Droits humains: Le «sombre bilan» de Raïssi, favori de l'élection en Iran

Nommé procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran au milieu des années 80, il a joué un rôle clé dans l'exécution en 1988 de milliers de détenus marxistes ou de gauche. (Photo, AFP)
Nommé procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran au milieu des années 80, il a joué un rôle clé dans l'exécution en 1988 de milliers de détenus marxistes ou de gauche. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 16 juin 2021

Droits humains: Le «sombre bilan» de Raïssi, favori de l'élection en Iran

  • Agé de 60 ans, cet hodjatoleslam, est depuis plus de trois décennies dans le système judiciaire iranien, dont il est à la tête depuis 2019
  • «Raïssi est un pilier d'un système qui emprisonne, torture et tue les gens qui osent critiquer l'Etat», déclare Hadi Ghaeni, directeur du Centre pour les droits de l'Homme en Iran, basé à New York.

PARIS : Le favori de la présidentielle iranienne, Ebrahim Raïssi, est un pilier du système judiciaire de la République islamique, et responsable à ce titre de graves violations des droits humains, notamment des exécutions de masse de prisonniers d'opposition en 1988, accusent les militants en exil.

"La seule place pour Raïssi est le box des accusés, pas la présidence", tranche Shadi Sadr, directrice exécutive de l'ONG basée à Londres Justice for Iran.

"Le simple fait qu'il soit l'actuel chef de l'Autorité judiciaire et qu'il soit candidat à la présidentielle démontre le niveau d'impunité en Iran", ajoute-t-elle, en référence au bilan de cet ultraconservateur partisan assumé de "l'ordre" et de la manière forte face aux opposants.

Agé de 60 ans, cet hodjatoleslam (rang inférieur à un ayatollah dans le clergé chiite), est depuis plus de trois décennies dans le système judiciaire iranien, dont il est à la tête depuis 2019.

Nommé procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran au milieu des années 80, il a joué un rôle clé dans l'exécution en 1988 de milliers de détenus marxistes ou de gauche, essentiellement soupçonnés d'être membres du mouvement interdit des Moudjahidines du Peuple (MEK), selon les activistes.

Le MEK est accusé d'attaques meurtrières en Iran au début des années 80. 

Interrogé en 2018 et en 2020 sur cette page noire de l'histoire récente, M. Raïssi a nié y avoir joué le moindre rôle, mais a rendu "hommage" à l'"ordre" donné selon lui par l'ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, de procéder à cette épuration.

Les exécutions de masse de 1988, conduites entre juillet et septembre, restent un sujet tabou de l'histoire contemporaine du pays. Selon les activistes en exil, plusieurs milliers de détenus ont été tués. Le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), aile politique du MEK, affirme pour sa part que 30.000 personnes ont été exécutées. Le chiffre réel est probablement plus près de quatre ou cinq mille.

«Pas de pitié»

En septembre 2020, un groupe d'experts de l'ONU avait estimé que les exécutions de 1988 pouvaient relever de "crimes contre l'humanité".

Selon Amnesty International, Ebrahim Raïssi faisait partie d'une "Commission de la mort" composé de quatre membres qui a condamné à mort sans procès des détenus à la prison d'Evine de Teheran et celle de Gohardasht dans le district de Karaj, près de la capitale. Les détenus exécutés ont été inhumés dans des fosses communes non identifiées.

Raïssi doit faire l'objet d'une enquête pour "les crimes contre l'humanité de meurtre, disparition forcée et torture", a déclaré la chercheuse d'Amnesty Raha Bahreini.

Selon un enregistrement audio qui a fait surface en 2016, Hossein Ali Montazeri, vu comme un possible successeur de Khomeiny avant d'être écarté, avait mis en garde les membres de ce comité en qualifiant les exécutions de "plus grand crime de l'histoire de la République islamique".

Pour Hossein Abedini, un responsable du CNRI, M. Raïssi est un "tueur au coeur de pierre" avec un "bilan de quarante ans de répression".

D'anciens détenus vivant désormais en exil ont témoigné lors d'une récente conférence organisée par le CNRI.

"Quand j'ai comparu devant la commission de la mort, j'ai vu Raïssi en uniforme des Gardiens de la Révolution", a déclaré Reza Shemirani, qui a purgé 10 ans de prison et vit désormais en Suisse.

C'était "le membre le plus actif de cette commission" qui condamnait à mort à tour de bras, a-t-il affirmé.

"Il en avait contre tous les prisonniers et ne voulait aucun survivant. Il n'avait pas de pitié", a renchéri un autre ancien détenu, Mahmoud Royaei.

Le Trésor américain a inclus en 2019 Ebrahim Raïssi dans sa liste de personnalités sous sanctions, l'accusant d'avoir fait partie de la commission de la mort en 1988 et d'avoir également participé à la répression du Mouvement vert contre la réelection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle de 2009.

