5e anniversaire de Vision 2030: l'interview du prince héritier Mohammed ben Salmane

Le prince héritier Mohammed ben Salmane est interviewé par le journaliste saoudien Abdullah Al-Mudaifer (Capture d'image: Al-Arabiya)
Le prince héritier Mohammed ben Salmane est interviewé par le journaliste saoudien Abdullah Al-Mudaifer (Capture d'image: Al-Arabiya)
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Publié le Jeudi 29 avril 2021

5e anniversaire de Vision 2030: l'interview du prince héritier Mohammed ben Salmane

  • Les opportunités sont immenses, qu’il s’agisse d’exploitation minière, de tourisme, de services, de logistique, d’investissement…
  • Le volume du Fonds d'investissement public est passé à 4 000 milliards de riyals en 2020, et nous allons le porter à 10 000 milliards en 2030

Abdallah al-Mudaifer (AAM) : Que la paix et les bénédictions de Dieu soient avec vous. Je suis heureux de vous accueillir pour cette interview spéciale avec le prince héritier, Son Altesse Mohammed ben Salmane, qui sera diffusée sur la chaîne saoudienne et sur d'autres chaînes arabes. Bonjour, Votre Altesse. Je suis heureux d’avoir la chance de m’entretenir avec vous.   

Le prince héritier Mohammed ben Salmane (PH) : C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer, Abdallah. Vous êtes l'un des meilleurs présentateurs d'Arabie saoudite et du monde arabe. C’est un honneur d'être avec vous.  

AAM : Tout l'honneur est pour moi, Votre Altesse. Nous célébrons aujourd'hui le cinquième anniversaire de la Vision 2030 du Royaume. Je voudrais revenir au point de départ. Pourquoi cette Vision 2030? En d'autres termes, je voudrais vous poser cette question : Et si nous étions restés sur la même voie, en tant que pays riche et producteur de pétrole. Que ce serait-il passé?  

PH : Si l'on remonte dans l'Histoire, il est certain que le pétrole a été grandement bénéfique pour le royaume d'Arabie saoudite. Mais on sait également que l'Arabie saoudite était un pays établi bien avant le pétrole. Les revenus et la croissance réalisés grâce au pétrole dépassaient largement nos besoins à l'époque, c’est-à-dire dans les années 1930 et 1940. Le volume du surplus, en matière de revenus et de croissance économique, dépassait donc nos attentes plusieurs centaines de fois. Cette réalité a laissé supposer que le pétrole assurerait tous les besoins de l'Arabie saoudite. 

PH : À l'époque, le Royaume comptait moins de 3 millions d'habitants. Je parle ici des années 1930 et 1940, voire avant. Riyad ne comptait alors que 150 000 habitants. Au fil du temps, notre production a connu une augmentation modeste, alors que la population augmentait à grands pas. Elle est passée d'un million à trois millions d'habitants pour atteindre quelque 20 millions de Saoudiens. Les revenus pétroliers couvrent donc à peine les besoins et le mode de vie auxquels nous sommes habitués depuis les années 1960, 1970, 1980 et dans les années qui ont suivi. Si nous avions continué dans la même voie, la croissance démographique aurait sans doute affecté la qualité de vie à laquelle nous nous sommes habitués depuis une cinquantaine d’années, et cet effet se serait fait sentir vingt ans plus tard. C'était donc le risque principal. Et, en tant que Saoudiens, nous tenons à conserver le même niveau de vie. Plus encore, nous nous efforçons de l'améliorer, tout en cherchant à stimuler la croissance. 

PH : Cela vient s'ajouter aux risques que représente la dépendance de l'Arabie saoudite à l'égard du pétrole, et aux défis auxquels le pétrole sera confronté dans les quarante ou cinquante prochaines années. Le premier impératif était donc de déterminer s’il serait consommé de manière limitée, si les prix baisseraient ou si un dysfonctionnement économique entraînerait des répercussions financières et économiques défavorables. Le deuxième impératif est d'exploiter les nombreuses opportunités présentes au sein du royaume d'Arabie saoudite dans des secteurs autres que le pétrole. Les opportunités sont immenses, qu’il s’agisse d’exploitation minière, de tourisme, de services, de logistique, d’investissement… Même si aucun problème ne se pose au niveau du pétrole, nous aspirons à faire progresser les opportunités que nous espérons exploiter, et nous nous y efforçons, en tant que Saoudiens, pour le bien de notre pays. Voilà donc, à mon avis, l'objectif principal de la Vision 2030: résoudre les défis auxquels nous sommes confrontés et explorer les opportunités inexploitées qui représentent aujourd'hui 90% de notre capacité. Ainsi, nous continuerons à croître, à prospérer et à rivaliser à l'échelle mondiale. 

AAM : En cinq ans, quelles ont été les réalisations les plus importantes? 

PH : Les réalisations sont nombreuses. Le logement compte parmi les défis les plus marquants auxquels nous avons été confrontés par le passé. Pendant vingt ans, nous avons fait face à un problème de logement impossible à résoudre. Un citoyen pouvait attendre quinze ans avant de recevoir un prêt ou une subvention au logement. Le taux de propriété n'a pas augmenté, toujours entre 40 et 50%. Avant la Vision 2030, il était à hauteur de 47%. Sous le règne du roi Abdallah, que Dieu ait son âme, en 2011 précisément, près de 250 milliards de riyals ont été alloués au logement. En 2015, sur ces 250 milliards, seuls 2 milliards ont été dépensés sans être utilisés. Le ministère du Logement n'est pas parvenu à les transférer dans des projets déjà existants, car l'État était vraiment faible. Les ministères étaient dispersés. La politique de gouvernance publique faisait défaut et le ministère du Logement ne pouvait réussir sans une politique générale de l'État, menée en coordination avec les municipalités, la Banque centrale, le secteur privé, et le ministère des Finances chargé de promulguer des lois… Ainsi, ces 250 milliards de SAR ont donc été retournés au Trésor, et un budget annuel a été alloué. Cependant, le résultat a été une augmentation du taux de logements de 47% à 60% en quatre ans seulement, ce qui est un bon indicateur de la direction que nous prenons.  

PH : La croissance économique dans le secteur non pétrolier se situait dans une moyenne qui ne répondait pas à nos ambitions. Au quatrième trimestre de 2019, l'économie non pétrolière a augmenté d'environ 4,5%… sans la pandémie survenue en 2020, elle aurait dépassé les 5% . Nous espérons retrouver ces niveaux cette année et pour les années à venir, et encore plus à l’avenir.  

Le chômage à la veille de la Vision 2030... Il était estimé à 14% au premier trimestre de 2020. Nous serons à plus de 11%, dans la mesure où la pandémie a fait augmenter ce taux. Nous occupions la sixième place parmi les pays du Groupe des vingt (G20) en termes de performances et de chômage, mais dans la dernière partie ou plus précisément au cours du quatrième trimestre de 2020, nous sommes revenus à 12%. Nous allons faire baisser ce taux de 11% pour atteindre moins de 10%, jusqu’à ce que nous réalisions de meilleurs résultats à partir des revenus non pétroliers, lesquels sont passés de 66 à 350 milliards de riyals saoudiens. Il fallait des jours pour émettre un permis commercial, et il devait passer par six organismes. Aujourd'hui, c’est réglé en une demi-heure via Internet. Quant aux investissements étrangers, ils ont triplé pour passer à 17 millions par an. Le marché saoudien était bloqué après la dernière crise entre 4 000 points et 7 000 points. Nous avons maintenant dépassé la barre des 10 000 points. Le secteur privé a donc commencé à se développer. Ces chiffres sont considérables au regard des résultats obtenus en quatre ans seulement. Il faudrait beaucoup de temps pour l'expliquer. 

AAM : Ma question porte maintenant sur un secteur bien précis, la Vision 2030 fait partie des programmes de transformation les plus performants, tant sur les plans économique, politique que social… Votre Altesse, sommes-nous en train de croître à un rythme trop rapide? Sommes-nous en train de brûler les étapes?  

PH : Rien de tel que de brûler les étapes. Si une opportunité se présente, si elle est réalisable et faisable et que je refuse de la saisir de peur de brûler les étapes, cela signifie que je procrastine et que je ne veux pas travailler. Si une opportunité se présente, nous sommes tenus de la saisir, qu'il s'agisse de 10, de 100, de 1 000 ou de 10 000 opportunités. Nous développerons nos capacités et nos ressources humaines ainsi que les compétences du gouvernement afin de saisir ces opportunités. Une fois cela accompli, de nouveaux horizons s'ouvriront à nous.   

AAM : Les objectifs de la Vision 2030 sont ambitieux, mais la question qui se pose à présent est de savoir comment en assurer la mise en œuvre.  

PH : À quel niveau? 

AAM : En ce qui concerne sa mise en œuvre. Quand vous dites que le logement est passé à 70%, par exemple… 

PH : Nous avançons dans cette direction. Cependant, bon nombre de ces chiffres sont très élevés par rapport à nos objectifs. Comme dans le cas du pétrole, par exemple. L’important est d’assurer la mise en œuvre des plans. C'est la position du gouvernement dont je parlais. Je ne pense pas qu'il y ait eu un changement au niveau des chiffres réalisés. À mon avis, nous avons réussi à les dépasser avant la date d'échéance. Pour le logement, l'objectif est de 60%. Nous les avons atteints en 2020. Nous prévoyons donc d’atteindre 62% avant 2025. Nous avons ainsi dépassé les objectifs fixés. De 62 à 70% des Saoudiens sont aujourd'hui propriétaires de leur domicile.  

PH : En outre, l'objectif prévu pour le volume du Fonds d'investissement public était de 7 000 milliards de riyals en 2020. Il est passé à 4 000 milliards de riyals en 2020, et nous allons le porter à 10 000 milliards en 2030. Ainsi, nous avons dépassé une bonne partie des chiffres qui nous semblaient colossaux et irréalisables en 2020, et nous continuerons en 2025. Autrement dit, nous réaliserons des chiffres encore plus élevés en 2030. Pour en revenir à la position de l'État, le plus grand défi que nous avons rencontré en 2015, année où le roi Salmane a accédé au trône, concerne la présence de ministères, d'institutions, d'un système de gouvernance composé de trois pouvoirs, mais quand le pouvoir exécutif qui remplace l'État est absent, la politique du pays ne peut pas être conçue si elle n'est pas centralisée par rapport à l'État. À titre d'exemple, le ministère du Logement a reçu 250 milliards de riyals qui n'ont pas été employés en raison de problèmes avec les municipalités, et les politiques des municipalités, elles, n'étaient pas conformes aux politiques de logement. Il était nécessaire de mettre en place un système qui régisse les prêts hypothécaires immobiliers pour les banques, c’est la Banque centrale qui élabore les lois en cette matière. Faute d'une position solide de l'État, capable d'élaborer des politiques et de définir des stratégies, de les aligner avec les différents organismes et de confier à chaque ministère les tâches requises pour les mettre en œuvre, nous ne serons pas en mesure de réaliser quoi que ce soit. 

PH : En ce qui concerne le logement, par exemple, nous avons défini la structure étatique, ce qui nous a permis de couvrir environ 70% des besoins et de les traduire sur le terrain. En effet, cela ne relève pas du seul ministère du Logement, mais aussi des municipalités, du ministère du Commerce, du ministère des Finances, de la Banque centrale, de la Commission des experts qui sont chargés de promulguer des lois. Cette action a abouti à une augmentation de 60% au niveau du logement. L'année 2015 a donc été assez difficile. 80% des ministères n'étaient pas performants. Je ne leur donnerais même pas la chance de travailler dans la plus petite des entreprises… Au niveau du Fonds d'investissement public, le deuxième niveau de fonctionnaires était pratiquement absent, de même que les directeurs des ministères. La majorité des personnes qui travaillent couvraient des tâches routinières, juste pour effectuer certaines transactions. Aucune stratégie ou planification n'était mise en place pour atteindre les objectifs futurs. Les ministères ne disposaient pas d'une équipe, d'une bonne gouvernance, d'une Cour royale ou de tout autre élément susceptible de favoriser la prise de décision. Avant de réaliser un quelconque objectif, il convient donc de créer une équipe. Il faut définir le mécanisme nécessaire pour réaliser et accomplir toutes les chances et les aspirations que nous espérons tous. Comme je le disais, l'année 2015 a donc été particulièrement difficile. Nous sommes parvenus à restructurer en partie le gouvernement, en établissant le Conseil pour les affaires économiques et le Conseil pour les affaires sociales et les affaires de sécurité, en restructurant certains secteurs et certains ministères, en désignant de nouveaux ministres et en nommant de nouveaux vice-ministres et sous-secrétaires. L'une des plus importantes mesures que nous ayons prises à la fin de l'année 2015 concerne la répartition des postes dans chaque ministère. 

