et non pas un «mél» ou «mail».

L’arabe, emprunte lui aussi, des mots au français et à l’anglais. Surtout pour des termes techniques et – ou informatiques. Pourtant l’arabe a cette richesse de vocabulaire qui lui permet de créer ses propres néologismes. Les linguistes arabes ne sont pas allés au bout de leurs travaux, il faudrait effectivement vivifier le langage. C’est la «darija», les dialectes qui jouent aujourd’hui ce rôle. J’estime que chaque dialecte, du libanais à l’algérien, en passant par le mauritanien constitue une langue à part.

Votre livre, «Dictionnaire des mots français d’origine arabe» a permis de reconsidérer le lien entre le français et l’arabe. Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler sur cette problématique ?

Je voulais d’abord rédiger un petit répertoire ludique pour mon fils, et plus je plongeais dans l’histoire des mots plus je me suis rendu compte que l’on nous cachait des choses…

Bien avant le 19ème siècle, siècle des colonisations, Rabelais qui avait appris l’arabe dans le cadre de ses études en médecine, avait déjà pointé du doigt la présence de mots arabes dans langue française.

Nous pouvons situer le début de l’influence de l’arabe dans le français avec la conquête de l’Andalousie. Ces territoires ont été sous domination musulmane de 711 à 1492.

Les mots se sont donc diffusés avec les échanges commerciaux et académiques, ce qui explique pourquoi la plupart d'entre eux appartient au champ lexical de la gastronomie et du textile.

Les étymologistes ont-ils amoindri l’influence de l’arabe sur la langue française ?

Oui. Tout à fait. Il y a une volonté d’occulter l’origine de certains mots. L’origine persane des mots est par ailleurs davantage mise en avant que l’origine arabe, pour des questions idéologiques, puisque le perse fait partie des langues indo-européennes.

Les étymologistes ont fait des tours et des détours, en passant par le latin et l’italien, pour expliquer l’origine des mots. Or, dans certains cas, ils camouflent les origines arabes.

Le mot magasin en est le parfait exemple. Il ne vient pas du latin ou de l’italien comme certains experts l’avaient démontré, mais directement de l’arabe, spécifiquement du mot «makhāzin» qui signifie «dépôt». L’histoire de ce mot est d’ailleurs fabuleuse, puisqu’il a également donné naissance au terme «magazine» (publication périodique), en passant par l’anglais ! Jeanne Marie Le Prince de Beaumont (auteur de la Belle et La Bête) publie en 1750-51 des traités d’éducation qu’elle appelle «magasin» : «Le Magasin des enfants», et «Le Magasin des adolescentes». En se faisant connaître au Royaume-Uni, elle popularise le mot «magasin», qui à l’anglaise, se prononce «magasine»… et c’est ainsi que le concept de magazine tel qu’on le connaît aujourd’hui a vu le jour. En 2021, en France, vous pourrez lire sur des enseignes «magasin de discount». Dans cette phrase, c’est uniquement la préposition «de», qui est issue du français ! Les mots voyagent, ils se bousculent, se refaçonnent et se réinventent…

Voici quelques exemples intéressants …

  • Abricot : le suffixe a- vient de l'article arabe «al», et le reste vient de de «al-barquq» qui veut dire en arabe «fruit précoce».
  • Baroudeur : vient du mot arabe «barud», qui signifie poudre explosive. Ce mot a pour ancêtre de l’expression «baroud d'honneur», qui est un combat livré pour conserver l'honneur.
  • Sirop : vient de l’arabe «šarab»  qui veut dire «boisson»
  • Chiffre : en arabe, le chiffre zéro se prononce «sifr». Avec le latin, «sifr» est devenu chiffre, pour d’abord désigner le zéro, puis tous les autres chiffres.
  • Matelas : vient de l’arabe «matrah» qui désigne les coussins de sol utilisés pour s’asseoir ou se coucher.
  • Jupe : vient de l’arabe «jubbah», qui désigne un vêtement de laine pour homme. Le mot arrive en France XIIe siècle avec le mot italien «jupa», pour ensuite se transformer en jupe.
  • Nouba : vient du dialecte algérien «nuba» qui veut dire «à tour de rôle». Cette expression était couramment utilisée par les officiers lors de leurs services de garde. Ce mot a ensuite désigné la musique jouée lors d’évènements importants.
  • Café : vient du mot «qahwa» (café en arabe) qui a aussi donné les versions italienne «caffè», et turc «qahve»

Aujourd’hui, en France, environ un jeune sur trois utilise des mots arabes «remis au goût du jour». Que pensez-vous de ce phénomène ?

Je pense que ces mots sont essentiels, et j’estime qu’il faudrait les intégrer dans nos dictionnaires ! Ils sont le miroir du temps et de son évolution.

