Pandémie: Guterres appelle à un allègement de la dette des pays pauvres

Un «nouveau mécanisme de dette» offrant davantage d'options - y compris des échanges, des rachats et des annulations de dettes - est nécessaire, a plaidé Antonio Guterres
Un «nouveau mécanisme de dette» offrant davantage d'options - y compris des échanges, des rachats et des annulations de dettes - est nécessaire, a plaidé Antonio Guterres
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Publié le Mardi 30 mars 2021

Pandémie: Guterres appelle à un allègement de la dette des pays pauvres

  • La pandémie a aussi plongé 120 millions de personnes dans la pauvreté absolue, a-t-il dit
  • Les pays du G20 ont dépensé près de 16 000 milliards de dollars pour relancer leurs économies, mais les pays en développement ne peuvent pas en faire autant

NATIONS UNIES: Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé lundi la communauté internationale à la mise en place d'un «nouveau mécanisme» pour soulager la dette des pays les plus pauvres, fragilisés par la pandémie.

Il a lancé cet «appel à l'action urgente» dans le contexte de la pire récession depuis la «Grande dépression», lors d'une conférence de haut niveau sur le financement du développement organisée virtuellement au siège des Nations unies à New York.

Un «nouveau mécanisme de dette» offrant davantage d'options - y compris des échanges, des rachats et des annulations de dettes - est nécessaire, a-t-il plaidé, car de nombreux pays ont hésité à s'endetter pendant la crise sanitaire mondiale, de crainte d'une dégradation de leur cote de crédit.

Il a également appelé les pays du G20 à prolonger le moratoire sur les paiements des prêts des pays débiteurs - en place depuis avril 2020 - jusqu'en 2022, et à proposer cette solution aux pays à revenus intermédiaires qui le souhaitent.

«Nous devons changer les règles», a déclaré Antonio Guterres lors de cette réunion à laquelle participaient des dizaines de chefs d'Etat, ainsi que des dirigeants du FMI, du Groupe de la Banque mondiale et de l'OCDE.

«Nous sommes au bord d'une crise de la dette», a averti le secrétaire général en notant qu'un «tiers des économies émergentes sont exposées à un risque élevé de crise budgétaire».

Les pays du G20 ont dépensé près de 16 000 milliards de dollars pour relancer leurs économies, mais les pays en développement ne peuvent pas en faire autant, a-t-il regretté lors de cet événement organisé avec le Canada et la Jamaïque.

Ainsi, les pays les moins avancés ont dépensé 580 fois moins, par habitant, pour leur réponse à la COVID-19 que les économies avancées, a-t-il noté en rappelant que six pays sont actuellement en défaut de paiement, dont la Zambie et le Liban.

La pandémie a aussi plongé 120 millions de personnes dans la pauvreté absolue, a-t-il dit.

Or les pays les plus pauvres «ne peuvent pas non plus accéder aux vaccins, qui constituent la voie la plus rapide pour sortir de la pandémie», a-t-il souligné.  

«Les pays en développement doivent avoir accès à des liquidités supplémentaires pour faire face à la pandémie et investir dans la reprise», a-t-il insisté.

Et «la communauté mondiale doit de toute urgence apporter le soutien nécessaire à tous les pays en développement qui en ont besoin», a-t-il déclaré.

Sinon, «nous risquons de sortir da la Covid-19 avec un monde à deux vitesses», dont l'impact serait «dévastateur» à tous niveaux, a-t-il conclu.


Afghanistan: plus de la moitié de la population en situation d'insécurité alimentaire aiguë cet hiver

Un marché à Kaboul, le 24 octobre (Photo, Reuters).
Un marché à Kaboul, le 24 octobre (Photo, Reuters).
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  • La crise alimentaire en Afghanistan est déjà plus grave que celles en Syrie ou au Yémen
  • Son économie est au point mort depuis la prise de pouvoir des talibans en août, qui a amené la communauté internationale à geler l'aide sur laquelle elle reposait très largement

KABOUL: Quelque 22,8 millions d'Afghans, soit plus de la moitié de la population, seront cet hiver en situation d'insécurité alimentaire aiguë, ce qui met ce pays déjà instable aux prises avec l'une des pires crises humanitaires au monde, ont averti lundi des agences de l'ONU.