PH : Les vingt responsables les plus importants sont classés en vert, jaune et rouge. 90% d'entre eux étaient dans les zones rouge et jaune, contre à peine 10% dans la zone verte. Nous ne disposions donc pas d'une équipe fonctionnelle. Comment allons-nous donc faire évoluer toutes ces personnes pour que 70% d'entre elles atteignent la zone verte? Pour en revenir au statut de l'État, créer un ministère de l'Économie ou des Affaires sociales ne signifie pas que nous avons achevé la restructuration de l'État. Il faut faire évoluer le travail des institutions au sein de l'État. Nous avons donc entrepris d'établir des stratégies et des commissions stratégiques que je préside en vue de traduire la Vision 2030 et de l'incorporer dans les stratégies de chaque domaine – les secteurs du logement, de l'énergie, de l'industrie, de la qualité de vie… Nous nous efforçons de mettre en place un Bureau de budgétisation chargé de définir le budget de l'État, ce qui ne relève pas du ministère des Finances. La commission financière est établie, elle se réunit deux fois par semaine, ou parfois une fois toutes les deux semaines, dans le but d'aligner le budget. Quant au Bureau des politiques, il sera bientôt mis en place. Nous avons ainsi couvert 70% de nos objectifs. Lorsque vous définissez une vision, vous fixez des objectifs et vous précisez lesquels pourront être atteints, quelles sont les opportunités et quelles sont les capacités. Nous avons évoqué le sujet des richesses naturelles ou les ressources humaines, ou les perspectives économiques. Ensuite, ces structures sont mises en œuvre et peuvent coûter, dirons-nous, 2 000 milliards de riyals. On contacte alors la Commission financière pour dire que l’on sera en mesure de maintenir le financement nécessaire pour dépenser entre 800 milliards et 1 000 milliards de riyals. 

PH : Revenons au bureau de la stratégie chargé de définir les stratégies, de reporter certains projets et de retarder le financement de certains autres, jusqu'à ce que nous atteignions les alignements financiers appropriés pour les années à venir. Il les traduit en politiques par le biais de comités, à travers un bureau spécialisé que nous mettrons en place avant la fin de cette année. Il donnera des instructions aux ministres pour qu'ils puissent mettre en œuvre cette stratégie en définissant un rôle clair pour chaque ministère, un objectif précis et une distribution des fonctions pour tous les ministères de façon à réaliser tous les objectifs souhaités. Ce travail a nécessité environ trois ans, de 2016 – année durant laquelle nous avons établi la structure étatique – jusqu'en 2018 – année où nous avons lancé la stratégie. Comme vous pouvez le constater, les progrès ont été quelque peu timides par rapport à 2019, où la plupart des réalisations ont été de nature économique… Il ne faut pas s'inquiéter pour 2020, notre reprise ira crescendo. Cette année, nous pourrons constater les résultats obtenus. Il a donc fallu déployer des efforts considérables pour établir cette stratégie. Comme nous l'avons précisé, nous avons instauré 70% de la structure de l'État avec une grande efficacité et il ne restera plus que 30% à réaliser l'année prochaine. 

AAM : Vous avez évoqué tout à l'heure un point important concernant l'équipe. Votre Altesse, comment choisissez-vous votre équipe?  

PH : En effet, le mérite, l'efficacité et la capacité de l'équipe sont essentiels. La passion est à l'origine de tout. La personne en charge doit être passionnée et lorsqu'elle occupe une certaine position, elle doit l'assumer avec passion, une passion personnelle. Par exemple, il est vrai que le prince Abdelaziz ben Turki est très compétent au poste qu'il occupe. Il aime le sport, certes, mais le sport revêt pour lui un caractère et un intérêt personnels, c'est sa passion. La passion est la plus grande motivation pour tout fonctionnaire et dirigeant. S'il n'est pas passionné par son travail, il aura du mal à l'accomplir. Il en va de même pour nombre de nos ministres. Donnez-moi le nom d'un ministre, je vous dirai quelle est sa passion, d'où elle provient, et comment il peut atteindre ses objectifs. 

AAM : Le Fonds d'investissement public est l'un des piliers les plus importants de cette vision. Vous avez évoqué les objectifs fixés sur la période 2014-2016, les actifs étaient évalués alors à 570 milliards. Le rendement était inférieur à 3%. Vous avez augmenté les actifs à 2,5 mille milliards. En 2025, ils seront portés à 4 mille milliards. En 2030, on prévoit qu'ils atteindront 7,5 mille milliards. Ma question, Votre Altesse, est la suivante : quelle est votre estimation des revenus du Fonds d'investissement public? Quel montant gagnerons-nous en 2025? Ou quel est l'objectif pour 2030? 

PH : Bien entendu, les recettes du Fonds d'investissement public en faveur du Trésor public sont égales à zéro. Nous avons créé un fonds immense qui alimentera les recettes de l'État après 2030. L’objectif est donc de faire évoluer ses profits et de les utiliser pour la croissance du fonds. En 2025, les chiffres avoisineront 2 500 ou 4 000 milliards. Il ne sera pas suffisant d'établir un équilibre à partir des revenus du secteur pétrolier. Notre principal objectif est donc de développer le Fonds d'investissement public. Voilà ce qui a été réalisé en quatre ans: il a enregistré une croissance de 300%. Au cours des cinq prochaines années, il va progresser de 200%, voire plus, et nous espérons atteindre 10 000 milliards en 2030.  

Une politique sera établie par la suite en fonction de la situation pour déterminer la somme que nous allons décaisser en tant que revenus. Elle ne dépassera pas 2,5% du montant du Fonds pour assurer la continuité de la croissance et l'afflux de revenus. 

AAM : Si j'ai bien compris, Votre Altesse, ce sera notre nouveau baril de pétrole… 

PH : En effet. C'est le nouveau baril de pétrole des industries pétrochimiques et des autres industries manufacturières, et nous avons également besoin de ce baril de pétrole provenant de l'investissement public pour générer des revenus. Par ailleurs, nous avons également besoin de revenus provenant d'une économie diversifiée. Je sais aujourd'hui que ces revenus n'iront pas au budget de l'État, les revenus étaient de 3%, aujourd'hui, quelle est la valeur de ce pourcentage? Il est vrai que la rentabilité du fonds oscillait entre 2 et 3%. Le fonds se fixe aujourd'hui un objectif de 6 à 7%, lequel a été atteint pour la majorité des investissements du fonds. Plus important encore: savoir combien de riyals ont été dépensés sur les investissements avant la Vision. Au départ, lorsque ce fonds a été créé, il n'investissait que 3 milliards de riyals dans de nouveaux projets en Arabie saoudite. En 2020, la valeur des investissements publics dépensés a atteint 90 milliards de riyals dans de nouveaux domaines, de nouveaux investissements et non dans des actions. En 2021, le Fonds consacrera 160 milliards. Si vous examinez le budget national, le capital dépense 150 milliards, ce qui signifie qu'il dépense une somme plus importante. L'investissement public dépense désormais une somme supérieure à celle que le capital dépense pour le budget de l'État. Autrement dit, le Fonds d'investissement public stimule l'économie saoudienne plus que ne le fait le budget, et cette tendance va s'accentuer jusqu'à ce le budget atteigne plus de 300 milliards d'euros en 2030. De nouveaux investissements seront réalisés, ce qui représente le triple – ou un peu moins – de ce que l'État dépensait auparavant en Arabie saoudite. 

AAM : Une question se pose ici. Le fonds est estimé à 2,5 trillions de riyals aujourd'hui. En 2030, il atteindra 4 trillions de riyals. Comment allez-vous faire entrer cet argent et comment comptez-vous le dépenser?  

PH : Nous avons établi une politique pour le Fonds d'investissement public, selon laquelle il ne doit conserver aucun actif. Il doit se débarrasser de tout actif qui arrive à échéance. Si cela se produit au niveau de leurs marchés boursiers, nous diminuerons notre part et conserverons une part pour continuer à avoir le contrôle. 

AAM : Pouvez-vous nous donner des exemples?  

PH : Je ne peux pas donner d'exemples car, en portant atteinte aux autres, nous risquons de nuire au marché saoudien et de déclencher des actions en justice. Cela constituerait une violation de la loi. Donc, aucune entreprise ne pourra survivre sans faire certains sacrifices au cours de cette année et même de l'année prochaine. Toutes les nouvelles entreprises qui souhaitent s'établir après avoir atteint le seuil de rentabilité ne perdureront pas plus de cinq ans sans être cotées sur le marché, et il en va de même de leurs projets... Chaque année, nous générons des revenus à partir de ce système, et nous réinjectons l'argent obtenu sur le marché. C'est ce qui va générer les 160 milliards. C'est ce qui nous aidera à réaliser les 400 milliards en 2030. L'année 2030 sera marquée par les dépenses publiques d'investissement, qui seront financées par le Fonds d'investissement public à partir du budget de l'État. Cette année, le Fonds d'investissement public mène les dépenses d'investissement dans le royaume d'Arabie saoudite. 

AAM: Votre Altesse, pouvez-vous m’expliquer… comment devons-nous procéder si nous suivons ces étapes ? Le fonds d'investissement public nous permettra-t-il de nous passer du pétrole ? 

PH: Une perception erronée laisse à croire que le royaume d'Arabie saoudite voudrait se dispenser du pétrole… Pas du tout. Nous voulons tout exploiter, le domaine pétrolier et les autres. Prenons par exemple le secteur pétrolier. Regardez la plupart des analyses… Elles prétendent que la demande de pétrole augmentera d'ici à 2030. La majorité s'attend à ce qu’elle augmente, et certains prévoient que, d'ici à 2030, elle commencera à diminuer progressivement jusqu'en 2070. Mais nous parlons là de la demande de pétrole, or, si nous parlons en termes d'offre, vous voyez qu’elle diminue plus vite que la demande de pétrole. 

PH: Les États-Unis, par exemple, ne seront pas un pays producteur de pétrole dans dix ans. Aujourd'hui, ils produisent environ 10 millions de barils, dans dix ans, ils en produiront à peine 2 millions. En Chine, ils produisent 4 milliards de barils, en 2030, ils produiront un nombre très négligeable de barils, voire aucun. La Russie produit environ 11 millions de barils, mais dans une vingtaine d’années, elle en produira 1 million. Ainsi, l'offre diminue bien plus vite que la demande de pétrole. La demande augmentera comme prévu, mais l'offre, elle, diminuera progressivement au bout de cinq ans. En Arabie saoudite, à l’avenir, on augmentera la production pour couvrir les besoins en pétrole. C'est donc assez prometteur, mais il ne faut pas s'y fier. On constatera aussi une baisse de rentabilité dans le secteur pétrolier. 

PH: Désormais, le Royaume produit environ 800 000 barils par an pour les dérivés du pétrole et autres produits. Aramco et l'Arabie saoudite produiront 3 milliards de barils pour les industries manufacturières. C’est donc une autre dimension qui va générer beaucoup de croissance… 3 millions de barils au moins, le résultat sera le double de ce que nous produisons. En outre, il y aura un investissement en capital qui a été annoncé dans le programme Shareek, et qui constituera 40 ou 50% du programme de partenariat. Si l’on prend Aramco, les opportunités dont elle dispose dans différentes industries en fonction de leurs demandes sont énormes. C’est le plus grand chef de file de navires au monde. Ainsi, Aramco a l'opportunité de produire un contenu local pour construire des navires, elle a d’ailleurs déjà commencé à le faire. Ce sera l'une des plus grandes entreprises industrielles dans le domaine des navires et cela concernera également les tuyaux, les câbles, les fils et les différentes pièces pour produire des bateaux. L’un des objectifs d’Aramco est de consacrer 70% de ses dépenses en capital à cette activité, via les filiales d'Aramco et d'autres sociétés saoudiennes. Ainsi, même pour les entreprises du secteur pétrolier, les opportunités sont énormes, et elles peuvent provoquer un changement assez radical, non seulement pour augmenter les barils à exporter, mais aussi pour une utilisation industrielle. Nous voulons accroître les avantages que nous tirons du pétrole pour les industries manufacturières et autres, puis créer d'autres opportunités en dehors du secteur pétrolier pour diversifier notre économie. 

