Variant indien: Les scientifiques affirment que le gouvernement a ignoré les avertissements

Une patiente respire à l'aide d'oxygène fourni par un Gurdwara, un lieu de culte pour les sikhs, sous une tente installée le long du bord de la route au milieu de la pandémie du coronavirus (Covid-19) à Ghaziabad le 1er mai 2021 (Photo, AFP)
Une patiente respire à l'aide d'oxygène fourni par un Gurdwara, un lieu de culte pour les sikhs, sous une tente installée le long du bord de la route au milieu de la pandémie du coronavirus (Covid-19) à Ghaziabad le 1er mai 2021 (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 02 mai 2021

Variant indien: Les scientifiques affirment que le gouvernement a ignoré les avertissements

  • L'avertissement concernant le nouveau variant au début du mois de mars a été émis par le Consortium indien de génétique SARS-CoV-2, ou l’INSACOG
  • Des millions de personnes, pour la plupart sans masques, ont assisté à des festivals religieux et à des rassemblements politiques

NEW DELHI: Un forum de conseillers scientifiques mis en place par le gouvernement a averti les responsables indiens début mars d'un nouveau variant plus contagieux du coronavirus qui se propage dans le pays, ont déclaré à Reuters cinq scientifiques qui font partie du forum.

Malgré l'avertissement, quatre des scientifiques ont révélé que le gouvernement fédéral n’a pas cherché à imposer des restrictions majeures dans le but d’arrêter la propagation du virus.

Des millions de personnes, pour la plupart sans masques, ont assisté à des festivals religieux et à des rassemblements politiques organisés par le Premier ministre Narendra Modi et les leaders du parti au pouvoir Bharatiya Janata ainsi que des politiciens de l'opposition.

Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers d’agriculteurs ont continué à camper aux abords de New Delhi pour protester contre les changements de politique agricole du Premier ministre Modi.

Le deuxième pays le plus peuplé du monde a maintenant du mal à contenir une deuxième vague d'infections beaucoup plus grave que la première de l'année dernière, qui, selon certains                     scientifiques, est accélérée par la nouveau variant et un autre variant détecté pour la première fois en Grande-Bretagne. L'Inde a signalé vendredi 386 452 nouveaux cas, un record mondial.

Le pic d'infections est la plus grande crise en Inde depuis que Modi a pris ses fonctions en 2014. Il reste à voir comment la gestion de cette crise pourrait affecter Modi ou son parti politiquement. Les prochaines élections générales sont prévues en 2024. Le scrutin aux dernières élections locales était en grande partie terminé avant que l'ampleur de la nouvelle flambée des infections ne devienne évidente.

L'avertissement concernant le nouveau variant au début du mois de mars a été émis par le Consortium indien de génétique SARS-CoV-2, ou l’INSACOG. Il a été transmis à un haut fonctionnaire qui rend compte directement au Premier ministre, selon l'un des scientifiques, le directeur d'un centre de recherche dans le nord de l'Inde qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat. Reuters n'a pas pu déterminer si les conclusions de l'INSACOG avaient été transmises à Modi lui-même.

Le bureau de Modi n’a pas répondu à une demande de commentaire de Reuters.

L'INSACOG a été créé en tant que forum de conseillers scientifiques par le gouvernement fin décembre précisément pour détecter les variants génomiques du coronavirus qui pourraient menacer la santé publique. L'INSACOG regroupe 10 laboratoires nationaux capables d'étudier les variants viraux.

Les chercheurs de l'INSACOG ont détecté pour la première fois le B.1.617, qui est maintenant connue sous le nom de variant indien du virus, dès février, a déclaré à Reuters Ajay Parida, directeur de l'Institut étatique des sciences de la vie et membre de l'INSACOG.

L'INSACOG a partagé ses conclusions avec le Centre national de contrôle des maladies (CNCD) du ministère de la Santé avant le 10 mars, avertissant que les infections pourraient rapidement augmenter dans plusieurs régions du pays, a déclaré à Reuters le directeur du centre de recherche du nord de l'Inde. Les résultats ont ensuite été transmis au ministère indien de la Santé, a indiqué cette personne. Le ministère de la Santé n'a pas répondu aux demandes de commentaires.

