Avec Coinbase, les cryptomonnaies entrent de plain-pied à Wall Street

La compagnie a profité de l'ascension fulgurante du bitcoin depuis environ un an, le cours du cryptoactif passant de 6 500 dollars en avril dernier à plus de 62 000 dollars mardi (Photo, AFP).
La compagnie a profité de l'ascension fulgurante du bitcoin depuis environ un an, le cours du cryptoactif passant de 6 500 dollars en avril dernier à plus de 62 000 dollars mardi (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 13 avril 2021

Avec Coinbase, les cryptomonnaies entrent de plain-pied à Wall Street

  • A Wall Street, l'enthousiasme pour le bitcoin bat son plein malgré des interrogations sur la pérennité du marché
  • Les estimations varient selon les méthodes de calcul, mais sa capitalisation devrait se situer dans une fourchette comprise entre 70 milliards et 100 milliards de dollars

NEW YORK: L'arrivée au Nasdaq de la plateforme d'échanges de cryptomonnaies Coinbase mercredi est l'un des événements les plus attendus de l'année à Wall Street, où l'enthousiasme pour le bitcoin bat son plein malgré des interrogations sur la pérennité du marché.

Première entreprise entièrement consacrée aux cryptomonnaies à entrer sur une place boursière américaine, Coinbase, qui sera coté sous le symbole COIN, fait d'ores et déjà figure de poids lourd.

Les estimations varient selon les méthodes de calcul, mais sa capitalisation devrait se situer dans une fourchette comprise entre 70 milliards et 100 milliards de dollars, ce qui serait la plus grosse introduction en Bourse pour une entreprise américaine depuis Facebook en 2012.

Coinbase a choisi la cotation directe, qui ne lui permet pas de lever d'argent frais, mais offre aux actionnaires déjà présents à son capital - les fondateurs, les employés et les investisseurs historiques - la possibilité de vendre leurs participations sur le marché.

Spotify, Slack, Palantir et Roblox avaient eu recours à cette méthode pour leur entrée à Wall Street.

Près de 115 millions d’actions Coinbase vont être mises sur le marché. Leur prix de référence doit être communiqué mardi soir.

Succès du bitcoin

Fondée en 2012 à San Francisco (Californie) par Brian Armstrong et Fred Ehrsam, la plateforme permet d'acheter et de vendre une cinquantaine de cryptomonnaies, dont le bitcoin et l'ether.

Elle revendique 56 millions d'utilisateurs et un peu plus de 6 millions de personnes réalisant des transactions chaque mois, selon des estimations de ses résultats du premier trimestre, publiées début avril.

La compagnie a profité de l'ascension fulgurante du bitcoin depuis environ un an, le cours du cryptoactif passant de 6 500 dollars en avril dernier à plus de 62 000 dollars mardi.

Dans le sillage de la reine des cryptomonnaies, d'autres devises virtuelles, comme l'ether, Litecoin ou Stellar Lumens, ont aussi bondi.

« Comme le bitcoin a plus que doublé dans les six derniers mois et que les cryptomonnaies sont devenues plus populaires auprès de gros investisseurs, on peut clairement soutenir qu'elles obtiennent de plus en plus les faveurs du grand public », indique Michael Hewson, analyste en chef chez CMC Markets UK.

Conséquence de cet engouement, le chiffre d'affaires de Coinbase a presque décuplé en l'espace d'un an, s'établissant à 1,8 milliard de dollars au premier trimestre, selon les estimations du groupe.

Son profit, dans une fourchette comprise entre 730 millions et 800 millions de dollars, a été multiplié par 25.

Le succès des cryptomonnaies et de Coinbase donne des idées à certains rivaux : le patron de la plateforme californienne d'échange de cryptomonnaies Kraken, a confié la semaine dernière à CNBC espérer faire entrer en Bourse sa compagnie l'an prochain, également via une cotation directe.

Amende

Si la conjoncture semble favorable à Coinbase, la prudence reste de mise chez des observateurs, qui rappellent la dépendance de l'entreprise aux cours des devises virtuelles, particulièrement fluctuants.

Avant sa spectaculaire envolée des derniers mois, le bitcoin avait connu des déconvenues, notamment courant 2018 où la devise n'a cessé de dégringoler.

Certains attirent également l'attention sur la défiance de législateurs de plusieurs pays, qui s'inquiètent de l'utilisation des cryptomonnaies à des fins illicites.

« Coinbase va-t-il se révéler populaire auprès des petits porteurs ? Cela ne fait guère de doute, car la demande et l'intérêt devraient être élevés », résume Hewson. 

« La vraie question est de savoir si toute valorisation sera durable, notamment à cause du nombre important de gouvernements qui ne sont pas vraiment enchantés par les cryptomonnaies, » ajoute-t-il. « Des réglementations à venir représentent un danger clair et immédiat ainsi qu'un probable vent défavorable » à plus long terme.

Coinbase a récemment été épinglé par l'autorité américaine de régulation des marchés à terme et des produits dérivés (CFTC), qui l'accusait d'avoir fourni des informations « fausses, trompeuses ou inexactes » sur des cryptomonnaies et d'avoir manipulé le marché entre 2015 et 2018. 

Sans reconnaître ses torts, Coinbase s'est acquitté d'une amende de 6,5 millions de dollars et l'entreprise s'est vue contrainte de repousser sa date d'entrée à Wall Street.

Un autre facteur qui pourrait défavoriser Coinbase tient à ses commissions grâce auxquelles l'entreprise se rémunère.

Ces prélèvements sont plus élevés que chez certains de ses concurrents, notamment Binance.