AAM: Annoncera-t-on prochainement de nouvelles opportunités pour Aramco? 

PH: Il y aura de nouvelles soumissions très bientôt, et à présent, des ventes se réalisent pour les principaux investisseurs internationaux. 

AAM: À quel niveau? 

PH: Je ne promets rien, mais on discute l'acquisition de 1% de l'une des entreprises pionnières de l'énergie, ce qui contribuera à améliorer les ventes d'Aramco dans le pays où se trouve cette entreprise, je ne peux pas mentionner le nom, mais c'est une énorme entreprise. En obtenant 1%, les industries d'Aramco seront renforcées et promues. D'autres discussions se tiennent sur la manière d'acheter différentes actions, dont une partie sera transférée au Fonds d'investissement public. Le reste sera consacré au marché saoudien. 

AAM: Pour en revenir au Fonds d'investissement public, est-il considéré comme un concurrent féroce du secteur privé? 

PH: Pas du tout. Je pense que le Fonds sert à moitié pour le secteur privé. Ce dernier vit désormais des dépenses publiques en capital. Il existe maintenant les fonds nécessaires pour le doubler avec 260 milliards par an. Le Fonds contribue donc à construire un secteur privé immobilier. On achètera le ciment du secteur privé, ainsi que les meubles, les accessoires, les transports, et même les entrepreneurs. Ils font tous partie du secteur privé qui bénéficie donc de cette somme d'argent. Le secteur privé devrait se réjouir que le Fonds ait dépensé 160 milliards de riyals cette année, contre 90 milliards l'an dernier. Il prévoit en outre de débourser 400 milliards de riyals en 2030. Cette trésorerie – ces 3 milliards de riyals qui n'existaient pas – sera là au cours des dix prochaines années. C’est donc une énorme opportunité pour le secteur privé. 

AAM: Vous avez lancé le programme Shareek. Il y a eu une grande interaction entre les hommes d'affaires, en particulier lors de la réunion qui a été diffusée sur différentes chaînes avec les hommes d'affaires sous votre présidence. Ont-ils été exclus de cette stratégie? L’accent a-t-il été mis sur les investisseurs étrangers et ont-ils pu être réintégrés? 

PH: Pas du tout. Si nous regardons les chiffres, nous nous attendons à ce que 10 billions de riyals soient injectés par le gouvernement et les Fonds de développement du gouvernement. Le budget annuel se situerait entre 800 et 1000 milliards de riyals. Presque 1000 milliards par an pour le développement national, le fonds de développement industriel, financier, touristique et culturel. Tous les autres fonds injecteraient de l’argent, plus ou moins 1000 milliards par an, selon le budget, donc on parle de plusieurs milliers de milliards… Nous l’avons toujours fait. Désormais, le Fonds d'investissement public injectera 3000 milliards de riyals. Le programme Shareek est destiné aux grandes entreprises d'Arabie saoudite. Nous étions en train de négocier avec une trentaine d’entreprises, afin d’élaborer des politiques visant essentiellement à ne pas dépenser les bénéfices réalisés. On transforme les bénéfices en dépenses d'investissement, et l'actionnaire bénéficiera des revenus de croissance. Au lieu de réaliser 3%, 4%, 5% de bénéfices en espèces, ces 3%, 4% ou 5% serviront à augmenter la croissance de l'entreprise, puis il pourra vendre la part de 5% qu'il a réalisée à titre de profit et obtenir les liquidités dont il dispose, ou les maintenir et poursuivre la croissance. Nous avons donc conclu un accord avec 24 entreprises qui s'engageront pleinement à ne pas dépenser ou à ne pas distribuer de dividendes, ou à le faire partiellement, et à transférer le reste dans des dépenses en capital d'environ 5 milliards de riyals. Ces nouveaux 5 milliards résultent de 24 entreprises saoudiennes qui augmenteront à l'avenir. Tout cet argent créera d'énormes opportunités pour le secteur privé. 

AAM: En ce qui concerne l’augmentation de la fiscalité, n’y avait-il pas d’autre solution que d’augmenter les impôts? 

PH: Bien sûr, vous parlez des 15%. Le CCG a accepté que la TVA soit de 5%, plus exactement entre 5 et 10%. Elle sera fixée de manière à être la plus basse du monde. Comme vous le savez, dans le Royaume, un tiers de la population n'est pas saoudienne, et avec l'énorme croissance économique, la population augmente ainsi que le nombre d'étrangers, et en 2030 ou 2040, le nombre d’étrangers pourrait atteindre 50%. Si nous ne fixons pas de TVA, notamment avec l'ouverture du tourisme, qui cible 600 000 touristes, il y aura beaucoup de fuites de ces subventions. Ainsi, les 10%, ou les 5 à 10%, garantiront que l’étranger bénéficie de ce qui est consommé. Cela reviendra à leur gouvernement, qui dépensera dans l'éducation, la santé, les infrastructures, ou même les salaires. Les 15% de TVA, en raison de la pandémie et des défis économiques auxquels le monde entier a été confronté en 2020, constituent toujours une grande partie des revenus de l'Arabie saoudite. Nous avons vu par ailleurs que les prix du pétrole sont descendus sous zéro en 2020, c’était un grand défi. Soit on change tout, soit on se passe de tous nos rêves pour satisfaire les gens pendant trois ou quatre ans. Il faut poser des actes qui peuvent être un peu durs pendant une courte période, ensuite, les choses reprendront. Donc, l'une des mesures était d'éviter la réduction des salaires et des indemnités en augmentant la TVA à 15%. Bien sûr, c’est une mesure douloureuse. Je n’ai pas l’intention de faire du mal aux citoyens saoudiens. Je vais bien. J'ai de l'argent, j'étais riche avant de travailler au gouvernement. Je n'ai donc aucun intérêt à faire du mal à qui que ce soit. Ce que je veux, c'est que notre patrie grandisse, que nos citoyens soient heureux et qu’ils prospèrent. C’est mon devoir de leur construire un avenir à long terme, pas seulement de les satisfaire pendant trois ou quatre ans puis d’épuiser toutes les opportunités de sauvetage du pays. Donc, il y a eu un certain nombre de décisions difficiles à prendre, dont l’instauration de la TVA. C’est une décision temporaire. Cela durera un an, au maximum cinq ans, puis les choses redeviendront ce qu'elles étaient auparavant. 

AAM: La TVA pourrait donc être réduite à l’avenir? 

PH: Oui, nous visons entre 5 et 10% seulement jusqu'à ce que nous rétablissions notre équilibre après la pandémie, donc peut-être au bout d’un an. Cela dépend de la situation économique ou de ce qui peut se passer, mais la TVA durera au maximum cinq ans et au minimum un an. 

AAM: Le secteur privé, Votre Altesse, craint les surprises et les chocs comme les décisions soudaines. Le coronavirus a été une surprise pour le monde entier… 

PH: Personne ne s’attendait au coronavirus et nous essayons de prendre les mesures nécessaires pour réduire l’impact de cette pandémie, et maintenir nos opportunités de croissance durable. Ainsi, même la Chine est maintenant en compétition pour être l'une des plus grandes économies du monde. Ils ont commencé dans les années 1970, et ils ont souffert pendant vingt ans – durant les années 1970 et 1980 –, puis ils ont commencé à prospérer dans les années 1990. Alors, si vous voulez vous cesser d'utiliser le pétrole comme principale source de revenus, et créer ensuite une diversification de la croissance économique durable, ramener le chômage à un taux normal et augmenter les revenus à l'avenir… ne vous attendez pas à pouvoir réaliser tout cela sans prendre de sévères mesures. Nous n'avons pas dit que cela prendrait vingt ans comme en Chine, mais nous peut-être quelques années, plusieurs années. Sans la pandémie, la situation aurait été bien meilleure. Donc, ces mesures ne dureront que quelques années et tout s’ajustera naturellement. 

AAM: Augmenter les impôts, l'impôt sur le revenu... Est-ce un problème ? 

PH: Non, il n'y aura pas du tout d'impôt sur le revenu en Arabie saoudite. 

AAM: Votre Altesse, l'État respecte-t-il sa politique qui vise à augmenter les revenus des citoyens? 

PH: Oui, c'est une priorité pour nous. L’une de mes priorités est d’avoir un financement stable, solide, durable, sinon nous serions dans une situation assez difficile où nous ne pourrions pas créer de croissance. Ainsi, nous pouvons épuiser les économies du Fonds d'investissement et de la Banque centrale. Je pourrais l'utiliser en un jour, mais est-ce durable? Dans cinq ans, nous créerions des problèmes encore plus graves. Nous aurions épuisé toutes nos finances, et nous n’aurions ni le temps ni les capacités pour créer des opportunités d’avenir. Le financement de l'État doit être solide, et continuer de réaliser son objectif sur le long terme. Deuxièmement, il sera en mesure de maintenir une économie qui peut croître et peut-être se développer avec divers outils sans intervention du gouvernement, comme nous l'avons dit. Le Fonds d'investissement public prend en charge le développement à partir de cette année. Même les 24 entreprises clés injectent plus que ce Fonds et le gouvernement. Si vous prenez les dépenses en capital de 1,5 milliard de riyals du gouvernement puis le financement en capital... vous obtiendrez environ 4,5 milliards, alors que 24 entreprises injectent 5 milliards. Ainsi, en 2030, cet écart commencera à se creuser. Les entreprises injecteront 7 ou 8 milliards de riyals dans l'économie saoudienne. Le Fonds d'investissement public injectera pour sa part 5 milliards. Ainsi, les dirigeants passeront aux autres outils durables que nous dépenserons. Nous ferons des profits, percevrons de l’argent… 

AAM: Concernant le revenu des citoyens, une question revient souvent… À Chaque fois que les prix du pétrole augmentent, les prix de l'énergie font de même, et la question est de nouveau posée, nous sommes un pays riche, pourquoi augmentons-nous les prix? 

PH: Nous sommes un pays pétrolier, pas un pays riche. L'Irak est un pays producteur de pétrole, comme l'Algérie. Sont-ils des pays riches? Un pays riche se définit en fonction des revenus économiques et de la taille de la population. Nous étions très riches dans les années 1970 et 1980 quand il y avait une population plus petite et beaucoup plus de pétrole. Mais aujourd’hui, le Royaume compte 20 millions d’habitants et nous grandissons rapidement. Si nous ne maintenons pas nos économies, nous serons transformés en un pays plus pauvre. Nous devons sortir de cette impasse et aboutir à une prospérité durable. 

AAM: Donc, si l’on résume vos propos, Votre Altesse, si vous me le permettez, nous avons adopté toutes ces mesures afin d’éviter une catastrophe et tenter de profiter des opportunités gâchées ? 

PH: Oui, pour éviter les catastrophes, exploiter les opportunités et en offrir de nouvelles pour un avenir meilleur que celui de nos prédécesseurs. 

AAM: Une fois de plus, nous vous souhaitons la bienvenue dans cette deuxième partie, avec Son Altesse le prince Mohammad ben Salmane. Votre Altesse, il y a tant de nouveaux projets d’envergure comme Neom, Qiddiya, Red Sea Project, Roshn. Je voudrais vous poser des questions en particulier sur ce projet de logement Roshn. Pouvez-vous partager certains détails avec nous? 

PH: Certes, l’un des plus grands défis auxquels nous avons été confrontés a été la nécessité d’augmenter les ratios de propriété, ce qui a suscité une forte demande de la part des citoyens. Nous avons en effet maintenu des ratios de propriété bas par rapport aux moyennes mondiales qui se situent à 60%. Le nôtre a stagné à 47%. À un certain stade, je craignais, lors de la restructuration de la position du gouvernement, compte tenu des défis auxquels fait face le ministère du Logement, que nous ne puissions rien réaliser dans le peu de temps dont nous disposions ces quatre dernières années. Le ministère du Logement aurait pu échouer ou ne pas atteindre son objectif en raison du nombre important de défis auxquels il a été confronté en termes de droit, de structure, de politiques, d’organisation interne, de dirigeants... 

Je voulais donc m'assurer que nous avions un plan B. C'était un objectif, et il en existait également un autre que je mentionnerai sous peu. Nous avons créé le Fonds d'investissement public pour lancer le Roshn, en particulier lorsque nous avons évalué une demande anticipée de logements pouvant dépasser quatre millions d'unités. Nous avons établi Roshn pour cibler un million d'unités de logement pendant cinq ans à compter du lancement, avec une rentabilité très faible de 2,5% à 3%, afin qu’elles soient abordables pour les citoyens, au cas où le ministère du Logement ne pourrait pas atteindre ses objectifs. 