Alors chef adjoint de l'Autorité judiciaire en 2004, Ebrahim Raïssi avait promis d'"affronter les émeutiers" et de "déraciner la sédition".

Les militants dénoncent aussi un durcissement depuis qu'il est chef de l'Autorité judiciaire.

"Raïssi est un pilier d'un système qui emprisonne, torture et tue les gens qui osent critiquer l'Etat", déclare Hadi Ghaeni, directeur du Centre pour les droits de l'Homme en Iran, basé à New York.


Liban: les frappes israéliennes ont fait plus de 3.000 morts depuis le 2 mars 

Les frappes israéliennes ont fait 3.020 morts au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars, selon un nouveau bilan officiel lundi, alors que les violences se poursuivent malgré la trêve. (AFP)
Les frappes israéliennes ont fait 3.020 morts au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars, selon un nouveau bilan officiel lundi, alors que les violences se poursuivent malgré la trêve. (AFP)
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  • Les frappes israéliennes ont fait 3.020 morts au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars
  • Dans un communiqué, le ministère libanais de la Santé a recensé 3.020 morts, dont 116 membres du personnel médical et 211 enfants ou mineurs

BEYROUTH: Les frappes israéliennes ont fait 3.020 morts au Liban depuis le début des hostilités entre Israël et le Hezbollah pro-iranien le 2 mars, selon un nouveau bilan officiel lundi, alors que les violences se poursuivent malgré la trêve.

Dans un communiqué, le ministère libanais de la Santé a recensé 3.020 morts, dont 116 membres du personnel médical et 211 enfants ou mineurs, ainsi que 9.273 blessés.

 

 


L'ONU exige qu'Israël empêche un «génocide» à Gaza

Les Nations unies ont exigé lundi qu'Israël prenne toutes les mesures possibles pour empêcher des actes de "génocide" à Gaza, dénonçant des signes de "nettoyage ethnique" observés dans ce territoire palestinien ainsi qu'en Cisjordanie. (AFP)
Les Nations unies ont exigé lundi qu'Israël prenne toutes les mesures possibles pour empêcher des actes de "génocide" à Gaza, dénonçant des signes de "nettoyage ethnique" observés dans ce territoire palestinien ainsi qu'en Cisjordanie. (AFP)
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  • Une commission mandatée par l’ONU et plusieurs ONG parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch ont accusé Israël d'avoir perpétré un génocide à Gaza
  • Israël rejette ces allégations comme "mensongères" et "antisémites"

GENEVE: Les Nations unies ont exigé lundi qu'Israël prenne toutes les mesures possibles pour empêcher des actes de "génocide" à Gaza, dénonçant des signes de "nettoyage ethnique" observés dans ce territoire palestinien ainsi qu'en Cisjordanie.

Dans un nouveau rapport, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a déclaré que les actions menées par Israël à Gaza depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023 constituaient des "violations flagrantes" du droit international, s'apparentant souvent à des "crimes de guerre et autres atrocités".

Dans la conclusion de ce rapport, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé Israël à veiller au respect d’une ordonnance de la Cour internationale de justice de 2024 lui enjoignant de prendre des mesures pour prévenir les actes de génocide à Gaza.

Selon lui, Israël doit veiller "avec effet immédiat à ce que son armée ne se livre pas à des actes de génocide, (et prendre) toutes les mesures nécessaires pour prévenir et punir l’incitation au génocide".

Une commission mandatée par l’ONU et plusieurs ONG parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch ont accusé Israël d'avoir perpétré un génocide à Gaza. Israël rejette ces allégations comme "mensongères" et "antisémites".

Ce rapport, qui concerne la période allant du 7 octobre 2023, date à laquelle une attaque sans précédent du Hamas en Israël a déclenché une offensive israélienne à Gaza, jusqu'en mai 2025, condamne aussi les "violations graves" commises par des groupes armés palestiniens.

L'attaque du Hamas a causé la mort de 1.221 personnes du côté israélien, pour la plupart des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Le rapport met aussi en lumière les sévices subis par les otages capturés par les groupes armés palestiniens, dont beaucoup ont fait état de tortures et agressions sexuelles alors qu'ils étaient détenus "dans des conditions inhumaines" pendant des mois.

Meurtres "illégaux" 

Le rapport consacre également une large part aux actions d’Israël à Gaza, où sa campagne militaire de représailles a fait plus de 72.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire dirigé par le Hamas, dont les statistiques sont considérées comme fiables par l’ONU.

Une grande partie de ces meurtres "semblent illégaux", indique le rapport, qui souligne aussi comment Israël a "mené des attaques contre des cibles civiles ou protégées".

