Les Houthis exigent des vols directs non contrôlés vers l'Iran, la Syrie et le Liban

L'envoyé de l'ONU au Yémen Martin Griffiths (3e-R) rencontre Mohammed Ali al-Houthi (à gauche), président du Comité révolutionnaire houthi, dans la capitale Sanaa. (Photo AFP/Archives)
L'envoyé de l'ONU au Yémen Martin Griffiths (3e-R) rencontre Mohammed Ali al-Houthi (à gauche), président du Comité révolutionnaire houthi, dans la capitale Sanaa. (Photo AFP/Archives)
Des militaires montent la garde à l’aéroport d’Aden au Yémen. (Photo AFP/Archives)
Des militaires montent la garde à l’aéroport d’Aden au Yémen. (Photo AFP/Archives)
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Publié le Mardi 06 avril 2021

Les Houthis exigent des vols directs non contrôlés vers l'Iran, la Syrie et le Liban

  • La paix au Yémen bute sur les revendications inacceptables de la milice
  • Le gouvernement craint que la milice ne transporte des combattants et des armes

AL-MUKALLA: Les efforts de paix négociés par l'ONU afin de mettre un terme à la guerre au Yémen n'ont pas avancé d’un iota, alors que les Houthis et le gouvernement se querellent sur des questions cruciales telles que les vols à partir de l'aéroport de Sanaa, l'arrêt des opérations militaires et des frappes aériennes, et les recettes du port de Hodeidah, selon les confidences d’un haut responsable gouvernement à Arab News.

Le membre du gouvernement yéménite révèle que, lors des pourparlers avec l'Envoyé spécial des Nations Unies pour le Yémen Martin Griffiths et les médiateurs omanais, les Houthis ont exigé des vols directs non contrôlés vers l'Iran, la Syrie et le Liban. Ils auraient aussi réclamé, comme conditions préalables à la trêve, l'arrêt des frappes aériennes de la coalition arabe et l'assouplissement des restrictions sur le trafic à destination et en provenance du port maritime.

Le responsable s’est exprimé sous couvert d'anonymat car il n’est pas autorisé à s’adresser à la presse.

Le gouvernement a rejeté les demandes des Houthis.

Le Yémen insiste pour autoriser uniquement les vols inspectés à Sanaa avant le décollage, et ce vers des destinations régionales et internationales limitées telles que l'Égypte, l'Inde, le Soudan, la Jordanie et l'Arabie saoudite. L’État demande également que les Houthis arrêtent leurs opérations militaires avant que les frappes aériennes ne soient arrêtées, et que les recettes des ports maritimes soient déposées à la banque centrale de Hodeidah et utilisées pour payer les salaires des fonctionnaires.

Si les Houthis acceptent ces demandes, le gouvernement s'engagerait alors avec eux dans des pourparlers directs pour mettre fin à la guerre, affirme le responsable.

«Les Houthis demandent que le cessez-le-feu se fasse en deux temps: arrêter d'abord les frappes aériennes, puis arrêter les opérations militaires sur le terrain», précise-t-il à Arab News.

Le gouvernement craint que les Houthis ne transportent des combattants et des armes en provenance de l’Iran sur les vols directs.

Les Houthis pourraient également exploiter l'absence des avions de combat de la coalition arabe pour avancer sur le terrain, parce que les frappes aériennes déjouent leur tentative de gagner, selon des officiers militaires.

Griffiths et l'envoyé américain au Yémen, Tim Lenderking, font la navette entre Riyad et Mascate pour convaincre le président yéménite Abed Rabbo Mansour Hadi et les Houthis d'accepter leurs propositions et mettre fin à la guerre.

En plus d’une trêve immédiate, les émissaires proposent une série de mesures destinées à atténuer les crises humanitaires du pays, telles que l’ouverture des aéroports et des ports maritimes, le paiement des fonctionnaires et, plus tard, la reprise du processus politique.

La porte-parole de Griffiths, Ismini Palla, a déclaré lundi que l’envoyé a fait des progrès dans le rapprochement des points de vue entre les factions belligérantes qui entravent les efforts pour parvenir à un accord de paix.

«Nous connaissons leurs positions dans les négociations, ainsi que le fossé entre ces positions», a-t-elle déclaré à Arab News. «Et nous progressons en effet dans la réduction de ces différences à l'aide d'un nouvel élan régional et international qui vise à aider le Yémen à trouver une issue pacifique à ce conflit».

L’initiative du Royaume pour mettre fin à la guerre, dévoilée le mois dernier par le ministre saoudien des affaires étrangères, le prince Faysal bin Farhan, a dynamisé les efforts de paix et conduit à une activité diplomatique accrue dans la région pour trouver un règlement.