L'entreprise a été créée et, heureusement, le ministère du Logement a réussi à faire ce qu'il fallait avec d'autres entités avec lesquelles il travaillait. Et les objectifs du Roshn ont été ajustés à la Vision 2030 pour fournir près d'un million d'unités de logement. C'était son premier objectif. Le deuxième objectif est lié au constat que, malheureusement, plus de 95% des promoteurs immobiliers sont assez «primaires», dans la mesure où ils peuvent préparer et vendre des plans sans tenir compte de l'assainissement, des services publics, de l'électricité ou même de la connectivité.  

PH: Les citoyens procèdent à l'achat, puis ils construisent leur maison et commencent à souffrir dans leur demande de services d'infrastructures. Il n’y a aucun doute, le Royaume a besoin de promoteurs très forts pour relever la barre. Ainsi, le secteur privé peut suivre ce niveau de normes de développement immobilier adoptées au niveau international, ce qui constitue le deuxième objectif du Roshn. Ce dernier ne construira pas quatre millions de logements, et ne développera que 25% de la demande nécessaire à l’Arabie saoudite. 

Cependant, personne n'achètera des projets du secteur privé s'ils n'appliquent pas les mêmes normes que celles adoptées par Roshn. Après la modification des objectifs de Roshn, une augmentation d’environ 7% des projets de logement a été constatée. C'était le but : élever et améliorer les normes. Cette idée n'est pas nouvelle, elle a été soulevée à l'époque du roi Faisal, et au début de l'époque du roi Khaled, soumise par l'oncle du prince Al-Musaed ben Abdelrahman. Elle a été confrontée à la résistance de certains ministres et fonctionnaires afin d’offrir cette opportunité au secteur privé. C’est ainsi que l’idée a été abandonnée. 

Cela a eu des conséquences historiques en retour, et aussi un impact sur le faible niveau de services offerts aux logements et aux unités résidentielles. Si ce concept avait été adopté, nous aurions eu les plus grandes sociétés immobilières du monde. Mais mieux vaut tard que jamais… Aujourd'hui, Roshn vise donc le développement immobilier en Arabie saoudite pour répondre à une partie de la demande. Un million d'unités et un bénéfice de 7%, ce qui n'est pas significatif. 

AAM: Alors, quel serait l'avantage? 

PH: Les 6 à 7% seront en faveur du développement de l'Arabie saoudite. Pour nos investissements à l'étranger, nous visons plus de 10%, mais en Arabie saoudite, nous accepterions 5 à 7%, et parfois même 4% sur certains projets. 

AAM: Quel est l’avantage que je pourrais tirer de Roshn? Quel avantage recevrais-je d’une de ses unités? 

PH: Lorsque vous achetez une maison et une unité pour un coût raisonnable par rapport aux autres développements immobiliers, et que vous vous assurez d'avoir un raccordement à l'eau, un assainissement, un aménagement paysager, des pistes et tous les services dont vous avez besoin, dans votre quartier, c’est un avantage. De cette manière, vous ne quitterez votre quartier que pour aller travailler ou profiter d'un autre endroit. 

AAM: Votre Altesse, votre intérêt pour les questions d'environnement est remarquable et a attiré l’attention sur cette question à l'intérieur et à l'extérieur du Royaume. Certaines personnes se demandent même pourquoi Votre Altesse manque des opportunités économiques, comme les îles de la mer Rouge? 

PH: C’est essentiellement pour des raisons environnementales. La beauté de la mer Rouge réside dans son environnement. Lorsqu'un touriste arrive, il vient pour profiter d’un bel environnement, d'un rivage propre, d'une eau propre et d'une vie marine animée. Si vous détruisez l'environnement, vous détruisez toutes les opportunités touristiques. Le tourisme est basé sur les services, les activités, les sites et l'environnement archéologique ou historique. Vous détruiriez donc un pilier essentiel du tourisme. 

D’autre part, ma génération et la précédente savent que lorsque nous étions très jeunes, le nombre de tempêtes de sable était inférieur de 70 à 80% à ce dont nous souffrons aujourd’hui. C’est très dangereux pour nos enfants et pour nos vies. Plusieurs jours par an, la poussière que nous inhalons a un impact sur notre santé, et coûte à ce secteur une somme considérable. Par conséquent, nous voulons rétablir l'environnement tel qu'il était auparavant. 

De plus, la couverture végétale a chuté dans le Royaume de près de 70% au cours des cinquante dernières années. Ainsi, l'un des objectifs de Vision 2030 était de restaurer la plantation d’arbres de 200% et de nous faire revenir à la situation antérieure. En quatre ans, nous avons pu voir une augmentation de 40%, ce qui a eu un impact considérable sur la réduction des tempêtes de sable, et l'augmentation des précipitations. L’essor des plantations d’arbres augmente l'oxygène, ce qui aide les nuages ​​à produire des précipitations. Cela se traduit ensuite par des pluies abondantes. 

PH: Voilà ce que nous avons observé au cours des deux dernières années. Cela a pu être réalisé grâce aux politiques élaborées dans ce sens. Pour en revenir au renforcement de la position de l'État, le gouvernement ne peut y parvenir sans une stratégie alignée entre ses entités, le ministre de l'Intérieur, celui de l'Environnement et bien d'autres, qui travaillent pour atteindre ces objectifs. Le ministère de l'Intérieur a créé une industrie de la sécurité environnementale pour protéger l'environnement et adopter des lois, dans le but d’empêcher la surexploitation forestière, de réglementer l'utilisation des pâturages et de créer des expériences. 

Ces expériences relient différentes parties du Royaume. On pense ainsi à celle de la Commission royale pour Riyad dans la culture de certains arbres sauvages. Planter un arbre coûte moins de 70 riyals, et il n’est irrigué que pendant les trois premières années. Une fois par mois la première année, une fois par trimestre la deuxième année, et deux fois durant la troisième année. Et puis, l’arbre peut simplement vivre dans la nature. Cela a créé une nouvelle ambition: fixer un certain nombre d’arbres plantés chaque année. 

AAM: Pour atteindre l’objectif de 10 milliards d'arbres, combien devons-nous encore en planter?

C'est le budget qui déterminera si nous pourrons atteindre cet objectif d'ici à dix ou trente ans, mais la donne change quand il s’agit augmenter notre couverture végétale. Nous pourrions la faire passer à plus de 1 000% selon le budget prévu pour ces 10 milliards d'arbres. L'impact environnemental est inestimable pour nos récifs coralliens et nos rivages. Pour les forêts du sud de l'Arabie et pour les projets de verdure, comme les jardins à Riyad…  L'impact est direct pour le tourisme et le bien-être général, mais aussi pour l’attraction de capitaux et de talents. Nous devons également conserver des capitaux et les talents saoudiens, afin de devenir un pilier du bien-être environnemental.

AAM: Parler du tourisme et de l'environnement rappelle les îles de la mer Rouge. Sommes-nous en train d’évoquer de nouvelles Maldives en Arabie saoudite?

Je ne pense pas qu’un touriste aime les destinations identiques. Nous sommes censés proposer de la nouveauté. Ainsi, une partie du travail dans le cadre du projet «mer Rouge» a consisté à remettre en question ce que nous voulions refléter dans notre ADN. Proposer de nouveaux thèmes, de nouveaux services, une expérience différente, afin d’encourager les touristes à venir découvrir les diverses cultures qui existent dans la région de la mer Rouge, c’est l’approche que nous avons choisie. Les projets sont donc répartis en fonction des besoins: il y a ceux qui sont «authentiques», basés sur l’architecture, par exemple Hijazi, Tabouk ou Jizan, et d’autres qui sont dans la catégorie «innovants», et dont le design s’inspire de la forme de projets de la mer Rouge, comme celui qui a été récemment annoncé. 

AAM: Revenons sur les réalisations… Le chômage est un sujet qui préoccupe beaucoup de monde. Votre Altesse, êtes-vous satisfait des chiffres du chômage?

Je ne veux pas qu’un Saoudien se retrouve sans emploi. Nous sommes à la pointe… Au quatrième trimestre 2020, le taux de chômage était de 12%. Cette année, nous franchirons la barrière des 11%, si Dieu le veut. Je pense que l’objectif de 7% défini par la Vision sera atteint bien avant 2030, mais ce n’est pas le seul objectif. Une fois que nous atteindrons des taux de chômage entre 4 et 7%, ce qui est un taux normal, car nous avons toujours 4 à 6% de personnes qui passent d'un emploi à un autre, nous aurons atteint ces objectifs, et nous travaillerons sur la prochaine étape. Combien l’Arabie compte de «bons» et de «mauvais» emplois? Aujourd'hui, au Royaume d'Arabie saoudite, nous n'avons que 50% de «bons» emplois.

AAM:  Pourquoi seulement 50 %?

Les autres sont de mauvais emplois…

AAM: Qu'entend-on par «bon» et «mauvais» travail?

Un bon travail, c’est lorsque vous mangez, buvez, portez les vêtements que vous voulez. Vous achetez tout ce qu’il vous faut, vous avez une maison, une voiture. Vous couvrez tous vos besoins de base, et vous avez la possibilité d'épargner, de dépenser pour mener une vie saine. La moitié des emplois peuvent offrir ces conditions.

Les 50% restants sont de mauvais emplois. Vous mangez, buvez, couvrez vos besoins de base. Vous avez une maison, mais vous ne pouvez pas épargner, vous ne pouvez pas augmenter votre richesse, vous ne pouvez que très peu en profiter. Ainsi, une fois que nous aurons atteint un taux de chômage entre 4 et 7%, l’objectif suivant sera de faire passer les emplois de qualité de 50% à 80% en Arabie saoudite. Vous me demandez quand et quels sont les détails? Cela sera annoncé lorsque nous nous rapprocherons de notre objectif d’un taux de chômage de 7%. Arrivons déjà cet objectif de 7%, c’est un facteur important pour la qualité du travail. Cela signifie augmenter les revenus des citoyens saoudiens d’une manière ou d’une autre, car je ne parle pas d’augmenter ceux des personnes qui ont déjà un haut niveau de vie élevé. Je veux bien le faire, mais les plus démunis restent mon but principal. J’espère que les Saoudiens qui gagnent 20000, 30000 ou 50000 riyals auront des revenus plus élevés et pourront mettre des économies de côté.

C’est sur les citoyens qui gagnent 3000, 5000 ou 7000 riyals que je veux me concentrer, car ils représentent 50% des mauvais emplois. Nous voulons atteindre un taux de chômage de 7%. Et, selon le ministre des Ressources humaines et du Développement social, de 200 000 à 250 000 personnes entrent sur le marché du travail chaque année, et les emplois dans le secteur public sont limités. Le marché peut-il gérer ce flux? Je peux vous donner un exemple. Le secteur du tourisme génèrera trois millions d'emplois d'ici à 2030. Un million d'emplois seront destinés aux Saoudiens, tandis que les deux autres millions seront pour les expatriés pour diverses raisons, comme le manque de travailleurs compétents. Mais une fois que nous aurons créé trois millions d'emplois, nous pourrons les «saoudiser» à l'avenir. Il y a aussi des emplois dans le domaine industriel et dans d’autres secteurs. L'important ici est le nombre d'emplois. Le chômage augmente-t-il? Non, il a diminué. À la fin de cette année, nous avons réussi à le réduire de 4% depuis le lancement, il y a cinq ans de la Vision 2030: il est passé de 10 à 14%. Cela signifie que 3% seront atteints bien avant ces dix ans. Mais je ne veux pas m’avancer sur un chiffre précis. Quand nous atteindrons l’objectif de 7 %, nous commencerons à préparer la prochaine étape, qui consiste à améliorer les emplois et les opportunités d'emploi, et enfin à augmenter le revenu des 50 % de travailleurs occupant des emplois pauvres. Vous ne pourrez pas améliorer les emplois tant que vous n’améliorerez pas la main-d’œuvre.

AAM: Donc, la question suivante concerne l'éducation. Comment pouvons-nous l’améliorer? Je sais qu'il y a un projet en cours d’élaboration. Pouvez-vous nous en révéler les grandes lignes?