Parmi celles-ci figurent "des établissements de santé et des installations médicales", ainsi que des civils, dont des journalistes, des professionnels de santé, des acteurs humanitaires et des policiers, et ce "de manière systématique et répétée".

Cette campagne d’Israël à Gaza a rendu les conditions de vie dans une grande partie du territoire "incompatibles avec la survie des Palestiniens en tant que groupe", a alerté le Haut-Commissariat.

Il a également déclaré que "le recours à une force inutile et disproportionnée en Cisjordanie a(vait) conduit à des centaines de meurtres illégaux".

"En Cisjordanie, le taux de déplacements forcés de Palestiniens n'a pas été aussi élevé depuis des décennies et l'expansion des colonies israéliennes est sans précédent", a déclaré lundi devant la presse à Genève Ajith Sunghay, qui dirige le bureau du Haut-Commissariat dans les territoires palestiniens.

Sur les deux territoires, "l’armée israélienne et d’autres forces de sécurité ont provoqué des déplacements de population à grande échelle", ajoute le Haut-Commissariat.

Le rapport relève que les violations commises par Israël dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés révélaient une pratique visant à infliger un "déplacement forcé, un dépeuplement et un nettoyage ethnique de vastes parties du territoire palestinien occupé".

Depuis, le fragile cessez-le feu d'octobre dernier "a permis de réduire l'ampleur considérable des violences observées jusqu’alors et a ouvert une marge de manœuvre humanitaire modeste", a déclaré Ajith Sunghay.

"Cependant, les meurtres et la destruction des infrastructures se sont poursuivis presque quotidiennement, et la situation humanitaire générale reste désastreuse", a-t-il ajouté.

Le Haut-Commissariat a jugé "essentiel que toutes les violations énumérées dans le rapport fassent l’objet d’un examen en bonne et due forme" par des "instances judiciaires crédibles et impartiales".

 


Le président libanais promet de faire «l'impossible» pour arrêter la guerre avec Israël

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  • Il a rappelé que les négociations entre le Liban et Israël à Washington avaient notamment pour objectif un retrait des forces israéliennes du sud du Liban et un retour des déplacés.
  • Les Etats-Unis avaient annoncé vendredi, à l'issue de négociations entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, la prolongation de 45 jours d'un cessez-le-feu qui devait expirer dimanche.

BEYROUTH: Le président libanais a promis lundi de faire "l'impossible" pour arrêter la guerre avec Israël qui poursuit ses frappes, faisant plus de 3.000 morts depuis mars, malgré une trêve et de nouvelles négociations bilatérales en vue.

"Il est de mon devoir et de ma responsabilité de faire l'impossible (...) pour arrêter la guerre contre le Liban et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué.

Il a rappelé que les négociations entre le Liban et Israël à Washington avaient notamment pour objectif un retrait des forces israéliennes du sud du Liban et un retour des déplacés.

Les Etats-Unis avaient annoncé vendredi, à l'issue de négociations entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, la prolongation de 45 jours d'un cessez-le-feu qui devait expirer dimanche.

Et le département d'État américain a indiqué qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin.

Malgré la trêve, Israël a poursuivi lundi ses frappes contre plusieurs localités dans le sud du Liban, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

L'armée israélienne a appelé à l'évacuation de trois localités dans les régions de Tyr et de Nabatiyé en prévision de bombardements, et réitéré plus tard son appel pour l'une de ces localités.

Dimanche, des frappes israéliennes près de Baalbeck, dans l'est du pays, ont tué sept personnes dont un chef du Jihad islamique palestinien, allié du Hezbollah.

La formation, qui rejette les négociations directes entre le Liban et son ennemi juré, a revendiqué lundi deux attaques contre des objectifs militaires en Israël.

"En riposte à la violation du cessez-le-feu" par Israël, le Hezbollah a visé "une plateforme du Dôme de fer", le système de défense aérienne israélienne, dans un camp militaire, "au moyen d'un drone d'attaque", a déclaré le mouvement dans un communiqué, ajoutant par ailleurs avoir visé un véhicule militaire dans le nord d'Israël.

Le Hezbollah a aussi revendiqué lundi des attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban.

Ces dernières semaines, le Hezbollah a utilisé à plusieurs reprises des drones FPV à fibre optique, à bas coût. "Aujourd'hui, nous faisons face au défi de neutraliser les drones FPV", avait déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Les négociations parrainées par Washington portent notamment sur l'épineuse question du désarmement du Hezbollah, que le groupe refuse.

Le Liban a été plongé dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars, lorsque le Hezbollah a lancé une attaque sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Depuis le début des hostilités, les frappes israéliennes ont fait 3.020 morts au Liban, dont 211 enfants ou mineurs et 116 membres du personnel médical, selon un nouveau bilan officiel lundi.

Le bilan des frappes israéliennes au Liban dépasse les 400 morts depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.