Cette initiative comprend une trêve, la réouverture de l'aéroport de Sanaa et du port de Hodeidah et la reprise des pourparlers de paix sous la supervision de l'ONU.

Lundi, le gouvernement yéménite a de nouveau accusé les Houthis de ne pas vraiment vouloir conclure un accord de paix. Il a cité comme exemple la poursuite des opérations militaires des miliciens à travers le pays, principalement dans la province centrale de Marib.

Lors d'une réunion avec l'ambassadeur des Émirats arabes unis au Yémen, Salem Al-Ghafli, le ministre des Affaires étrangères du Yémen Ahmed Awad ben Moubarak a déclaré que les Houthis effectuent une offensive à grande échelle sur la ville de Marib, ce qui met en danger la vie de dizaines de milliers de personnes déplacées.

Le ministre a également averti que l'opération militaire des Houthis et ses frappes de missiles sur les camps de déplacés à Marib allaient saper les efforts de paix.

Il a renouvelé les demandes du gouvernement, à savoir que la communauté internationale fasse pression sur l’Iran pour qu’il cesse de s’ingérer dans les affaires du Yémen en fournissant armes et financement à la milice houthie.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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Liban: l'armée israélienne déclare que toute la zone au sud du fleuve Zahrani est une «zone de combat»

Une capture d'écran montre des habitants quittant Tyr en voiture après que l'armée israélienne a lancé mercredi un avis d'évacuation à l'intention de cette ville côtière du sud du Liban et des zones environnantes, indiquant qu'elle s'apprêtait à frapper des cibles du Hezbollah dans la région. (X/@SawtBeirut)
Une capture d'écran montre des habitants quittant Tyr en voiture après que l'armée israélienne a lancé mercredi un avis d'évacuation à l'intention de cette ville côtière du sud du Liban et des zones environnantes, indiquant qu'elle s'apprêtait à frapper des cibles du Hezbollah dans la région. (X/@SawtBeirut)
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  • L'armée israélienne a averti mercredi soir qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban
  • "A la lumière des violations répétées des termes du cessez-le-feu par le Hezbollah terroriste, [l'armée israélienne] va agir contre lui avec une très grande force", a prévenu l'officier

JERUSALEM: L'armée israélienne a averti mercredi soir qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban.

Dans un message sur les réseaux sociaux semblant acter la fin du cessez-le-feu plus que précaire entre Israël et le mouvement islamiste libanais Hezbollah, le colonel Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l'armée israélienne a appelé tous les habitants qui se trouveraient dans cette région à évacuer vers la rive nord du Zahrani.

"A la lumière des violations répétées des termes du cessez-le-feu par le Hezbollah terroriste, [l'armée israélienne] va agir contre lui avec une très grande force", a prévenu l'officier.

"Au Liban, nous intensifions nos opérations afin de porter des coups toujours plus sévères à l'organisation Hezbollah", a déclaré de son côté le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée israélienne, lors d'une cérémonie de réception d'un nouvel avion ravitailleur pour l'armée de l'Air.

"Cette mission est conduite de manière méthodique, sur tous les fronts — dans les airs comme au sol — avec responsabilité et détermination, face à un ennemi affaibli et durement éprouvé", a-t-il dit selon une vidéo de la cérémonie diffusée par le service de presse de l'armée.

"Le Hezbollah déploie contre nous une large gamme de menaces, notamment celle des drones" explosifs, a-t-il ajouté promettant de poursuivre "sans relâche [les] efforts [pour infliger] à l'ennemi un coût élevé, tant sur la ligne de front qu'en profondeur".


Liban: le Hezbollah dit mener des combats directs avec des forces israéliennes dans le sud

Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
Des soldats israéliens se mettent à l'abri près de la frontière israélo-libanaise, à la suite d'une attaque par drone du Hezbollah qui a frappé la frontière nord. (AFP)
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  • Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué
  • Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité

BEYROUTH: Le Hezbollah a indiqué mercredi mener des combats avec des forces israéliennes dans une localité située à la lisière de la "ligne jaune" établie dans le sud du Liban par Israël, qui étend ses opérations terrestres dans le pays.

L'armée israélienne avait élargi et intensifié ses frappes mardi sur des villes et villages dans le sud du Liban et dans des zones de l'est du pays limitrophes du sud, faisant au moins 31 morts selon les autorités.

Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" à Zawtar el-Charqiyé, au nord du fleuve Litani, a écrit mercredi le groupe pro-iranien dans un communiqué.

Le Hezbollah avait revendiqué depuis la veille à l'aube des tirs et attaques au drone contre des forces israéliennes qui tentaient de s'infiltrer dans la localité.