Naturellement, quand on parle d'éducation, on évoque l’enseignement public et supérieur, et l’éducation sociétale, pour la société dans son ensemble. La société est-elle positive, active, motivée? Est-elle équipée de tous les moyens technologiques adéquats, et peut-elle accéder facilement à l'information pour un apprentissage efficace? Quand on parle d'éducation publique, rappelons qu’il y a trente ans, le principal objectif des ministères de l'Éducation était de fournir des informations. Prenons l'exemple des mathématiques, il y a trente ans, la collecte d'informations était une entreprise très chronophage, qui demandait des années. Le gouvernement les recueillait pour vous les transmettre. Aujourd’hui, nous avons des open-sources. Ainsi, nous travaillons afin de condenser leur taille, pour vous donner les informations de base dont vous avez besoin, qu’il s’agisse de lecture, d’écriture, de mathématiques, de sciences… Ce qui vous permettra de vous concentrer sur les compétences nécessaires pour rechercher des informations, vous développer et améliorer vos capacités, planifier l'avenir, etc. Naturellement, nous ne pouvons pas le faire du jour au lendemain. Le programme de développement des capacités humaines est sur le point d’être lancé, et il traitera de tous ces détails, et de notre stratégie pour les dix années à venir. En ce qui concerne l'enseignement supérieur, nous avons actuellement cinq universités classées parmi les 500 meilleures du monde, selon divers indicateurs. Notre objectif est de classer 3 de nos universités parmi les 200 meilleures du monde. Nous travaillons sur un objectif très ambitieux que nous n’atteindrons peut-être pas, mais il serait formidable de s'en rapprocher.

AAM: De quoi s’agit-il ?

Notre objectif serait d’avoir une université classée parmi les 10 meilleures du monde, l'université King Saud. Mais même si elle était 20e ou 30e, ce serait très bien, et cet objectif sera annoncé dans la stratégie de la ville de Riyad. L'enseignement supérieur est donc assuré. Comme je l'ai mentionné, le secteur de la technologie et la facilité d'accès à l'information sont déjà largement disponibles, et nous avons fait de grandes avancées dans ce secteur au cours des trois dernières années. Ces progrès ont permis au citoyen saoudien d'accéder à toutes les informations très rapidement. Le niveau actuel de notre éducation est satisfaisant.

AAM: Satisfaisant?

En effet. Vous et moi, nous sommes le résultat de ce bon niveau d’éducation. J’ai reçu un enseignement scolaire et supérieur en Arabie saoudite, c’est également votre cas et celui de la plupart des dirigeants des secteurs public et privé, et d’autres domaines.

AAM: Votre Altesse, vous avez géré de manière remarquable la crise de la Covid-19, surtout si l’on compare à d’autres pays développés. Ma question, Votre Altesse, ne traite pas de la crise de la Covid-19, elle concerne spécifiquement le système de santé, et plus précisément, parmi les programmes Vision, le programme de transformation de la santé. Je vais donc aller droit au but: les services de santé seront-ils payants à l’avenir?

CP: Notre système de gouvernance fonctionne avec un système très clair et explicite, et cette loi stipule que les services de santé et les services éducatifs sont offerts gratuitement à chaque citoyen, c’est un acquis. Nous travaillons à transformer les services de santé, afin qu'au lieu de financer des hôpitaux publics qui s'étendent sur une vaste zone géographique et disposent d'un personnel énorme – ce qui rend le gouvernement incapable de maintenir la haute qualité du secteur de la santé –, nous puissions en privatiser un nombre plus élevé, afin d’en faire un secteur à but non lucratif. Je vais vous donner un exemple: nous essaierons d’inciter le gouvernement à proposer des polices d'assurance aux fonctionnaires et le secteur privé sera contraint, conformément à la réglementation, d'éviter de recruter de nouveaux employés sans leur proposer une couverture médicale. L’employé choisira donc sa couverture médicale. Cela entraînera une forte demande à l'intérieur du Royaume, ce qui motivera le secteur privé à élargir ses services de santé. Et si le secteur privé est le meilleur fournisseur, il attirera un plus grand nombre de clients dans le domaine de la santé. En ce qui concerne le secteur à but non lucratif, nous travaillons actuellement sur une initiative qui sera lancée prochainement: la transformation du King Fahad Specialist Hospital en hôpital à but non lucratif appartenant à 100% au gouvernement. Il sera financé à hauteur de 10 milliards de riyals par le budget de l'État. Ses revenus sont d’environ six milliards de riyals. Mais si vous consultez les statistiques, vous constaterez que la durée du séjour d’un patient est deux fois plus longue que dans les hôpitaux ordinaires.

AAM: Les malades restent donc plus longtemps?

CP: Une personne censée y rester quatre jours en passerait huit au King Fahad Specialist Hospital. 

AAM: Pour quelle raison?

Cela double la capacité du King Fahad Specialty Hospital, ce qui signifie que les revenus passeraient de 6 à 12 milliards de riyals, en plus du budget du gouvernement. Nous parlons donc d’un montant énorme: environ 22 milliards de riyals. Ensuite, nous pourrons développer plus de recherches et de succursales, et davantage de services à Riyad, à Djeddah et dans d'autres régions. Tout cela serait à but non lucratif. Tous ces revenus seraient réinvestis dans le système de santé en Arabie saoudite. Je ne doute pas qu'après le lancement du programme, nous déterminerons le pourcentage de services de santé offerts par le secteur privé, et celui offert par le secteur à but non lucratif. Nous fixerons également ces pourcentages pour les dix prochaines années. 

AAM: J'ai deux questions, Votre Altesse. Les hôpitaux publics seront-ils privatisés ou resteront-ils les mêmes mais deviendront des entreprises publiques ?

CP: Certains pourraient rester les mêmes et d’autres pourraient être privatisés. 

AAM: Est-ce que chaque citoyen aura une police d'assurance?

Nous n’atteindrons peut-être pas cet objectif, mais nous visons à couvrir le plus grand nombre de personnes grâce aux contrats du gouvernement avec ses employés ou du secteur privé avec ses propres employés. 

AAM: C'est donc lié aux emplois eux-mêmes…

Exactement. Aujourd'hui, grâce au programme de santé, nous pouvons dire combien d'employés ont des polices d'assurance, et combien en auront au cours des dix prochaines années.

AAM: Parlons maintenant de Riyad... Votre Altesse, vous avez annoncé que vous alliez faire passer la population de Riyad à 15 ou 20 millions de personnes. Les habitants ont immédiatement réagi en se plaignant d’une ville qu’ils jugent déjà surpeuplée. Comment pouvons-nous augmenter la population de cette façon? Et pourquoi le voudrions-nous en premier lieu?

Aujourd'hui, 80% de l’économie mondiale dépend des villes. Dans les dix ou vingt prochaines années, ce sera 90%. Donc, si nous voulons nous développer, nous devons le faire dans les villes, car c'est le plus gros outil en notre possession pour créer des opportunités d'emploi. Riyad a été très bien planifiée par le roi Salmane et c'est la ville qui a la meilleure infrastructure d'Arabie saoudite. C’est l’une des cités les mieux équipées du Moyen-Orient. Il se pourrait qu'il n'y ait que deux ou trois villes développées de la même manière dans la région. Cela ouvre la porte à la création de nombreux projets qui bénéficieraient à l'Arabie saoudite, que ce soit en matière d'emploi ou de croissance économique. Vous constaterez qu’aujourd’hui il y a trois millions d'opportunités d'emploi à Riyad. Si la population atteint 20 millions d'habitants, nous devrons créer environ six millions d'emplois supplémentaires à Riyad. Aujourd'hui, Riyad concentre la moitié de l'économie non pétrolière de l'Arabie saoudite. Cela signifie que si nous voulons plus d’emplois et un meilleur développement, nous devons miser sur Riyad: c’est le plus grand catalyseur de cette énorme croissance.

Pour répondre à votre question sur Riyad, qui est surpeuplée, je dois dire que c’est une ville qui compte des millions d'habitants. Parmi les cités de plus de cinq millions d'habitants dans le monde – nous demanderons à la Commission royale de la ville de Riyad d'annoncer ces chiffres –, Riyad se classe au premier rang mondial en matière de gestion du trafic, si vous la comparez à Los Angeles, New York, Tokyo ou Londres. Un trajet d'une heure en voiture à Riyad durerait cinq heures à Los Angeles. Il vous faudrait trois à quatre heures pour faire le même voyage à New York. À Tokyo, il vous faudrait peut-être dix heures… On ne peut donc pas comparer Riyad à des villes d’un million d’habitants. Nous devrions la comparer à des villes de plus de cinq millions d'habitants. Mais il est vrai qu'accroître la population de Riyad à 25 millions de personnes est un défi. Pour y parvenir, une partie du budget de Riyad est consacrée au développement des transports à travers de nouvelles lignes plus rapides, comme le métro et le système de transport en commun, ou encore d'autres services qui seront annoncés. Cela nous permet de rester parmi les meilleures villes de dix «millions» d’habitants en matière de transport.

AAM: Cela signifie-t-il que se concentrer sur Riyad se fera aux dépens d'autres villes?

Pas du tout. Premièrement, l'Arabie saoudite est un pays unifié. Qu'il s'agisse de Riyad, Djeddah, Tabouk, Aseer, Jazan ou Sharqiya. C'est un seul pays. Aujourd'hui, nous avons une grande capacité de dépenses et d'investissement. Nous pouvons orienter ces capacités dans plusieurs directions, afin de renforcer notre économie et de créer un plus grand nombre d'emplois. Ce serait dans l’intérêt du pays et des citoyens. Lorsque nous avons une opportunité, nous nous concentrons et nous travaillons dessus. AlUla, par exemple, très petit, et à la limite aride, offre des opportunités qui nous permettront de le financer davantage pour offrir des possibilités encore meilleures à l’avenir. Nous avons réalisé de nombreux projets gigantesques en nous basant sur leur potentiel. Par exemple, Downtown Djeddah et d'autres projets à Djeddah. En outre, La Mecque a un grand potentiel, Médine et la région orientale offrent également des opportunités industrielles, tout comme la ville industrielle du roi Salmane dans la région orientale.

En outre, Tabouk fait l’objet de trois grands projets, Neom, The Red Sea Project, Amaala, Aseer. Vous parlez d'un énorme projet saoudien, et nous sommes sur le point de lancer la stratégie Aseer, qui dispose de plus de 50 milliards de dollars de financement pour les dix prochaines années afin de dynamiser le secteur touristique. Et on compte beaucoup d’autres projets prometteurs dans tout le Royaume. Nous saisissons l'occasion pour les financer et les rentabiliser, tant pour les citoyens que pour le Royaume.

AAM: Donc, six millions d'emplois à Riyad? Mais le développement n’est pas le fruit du hasard… Donc, si nous l’envisagions en dehors de Riyad, ce serait peut-être six millions d’emplois ou moins…

Vous ne pouvez pas créer autant d’emplois en dehors de Riyad pour commencer. C’est une ville de sept millions d’habitants, sa croissance est extrêmement élevée, ses infrastructures très solides, et elle pèse près de la moitié de l’économie saoudienne. C'est là que six millions de personnes peuvent en bénéficier. Mais si je vais à Neom, je ne peux pas créer plus d'un million d'emplois, ni là-bas ni dans d'autres régions. Donc, le nombre d’emplois est déterminé en fonction des opportunités; j’utilise les opportunités et les traduis en croissance économique et en emplois.

AAM: Votre Altesse, avec votre permission, nous allons faire une autre courte pause. Restez avec nous pour continuer cette interview spéciale avec Son Altesse le prince héritier Mohammed ben Salmane. 

AAM: Bienvenue à nouveau dans cette interview spéciale avec Son Altesse Royale le prince héritier Mohammed ben Salmane. Votre Altesse, vous avez parlé précédemment de modération. Expliquez-nous votre conception de la modération?

C'est un terme large. Tous les juristes et universitaires musulmans parlent du concept de modération depuis plus de mille ans. Donc, je ne pense pas être en mesure de clarifier ce concept… je m’en tiens au respect de la Constitution saoudienne, qui est le Coran, la Sunna, et à notre système de gouvernance de base, afin de le mettre pleinement en œuvre pour inclure tout le monde.

AAM: Cela m'amène à une autre question: l'espace que la charia occupe dans l'État. C'est-à-dire au niveau de la Constitution, du pouvoir judiciaire, de l'espace public, et au niveau des libertés individuelles.