Autour de cette date, l'INSACOG a commencé à préparer une série de déclarations aux médias pour le ministère de la Santé. Une version de cette série de déclarations, vue par Reuters, exposait les conclusions du forum: le nouveau variant indien présentait deux mutations importantes dans la partie du virus qui se fixe aux cellules humaines, et elle avait été retracée dans 15% à 20% des échantillons de Maharashtra, l'État le plus touché de l'Inde.

Ces déclarations indiquaient sans aucun doute que les mutations, appelées E484Q et L452R, étaient «très préoccupantes». Les déclarations révèlent aussi: «il existe des données sur les virus mutants E484Q échappant aux anticorps hautement neutralisants dans les cultures, et il existe des données selon lesquelles la mutation L452R était responsable à la fois d'une transmissibilité accrue et d'une évasion immunitaire».

En d’autres termes, cela signifiait fondamentalement que les versions mutées du virus pouvaient plus facilement pénétrer dans une cellule humaine et contrecarrer la réaction immunitaire d’une personne.

Le ministère a rendu les conclusions publiques le 24 mars, environ deux semaines plus tard, lorsqu'il a publié une déclaration aux médias qui n'incluait pas l’expression «très préoccupant». La déclaration indiquait seulement que des variants plus problématiques nécessitaient les mesures déjà en cours, des tests et une quarantaine accrus. Les tests ont depuis presque doublé pour atteindre 1,9 million de tests par jour.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles le gouvernement n'a pas réagi avec plus de vigueur aux résultats, par exemple en restreignant les grands rassemblements, Shahid Jameel, président du groupe consultatif scientifique de l'INSACOG, s'est dit préoccupé par le fait que les autorités ne prêtaient pas suffisamment d'attention aux preuves lorsqu'elles mettaient en œuvre la politique relative aux variants.

«Toute politique doit être basée sur des preuves et non l'inverse», a-t-il déclaré à Reuters. «Je crains que la science n'ait pas été prise en compte pour orienter les politiques. Mais je sais où s'arrête ma juridiction. En tant que scientifiques, nous fournissons des preuves, l'élaboration des politiques est le travail absolu du gouvernement».

Le directeur du centre de recherche du nord de l'Inde a déclaré à Reuters que la série de communiqués de presse avait été envoyé au plus haut fonctionnaire du pays, le secrétaire du Cabinet Rajiv Gauba, qui rend compte directement au Premier ministre. Reuters n'a pas été en mesure de savoir si Modi ou son bureau avaient été informés des résultats. Gauba n'a pas répondu à une demande de commentaire.

Le gouvernement n'a pris aucune mesure pour empêcher les rassemblements susceptibles d'accélérer la propagation de le nouveau variant, les nouvelles infections ayant quadruplé le 1er avril par rapport au mois précédent.

Le premier ministre Modi, certains de ses principaux collaborateurs et des dizaines d'autres politiciens, y compris des personnalités de l'opposition, ont organisé des rassemblements dans tout le pays pour des élections locales en mars et en avril.

Le gouvernement a également autorisé le festival religieux Kumbh Mela, qui a duré des semaines, auquel ont participé des millions d'hindous, à partir de la mi-mars. Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers d'agriculteurs ont été autorisés à rester campés à la périphérie de la capitale New Delhi pour protester contre les nouvelles lois agricoles.

Pour sûr, certains scientifiques affirment que la vague a été beaucoup plus importante que prévu et que le revers ne peut pas être imputé au seul leadership politique. «Il ne sert à rien de blâmer le gouvernement», a déclaré à Reuters Saumitra Das, directeur de l'Institut national de génomique biomédicale, qui fait partie de l'INSACOG.

MESURES STRICTES NON PRISES

L'INSACOG fait rapport au Centre national de contrôle des maladies à New Delhi. Le directeur du CNCM, Sujeet Kumar Singh, a récemment déclaré lors d'une réunion privée en ligne que des mesures de confinement strictes étaient nécessaires début avril, selon un enregistrement de la réunion examiné par Reuters.

«Le moment exact, selon notre réflexion, était 15 jours avant», a affirmé Singh lors de la réunion du 19 avril, faisant référence à la nécessité de mesures de confinement plus strictes.