Ce village, situé au nord du fleuve Litani, revêt une importance stratégique pour sa proximité avec la ville de Nabatiyé, grande ville du sud visée par un nouvel appel à évacuation israélien avant des frappes, le deuxième depuis mardi.

Israël dit cibler le Hezbollah, qu'il accuse de violer le cessez-le-feu.

Zawtar el-Charqiyé se situe à la lisière de la "ligne jaune" que l'armée israélienne a établie dans le sud du Liban à une dizaine de kilomètres de la frontière, zone qu'elle interdit d'accès aux habitants et où elle mène de larges opérations de démolition.

Parallèlement à cette avancée, Israël a annoncé mardi étendre ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la "ligne jaune", malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril.

"Nous intensifions notre action au Liban" et "nous renforçons la zone de sécurité afin de protéger les localités du nord" d'Israël, a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu.


L'Iran juge peu probable la reprise de la guerre avec les Etats-Unis

L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
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  • Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis
  • Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces

TEHERAN: L'Iran a jugé mercredi peu probable la reprise des hostilités avec les Etats-Unis, malgré les récentes frappes américaines, et sur fond de laborieuses tractations diplomatiques pour mettre fin durablement à la guerre.

Dans le même temps, comme une étape de plus vers un retour à la normale, l'accès à internet a été partiellement rétabli en Iran, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks. Et dans le ciel, le trafic a désormais pleinement repris dans 10 aéroports du pays.

Si les armes se sont quasiment tues depuis le 8 avril après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts, les négociations piétinent depuis. Et le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran continue, faisant flamber les prix du pétrole, tout comme les échanges de menaces.

"La probabilité d'une guerre est faible en raison de la faiblesse de l'ennemi", a lancé mercredi Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens, cité par l'agence de presse Tasnim. Mais "les forces armées se tiennent en alerte, leurs chargeurs pleins", a-t-il ajouté, jurant de "transformer la zone" allant de l'est à l'ouest du Golfe en "un cimetière pour les agresseurs".

La veille, la République islamique avait déjà menacé de riposter à tout "acte malveillant", accusant Washington d'avoir violé le cessez-le-feu dans le sud du pays.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait annoncé plus tôt avoir frappé dans la nuit de lundi à mardi des sites de lancement de missiles.

L'Iran n'a pas officiellement confirmé l'information, mais les médias d'Etat ont rapporté des explosions dans la ville portuaire de Bandar Abbas.

Alors que les pays musulmans célèbrent l'Aïd al-Adha, fête majeure de l'islam, le président iranien Massoud Pezeshkian a délivré à cette occasion un message contre "les tyrans de notre époque".

 "Globalement positives"

Mercredi, les cours du pétrole fléchissaient de nouveau et les Bourses européennes ont ouvert en petite hausse.

Si l'enthousiasme des marchés est retombé après les signaux positifs du weekend, "il subsiste un air d'optimisme prudent quant à la signature et aux détails d'un protocole d'accord (MoU) entre les Etats-Unis et l'Iran", commente Chris Weston, responsable de la recherche chez le courtier Pepperstone.

Car le dialogue n'est pas rompu: l'agence iranienne Isna a fait état de "négociations globalement positives" après la visite de hauts responsables au Qatar, une première depuis le début des hostilités.

Ce déplacement avait pour but de discuter des "modalités d'accès" aux fonds gelés à l'étranger, dont une partie au Qatar, en raison des sanctions américaines. Téhéran exige le déblocage de 24 milliards d'avoirs, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Washington, qui soupçonne Téhéran de vouloir se doter de la bombe atomique, réclame la destruction du stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain depuis de précédentes frappes, en juin 2025.

Au-delà de la "ligne jaune" 

Donald Trump, qui doit réunir mercredi son gouvernement, cherche de son côté une issue à cette guerre impopulaire qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

"Si le mémorandum est signé (...), Trump revendiquera un succès diplomatique, les prix du carburant devraient baisser et l'Iran aura obtenu ce qu'il recherchait depuis le début: la fin des hostilités actives et un répit économique, avant d'être contraint de faire des concessions sur la question nucléaire", écrit sur son site le groupe de réflexion International Crisis Group.

A condition que son allié israélien, désireux de renverser la République islamique, ne fasse pas dérailler les discussions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé une intensification de l'offensive de l'armée israélienne au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril.

De nouvelles frappes mardi ont fait 31 morts, selon le gouvernement libanais. Et Israël a dit étendre ses opérations terrestres au-delà de la "ligne jaune" qu'elle a établie dans le sud du pays.