CP: Comme je l'ai dit précédemment, notre constitution est le Coran, l’a toujours été, et continuera de l'être pour toujours. Et notre système de gouvernance le stipule très clairement. Nous, en tant que gouvernement, le Conseil de la Choura, comme législateur, ou le roi, en tant que référence pour les trois autorités, nous sommes tenus de mettre en œuvre le Coran sous une forme ou une autre. Mais dans les affaires sociales et personnelles, nous ne sommes obligés de mettre en œuvre que les clauses clairement énoncées dans le Coran. Ainsi, je ne peux pas appliquer une punition de la charia sans une stipulation coranique claire ou une stipulation explicite de la Sunna. Quand je parle d'une stipulation explicite de la Sunna, la plupart des auteurs de hadith les classent selon leur propre typologie, comme Bukhari, Muslim et autres, en hadith corrects ou faibles.

Mais il y a une autre classification qui est plus importante: si une tradition ou un hadith a été raconté par de nombreuses personnes ou par un seul narrateur, c'est une référence essentielle pour la jurisprudence dans les règlements, selon la charia. Ainsi, lorsque nous parlons d'un hadith mutawatir, c'est-à-dire avec une chaîne de transmission courte, raconté et transmis d'un groupe à un autre en commençant par le Prophète, ces hadiths sont très peu nombreux. Cependant, ils sont véridiques, et leurs interprétations varient en fonction du moment et du lieu où ils ont été révélés, et selon la manière dont le hadith a été compris à l'époque. Mais quand nous évoquons les hadiths ahad, c’est différent: ils sont transmis d'une seule personne à une autre en commençant par le Prophète, ou d'un groupe à un autre groupe, puis à un autre… en commençant par le Prophète, de sorte qu'il y a un individu dans la chaîne.

Ce hadith se décompose en de nombreuses ramifications, comme les hadiths corrects, faibles ou bons. Et ce type de hadiths, ahad, n'est pas aussi convaincant que le hadith mutawatir. Il est raconté par une chaîne de groupes, sauf s’il est associé à des stipulations coraniques claires et à un bien ordinaire ou terrestre, surtout s’il s’agit d’un hadith correct. Le hadith ahad représente une petite partie de l’ensemble des hadiths. En revanche, un hadith khabar est transmis d'une seule personne à une autre, puis à une source inconnue, en commençant par le Prophète, ou d'un groupe à un groupe, puis d'une personne à une autre, et ainsi de suite, en commençant par le Prophète, afin qu'il y ait un lien manquant. Cela représente la majorité des hadiths, et ce type de hadith n’est absolument pas fiable: sa véracité n’est pas établie et n’est donc pas contraignante. Et dans la biographie du Prophète, lorsque le hadith a été enregistré pour la première fois, il a ordonné que ces registres soient brûlés et a interdit l'écriture de ces hadiths. Cela devrait d’autant plus s'appliquer aux hadiths khabar, afin que les croyants ne soient pas obligés de les mettre en œuvre du point de vue de la charia, car ils pourraient également être utilisés comme armes pour contester le pouvoir de Dieu Tout-Puissant de produire des enseignements adaptés à chaque moment et lieu. Par conséquent, le gouvernement, en ce qui concerne la charia, doit mettre en œuvre les règlements et les enseignements du Coran, en se référant aux hadiths mutawatir, et examiner la véracité et la fiabilité des hadiths ahad, et ignorer les hadiths khabar à moins qu’un bénéfice clair n’en soit tiré pour l’humanité.

Ainsi, il ne devrait y avoir aucune punition liée à une question religieuse, sauf lorsqu'il y a une clause coranique claire, et cette sanction doit être appliquée comme le Prophète l'a appliquée. Alors, laissez-moi vous donner un exemple: l'adultère. L'adultère célibataire est fouetté, l'adultère marié est tué. Et c'est une stipulation claire, mais quand la femme adultère est venue voir le Prophète et lui a dit qu'elle avait commis l'adultère, il a retardé le jugement plusieurs fois. Elle a finalement insisté, puis il lui a dit d'aller vérifier si elle était enceinte, puis elle est revenue vers lui, et le même scénario s'est répété. Elle est revenue vers lui et il lui a dit de revenir après le sevrage du bébé. Elle aurait pu ne pas revenir, mais il ne lui a pas demandé son nom ni qui elle était. Donc, se servir d’une clause coranique, l’appliquer autrement que l’a fait le Prophète, et chercher une personne pour prouver une accusation contre elle, alors qu’elle a avoué son délit au Prophète et qu’il a traitée de la sorte, ce n'est pas ce que Dieu a ordonné.

Et, s’agissant du fait qu’on inflige une sanction sous le prétexte qu’elle serait prévue par la charia, alors qu’il n’est nullement question d’une telle sanction dans le Coran ou dans le hadith mutawatir, il s’agit là aussi d’une falsification de la charia. Quand Dieu Tout-Puissant voulait de nous que nous punissions certains crimes religieux, il le stipulait clairement. Et lorsqu’il prohibait un acte et promettait de le punir dans l’au-delà, il ne nous demandait pas, en tant qu’humains, de pénaliser cet acte. Il laissait le choix à l’individu, sachant qu’il existe un jour du Jugement dernier et que, pour finir, Dieu est miséricordieux, pardonnant tout à l’exception du polythéisme. Voilà donc la bonne approche pour la mise en œuvre du Coran et de la Sunna, en conformité avec notre Constitution et notre système de gouvernance.

Altesse, êtes-vous adepte d’une école de pensée bien déterminée, par exemple celle de Mohammed ben Abdelwahhab? Pensez-vous qu’elle devrait interpréter ces textes?

Lorsque nous nous engageons à suivre une école quelconque ou un théologien, cela signifie que nous déifions les êtres humains. Dieu Tout-Puissant n’a pas posé de barrière entre lui-même et les gens. Il a révélé le Coran puis le Prophète l’a mis en œuvre. Dès lors, l’espace d’interprétation est ouvert en permanence. Si le cheikh Mohammed ben Abdelwahhab était avec nous aujourd’hui et voyait que nous suivons aveuglément ses écrits, que nous fermons notre esprit à l’interprétation et à la jurisprudence tout en le déifiant et en le sanctifiant, il serait le premier à le contester. Il n’y a pas d’écoles de pensée immuables et pas non plus de personnes infaillibles. Nous devons mettre en œuvre une interprétation continue des textes coraniques et de la Sunna du Prophète. Toutes les fatwas doivent être fondées sur l’époque et le lieu de la prise de décision ainsi que sur les mentalités qui la sous-tendent. Par exemple, il y a cent ans, lorsqu’un théologien émettait une fatwa en ignorant que la Terre est ronde et en ne sachant rien des continents ou de la technologie…, cette fatwa devait être fondée sur l’état des connaissances de l’époque et sur la compréhension qu’on avait alors du Coran et de la Sunna, mais ces choses changent avec le temps et sont différentes à l’heure actuelle. En conclusion, notre référence est donc, comme je l’ai dit, le Coran et la Sunna du Prophète.

C’est clair. En ce qui concerne la loi sur le statut personnel, Votre Altesse a décidé que ce code judiciaire n’était pas bon pour nous. Pourquoi avez-vous rejeté ce code et adopté les quatre systèmes qui incluent la loi sur le statut personnel?

On ne peut continuellement réinventer la roue. Le monde suit des lois claires qui réglementent les vies des gens. Notre rôle est de nous assurer que toutes les lois passées en Arabie saoudite reflètent ce qui suit: premièrement, qu’elles ne violent pas le Coran et la Sunna, le Coran étant notre Constitution; ensuite, qu’elles ne sont pas en contradiction avec nos intérêts, qu’elles préservent la sécurité et les intérêts des citoyens et qu’elles aident au développement et à la prospérité du pays. Les lois sont donc adoptées sur la base de cette procédure en accord avec les conventions internationales. Si vous voulez que les touristes viennent ici, si vous avez pour objectif d’attirer cent millions de touristes afin de créer trois millions d’emplois, et que vous dites dans le même temps que vous appliquez quelque chose de nouveau qui n’a rien à voir avec le droit et les normes internationales, alors ces touristes ne viendront pas chez vous. Si vous voulez doubler les investissements étrangers, comme nous l’avons fait en les portant de 5 à 17 millions, et que vous demandez aux investisseurs de mettre de l’argent dans un pays qui serait régi par un système inconnu que leurs avocats ne maîtrisent pas et dont ils ne savent pas comment les règlements sont appliqués, alors ces investisseurs vont vouloir réduire leurs pertes et donc s’abstenir d’investir. Et lorsque vous voulez attirer certains talents et des ressources humaines pour travailler au royaume d’Arabie saoudite et que vous annoncez que vous avez inventé une nouvelle manière d’édicter des lois, personne ne viendra chez vous. Vous serez alors contraint d’adopter les lois qui sont internationalement reconnues, tout en les fondant sur le Coran, sur vos intérêts et vos objectifs ainsi que sur la préservation de la sécurité et des intérêts du citoyen, en ayant à l’esprit le développement et la prospérité du pays.

Cette vision concrétise le sens de l’ouverture sur le monde. Altesse, comment évaluez-vous les préoccupations, les appréhensions, la résistance et les craintes liées à la notion d’identité dans certains segments de la société face à cette mondialisation constatée dans le tourisme, les loisirs…

Si votre identité ne peut pas résister à la diversité du monde, cela signifie qu’elle est faible et que vous devez vous en passer. En revanche, si votre identité est forte et authentique et que vous êtes en capacité de grandir et la développer en mettant en avant ses aspects positifs, alors vous la préserverez et la renforcerez. Notre manière de nous habiller, nos traditions, notre culture et notre héritage, notre héritage islamique en premier lieu, le montrent. Tout cela constitue une partie importante de notre identité, que nous développons avec le temps et que nous continuons à mettre en valeur afin d’en faire une force capable d’influer sur le monde. Je crois que notre identité est très forte et que nous en sommes fiers. En réalité, elle est véhiculée par vous, par moi et par tout citoyen d’Arabie saoudite, ainsi que par le mouvement en cours qui se fonde sur notre identité saoudienne, laquelle est dérivée de notre culture et de notre héritage islamique, arabe et historique.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la campagne qui a pour objectif de neutraliser le discours extrémiste?

C’est difficile de choisir par où commencer, mais… l’extrémisme en tout est une faute. Notre Prophète parle dans un de ses hadiths du jour où des extrémistes vont apparaître et il exige qu’ils soient aussitôt mis à mort. «Ne pratiquez pas l’extrémisme dans votre religion. De nombreuses nations ont péri avant vous parce qu’elles étaient extrémistes dans leurs religions.» Être extrémiste en quoi que ce quoi, dans la religion, dans notre culture ou dans notre arabité pose un problème sérieux selon les enseignements de notre Prophète, l’expérience de sa vie et l’histoire que nous avons apprise.

En ordonnant l’emprisonnement d’un groupe d’extrémistes, avez-vous cherché à neutraliser un risque éventuel ou bien ce groupe est-il impliqué dans certaines affaires?

Le royaume d’Arabie saoudite a été la cible principale de projets extrémistes et d’actions terroristes dans le monde. Si j’étais Oussama ben Laden et que je voulais répandre mes croyances extrémistes dans le monde, surtout parmi les musulmans, où commencerais-je? Dans l’État où se trouvent les lieux saints des musulmans, là où tous les pèlerins viennent, et l’endroit vers lequel tous les musulmans se tournent cinq fois par jour. Si je veux répandre mon projet, il se répandra alors automatiquement dans le monde. Ainsi, chaque extrémiste qui se demande par où commencer va penser à l’Arabie saoudite. À une certaine époque, qui a été une phase très difficile – disons des années 1950 aux années 1970 –, se développait, à côté d’autres initiatives, le projet arabiste, ou bien socialiste et communiste, dans la région. À ce moment-là, beaucoup de groupes extrémistes ont eu l’opportunité d’entrer d’une manière ou d’une autre dans le royaume d’Arabie saoudite et d’accéder à certaines positions, que ce soit au sein de l’État ou dans l’économie. Cela a eu de terribles répercussions, dont nous avons vu les conséquences au cours des années plus récentes. Le fait est que nous ne pouvons ni croître, ni attirer des capitaux, ni développer le tourisme ni connaître le progrès si une telle pensée extrémiste se construit en Arabie saoudite. Si vous souhaitez créer des millions d’emplois, si vous tenez à ce que le chômage recule, à ce que vos revenus augmentent, vous devez éradiquer ces projets pour en préserver d’autres, et cela sans même affirmer que ces gens-là ne devraient pas représenter notre religion et nos principes divins de quelque manière que ce soit. Il ne fait pas de doute que cela constitue un crime, qui a eu pour résultat la création de groupes terroristes qui ont tué des gens à travers le monde, et qui ont également tué des Saoudiens et gâché tant d’opportunités économiques. Cela constitue un acte criminel en vertu des lois en vigueur en Arabie saoudite. Ainsi, toute personne qui adopte une approche extrémiste, même si elle n’est pas terroriste, est un criminel qui s’expose à toute la rigueur de la loi.

