Avec la victoire de Raïssi, l’Iran connaîtra davantage d’agressions et de répressions

Ebrahim Raïssi. (AFP)
Ebrahim Raïssi. (AFP)
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Publié le Lundi 21 juin 2021

Avec la victoire de Raïssi, l’Iran connaîtra davantage d’agressions et de répressions

Avec la victoire de Raïssi, l’Iran connaîtra davantage d’agressions et de répressions
  • La République islamique a orchestré une fausse élection: le Conseil des gardiens a disqualifié quiconque pouvait apparaître comme un rival crédible de Raïssi
  • L'histoire de Raïssi, procureur et juge impitoyable, rappelle qu'il n'hésitera pas à éliminer ceux qui s'opposent à la République islamique ou constituent une menace pour sa survie

Il n’est pas étonnant qu'Ebrahim Raïssi ait remporté vendredi la 13e élection présidentielle iranienne, car le régime était très déterminé à faire de lui le prochain président; mais que signifie sa victoire sur le plan national, régional et mondial?

Avec la victoire de Raïssi, les Iraniens de la ligne dure contrôleront toutes les branches du régime: l'exécutif, le législatif et le judiciaire. La dernière fois qu'ils se sont trouvés dans une telle position, c'était durant la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Raïssi choisira très probablement des membres d'organisations radicales telles que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la force Al-Qods, le ministère du Renseignement et le groupe paramilitaire Basij pour compléter son cabinet.

Raïssi, qui n'a jamais été élu, sera le premier président iranien depuis 1979 à subir des sanctions américaines avant même de prendre ses fonctions. Il fait l'objet de sanctions américaines en raison de son implication dans le massacre, en 1988, de prisonniers politiques. Il était membre de la «commission de la mort» qui a exécuté plus de 30 000 personnes, parmi lesquelles des enfants et des femmes enceintes, pendant la purge.

Sur le plan intérieur, le régime est confronté à une crise de légitimité en raison de l'apathie généralisée des électeurs et de la faible participation de vendredi dernier, ce qui indique qu'une écrasante majorité du peuple iranien est désenchantée et insatisfaite de la République islamique et de ses élections. Anahita, une enseignante de Téhéran, m'a dit: «Je ne suis pas allée voter. Comme beaucoup de gens, je n'avais pas de candidat, alors pourquoi devrais-je voter? Les mollahs avaient un candidat, et c'était Raïssi.»

La République islamique a orchestré une fausse élection: le Conseil des gardiens a disqualifié quiconque pouvait apparaître comme un rival crédible de Raïssi, le candidat préféré des partisans de la ligne dure et du Guide suprême, Ali Khamenei. Le Conseil des gardiens est allé jusqu’à disqualifier des hauts responsables du régime, comme Ali Larijani. Il convient de noter que trois membres du Conseil des gardiens, qui en compte douze, ont été choisis par Raïssi et que six autres ont été nommés par le Guide suprême.

Avec la présidence de Raïssi, il est plus que probable que le régime intensifie davantage sa répression dans son propre périmètre.

L'histoire de Raïssi, procureur et juge impitoyable, rappelle qu'il n'hésitera pas à éliminer ceux qui s'opposent à la République islamique ou constituent une menace pour sa propre survie.

C’est pour cette raison que le régime a assuré sa victoire – car Khamenei et les cadres supérieurs du CGRI pensent que, en disposant d’un président qui non seulement est d'accord avec eux, mais qui, en outre, leur facilite le chemin, ils peuvent faire taire l'opposition de manière plus efficace et mettre fin à l’expansion de la lutte de pouvoir entre les modérés et les radicaux.

L'histoire de Raïssi rappelle qu'il n'hésitera pas à éliminer ceux qui s'opposent à la République islamique ou constituent une menace pour sa propre survie.

Dr Majid Rafizadeh

Cela signifie que les libertés d'expression, de presse et de réunion seront réprimées davantage et que la communauté internationale sera probablement témoin d'un plus grand nombre de violations des droits humains commises par les autorités iraniennes. Mais, comme d’habitude, le peuple iranien ne restera pas silencieux et ne laissera pas faire. Des troubles et des manifestations généralisées sont très probables.

Il est essentiel que les personnes qui prennent en charge les décisions politiques occidentales et l'ensemble de la communauté internationale affirment clairement qu'ils soutiennent tout effort du peuple iranien qui vise à repousser la répression de l'État et à plaider en faveur de la démocratie.

Raïssi est également susceptible d'être le candidat préféré de l'IRGC et de Khamenei pour devenir le prochain Guide suprême. La présidence peut être un tremplin crucial vers le poste le plus élevé. Rappelons que, lorsque l'ayatollah Khomeini est mort, en 1989, Khamenei était alors président.

Sur le plan régional, le comportement déstabilisateur du régime iranien, ses politiques agressives et son aventurisme militaire ne feront que s’intensifier sous un président qui prône la ligne dure. En effet, les partisans de la ligne dure croient aux idéaux révolutionnaires de la République islamique et exportent ces principes au-delà des frontières de l'Iran.

Cela signifie que le CGRI et sa branche d'élite, la force Al-Qods, seront plus puissants et s’enhardiront sous le mandat de Raïssi, qui est un fervent partisan de Khamenei, des institutions militaires et des principes révolutionnaires du régime. Les politiques antioccidentales – et, plus particulièrement, antiaméricaines – du régime sont susceptibles de s'intensifier pendant la présidence de Raïssi en raison du fait qu'il partage, en tant que partisan de la ligne dure, la même philosophie antioccidentale que le Guide suprême.

Cela ne veut pas dire, néanmoins, que l'administration Raïssi abandonnera l'accord nucléaire ou qu’elle arrêtera les pourparlers en cours si l'administration sortante et les puissances mondiales du P5+1 ne s'entendent pas sur une reprise de l'accord nucléaire de 2015 avant que Hassan Rohani ne quitte ses fonctions. Le régime iranien est à court d'argent et il cherche désespérément à rejoindre l'accord nucléaire afin que les sanctions américaines soient levées.

Le régime pourrait même retarder les pourparlers jusqu'à ce que Raïssi soit au pouvoir afin que les partisans de la ligne dure s'attribuent le mérite de la levée des sanctions.

Avec la victoire de Raïssi, les partisans de la ligne dure ont renforcé leur emprise sur toutes les branches du gouvernement. Sous sa présidence, il est probable que le régime iranien devienne plus agressif et plus militariste dans la région, plus répressif chez lui et plus provocateur sur la scène mondiale.

 

 

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain formé à Harvard. Twitter: @Dr_Rafizadeh

Les opinions exprimées par les rédacteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com