Ces nouveaux mots sont inventifs. Dans le langage des jeunes, 69% des mots employés sont créés de toute pièce, 18% sont en verlan, et l’arabe occupe la troisième place du podium à égalité avec le gitan, avec 3,5% des mots. L’anglais représente quant à lui 2,5%, l’argot français 1,5%, et l’africain 0,5%.

Je trouve les expressions dérivées de l’arabe spécialement intéressantes, puisqu’elles sont très imagées. «Avoir le seum» par exemple… C’est presque poétique ! Cette expression qui manifeste le ras le bol veut littéralement dire «avoir/injecter du venin». Il y a aussi «rabzouz» et toutes ses drôles de déclinaisons utilisées pour qualifier les «arabes»,  rabzouille (avec le suffixe français -ouille) rabzouzette, ou rabza, pour la version plus affectueuse. «Chouïa» qui signifie «un peu» vient tout simplement du mot arabe «chwayya» porteur du même sens, toubib vient de «tabib» et veut dire médecin dans les deux langues, «ça me fait dahak» pour dire «ca me fait rire», vient du verbe «dahaka» qui veut tout simplement dire «rire» en «rebeu» (arabe)! Et enfin, le très répandu verbe «kiffer», qui exprime le fait d’aimer quelque chose, d’y prendre du plaisir. Ce dernier est une déclinaison mélodieuse du mot arabe «kayf» qui signifie bien-être.

De plus en plus de jeunes issus de l’immigration souhaitent apprendre l’arabe. Que révèle le retour de cette langue sur le devant de la scène française ?

Comme l’a souligné Assia Djebar de l’Académie Française dans la préface de mon livre, «les jeunes, conscients d'être les héritiers d'un passé inventif, pourraient vivre décomplexés par rapport à leur société d'accueil.» C’est important, voire primordial, parce que ce constat devrait permettre aux jeunes de voir que la France a toujours été intimement liée au monde arabe.

Dans le contexte actuel où la question des identités est au cœur des débats, cette réalité doit être mise en avant. Je tiens d’ailleurs à souligner l’importance d’enseigner l’arabe dans les écoles, et je trouve la polémique autour de cette question complètement vaine. L’arabe est une langue étrangère comme les autres. Elle est d’ailleurs parlée dans de nombreux pays. Toute langue est une richesse, et doit être la bienvenue.

Sous l’impulsion du président Emmanuel Macron, le château de Villers-Cotterêts sera rénové et transformé en Cité de la Francophonie d'ici 2022. En quoi consiste ce projet auquel vous participez ?

Il s’agit d’un projet formulé par l’État français pour faire du château de Villers-Cotterêts, une ville située à 80 km au nord-est de Paris, «un lieu de création, d’innovation et de diffusion de la culture en langue française dans le monde». Pourquoi Villers-Cotterêts ? Il faut rappeler que ce nom est attaché à une ordonnance royale de François 1er qui, en 1539, décréta que le français devait être la langue de la Justice et de l’Administration pour tout le royaume. En remplacement, donc, des langues régionales et du latin. On peut dire que la langue française comme langue nationale et officielle date de cette ordonnance. Pour la réalisation de ce qui s’appellera la «Cité de la francophonie», plusieurs associations et personnalités francophones ont travaillé à l’élaboration de projets structurants qui feront de Villers-Cotterêts une sorte de musée vivant et ouvert au monde, à tous les publics intéressés par l’histoire et l’évolution de la langue française, dans tous les domaines de la création. Ce projet associera les 88 pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, ce qui représente 300 millions de francophones dans le monde. Ma participation sera axée sur les mots français venus d’ailleurs et ceux passés à d’autres langues, y compris dans le langage des « djeun’s » !

En plus de mon implication dans les projets liés à la francophonie, j’aimerais partager mon savoir et toucher plusieurs générations. Je vais donc lancer ma chaîne YouTube. J’y partagerai un contenu exclusif et ludique. Je parlerai aussi bien de la bataille de Poitiers, que de mes découvertes en matière de sémantique.

 


Le budget de l'Etat pour 2026 promulgué au Journal officiel

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • Le budget 2026 de l’État a été promulgué après validation quasi totale par le Conseil constitutionnel, mettant fin à plus de quatre mois de tensions parlementaires et à la loi spéciale reconduisant provisoirement le budget 2025
  • Adopté après trois recours au 49.3 par le gouvernement de Sébastien Lecornu, il prévoit un déficit public ramené à 5% du PIB, une hausse de 6,5 milliards d’euros pour la défense et des ajustements fiscaux pour les entreprises

PARIS: Le budget de l'Etat pour 2026, dont la quasi-totalité a été validée jeudi par le Conseil constitutionnel, a été promulgué vendredi au Journal officiel, marquant le point final de plus de quatre mois de feuilleton parlementaire et de débats houleux.