Mais celle-ci, fondée en Chine, semble encore plus alarmer les régulateurs que Coinbase. Selon Bloomberg, la CFTC a récemment ouvert une enquête pour savoir si Binance, qui n'est pas déclarée auprès de l'agence, avait enfreint la loi américaine sur les produits dérivés.


Talc et cancer : Johnson & Johnson propose 5,5 milliards de dollars pour clore la bataille judiciaire

Short Url
  • J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020
  • J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers

NEW YORK: Johnson & Johnson (J&J) est prêt à payer 5,5 milliards de dollars pour régler des dizaines de milliers de procédures judiciaires liées à des produits à base de talc accusés de provoquer des cancers ovariens, a annoncé le géant pharmaceutique américain lundi.

La proposition d'accord vise à mettre un terme à des années de bataille judiciaire en couvrant 76.000 plaintes, soit presque tous les recours liés à ces produits qui pèsent encore sur le groupe basé dans le New Jersey, selon la même source.

J&J récuse que ses produits à base de talc aient pu être à l'origine de cancers, mais a cessé de vendre sa poudre pour bébé à base de talc aux Etats-Unis et au Canada en 2020.

Pour Erik Haas, vice-président du groupe chargé du contentieux, les plaintes "manquent de fondement scientifique".

La proposition sur la table "permet à l’entreprise de tourner la page de cette affaire et de rester concentrée sur sa mission: développer des médicaments et des dispositifs qui sauvent des vies", a-t-il déclaré dans un communiqué.

J&J a déjà réglé la majorité des litiges accusant sa poudre de talc de contenir des traces d’amiante, jugées responsables de cancers.

Le géant américain est également visé par une plainte au Royaume-Uni, déposée en 2025 sur la base d'accusations similaires.

Le cabinet qui a engagé cette procédure devant la Haute Cour de Londres dit représenter plus de 3.000 plaignants et estime que le montant du dédommagement réclamé pourrait s'élever "à plus d'un milliard de livres" (1,3 milliard d'euros).

Les plaignants affirment qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille ont développé différents types de cancer de la plèvre, du péritoine ou des ovaires après avoir utilisé la poudre pour bébé de J&J.

Le produit incriminé avait été retiré du marché britannique en 2023, trois ans après les Etats-Unis et le Canada

 

 


Devoir de vigilance : TotalEnergies fait appel de la décision lui enjoignant d'intégrer les émissions CO2 de ses clients

TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance. (AFP)
Short Url
  • Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027
  • Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement

PARIS: TotalEnergies a annoncé lundi dans un communiqué faire appel du jugement rendu le 25 juin dernier relatif au devoir de vigilance, qui lui ordonnait d'intégrer les émissions de CO2 de ses clients dans son plan de vigilance.

"Imposer à des entreprises du secteur de l'énergie ou de la défense, de l'aéronautique ou de l'automobile… un contrôle des risques résultant de l'utilisation de leurs produits par leurs clients n'apparaît pas conforme aux objectifs de la loi, ni aux principes de sécurité juridique et de liberté d'entreprendre", fait valoir le géant français de l'énergie dans son communiqué.

Le tribunal judiciaire de Paris a estimé le 25 juin que le plan de vigilance actuel du géant pétrogazier était "incomplet", lui accordant six mois pour se mettre en conformité sous peine d'un nouveau contrôle judiciaire prévu début 2027.

Le devoir de vigilance, introduit dans le droit français en 2017, impose aux grandes entreprises françaises de publier un document cartographiant les risques graves pour les droits humains, la santé et l'environnement liés à leurs activités et à celles de leurs partenaires commerciaux, et de mettre en oeuvre des "mesures de vigilance raisonnable" pour les prévenir.

L'injonction du tribunal a été assortie de l'exécution provisoire, ce qui signifie que le groupe doit s'y conformer immédiatement, et que son appel ne suspend pas la décision.

TotalEnergies précise avoir décidé de faire appel "après délibération de son conseil d'administration".

Dans son communiqué, le groupe s'appuie sur la décision du ministère public, qui a "estimé que le changement climatique est un phénomène mondial qui est +l'affaire de tous mais essentiellement une responsabilité de la communauté internationale des Etats+".

TotalEnergies argue également que "la loi sur le devoir de vigilance vise à responsabiliser les entreprises sur les risques d'atteinte résultant de leurs activités, de celles de leurs filiales et de leurs fournisseurs et sous-traitants, mais ne vise pas les activités de leurs clients sur lesquelles l'entreprise ne dispose pas de contrôle".

"Ce n'est pas TotalEnergies qui décide si un automobiliste choisit de rouler à l'essence, au biodiesel ou avec un véhicule électrique", ajoute le géant pétrogazier.

Ce dossier s'inscrit dans une vague mondiale de contentieux climatiques visant les multinationales.

Dans une affaire similaire, la Cour suprême des Pays-Bas doit notamment se prononcer en dernière instance sur le groupe Shell, après l'annulation en appel d'un jugement historique de 2021 qui lui ordonnait de réduire ses émissions de 45% d'ici 2030.

 


TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient

Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Short Url
  • TotalEnergies double son bénéfice net trimestriel à 5,4 milliards de dollars grâce aux prix élevés des hydrocarbures
  • Ces profits relancent le débat sur une taxe des superprofits pétroliers en France

PARIS: Après un début d'année euphorique, le géant français pétro-gazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

"Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars", s'est félicité le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur l'ensemble du premier semestre, en progression de 73% sur un an, TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des investisseurs. Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "super-profits" pétroliers, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI), tandis que la porte-parole du gouvernement français et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

- "Faire payer les pollueurs" -

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG (Greenpeace France, 350.org, CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, Oxfam France), soulignant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).

Le groupe a confirmé ses "priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise". Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l'année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.