Singh n'a pas indiqué au cours de la réunion s'il avait averti directement le gouvernement de la nécessité d'agir à ce moment-là. Singh a refusé de faire des commentaires à Reuters.

Singh a déclaré à la réunion du 19 avril que plus récemment, il avait transmis aux représentants du gouvernement, l'urgence de la question.

«Il a été souligné très, très clairement qu'à moins que des mesures drastiques ne soient prises maintenant, il sera trop tard pour éviter la mortalité que nous allons voir», a signalé Singh, faisant référence à une réunion qui a eu lieu le 18 avril. Il n'a pas identifié quels fonctionnaires du gouvernement étaient présents à la réunion ni même décrit leur rang supérieur.

Singh a confié que certains responsables gouvernementaux présents à la réunion craignaient que les villes de taille moyenne ne voient des problèmes d'ordre public alors que les fournitures médicales essentielles comme l'oxygène s'épuisent, un scénario qui a déjà commencé à se dérouler dans certaines régions de l'Inde.

La nécessité d'une action urgente a également été exprimée la semaine précédente par le Groupe de travail national sur la Covid-19, un groupe de 21 experts et responsables gouvernementaux mis en place en avril dernier pour fournir des conseils scientifiques et techniques au ministère de la Santé sur la pandémie. Il est présidé par V.K. Paul, le principal conseiller de Modi en matière du coronavirus.

Le groupe a eu une discussion le 15 avril et «a convenu à l'unanimité que la situation est grave et qu'il ne faut pas hésiter à imposer des mesures de confinement», a témoigné un scientifique qui a participé a cette discussion.

Paul était présent à la discussion, selon le scientifique. Reuters n’a pas pu déterminer si Paul a transmis la conclusion du groupe à Modi. Paul n'a pas répondu à une demande de commentaire de Reuters.

Deux jours après l’avertissement adressé par Singh le 18 avril aux responsables gouvernementaux, Modi s’est adressé à la nation le 20 avril, s’opposant au confinement. Il a jugé qu'un confinement devrait être le dernier recours pour lutter contre le virus. Le confinement national de deux mois en Inde il y a un an a mis des millions de personnes au chômage et a dévasté l’économie.

«Nous devons sauver le pays des mesures de confinement . Je demanderais également aux États d'utiliser le confinement comme dernière option », a décidé Modi. «Nous devons faire de notre mieux pour éviter le confinement national et nous concentrer sur les zones de micro-confinement», a-t-il tranché, faisant référence à de petits confinements localisés imposés par les autorités pour contrôler les épidémies.

Les gouvernements des États indiens ont une grande latitude pour définir la politique sanitaire de leurs régions, et certains ont agi de manière indépendante pour essayer de contrôler la propagation du virus.

Les gouvernements des États indiens ont une grande liberté pour définir la politique de santé de leurs régions, et certains ont agi de manière indépendante pour essayer de contrôler la propagation du virus.

Le Maharashtra, le deuxième État le plus peuplé du pays, qui comprend Mumbai, a imposé des restrictions sévères telles que la fermeture de bureaux et de magasins au début du mois d’avril car les hôpitaux manquaient de lits, d’oxygène et de médicaments. Il a imposé un confinement complet le 14 avril.

«BOMBE À RETARDEMENT»

Le variant indien a maintenant atteint au moins 17 pays, dont la Grande-Bretagne, la Suisse et l'Iran, conduisant plusieurs gouvernements à fermer leurs frontières aux personnes venant d'Inde.

L'Organisation mondiale de la santé n'a pas encore déclaré le variant indien «variant préoccupant», comme elle l'a fait pour les variants détectés pour la première fois en Grande-Bretagne, au Brésil et en Afrique du Sud. Mais l'OMS a annoncé le 27 avril que sa modélisation précoce, basée sur le séquençage du génome, suggérait que la B.1.617 avait un taux de croissance plus élevé que les autres variants circulant en Inde.

Le variant britannique, appelée B.1.1.7, a également été détectée en Inde en janvier, notamment dans l'État du nord du Pendjab, un épicentre majeur des manifestations des agriculteurs, a déclaré à Reuters Anurag Agrawal, un scientifique chevronné de l'INSACOG.