Quelle est votre philosophie, Altesse, au sujet de la politique étrangère?

Les intérêts de l’Arabie saoudite. 

Est-ce votre philosophie?

Absolument. Notre politique étrangère est fondée sur nos intérêts et notre sécurité.

Et qu’en est-il de l’influence? Que signifie, pour vous, l’influence en politique?

L’influence signifie: le pouvoir d’influer pour réaliser un intérêt. C’est le cas par exemple pour le Fonds d’investissement public. Lorsque vous avez de l’influence, une bonne réputation à travers le monde, et que vous êtes considéré comme un bon catalyseur pour divers secteurs, alors le monde sera ouvert aux investissements de notre fonds, lequel, en retour, attirera de nouvelles opportunités pour nous. Nous avons pu obtenir tant d’investissements grâce à l’influence de nos relations publiques établies dès le lancement de notre Vision. Je parle ici de l’investissement Uber, par exemple. Ce n’est pas le fonds qui est allé le chercher, ils sont venus vers nous. Ainsi, créer une influence dans différents domaines afin de réaliser un intérêt du royaume d’Arabie saoudite est sans aucun doute nécessaire, sans toutefois contrevenir à la charte de l’ONU ni aux lois des autres pays.

Évoquons les relations entre l’Arabie saoudite et les États-Unis après l’arrivée de la nouvelle administration à la Maison Blanche. Y a-t-il une discorde entre ces deux alliés? La Maison Blanche a-t-elle tourné le dos à Riyad?

Une entente complète entre deux pays, cela n’existe pas, même avec les pays du Golfe, les plus proches de nous. Il existe souvent des différences, que l’on trouve d’ailleurs à l’intérieur d’une même maison, quand des frères ne parviennent pas à s’entendre totalement. Avec les diverses administrations américaines, la marge de différence peut s’accroître ou se réduire, mais nous sommes en accord sur plus de 90% des intérêts saoudo-américains avec l’administration Biden, et nous espérons consolider ce point positif d’une manière ou d’une autre. Dernièrement, nous avons adhéré à un nouveau groupe dont les objectifs sont essentiels en matière d’énergie propre et de préservation de l’environnement. L’Arabie saoudite est donc l’un des pays – ils sont moins de dix – qui ont rejoint les États-Unis sur ce plan. Bien sûr, nous cherchons toujours à maintenir nos intérêts. Et dans les domaines où nous avons des divergences, qui représentent moins de 10%, nous tentons de trouver des solutions et de parvenir à des accords afin de les dépasser. Le but est de neutraliser les risques pour les deux pays tout en préservant nos intérêts. Les États-Unis sont incontestablement un allié stratégique du royaume d’Arabie saoudite. Ils ont été nos alliés pendant plus de quatre-vingts ans et cela a eu des répercussions, aussi bien sur le Royaume que sur les États-Unis. Vous pouvez ainsi vous imaginer que si les 10 millions de barils de pétrole achetés très bon marché, entre 3 et 6 dollars, étaient souscrits pour être achetés au Royaume-Uni, les États-Unis ne seraient pas dans la situation qu’ils connaissent aujourd’hui.

Ainsi, l’Arabie saoudite a donc contribué à renforcer les États-Unis?

Bien sûr. Si cela avait été un contrat conclu avec le Royaume-Uni, les choses auraient été différentes aujourd’hui. Et, de notre côté aussi, si ce contrat avait été signé avec le Royaume-Uni, nous aurions été sous une pression plus forte encore. Le Royaume-Uni colonisait de nombreux pays dans la région, délimitant leurs frontières et intervenant dans nos affaires. Nous aurions fait face à davantage de pression à cet égard. Le fait de signer un contrat avec les États-Unis a donné au Royaume une assise solide pour les intérêts américains, ce qui a amené le Royaume-Uni à repenser la manière dont il pouvait exercer des pressions sur lui. Cependant, le monde est immense et il n’existe pas deux pays qui se ressemblent. Dans les années 1950, les États-Unis représentaient 50% de l’économie mondiale, aujourd’hui, ils n’en constituent que 20%. À l’heure actuelle, le monde entier a commencé à retrouver son équilibre après les deux guerres mondiales. Nous œuvrons à maintenir nos relations avec nos partenaires stratégiques dans la région, à commencer par les pays du Golfe, les États arabes et ceux du Moyen-Orient. Nous travaillons aussi à renforcer nos alliances avec nos partenaires à travers le monde, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Europe et d’autres pays, tout en cherchant à créer de nouveaux partenariats avec tous les autres comme la Russie, l’Inde, la Chine, l’Amérique latine, les pays d’Afrique…
Tout cela a pour but de servir les intérêts de l’Arabie saoudite sans nuire à aucun pays. La Chine a annoncé aujourd’hui que l’Arabie saoudite était un partenaire stratégique. L’Inde et la Russie lui ont emboîté le pas. Pour autant, nous restons un partenaire stratégique pour les États-Unis. Ainsi, nous renforçons nos relations avec tout le monde pour servir à la fois nos intérêts, les leurs, mais aussi les intérêts internationaux. Au bout du compte, chaque pays fait son choix. Si nous pouvions travailler avec eux dans l’intérêt de tous, ce serait magnifique. À défaut, il existe beaucoup d’autres options.

Les 10%, Votre Altesse, s’agit-il juste d’une différence de points de vue ou bien de pressions exercées par les États-Unis sur le Royaume?

Le royaume d’Arabie saoudite n’autorisera aucune ingérence dans ses affaires intérieures. La charte des Nations unies stipule clairement que les nations jouissent d’une entière souveraineté et d’une indépendance totale. Le problème majeur dans le monde – qui a mené aux deux guerres mondiales –, ce sont les ingérences dans les affaires d’autrui.
Cette charte a été établie dans le but de résoudre une grande et longue crise qui avait commencé avec le colonialisme et qui s’est terminée avec la Première Guerre et la Seconde Guerre mondiales. La charte de l’Onu a apporté une solution au problème. Et l’un des plus importants piliers de cette charte réside dans le respect de la souveraineté des États et dans l’interdiction d’ingérence dans leurs affaires internes. Ainsi, si un État intervient dans les affaires internes d’un autre pays, il viole une charte qui a maintenu la paix du monde et a assuré sa stabilité et sa sécurité après la Seconde Guerre mondiale. Elle a également garanti, durant les cinquante à soixante dernières années, la prospérité dont nous jouissons à l’heure actuelle. Tout cela est le fruit de cette charte. Toute tentative qui y porterait atteinte se révèle inacceptable dans la mesure où elle constitue la principale cause de tout ce dont nous jouissons aujourd’hui dans le monde. Nous rejetons avec force une telle idée. Nous tentons de renforcer nos intérêts tout en évitant les divergences.

Qu’en est-il des relations avec l’Iran, Altesse? Une action quelconque est-elle entreprise en vue d’un accord sur les questions qui demeurent en suspens entre l’Arabie saoudite et l’Iran?

En définitive, l’Iran est un pays voisin. Tout ce que nous demandons, c’est d’avoir des relations bonnes et courtoises avec l’Iran. Nous ne voulons pas que la situation avec ce pays soit difficile. Au contraire, nous désirons que la relation prospère et qu’elle se développe, car nous avons des intérêts en Iran et eux ont des intérêts en Arabie saoudite, qui consistent à œuvrer pour la prospérité et la croissance dans la région et dans le monde entier. Le problème que nous rencontrons réside dans certains comportements négatifs de l’Iran, qu’il s’agisse de leur programme nucléaire, de leur soutien à des milices illégales dans quelques pays de la région, ou de leur programme de missiles balistiques. Nous travaillons à présent avec nos partenaires dans la région et dans le monde afin de trouver des solutions à ces problèmes. Nous espérons vivement que nous les dépasserons et que nous construirons des relations bonnes et positives avec l’Iran, qui bénéficieraient à toutes les parties.

Nous ne pouvons pas parler de l’Iran sans évoquer le Yémen. L’Arabie saoudite a présenté une initiative qui, quoi qu’il en soit, a été rejetée. Comment se présente donc aujourd’hui l’avenir du Yémen?

Comme vous le savez, ce n’est pas la première crise qui se déclare entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Il y en a eu une sous le règne du roi Abdelaziz, elle avait été résolue. Puis il y en a eu une autre, dans les années 1970 et 1980, qui a fini par être résolue dans les années 1990. Une troisième crise a suivi, en 2009. Cependant, nous étions en mesure de la résoudre rapidement avant que cette dernière crise n’éclate, lorsque les Houthis ont commencé à s’étendre, à partir de 2014, pour atteindre Sanaa au début de l’année 2015. Alors, ils se sont retournés contre le gouvernement légitime du Yémen. C’est illégal non seulement au Yémen mais aux yeux du monde entier. Aucun pays ne peut accepter de coexister avec des milices à ses frontières ou avec un groupe armé qui outrepasse les lois à ses frontières. C’est inacceptable aussi bien pour l’Arabie saoudite que pour les autres pays de la région, et c’est également inacceptable pour le Yémen. Nous en avons vu les répercussions dans ce pays. Nous espérons vraiment que les Houthis se mettront autour de la table de négociations avec toutes les autres parties yéménites afin de trouver des solutions qui garantiront les droits de tous et sauvegarderont les intérêts de tous les pays de la région. Nous maintenons toujours notre offre de cessez-le feu et notre proposition qui consiste à les aider sur un plan économique, et à leur apporter tout ce dont ils peuvent avoir besoin, jusqu’à ce que les Houthis acceptent de conclure un cessez-le-feu et de s’asseoir à la table des négociations.

Les Houthis pourront-ils décider eux-mêmes ou faudra-t-il que Téhéran décide? Devrions-nous régler d’autres questions, comme le programme nucléaire, avant qu’ils acceptent de négocier?

Il ne fait pas de doute que les Houthis possèdent des liens forts avec le régime iranien. Mais en définitive, les Houthis sont des Yéménites. Leur instinct arabe et yéménite, espérons-le, devrait les pousser à penser en priorité à leurs intérêts et à ceux de leur patrie.

Altesse, que se passera-t-il après 2030?

Il y aura 2040…

Donc une planification continue?

Sans doute. 2030 nous placera dans une position très avancée dans le monde. Mais 2040 sera la véritable étape compétitive au niveau mondial.

De quoi l’Arabie saoudite dispose-t-elle pour en assurer le succès ? 

Des citoyens saoudiens.

Des citoyens saoudiens?

Sans nos concitoyens, il ne fait pas de doute que nous n’aurions rien fait de ce que nous avons pu accomplir. S’ils n’étaient pas convaincus de ce que nous faisons, s’ils n’étaient pas prêts à parer aux multiples difficultés qui peuvent se présenter, s’ils n’étaient pas désireux de s’associer à ce travail, en tant que fonctionnaires civils, ministres, hommes d’affaires, employés du secteur privé, ou comme citoyen accomplissant n’importe quel travail, toute notre planification n’aurait servi à rien et ne serait qu’un peu d’encre sur le papier.

De quoi avez-vous peur, Altesse?

Je crois que le mot «peur» n’existe dans aucun dictionnaire saoudien car les Saoudiens n’ont peur de rien.

La peur n’existe pas?

Je ne le crois pas. Nous avons des craintes, des préoccupations, certes. Mais nous tâchons de dépasser ces craintes avec des solutions et je pense que le mot «peur» ne figure pas dans notre dictionnaire.

Votre Altesse, quel est le plus important message que vous voudriez transmettre à votre peuple?

Persévérez. Nous avons réalisé de grandes choses ces quatre dernières années. Nous voulons en réaliser davantage d’ici à 2025. Passer d’une prospérité à l’autre.


Merci beaucoup, Altesse, pour cette interview. Merci aussi à vous, chers téléspectateurs. Veuillez transmettre les mots de son Altesse qui dit que le Coran est notre Constitution. 
Au revoir.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com  


Les leaders sunnites du Liban renouvellent leur soutien à Hariri

Au cours de la réunion, présidée par le Grand Mufti, Cheikh Abdel Latif Deriane, Saad Hariri a évoqué les obstacles à la formation du gouvernement. (Photo fournie)
Au cours de la réunion, présidée par le Grand Mufti, Cheikh Abdel Latif Deriane, Saad Hariri a évoqué les obstacles à la formation du gouvernement. (Photo fournie)
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  • La réunion du Conseil suprême de la charia islamique a mis en garde contre une «crise suffocante» à laquelle le pays est confronté
  • Il a été rapporté plus tôt que Hariri pourrait annoncer lors de la réunion qu'il se retirait de la tâche de former un nouveau gouvernement

BEYROUTH : Le Conseil suprême de la charia islamique, qui représente la communauté sunnite et ses leaders au Liban, a renouvelé son soutien à Saad Hariri, le Premier ministre désigné, au milieu d'un différend croissant sur l'échec de la formation d'un gouvernement dans le pays.

Après une longue réunion samedi, à laquelle Hariri a participé, le Conseil a averti que «toute recherche de nouvelles définitions concernant la Constitution ou l'accord de Taëf n'est acceptable sous aucun prétexte».

Il a été rapporté plus tôt que Hariri pourrait annoncer lors de la réunion qu'il se retirait de la tâche de former un nouveau gouvernement qui lui avait été confiée par le parlement en octobre dernier.

Ni l'initiative française ni la médiation du président du Parlement Nabih Berri n'ont jusqu'à présent pas permis de former un gouvernement en raison d'une intensification du différend entre Hariri et le président Michel Aoun, ainsi que son équipe politique représentée par son gendre Gebran Bassil, chef du Mouvement Patriotique Libre.

La réunion, qui s'est tenue à Dar Al-Fatwa et à laquelle ont participé d'anciens Premiers ministres, a signalé que la responsabilité du retard dans la formation du gouvernement incombe à ceux «qui essaient d'inventer des moyens et des méthodes qui annulent le contenu du document de l’accord national, qui bénéficie du consensus de tous les leaders libanais soucieux de l'indépendance, de l'unité, de la souveraineté et du panarabisme du Liban».

Au cours de la session, présidée par le grand mufti, Cheikh Abdel Latif Deriane, Hariri a discuté des obstacles à la formation du gouvernement et des mesures qu'il a prises pour les surmonter.

Les personnes présentes à la réunion ont exprimé leur crainte que «la crise suffocante à laquelle est confronté le Liban ne dégénère en un abîme sans fin au milieu de l'indifférence et de la confusion aléatoire qui caractérisent le comportement et les actions des leaders qui ont une influence sur les citoyens».

Le différend sur la formation du gouvernement est un «débat inutile», ont-ils ajouté.

Hariri a ensuite qualifié la discussion de positive.

«Le Liban assiste chaque jour à une détérioration politique et économique», a-t-il déclaré. «Ce qui compte pour nous, c'est le pays en fin de compte».

L'un des participants à la réunion, qui a refusé d'être nommé, a déclaré à Arab News que «Hariri a présenté les options devant la réunion, notamment la démission, mais les participants ont rejeté cette option et l'ont fait pression pour qu'il adhère à ses pouvoirs constitutionnels et attende de voir à quoi pourrait aboutir la médiation de Berri».

La source a également révélé que «l'importance de la déclaration publiée par la réunion ne doit pas être sous-estimée car il s'agit d'une déclaration publiée par Dar Al-Fatwa et désapprouve le président et son gendre».

Fouad Siniora, ancien Premier ministre, a indiqué que le problème de la formation du gouvernement est purement interne et qu'Aoun doit respecter la constitution. « Chaque jour, Aoun viole la constitution et n'agit pas comme celui qui doit unir les Libanais», a-t-il expliqué.

Siniora a confié que «le Hezbollah se cache derrière le président ainsi que le député Gebran Bassil. Le Hezbollah veut que le sort de la formation du gouvernement reste entre ses mains pour qu'il l'utilise comme une carte de négociation. Le Hezbollah est un problème majeur et une source de douleur».

Moustapha Alloush, vice-président du Mouvement du Futur, a avisé qu'«il y a des pressions de la communauté sunnite sur Hariri pour qu'il ne démissionne pas de sa mission et qu'il ne confiera pas la formation du gouvernement à des personnes agissant comme intermédiaires».

Alloush a enfin ajouté : «La déclaration de Dar Al-Fatwa reflète un signe clair de soutien à Hariri, et le dialogue se poursuit entre Hariri et les anciens Premiers ministres».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Nucléaire iranien: sans doute pas d'accord cette semaine, affirme Téhéran

«A titre personnel, je ne pense pas que nous puissions parvenir à une conclusion cette semaine», a déclaré le négociateur en chef de l'Iran, alors que les Iraniens élisent leur président le 18 juin. (Photo, AFP)
«A titre personnel, je ne pense pas que nous puissions parvenir à une conclusion cette semaine», a déclaré le négociateur en chef de l'Iran, alors que les Iraniens élisent leur président le 18 juin. (Photo, AFP)
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  • Pour plusieurs analystes, la perspective d'une entente permettant de relancer l'accord torpillé par Trump apparaissait peu probable avant la tenue de la présidentielle
  • Le gouvernement modéré-réformateur de Rohani a promis aux Iraniens la levée des sanctions avant la fin de son mandat

VIENNE : Le négociateur en chef de l'Iran a déclaré samedi soir "ne pas "penser que les négociations" sur le nucléaire "puissent parvenir à une conclusion cette semaine", alors que les Iraniens élisent leur président le 18 juin. 

"A titre personnel, je ne pense pas que nous puissions parvenir à une conclusion cette semaine", a déclaré Abbas Araghchi au diffuseur public iranien à la suite de la reprise du sixième round de négociations à Vienne.

À la sortie de la réunion dans la capitale autrichienne, le représentant russe Mikhaïl Oulianov a aussi estimé que les négociateurs avaient besoin "de quelques semaines supplémentaires pour toiletter le texte existant", selon une déclaration sur Twitter. 

Les Iraniens sont appelés aux urnes pour désigner le successeur du président Hassan Rohani, principal architecte, côté iranien, de cet accord conclu en juillet 2015 avec les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne.

Pour plusieurs analystes, la perspective d'une entente permettant de relancer ce pacte torpillé par Washington en 2018 apparaissait peu probable avant la tenue du scrutin.

Le "plan d'action global commun" (JCPOA, selon son acronyme anglais) offre à l'Iran un allègement des sanctions en échange d'une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Mais l'ancien président Donald Trump a rétabli les sanctions américaines que l'accord avait permis de lever et a lancé une campagne de "pression maximale" contre l'Iran à coups de sanctions supplémentaires.

En riposte, l'Iran a fait sauter depuis mai 2019 la plupart des limites qu'il avait consenties sur son programme nucléaire.

Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, dit vouloir réintégrer les États-Unis à l'accord de Vienne.

Engageant l'Iran et les autres États encore parties au pacte, ainsi que, indirectement, les États-Unis, les négociations en cours à Vienne tendent vers ce but.

Le gouvernement modéré-réformateur de M. Rohani a promis aux Iraniens la levée des sanctions avant la fin de son mandat. Il espère un compromis à Vienne avant de passer la main, en août, au prochain président.


Un rassemblement propalestinien devant Downing Street pour réclamer des sanctions contre Israël

Les organisateurs affirment que plus de 8 000 personnes ont assisté à la manifestation dans le centre de Londres, appelant le gouvernement britannique à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
Les organisateurs affirment que plus de 8 000 personnes ont assisté à la manifestation dans le centre de Londres, appelant le gouvernement britannique à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
La manifestation intervient deux jours avant que le parlement britannique ne débatte d'une pétition visant à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
La manifestation intervient deux jours avant que le parlement britannique ne débatte d'une pétition visant à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
Les organisateurs affirment que plus de 8 000 personnes ont assisté à la manifestation dans le centre de Londres, appelant le gouvernement britannique à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
Les organisateurs affirment que plus de 8 000 personnes ont assisté à la manifestation dans le centre de Londres, appelant le gouvernement britannique à imposer des sanctions contre Israël. (Photo, les amis d’Al-Aqsa (FOA))
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  • Des groupes affirment que 8 000 personnes ont participé aux manifestations, dont 185000 ont écrit aux députés avant le débat
  • «Israël a violé plus de 40 résolutions de l'ONU; la campagne pour imposer des sanctions se poursuivra jusqu'à ce qu'Israël soit tenu responsable de ce non-respect du droit international»

LONDRES : Des manifestants propalestiniens se sont rassemblés samedi devant Downing Street dans la capitale britannique, Londres, dans le but de demande au gouvernement britannique d’imposer des sanctions à Israël pour ses bombardements de la bande de Gaza le mois dernier.

La manifestation intervient deux jours avant que le Parlement ne débatte d'une pétition visant à imposer des sanctions contre Israël, après avoir reçu plus de 380000 signatures, au-dessus du seuil de 100 000 requis pour qu'elle soit prise en considération.

La manifestation, qui intervient également alors qu'une réunion du G7 des leaders mondiaux se tient en  Cornouailles, fait partie de la «Journée d'action (S’opposer au G7 pour la justice internationale)» organisée par une coalition de groupes propalestiniens appelant les pays du G7 à «mettre fin à toute coopération militaro-sécuritaire avec Israël et à imposer des sanctions ciblées jusqu'à ce qu'Israël se conforme au droit international», a déclaré la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC).

Les organisateurs ont signalé que plus de 8 000 personnes ont assisté à la manifestation et que 185 000 personnes ont directement contacté les députés britanniques dans le but de «faire pression sur le gouvernement britannique pour qu'il tienne Israël pour responsable des violations répétées du droit international, via l'imposition de sanctions».

Par ailleurs, 10 000 personnes ont demandé mercredi à rencontrer leurs députés pour leur demander d'assister au débat parlementaire du lundi et de se prononcer en faveur des sanctions contre Israël, dans le cadre d'un lobby national organisé par l'ONG britannique les amis d’Al-Asqa (FOA).

«En l'espace de 10 jours, 185 000 personnes ont envoyé une lettre que nous avons affiché sur notre site Web en s’appuyant sur les évènements de Cheikh Jarrah et sur ce qui se passent à la mosquée d’Al-Aqsa afin d’exiger des sanctions», a indiqué Shamiul Joarder de l’ONG les amis d’Al-Asqa (FOA), à Arab News.

L’opération militaire israélienne de 11 jours à Gaza a fait suite à des tensions accrues en Cisjordanie, après que les forces de sécurité israéliennes ont pris d'assaut la mosquée d’Al-Aqsa à plusieurs reprises pendant le mois sacré musulman du Ramadan et blessé des centaines de fidèles, tandis que dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem, des dizaines de Palestiniens risquent d'être expulsés à tout moment de leur domicile.

«Israël a violé plus de 40 résolutions de l'ONU ; la campagne pour imposer des sanctions se poursuivra jusqu'à ce qu'Israël soit tenu responsable de ce non-respect du droit international», a insisté Joarder.

Il a aussi ajouté que ce qu'ils ont découvert au fil des ans, c'est que plus de gens deviennent politiquement conscients, astucieux et cultivés, et comprennent mieux la dynamique politique dans la région.

«Les médias sociaux ont vraiment aidé à voir ce qui se passe sur le terrain. De nos jours, vous pouvez voir sur votre téléphone l'apartheid qui se déroule en Palestine, et cela a réellement permis aux gens d'inciter à l'action et de comprendre que nous donner de l'argent n'est pas la solution ici, nous devons devenir politiquement actifs», a soutenu Joarder.

«Même si les bombes se sont arrêtées à Gaza, l'occupation reste encore, et c'est vraiment touchant et une bénédiction que tant de personnes soient toujours engagées, ce qui est un peu diffèrent par rapport à 2008 et 2014. J'ai l'impression que les gens comprennent exactement que juste parce qu'il y a un cessez-le-feu, cela ne signifie pas que l'occupation a cessé, cela ne signifie pas que l'apartheid est terminé, ou les colonies sont suspendues, ou le projet colonial est interrompu. Les gens comprennent à présent que l'occupation persiste et ils doivent continuer à faire pression encore et encore.

Les organismes propalestiniens «les amis d’Al-Aqsa (FOA) et la campagne de solidarité avec la Palestine (PSC) ont organisé la manifestation avec la Coalition «Stop the War» (Arrêtez la guerre), le Forum palestinien en Grande-Bretagne ainsi que l'Association musulmane de Grande-Bretagne.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com