"Cet hiver, des millions d'Afghans seront contraints de choisir entre migrer ou mourir de faim, à moins que nous ne puissions intensifier notre aide pour sauver des vies", a déclaré David Beasley, le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), dans un communiqué publié conjointement avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

La crise alimentaire en Afghanistan est déjà plus grave que celles en Syrie ou au Yémen. Seule la République démocratique du Congo est dans une situation plus désespérée, ont indiqué à l'AFP des responsables onusiens.

"L'Afghanistan est maintenant parmi les pires catastrophes humanitaires au monde, si ce n'est la pire", a ajouté M. Beasley.

"Le compte à rebours avant la catastrophe est lancé et si nous n'agissons pas maintenant, nous aurons un désastre total sur les bras", a-t-il mis en garde.

Sous les effets combinés de la guerre, du réchauffement climatique et des crises économique et sanitaire, plus de 50% de la population afghane sera cet hiver aux niveaux 3 (crise alimentaire) et 4 (urgence alimentaire) de l'indice IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire), élaboré en collaboration avec l'ONU.

Le stade 3 est caractérisé par une malnutrition aiguë grave ou inhabituelle, et le stade 4 par une malnutrition aiguë très élevée et une mortalité excessive. Le dernier stade (5) est celui de famine.

Il s'agit du chiffre le plus élevé depuis que l'ONU a commencé à analyser ces données en Afghanistan il y a dix ans.

Selon le PAM, 37% d'Afghans en plus ont basculé dans cette insécurité alimentaire aiguë par rapport à avril 2021. Parmi eux, 3,2 millions d'enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë d'ici la fin de l'année.

L'Afghanistan est dévasté par plus de quatre décennies de conflit et souffre des conséquences du réchauffement climatique, qui a entraîné de sévères sécheresses en 2018 et 2021.

Son économie est au point mort depuis la prise de pouvoir des talibans en août, qui a amené la communauté internationale à geler l'aide sur laquelle elle reposait très largement.


Birmanie: les fidèles affluent vers le refuge d'un célèbre moine sorti de son mutisme

Le célèbre moine bouddhiste Myaing Sayadaw face à ses fidèles (Capture d’écran, AFP).
Le célèbre moine bouddhiste Myaing Sayadaw face à ses fidèles (Capture d’écran, AFP).
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  • Au milieu de la jungle, Myaing Sayadaw, âgé de 80 ans, apparaît à ses fidèles chaque matin à l'aube pour une séance de méditation et un petit-déjeuner servi par ses proches
  • Le sage est devenu une source d'espoir et de réconfort pour des dizaines de milliers de Birmans

SAGAING: Reclus dans le mutisme depuis des années, un célèbre moine bouddhiste birman s'est remis récemment à méditer en public, attirant des foules immenses à l'affût d'un mot de sa part concernant la situation politique ou sanitaire.

Au milieu de la jungle, Myaing Sayadaw, âgé de 80 ans, apparaît à ses fidèles chaque matin à l'aube pour une séance de méditation et un petit-déjeuner servi par ses proches. 

Dans un pays déchiré par des mois de troubles suite au coup d'état de l'armée en février et traversé par une forte vague de coronavirus ces derniers mois, le sage est devenu une source d'espoir et de réconfort pour des dizaines de milliers de Birmans.

Personne n'avait vu le moine depuis des années lorsqu'il a décidé d'organiser ces rituels matinaux dans une forêt de la région de Sagaing (nord), couverte de temples, il y a quelques mois.

Grâce au bouche à oreille, amplifié par les réseaux sociaux, très vite des milliers de fidèles ont fait le pèlerinage vers cette poche de sérénité alors que d'autres parties de cette région ont sombré dans la violence.

Des Birmans viennent en nombre assister à la méditation du sage (Photo, AFP).

Certains ont fait de nombreuses heures de route, comme Moe Zaw, un chef d'entreprise de Rangoun, la capitale économique à 700 km de là. En chemin, les risques de rencontrer des barrages de l'armée ou des affrontements entre militaires et groupes armés est grand.

Mais la route était paisible et sa douleur au dos consécutive à une opération avait disparu.

"Je crois qu'il n'y a aucun danger pour nous grâce au pouvoir et à la bienveillance de Sayadaw", a-t-il déclaré à l'AFP, au milieu de véhicules garés le long du chemin de terre menant jusqu'au moine.

"Nous ne devrions pas voyager du tout en ce moment", a déclaré Moe Moe Lwin, une femme au foyer, après cinq heures de route depuis Mandalay (centre), dans l'espoir de voir le moine.

"Mais c'est une occasion rare... Sayadaw doit avoir sa raison pour recevoir les pèlerins... Il apparaît devant les gens pour qu'ils se sentent en paix et à l'abri du danger."

Autorité morale suprême

Autorité morale suprême, les moines ont de tout temps pris part à la vie de la cité en Birmanie, mobilisant parfois les oppositions aux différents régimes militaires.

Dans l'histoire récente, ce sont eux qui ont mené la fronde contre la hausse des carburants en 2007 et organisé les secours après le dévastateur cyclone Nargis en 2008, face à l'inaction de la junte de l'époque.

Des Birmans assistent à la séance (Photo, AFP).

Pour les riverains du moine, le retour des pèlerins est une aubaine. Beaucoup, comme Kaythi, se sont improvisés moto-taxi pour acheminer les fidèles vers la retraite du moine.

"Notre région est stable pendant que Sayadaw reçoit les pèlerins", a déclaré l'agricultrice à l'AFP après avoir déposé sa dernière course.  

Depuis le putsch du 1er février, plus de 1.100 civils ont été tués en Birmanie et près de 9.000 arrêtés, selon une ONG de défense des droits. 

Sagaing a connu certains des combats les plus sanglants entre des "forces de défense du peuple" et des troupes de la junte, accusées d'avoir incendié des maisons et perpétré des massacres dans certains villages.

Dans les villes proches du refuge du moine, les magasins sont fermés et les rues calmes.

Le clergé bouddhiste est divisé sur le coup d'État qui a mis fin à une brève expérience de démocratie, et certains chefs religieux éminents ont défendu la nouvelle junte.

"Sayadaw n'a rien dit de la situation politique", a déclaré Khin Maung Win, l'un de ses proches disciples qui supervise les audiences du matin. 

"Il ne fait que remplir son devoir religieux. Mais le faire tout en étant aussi célèbre peut être délicat", a ajouté Khin Maung Win. 

"La principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés est le bruit", a-t-il déclaré. 

"Sayadaw aime le silence. Il est vraiment difficile pour nous de faire en sorte que tout le monde se taise."


Procès de la «dette cachée»: soupçons de scandale au sommet de l'Etat mozambicain

Le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages (Photo, AFP).
Le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages (Photo, AFP).
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  • Dix-neuf personnes proches du pouvoir accusés de haut vol sont jugés pour chantage, faux, détournement de fonds et blanchiment pour des montants de plusieurs millions d'euros
  • Ce procès est «une occasion unique pour les Mozambicains de demander des comptes à ceux qui les ont poussés dans la pauvreté», estime Adriano Nuvunga

MAPUTO: Agents du renseignement ou fils d'ancien président, tous ont été proches du pouvoir et sont aujourd'hui assis sur le banc des accusés: depuis deux mois, le Mozambique juge les responsables d'un des plus grands scandales de corruption du pays, qui inquiète jusqu'au sommet de l'Etat.

Dix-neuf accusés de haut vol sont jugés pour chantage, faux, détournement de fonds et blanchiment pour des montants de plusieurs millions d'euros, dans le scandale dit de la "dette cachée". L'affaire concerne des prêts secrets de 1,8 milliard accordés par des banques étrangères à des entreprises publiques mozambicaines, et garantis par l'Etat, officiellement pour des contrats d'équipement en matériel de pêche et surveillance maritime.

Ce procès est "une occasion unique pour les Mozambicains de demander des comptes à ceux qui les ont poussés dans la pauvreté", estime Adriano Nuvunga, coordinateur du groupement anti-corruption Budget Monitoring Forum (BMF). 

"Fonctionnaires et politiciens doivent comprendre que la corruption ne restera pas impunie. La corruption entraîne des millions de gens dans la pauvreté", a-t-il affirmé à l'AFP.   

La semaine dernière, alors que le dernier accusé encore interrogé était à la barre du tribunal de fortune installé sous une tente dans une prison de Maputo, le Credit Suisse, principal prêteur avec la banque russe VTB, a reçu une amende de 475 millions d'euros. La banque a autorisé des transactions qui "ont servi à monter un système de dette cachée, à verser des pots-de-vin", selon les gendarmes financiers de plusieurs pays où l'argent a transité. 

Le gouvernement mozambicain par le biais de ses avocats à Londres s'est félicité de cette décision auprès de l'AFP et s'est dit "déterminé à traduire les responsables en justice". Mais le chef de l'Etat lui-même, Filipe Nyusi, est mis en cause dans plusieurs témoignages.

Chouchou

L'affaire remonte à 2013-2014. L'actuel président est alors ministre de la Défense. 

"C'est Filipe Nyusi, qui a désigné le Credit Suisse pour financer le projet de protection des côtes",  a accusé lors d'une récente audience retransmise en direct à la télévision nationale, Antonio do Rosario, ex chef du renseignement. C'est également lui qui a validé "les termes du financement".

Filipe Nyusi avait déjà été mis en cause dans un pan de l'affaire jugé en 2019 aux Etats-Unis, accusé d'avoir reçu des financements occultes pour sa campagne présidentielle de 2015. A ce jour, il n'a pas été inquiété par la justice. 

Accusé d'avoir joué les facilitateurs auprès de son père Armando Guebuza, président de l'époque appelé à témoigner au procès, Ndambi Guebuza, 44 ans, a lui argué ne pas avoir "une mémoire d'éléphant".

A l'époque, le Mozambique connaît la paix depuis deux décennies et s'est finalement relevé d'une guerre civile qui a duré quinze ans. 

La découverte des plus grandes réserves de gaz naturel d'Afrique subsaharienne au large de ses côtes, en 2010, en fait le chouchou des investisseurs et le FMI table sur une croissance à deux chiffres d'ici dix ans. Sa directrice Christine Lagarde s'affiche tout sourire au côté d'Armando Guebuza. 

Mais en 2016, le scandale éclate: l'argent a été emprunté secrètement, sans l'aval du Parlement et dans le dos des créanciers du pays parmi les dix plus pauvres au monde, dépendant de l'aide internationale. 

Le FMI suspend son aide budgétaire, le Mozambique plonge dans une crise financière sans précédent et tombe en défaut de paiement. 

Pêche au thon

Les chefs du parti historique au pouvoir depuis 40 ans, le Frelimo, ont-ils contracté ces prêts, enivrés par l'idée des futures recettes tirées du gaz? 

Aujourd'hui encore, l'exploitation n'a pas commencé, les méga projets gaziers pesant plusieurs milliards d'euros étant entravés par des attaques jihadistes dans le nord-est depuis quatre ans.

Mais qu'est-il finalement advenu de l'argent emprunté ? Surveillance maritime, patrouilleurs, chalutiers... Plusieurs audits indépendants n'ont pu déterminer exactement ce qui a été acheté. 

Certains des 30 bateaux commandés par la Compagnie mozambicaine de thon (Ematum) à la France, ont bien été livrés. Ils rouillent au port par manque de marins qualifiés, décrit un ancien rapport commandé par le procureur général au Mozambique.

Reste qu'une partie de la somme est intraçable. Quelque 170 millions d'euros, sans doute plus, sont partis en pots-de-vin, selon la justice américaine. D'autres procédures sont en cours en Suisse, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. 

Les ONG s'opposent depuis des années au remboursement de la "dette cachée". Le procès doit durer encore plusieurs semaines.