Le CNCM et certains laboratoires de l'INSACOG ont déterminé qu'un pic massif de cas au Pendjab était causé par le variant britannique, selon un communiqué publié par le gouvernement de l'État du Pendjab le 23 mars.

Le Pendjab a imposé un confinement à partir du 23 mars. Mais des milliers d'agriculteurs de l'État sont restés dans des camps de protestation à la périphérie de Delhi, beaucoup faisant des allers-retours entre les deux endroits avant le début des restrictions.

«C'était une bombe à retardement», a affirmé Agrawal, directeur de l'Institut de génomique et de biologie intégrative, qui a étudié certains échantillons du Pendjab. «C'était une question d'explosion, et les rassemblements publics sont un énorme problème en période de pandémie. Et le B.1.1.7 est un très mauvais variant en termes de potentiel de propagation».

Le 7 avril, plus de deux semaines après l'annonce du Pendjab du variant britannique, les cas de coronavirus ont commencé à augmenter fortement à Delhi. En quelques jours, les lits d'hôpitaux, les établissements de soins intensifs et l'oxygène médical ont commencé à manquer dans la ville. Dans certains hôpitaux, les patients sont décédés à bout de souffle avant de pouvoir être traités. Les crématoriums de la ville regorgent de cadavres.

Delhi souffre maintenant de l'un des pires taux d'infection du pays, avec plus de trois tests sur 10 positifs au virus.

L'Inde dans son ensemble a signalé plus de 300 000 infections par jour au cours des neuf derniers jours, le pire taux au monde depuis le début de la pandémie. Les décès ont également augmenté, avec un total de plus de 200 000 cette semaine.

Agrawal et deux autres scientifiques de haut niveau du gouvernement ont déclaré à Reuters que les autorités sanitaires fédérales et les responsables locaux de Delhi auraient dû être mieux préparés après avoir vu ce que les variants avaient fait dans le Maharashtra et le Pendjab. Reuters n'a pas pu déterminer quels avertissements spécifiques avaient été adressés et à qui sur la préparation d'une énorme vague de cas.

«Nous sommes dans une situation très grave», a affirmé Shanta Dutta, chercheuse médicale à l'Institut national étatique du choléra et des maladies entériques. «Les gens écoutent plus les politiciens que les scientifiques».

Rakesh Mishra, directeur du Centre de biologie cellulaire et moléculaire, qui fait partie de l’INSACOG, a déclaré que la communauté scientifique du pays était absolument découragée.

«Nous aurions pu faire mieux, notre science aurait pu avoir plus d'importance», a-t-il déclaré à Reuters. «Ce que nous avons observé de quelque manière que ce soit, cela aurait dû être mieux utilisé».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


CIJ: l'impartialité de l'UNRWA suscite de «sérieux doutes» selon les Etats-Unis

En décembre, l'Assemblée générale des Nations unies avait adopté une résolution demandant à la CIJ de rendre un avis consultatif "à titre prioritaire et de toute urgence". (AFP)
En décembre, l'Assemblée générale des Nations unies avait adopté une résolution demandant à la CIJ de rendre un avis consultatif "à titre prioritaire et de toute urgence". (AFP)
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  • La CIJ, située à La Haye (Pays-Bas), a ouvert lundi sa semaine d'audiences plus de 50 jours après l'instauration d'un blocus total sur l'aide entrant dans la bande de Gaza ravagée par la guerre
  • Israël, qui ne participe pas à ces audiences, a dénoncé lundi une "persécution systématique" de la CIJ

LA HAYE: Un représentant des Etats-Unis a fait part mercredi à la Cour internationale de Justice de "sérieux doutes" concernant l'impartialité de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) lors d'audiences consacrées aux obligations humanitaires d'Israël envers les Palestiniens.

"L'impartialité de l'UNRWA suscite de sérieux doutes, du fait d'informations selon lesquelles le Hamas a utilisé les installations de l'UNRWA et que le personnel de l'UNRWA a participé à l'attentat terroriste du 7 octobre contre Israël", a déclaré Josh Simmons, de l'équipe juridique du département d'État américain.