Le texte avait été adopté définitivement par le Parlement le 2 février après le rejet des motions de censure consécutives à un ultime 49.3 utilisé par le gouvernement.

Cette promulgation met fin à la loi spéciale qui reconduisait temporairement le budget 2025 et avait été votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l’État.

C'est le deuxième budget de l'État consécutif adopté à la suite d'un difficile compromis, dans un paysage politique très fracturé depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron en 2024.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche et renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement. Il aura finalement dégainé trois 49.3.

Ce budget adopté prévoit de réduire le déficit public à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025. Il visait 4,7% dans sa copie initiale.

Côté impôts, le gouvernement a plaidé la stabilité du cadre fiscal, même si les entreprises peuvent regretter plusieurs hausses d'impôts par rapport à la version initiale.

Le budget entérine aussi des coupes sélectives dans les dépenses. Les crédits de la défense augmentent de 6,5 milliards, quand d'autres missions voient leur budget stagner voire diminuer, hors ministères régaliens.


Mort de Quentin: vers la fin des gardes à vue, appels au calme

Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
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  • À Lyon, onze suspects liés à des mouvances d’ultragauche ont été placés en garde à vue dans l’enquête pour homicide volontaire après la mort de Quentin Deranque, 23 ans, frappé en marge d’une conférence de Rima Hassan
  • Le président Emmanuel Macron et les parents de la victime appellent au calme pour éviter un engrenage de violences

LYON: Des premières mises en examen sont attendues jeudi dans l'enquête sur la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, dont les parents, comme Emmanuel Macron, ont appelé au calme souhaitant éviter une "engrenage de la violence".

Le président "se préoccupe de la situation". Une "vive inquiétude" partagée par le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet qui a demandé à la préfecture d'interdire une marche, prévue samedi, réclamant "Justice pour Quentin, tué par les antifas".

Le procureur de Lyon tiendra à 17H00 une conférence de presse au moment où se termineront les gardes à vue de onze suspects interpellés mardi soir et mercredi matin dans le cadre d'une enquête ouverte notamment pour "homicide volontaire".

Sept sont soupçonnés d'avoir joué un rôle direct dans les violences survenues il y a une semaine, les quatre autres le sont pour avoir tenté de les aider à se soustraire aux recherches.

La plupart sont liés à des mouvements d'ultragauche, selon une source proche de l'enquête. Figurent parmi eux deux collaborateurs parlementaires et un ancien stagiaire du député LFI Raphaël Arnault, fondateur du groupuscule La Jeune Garde Antifaciste, dissoute par décret en juin 2025 notamment pour des "violences".

Alors que la pression monte sur La France insoumise, notamment à droite et à l'extrême droite, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé jeudi matin sur FranceInfo qu'il n'était "pas question" de suspendre ou d'exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l'Assemblée nationale, au motif notamment qu'il ne saurait être "tenu responsable des actes de ses salariés".

- "Conclusions" -

Quentin Deranque, 23 ans a été frappé le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis qui manifestait contre la venue de l'élue. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.

Devant les enquêteurs, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, "a reconnu (...) la commission de violences et sa présence sur les lieux" mais "a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque", a dit à la presse son avocat, Me Bertrand Sayn.

La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a suspendu ses accès aux locaux du Palais Bourbon, tout comme un deuxième collaborateur de M. Arnault en garde à vue, Robin C. connu à l'assemblée sous le nom de Robin Michel, et qui est lui soupçonné d'avoir aidé un des auteurs principaux à se cacher.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé jeudi Raphaël Arnault à "tirer les conclusions (...) si jamais la justice trouve des indices graves et concordants qui touchent lui-même (ou) ses collaborateurs qu'il a embauchés". Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission de l'Assemblée nationale.

La veille, le président du RN Jordan Bardella a également réclamé sa démission et mené l'offensive contre le parti d'extrême gauche en visant tout particulièrement son leader Jean-Luc Mélenchon. Il a aussi prôné un "front commun", un "cordon sanitaire" pour un "tout sauf LFI" aux élections municipales de mars et la présidentielle de 2027.

- "Dans la retenue" -

Jeudi matin, l'entourage d'Emmanuel Macron en visite en Inde a assuré que le président "se préoccupait de la situation" et appelait à éviter "tout engrenage de la violence".

Sur RTL, leur avocat a assuré que les parents de Quentin appelaient "au calme et à la retenue" et dénonçaient "toute forme d'appel à la violence, toute forme de violence politique".

Ils ne participeront pas, si elle a lieu, à une marche en hommage à Quentin samedi à Lyon et "souhaitent que si des personnes veulent s'agréger à cette initiative, qu'elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique", a expliqué l'avocat.