La CIJ, située à La Haye (Pays-Bas), a ouvert lundi sa semaine d'audiences plus de 50 jours après l'instauration d'un blocus total sur l'aide entrant dans la bande de Gaza ravagée par la guerre.

Israël, qui ne participe pas à ces audiences, a dénoncé lundi une "persécution systématique" de la CIJ.

M. Simmons a déclaré aux juges qu'Israël avait "de nombreuses raisons" de mettre en doute l'impartialité de l'UNRWA.

"Il est clair qu'Israël n'a aucune obligation d'autoriser l'UNRWA à fournir une assistance humanitaire", a-t-il déclaré.

Israël a promulgué une loi interdisant à l'UNRWA, d'opérer sur le sol israélien, après avoir accusé certains membres du personnel d'avoir participé aux attaques du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché le conflit.

Une série d'enquêtes, dont l'une menée par l'ancienne ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna, a révélé des "problèmes de neutralité" à l'UNRWA, mais a souligné qu'Israël n'avait pas fourni de preuves de son allégation principale.

Philippe Lazzarini, directeur de l'UNRWA, a déclaré mardi que plus de 50 membres de son personnel à Gaza avaient été maltraités et utilisés comme boucliers humains alors qu'ils étaient détenus par l'armée israélienne.

Lors de sa déposition face à la Cour, Diégo Colas, représentant la France, a appelé Israël à lever "sans délai" son blocage de l'aide vers la bande de Gaza".

"L'ensemble des points de passage doivent être ouverts, le travail des acteurs humanitaires doit être facilité, et le personnel doit être protégé conformément aux droits internationaux", a-t-il déclaré .

"Conséquences mortelles" 

Israël contrôle tous les flux d'aide internationale, vitale pour les 2,4 millions de Palestiniens de la bande de Gaza frappés par une crise humanitaire sans précédent, et les a interrompus le 2 mars dernier, quelques jours avant l'effondrement d'un fragile cessez-le-feu après 15 mois de combats incessants.

"L'interdiction totale de l'aide et des fournitures humanitaires décrétée par les autorités israéliennes depuis le 2 mars a des conséquences mortelles pour les civils de Gaza", a déclaré dans un communiqué Claire Nicolet, responsable de la réponse d'urgence de l'ONG Médecins sans Frontières dans la bande de Gaza.

"Les autorités israéliennes utilisent l'aide non seulement comme une monnaie d'échange, mais aussi comme une arme de guerre et un moyen de punition collective pour plus de 2 millions de personnes vivant dans la bande de Gaza," a-t-elle ajouté.

En décembre, l'Assemblée générale des Nations unies avait adopté une résolution demandant à la CIJ de rendre un avis consultatif "à titre prioritaire et de toute urgence".

La résolution demande à la CIJ de clarifier les obligations d'Israël concernant la présence de l'ONU, de ses agences, d'organisations internationales ou d'États tiers pour "assurer et faciliter l'acheminement sans entrave des fournitures urgentes essentielles à la survie de la population civile palestinienne".

Les avis consultatifs de la CIJ ne sont pas juridiquement contraignants, mais celui-ci devrait accroître la pression diplomatique sur Israël.

En juillet dernier, la CIJ avait aussi rendu un avis consultatif jugeant "illégale" l'occupation israélienne des Territoires palestiniens, exigeant qu'elle cesse dès que possible.


Après la panne géante, les énergies renouvelables sur le banc des accusés en Espagne

Des passagers attendent avant de monter dans leur train à la gare de Sants à Barcelone, le 29 avril 2025, au lendemain d'une panne d'électricité massive qui a touché toute la péninsule ibérique et le sud de la France. (Photo par Josep LAGO / AFP)
Des passagers attendent avant de monter dans leur train à la gare de Sants à Barcelone, le 29 avril 2025, au lendemain d'une panne d'électricité massive qui a touché toute la péninsule ibérique et le sud de la France. (Photo par Josep LAGO / AFP)
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  • Deux jours après la panne géante qui a touché la péninsule, la nature du mix énergétique ibérique est au cœur de vifs débats mercredi en Espagne.
  • Dans le viseur de ces deux quotidiens, mais aussi des partis d'opposition, se trouve la politique énergétique mise en place depuis plusieurs années par le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez.

MADRID : L'essor des énergies renouvelables a-t-il fragilisé le réseau électrique espagnol ? Deux jours après la panne géante qui a touché la péninsule, la nature du mix énergétique ibérique est au cœur de vifs débats mercredi en Espagne, malgré les messages rassurants des autorités.

« Le manque de centrales nucléaires et la multiplication par dix des énergies renouvelables ont mis à terre le réseau électrique », assure en une le quotidien conservateur ABC mercredi matin. « Les alertes sur les renouvelables depuis cinq ans » ont été « ignorées », regrette de son côté El Mundo, également classé à droite.

Dans le viseur de ces deux quotidiens, mais aussi des partis d'opposition, se trouve la politique énergétique mise en place depuis plusieurs années par le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, qui a fait de l'Espagne l'un des champions européens de la transition verte.

Selon le gestionnaire du réseau électrique espagnol REE, le solaire et l'éolien ont représenté en 2024 près de 40 % du mix électrique espagnol. C'est près de deux fois plus qu'en 2014, et près du double également de la part du nucléaire, tombée l'an dernier à 20 %. 

Cette évolution est défendue par l'exécutif, qui s'est engagé à fermer toutes les centrales nucléaires d'ici dix ans, mais elle est source de tensions dans le pays, plusieurs rapports ayant pointé ces derniers mois de possibles risques en l'absence de mesures fortes pour adapter le réseau.

- Une énergie « sûre » ?

Dans son document financier annuel publié fin février, Redeia, la maison-mère de REE, avait ainsi mis en garde contre « la forte pénétration de la production renouvelable sans les capacités techniques nécessaires à un comportement adéquat face aux perturbations ».

Cela pourrait « provoquer des coupures de production », qui « pourraient devenir sévères, allant jusqu'à entraîner un déséquilibre entre la production et la demande, ce qui affecterait significativement l'approvisionnement en électricité » de l'Espagne, avait-elle écrit. 

Un message relayé par l'organisme espagnol de la concurrence (CNMC) dans un rapport de janvier. « À certains moments, les tensions du réseau de transport d'électricité ont atteint des valeurs maximales proches des seuils autorisés, dépassant même ces seuils à certains moments », avait écrit l'organisme.

Après la coupure de lundi, certains experts du secteur se sont interrogés sur un éventuel déséquilibre entre production et demande (difficile à corriger dans un réseau où l'éolien et le solaire ont une place prépondérante) qui aurait pu contribuer à l'effondrement du système électrique espagnol.

Dans un entretien accordé mercredi matin à la radio Cadena Ser, Beatriz Corredor, la présidente de Redeia et REE (l'ex-députée socialiste) a cependant assuré que la production d'énergies renouvelables était « sûre ».

« Relier l'incident si grave de lundi à une pénétration des énergies renouvelables n'est pas vrai, ce n'est pas correct », a-t-elle insisté, en assurant que le rapport de février ne faisait que dresser la liste de risques potentiels, comme l'y oblige la législation. 

- « Ignorance » -

Mardi déjà, Pedro Sánchez avait lui aussi défendu le modèle énergétique mis en œuvre par son gouvernement, rappelant que la cause précise de la panne qui a provoqué le chaos au Portugal et en Espagne durant de longues heures lundi n'était toujours pas connue à ce stade.

« Ceux qui lient cet incident au manque de nucléaire mentent franchement ou démontrent leur ignorance », a assuré le dirigeant socialiste.

« Les centrales nucléaires, loin d'être une solution, ont été un problème » durant la panne, car « il a été nécessaire de rediriger vers elles de grandes quantités d'énergie pour maintenir leurs réacteurs stables », a insisté le chef du gouvernement. 

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer la panne depuis deux jours, dont celle d'une cyberattaque. Mardi, la justice espagnole a ouvert une enquête pour déterminer si la panne avait été provoquée par un « sabotage informatique » susceptible d'être qualifié de « délit terroriste ».

REE estime cependant que cette hypothèse est peu crédible. « Au vu des analyses que nous avons pu réaliser avec l'aide notamment du Centre national du renseignement espagnol (CNI), nous pouvons écarter un incident de cybersécurité », a ainsi assuré le gestionnaire.

D'après REE, l'équivalent de 60 % de la consommation électrique de l'Espagne, soit 15 gigawatts, a disparu en l'espace de cinq secondes seulement lors de la panne survenue lundi à 12 h 33 (11 h 33 GMT), un phénomène qualifié d'« inédit » et « totalement extraordinaire ».


Des rapports internes concluent à un climat antisémite et anti-musulman à Harvard

Le rapport exhorte l'université pluricentenaire à "devenir leader dans la lutte contre l'antisémitisme et les positions anti-Israël". (AFP)
Le rapport exhorte l'université pluricentenaire à "devenir leader dans la lutte contre l'antisémitisme et les positions anti-Israël". (AFP)
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  • Harvard, comme d'autres universités américaines de renom, Columbia en particulier, est accusée par le président républicain d'avoir laissé prospérer l'antisémitisme sur son campus pendant les mouvements étudiants contre la guerre à Gaza menée par Israël
  • Un premier groupe de travail sur l'antisémitisme et les positions anti-Israël, composé principalement de membres du corps enseignant mais aussi d'étudiants

NEW YORK: Deux rapports distincts sur Harvard publiés mardi par l'université ont établi qu'un climat antisémite et anti-musulman s'était installé sur le campus de la prestigieuse université américaine, dans le viseur de Donald Trump, et la pressent d'agir pour y remédier.

Ces deux rapports de plusieurs centaines de pages, construits notamment à partir de questionnaires et de centaines de témoignages d'étudiants et d'encadrants menés depuis janvier 2024, sont rendus au moment où l'université implantée près de Boston (nord-est) s'est attiré les foudres de Donald Trump, qui l'a dernièrement dépeinte en "institution antisémite d'extrême gauche", "foutoir progressiste" et "menace pour la démocratie".

Harvard, comme d'autres universités américaines de renom, Columbia en particulier, est accusée par le président républicain d'avoir laissé prospérer l'antisémitisme sur son campus pendant les mouvements étudiants contre la guerre à Gaza menée par Israël après l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023.

Un premier groupe de travail sur l'antisémitisme et les positions anti-Israël, composé principalement de membres du corps enseignant mais aussi d'étudiants, a établi que les deux phénomènes "ont été alimentés, pratiqués et tolérés, non seulement à Harvard, mais aussi plus largement dans le monde universitaire".

Le rapport exhorte l'université pluricentenaire à "devenir leader dans la lutte contre l'antisémitisme et les positions anti-Israël".

Un autre groupe de travail distinct, lui consacré aux positions anti-musulmans, anti-arabes et anti-Palestiniens, a conclu à "un sentiment profondément ancré de peur parmi les étudiants, les enseignants et le personnel". Les personnes interrogées décrivent "un sentiment de précarité, d'abandon, de menace et d'isolement, ainsi qu'un climat d'intolérance omniprésent", écrivent ses auteurs.

"Harvard ne peut pas - et ne va pas - tolérer l'intolérance. Nous continuerons à protéger tous les membres de notre communauté et à les préserver du harcèlement", s'engage dans une lettre accompagnant les deux rapports le président de Harvard, Alan Garber, à l'initiative des deux rapports, en promettant de "superviser la mise en oeuvre des recommandations" préconisées.

Harvard, l'université la plus ancienne des Etats-Unis et une des mieux classées au monde, s'est distinguée en étant la première à attaquer en justice l'administration Trump contre un gel de plus de deux milliards de dollars de subventions fédérales, décidé après que la célèbre institution a refusé de se plier à une série d'exigences du président.

Donald Trump, qui reproche aux universités d'être des foyers de contestation progressiste, veut avoir un droit de regard sur les procédures d'admission des étudiants, les embauches d'enseignants ou encore les programmes.

L'accusation d'antisémitisme est fréquemment employée par son administration pour justifier ses mesures contre les établissements d'enseignement supérieur, ainsi que contre certains étudiants étrangers liés aux manifestations contre la guerre à Gaza.