Cette marche, à l'appel d'une amie de Quentin et d'une ex-porte-parole du mouvement anti-avortement Marche pour la vie, n'a pour l'heure été ni autorisée ni interdite par la préfecture, dont les services continuent d'"évaluer" les risques qu'elle pourrait poser "pour la sécurité des participants comme des habitants".

Les autorités s'intéressent notamment aux nombreux appels sur les réseaux sociaux de groupes qui pourraient se greffer ou même se "désolidariser" de la marche, a indiqué la préfecture à l'AFP. Ces appels proviennent de groupes d'ultradroite comme d'ultragauche, y compris de l'étranger.

Mais jeudi matin, le maire Grégory Doucet, a demandé de l'interdire "face au risque réel de débordements violents".


Anne-Claire Legendre: Une diplomate chevronnée à l’élégance maîtrisée à la présidence de l’IMA

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
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  • C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines
  • Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque

PARIS: Silhouette longiligne rehaussée par des talons aiguilles, regard clair, élégance sobre et intelligence affûtée : en plus d’être une diplomate chevronnée, exigeante, cultivée et résolument tournée vers le dialogue.

C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines. Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque.

Elle succède à Jack Lang, figure flamboyante de la vie culturelle française, qui aura présidé l’institution pendant près de treize ans. Avec Legendre, le style change, laissant percevoir moins d’éclat médiatique, davantage de rigueur stratégique et plus de méthode.

Le monde arabe, Legendre ne l’a pas étudié à distance : elle l’a vécu, arpenté, observé, analysé dans ses tensions comme dans ses espérances. Sa carrière commence à l’ambassade de France au Yémen, immersion fondatrice dans une région dont elle deviendra l’une des meilleures spécialistes françaises. Très vite, elle se distingue par une compréhension fine des équilibres politiques et humains. À la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, elle travaille sur les dossiers les plus sensibles du Moyen-Orient au Conseil de sécurité.

Première femme consule générale de France à New York, ambassadrice au Koweït, puis porte-parole du Quai d’Orsay, elle devient finalement l’une des conseillères les plus influentes du président Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Dans les cercles diplomatiques, on la décrit comme celle qu’on envoie quand la situation se complique : les dossiers brûlants ne la rebutent pas, ils la stimulent, et elle les travaille avec passion et acharnement. Elle tente ainsi de réchauffer les relations franco-algériennes lors d’une mission auprès du président Abdelmadjid Tebboune ; elle œuvre pour la désescalade au Liban et suit avec une attention minutieuse les évolutions du dossier israélo-palestinien. Certains diplomates lui attribuent même un rôle déterminant dans la décision française de reconnaître l’État palestinien en 2025, qui a constitué un tournant diplomatique majeur.

Ce qui frappe chez elle n’est pas seulement la compétence, mais la persévérance : elle travaille dans la durée, patiemment, presque obstinément. Sa désignation à la tête de l’Institut du monde arabe intervient à un moment charnière, puisque l’institution approche de son quarantième anniversaire et doit se réinventer pour continuer à peser dans le paysage culturel et diplomatique.

Une ambitieuse feuille de route

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a fixé une feuille de route ambitieuse : moderniser la gouvernance de l’IMA, restaurer l’équilibre financier, renforcer les règles de déontologie et surtout faire rayonner l’institut bien au-delà de ses murs. Une mission immense, mais qui semble taillée pour le tempérament de Legendre, qui a fait ses preuves dans l’art de structurer, clarifier, stabiliser, puis projeter.

Son élection a d’ailleurs fait l’unanimité au sein du conseil d’administration, où siègent représentants français et ambassadeurs des pays de la Ligue arabe, ainsi que des personnalités économiques. Rarement une nomination aura suscité un tel consensus. Cependant, réduire Legendre à une technicienne de la diplomatie serait une erreur, car sa formation intellectuelle dit autre chose.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, arabisante formée à l’INALCO, également diplômée en lettres modernes de l’Université Sorbonne-Nouvelle, elle appartient à cette tradition française où la culture nourrit l’action publique.

Et puis, il y a cette facette plus intime, presque secrète, dévoilée par un texte publié par la radio France Culture, qui révèle une plume sensible, habitée par la mémoire et la réparation des blessures collectives. Dans ce poème, Legendre évoque les morts qu’il faut nommer, les fractures qu’il faut recoudre, la lumière qu’il faut rallumer dans les zones sombres de l’histoire : un thème poignant au cœur de l’actualité du monde.

Sa présidence s’ouvre pour trois ans, soit une période décisive pour transformer l’Institut du monde arabe en un acteur encore plus central du dialogue entre la France, l’Europe et les sociétés arabes. Elle devra moderniser, réorganiser, assainir. Mais surtout, elle devra incarner. Car l’atout majeur de Legendre réside peut-être là : une autorité sans dureté, une rigueur sans rigidité, une élégance qui n’est jamais superficielle.

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, elle semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale.