Séparatisme: débats sur le voile à l'entame du 2e round à l'Assemblée

Mais avec en toile de fond la course à l'Elysée, les oppositions de droite comme de gauche devraient exprimer plus durement leurs critiques sur un projet de loi dont «l'équilibre» ne devrait pas être remis en cause pendant les séances. (Photo, AFP)
Mais avec en toile de fond la course à l'Elysée, les oppositions de droite comme de gauche devraient exprimer plus durement leurs critiques sur un projet de loi dont «l'équilibre» ne devrait pas être remis en cause pendant les séances. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 29 juin 2021

Séparatisme: débats sur le voile à l'entame du 2e round à l'Assemblée

  • Pour cette semaine de débats, un peu moins de 1 000 amendements doivent être examinés. Le texte devrait être adopté définitivement par le Parlement avant la fin juillet
  • Les LR reviendront à l'assaut du voile avec des amendements sur le port du burkini, des signes religieux pour les mineurs ou l'interdiction des «listes communautaires lors des élections»

PARIS: Bis repetita. Comme lors de son premier passage à l'Assemblée, l'examen du projet de loi séparatisme entamé en deuxième lecture lundi, au Palais Bourbon, a débuté sur le voile, une "obsession de la droite", a fustigé la majorité.

Neutralité pour les usagers du service public, interdiction des signes religieux pour ses collaborateurs occasionnels, pour les accompagnatrices scolaires, à l'université... Les LR ont défendu une flopée d'amendements, tous rejetés, autour de l'interdiction du voile. La copie conforme des premiers débats à l'Assemblée nationale, il y a cinq mois.

Pour cette 2e manche, LR avait également choisi de conserver son duo d'attaque, les députés Eric Ciotti et Annie Genevard.

 

Le Sénat examine un projet de loi renforçant les mesures antiterroristes

Le Sénat examine à partir de mardi en première lecture, après l'Assemblée nationale, le projet de loi renforçant les mesures "antiterroristes" et le renseignement, qui "va dans le bon sens" pour la majorité sénatoriale de droite.

Annoncé dans la foulée de l'attentat contre une fonctionnaire de police à Rambouillet (Yvelines) en avril, ce nouveau projet de loi dans l'arsenal antiterroriste était programmé de longue date et attendu avec une certaine impatience par la droite au Sénat.

Pour le gouvernement, il concilie "vigilance" face à la menace et "protection" des libertés, avec notamment le souci d'éviter une censure du Conseil constitutionnel.

"L'ensemble va dans le bon sens", approuve le rapporteur du Sénat Marc-Philippe Daubresse (LR), pointant cependant "beaucoup d'articles pas juridiquement corrects", que les sénateurs se sont employés à réécrire en commission.

Le texte vise notamment à faire entrer définitivement dans le droit commun quatre mesures emblématiques mais expérimentales de la loi "sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme" (Silt) de 2017.

Le Sénat avait déjà voté leur pérennisation en octobre, mais n'avait pas été suivi par l'Assemblée nationale, le gouvernement souhaitant alors s'en tenir à une prolongation d'une année. Sans surprise, les sénateurs ont donc approuvé la pérennisation et les adaptations proposées, M. Daubresse regrettant toutefois une perte de temps.

Périmètres de sécurité, fermeture de lieux de culte, mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas) et visites domiciliaires: ces quatre dispositions de police administrative avaient pris la suite de mesures de l'état d'urgence, mises en oeuvre pendant deux années après les sanglants attentats de Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015.

«Un texte indispensable»

Les sénateurs ont refusé en commission l'allongement à deux ans de la durée des Micas pour les personnes condamnées pour "terrorisme" sortant de prison, arguant d'un risque constitutionnel.

Le rapporteur propose à la place "une mesure d'ensemble", qui permet aussi de muscler un autre article du texte, créant une mesure judiciaire de prévention de la récidive terroriste et de réinsertion, jugée "un peu light" par le rapporteur. 

Les sénateurs l'ont remplacée en commission par "une mesure judiciaire à visée non pas seulement de réadaptation sociale, mais également de surveillance de l'individu". Elle reprend une proposition de loi du président de la commission des Lois François-Noël Buffet (LR) déjà votée par le Sénat en première lecture il y a un mois.

En juillet dernier, le Parlement avait adopté une loi "instaurant des mesures de sûreté à l'encontre des auteurs d'infractions terroristes à l'issue de leur peine", mais elle avait été retoquée par le Conseil constitutionnel.

Un autre volet du projet de loi concerne le renseignement, avec pour objectif de tirer les conséquences des évolutions technologiques et juridiques de ces cinq dernières années. 

Les sénateurs ont accepté en commission de pérenniser la technique dite de l'algorithme qui permet d'analyser des données de navigation sur internet fournies par les opérateurs télécoms. Concernant son extension aux URL de connexion, les sénateurs ont préféré se limiter à une expérimentation.

Les services disposeront d'un régime particulier de conservation des renseignements pour améliorer les outils d'intelligence artificielle.

Le projet propose en outre de libéraliser l'accès à certaines archives à des fins d'études et de recherches, sans dissiper les craintes d'historiens, relayées en commission par Esther Benbassa (groupe écologiste).

S'il satisfait globalement la majorité de droite, le texte va se heurter à une forte opposition à gauche, avec en particulier deux motions de rejet qui seront défendues par les groupes CRCE à majorité communiste et écologiste. Une centaine d'amendements ont été déposés.

"C'est un texte indispensable à l'activité des femmes et des hommes qui luttent chaque jour contre la menace terroriste", a affirmé la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa devant la commission des Lois du Sénat.

Côté gouvernement et majorité, soucieux de conserver "l'équilibre" du texte, la même organisation défensive: critiques de l'inconstitutionnalité des propositions et dénonciation de la "stigmatisation" d'une seule religion, l'islam.

Comme il l'a déjà dit à de multiples reprises, le rapporteur général de la proposition de loi "respect des principes de la République", Florent Boudié a dénoncé "l'obsession" de la droite sur la question du voile, au grand dam de l'opposition LR qui a reproché à la majorité son "manque de courage". 

"Le Sénat l'a eu ce courage", a lancé M. Ciotti en rappelant que la Haute Assemblée avait donné un coup de barre à droite au texte, en adoptant une série d'amendements antivoile. Les sénateurs s'étaient aussi opposés au régime d'autorisation que le gouvernement souhaite mettre en place pour l'instruction à domicile. Deux "lignes rouges" pour le gouvernement et la majorité présidentielle.

Réunie avant la discussion en séance, la commission spéciale présidée par François de Rugy (LREM) a déjà ripoliné le projet de loi tel qu'il était sorti du Palais du Luxembourg. Et c'est sans surprise que l'hémicycle a balayé d'un revers les amendements LR. 

Seule fausse note, la co-rapporteure Modem Laurence Vichnievsky s'est dite à plusieurs reprises favorable "à titre personnel" aux amendements visant la neutralité "des collaborateurs occasionnels du service public". Un coup de canif sans effet sur le refus fermement affiché par la majorité. 

Promise aux pires turpitudes et aux polémiques sur un texte qui par petites touches s'attaque aux équilibres de la loi de 1905, aux libertés de culte, d'association et d'enseignement, la majorité veut continuer à déjouer les pronostics.

Des oppositions plus franches

Le texte avait été largement adopté en première lecture en février au Palais Bourbon (347 voix pour, 151 voix contre et 65 abstentions) avant de passer entre les mains du Sénat à majorité de droite.

Le projet de loi compte désormais 108 articles dont 18 ont été adoptés conformes par le Sénat. Pour cette semaine de débats, un peu moins de 1 000 amendements doivent être examinés. Le texte devrait être adopté définitivement par le Parlement avant la fin juillet.

Présenté comme le remède contre "l'OPA islamiste", il contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l'encadrement de l'instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés. 

Au lendemain des résultats des scrutins régional et départemental qui ont sonné comme un coup d'envoi de la campagne présidentielle 2022, la deuxième lecture de ce projet de loi controversé semble bénéficier d'une relative indifférence.

Mais avec en toile de fond la course à l'Elysée, les oppositions de droite comme de gauche devraient exprimer plus durement leurs critiques sur un projet de loi dont "l'équilibre" ne devrait pas être remis en cause pendant les séances. 

Le groupe socialiste, qui s'était abstenu sur le projet de loi en première lecture, a ainsi défendu sans succès une motion de rejet préalable centrée sur les menaces pesant sur la liberté d'association. 

Dénonçant le "séparatisme des riches" et les arrières pensées politiciennes de l'exécutif accusé d'aller "chasser sur les terres du RN", LFI et communistes ont tiré à boulets rouges sur cette "loi faite pour montrer du doigt les musulmans", selon le chef de file des insoumis Jean-Luc Mélenchon.

Les LR reviendront à l'assaut du voile avec des amendements sur le port du burkini, des signes religieux pour les mineurs ou l'interdiction des "listes communautaires lors des élections".


Macron et Meloni vont mettre en scène leur "bonne entente" sur la Côte d'Azur

La Première ministre italienne Giorgia Meloni (à gauche) et le président français Emmanuel Macron posent lors de l’accueil officiel dans le cadre du sommet du G7, à Évian, dans l’est de la France, le 15 juin 2026. (AFP)
La Première ministre italienne Giorgia Meloni (à gauche) et le président français Emmanuel Macron posent lors de l’accueil officiel dans le cadre du sommet du G7, à Évian, dans l’est de la France, le 15 juin 2026. (AFP)
  • Le sommet d’Antibes marque un réchauffement des relations entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni après plusieurs années de tensions, avec la volonté affichée de renforcer la coopération franco-italienne sur les dossiers européens et internationaux
  • Paris et Rome veulent approfondir leurs partenariats stratégiques dans la défense, l’espace, l’énergie et l’industrie, notamment autour du système SAMP/T, des satellites européens et du nucléaire civil

ANTIBES: Emmanuel Macron et Giorgia Meloni se retrouvent jeudi à Antibes, sur la Côte d'Azur, pour le premier sommet franco-italien depuis 2020, un rendez-vous très attendu destiné à donner un nouvel élan à la relation entre les deux voisins après une série de dissonances.

Ce sera aussi le premier rendez-vous de ce genre depuis l'entrée en vigueur en 2021 du Traité du Quirinal, qui a rehaussé la relation bilatérale au niveau de celle entre Paris et Berlin, et surtout depuis l'entrée en fonction de Giorgia Meloni, issue du parti post-fasciste Frères d'Italie, en octobre 2022.

Initialement envisagé sur deux jours en avril à Toulouse, le sommet se résumera à quelques heures jeudi après-midi, avec des entretiens, des signatures d'accords et une conférence de presse, avant un dîner de travail.

Mais l'ambiance promet d'être détendue dans le décor raffiné de la Villa Eilenroc, auguste demeure du 19e siècle surplombant la Méditerranée, qui accueillera les discussions après une visite au musée Picasso d'Antibes.

Oubliés les piques, accrocs et crises entre les deux dirigeants politiquement antagonistes mais déterminés à prendre chacun la lumière sur la scène européenne?

L'Elysée, balayant "l'écume et le commentaire" sur ces tensions, n'a qu'un mot d'ordre, le "retour aux fondamentaux de la relation franco-italienne".

- "Sur les deux joues" -

Et elle ne manque pas d'atouts, avec plus de 100 milliards d'euros d'échanges de biens en 2025 et de multiples coopérations, de la défense à l'énergie en passant par l'espace.

L'heure est donc ces derniers mois à la bonne entente, d'autant plus que Giorgia Meloni a pris, après une lune de miel très appuyée, ses distances avec Donald Trump au prix d'échanges acerbes ces derniers jours.

"Meloni a misé sur l'alliance avec Donald Trump", mais leur passe d'armes "démontre que les nationalistes et les nationalismes ne parviennent pas à s'allier", dit à l'AFP Sergio Fabbrini, professeur de relations internationales à l'Université Luiss de Rome. La cheffe du gouvernement italien est donc "contrainte de revenir dans le giron de l'Union européenne", dans la poursuite de sa tentative "d'apaisement des tensions" avec le reste des 27.

Pour Marc Lazar, spécialiste de l'Italie à Sciences Po Paris, ils vont donc "s'embrasser sur les deux joues comme du bon pain, elle va arrêter de faire la gueule quand elle voit Macron et vice-versa".

Dès la fin 2022, la relation avait viré à l'orage autour d'un bateau de migrants que Rome refusait d'accueillir, contraignant Paris à le faire.

En février encore, Emmanuel Macron invitait l'Italienne à cesser de "commenter ce qui se passe chez les autres", après la mort en France d'un militant identitaire. "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", avait-il lancé sans ménagement.

- Missiles et satellites -

Mais les deux pays ont intérêt à s'entendre. "C'est une relation d'évidence (...) Nous avons besoin l'un de l'autre", concède l'Elysée, quand, côté italien, on insiste sur l'"importance stratégique" de la "coordination entre Rome et Paris" sur les dossiers européens et internationaux en ces temps de chambardement géopolitique.

Sur l'Ukraine d'abord, les positions convergent même si la Première ministre exclut d'y envoyer des soldats en cas d'accord de paix avec la Russie afin de donner des gages de sécurité à Kiev.

Les deux pays réfléchissent aussi ensemble à la force multinationale qui pourrait succéder au Liban à la Finul dont le mandat expire à la fin de l'année.

"Beaucoup de ministères travaillent main dans la main, dans un très bon esprit, malgré les divergences politiques", relève Marc Lazar.

Les deux délégations - huit ministres de chaque côté outre les deux dirigeants - vont signer une feuille de route sur la défense, qui mettra notamment l'accent sur le système franco-italien de défense anti-aérienne SAMP/T, livré à l'Ukraine, avec l'idée de "développer une offre souveraine européenne" en la matière.

Paris et Rome travaillent aussi sur une mégafusion entre les poids lourds européens des satellites Airbus, Thales et Leonardo. Une attention particulière sera accordée à Antibes à ce "projet de consolidation" baptisé Bromo, relève l'Elysée.

L'Italie, qui veut relancer son programme nucléaire, travaille également avec la France sur de petits réacteurs modulaires SMR. Des investissements seront en outre annoncés lors d'un Forum économique franco-italien au Cannet.


La canicule se poursuit, 50 millions de Français voient rouge

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
  • Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine
  • Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France

LILLE: "Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental": la lassitude gagne les Français toujours confrontés à une canicule historique, qui pourrait atteindre jeudi un nouveau pic, avant un début d'amélioration attendu en soirée sur la façade atlantique.

Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine.

Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France.

Du Sud-Ouest au Nord-Est, 51,1 millions de Français sont jeudi en vigilance rouge, dont 5,6 millions de personnes de 75 ans et plus, selon un décompte de l'AFP.

Quelque 3.500 établissements scolaires sont fermés jeudi et 10.000 ont aménagé leurs horaires, essentiellement des écoles primaires, a déclaré le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray sur France 2.

"J'ai beau aérer tôt le matin et le soir, j'ai l'impression que la chaleur s'accumule chez moi au fil des jours, jusque dans les murs en fait. Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental", témoigne Arthur, un ingénieur de 28 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, à Rennes.

"Plusieurs fois par jour, j’ai l'impression que mon cerveau tourne au ralenti. Si c'était autorisé, je crois que je pourrais venir dormir à mon travail, où le bureau est climatisé", ajoute-t-il.

"Il faut prendre sa peine en patience", estime Bénédicte War, une Lilloise de 49 ans, avant de reconnaître avoir hâte que cette vague de chaleur se termine, "pour pouvoir revivre un petit peu".

Températures "jamais connues" 

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00.

A partir de 16H00, les Côtes-d'Armor, l'Ille-et-Vilaine et la Manche passeront en vigilance orange orages, suivis par les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne, la Dordogne, les Hautes-Pyrénées et le Gers à 18H00.

A Strasbourg, dans la famille de Sophie, tout le monde dort depuis mardi soir "en mode camping", dans la même chambre, pour bénéficier de l'unique climatiseur mobile.

"Avec 31 degrés dans l'appartement, c'est très compliqué. Le weekend dernier, je ne m'endormais pas avant 02H00 du matin", explique à l'AFP cette mère de 46 ans qui a souhaité rester anonyme.

Chaque jour, la France plonge un peu plus dans l'inconnu. Avant l'épisode actuel, jamais plus de 20 départements n'avaient été placés simultanément en vigilance rouge canicule depuis la création de ce dispositif en 2004, dans le sillage de la canicule historique d'août 2003.

Mercredi a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, selon Météo-France, effaçant le précédent record établi seulement la veille.

"On n'est qu'au début de l'histoire", craint sur la Grand'Place de Lille Amandine Rogeau, 42 ans, qui s'inquiète de températures qu'elle n'a "jamais connues".

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a lancé mercredi soir sur France 2 un "cri du coeur": "Je voudrais que tout le monde (...) se mobilise pour les personnes qui sont isolées. Si vous êtes vous-même à côté de quelqu'un qui est isolé, allez voir votre voisin, demandez-lui s'il va bien".

"L'impact de la chaleur arrive cinq à dix jours après le début de la canicule", a-t-elle également rappelé, alors que le pays vit jeudi son cinquième jour consécutif de vigilance rouge.

Risque de feux de forêts 

Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a rapporté jeudi une "mortalité en hausse" dans la capitale à cause de la canicule, sans donner de chiffres, et appelé "solennellement" à la prudence, y compris les plus jeunes.

La préfecture du Pas-de-Calais a fait état mercredi soir de trois décès "constatés à domicile, pour lesquels la canicule est susceptible d'avoir eu un effet".

Quatre noyades ont été recensées en France par la gendarmerie mercredi, dans des piscines à Simard (Saône-et-Loire) et Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), dans une rivière à Saint-Pavace (Sarthe) et au bord d’une plage à Noirmoutier (Vendée).

Les températures entraînent aussi un épisode de pollution à l'ozone dans plusieurs départements du nord, de l'est et de l'ouest du pays, placés en niveau d'alerte mercredi et jeudi. Les préfectures y ont réduit la vitesse autorisée sur les routes.

La panne d'électricité qui a touché le Finistère, provoquée par des incidents sur les infrastructures liés aux fortes chaleurs et ayant touché près de 120.000 foyers, est désormais terminée, a annoncé jeudi la préfecture.

Pour la première fois de l'année, deux départements, la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres, ont basculé mercredi en "danger très élevé" de feux de forêts.

La canicule touche aussi d'autres pays européens: les températures devraient dépasser 35 degrés pour plus de 100 millions de personnes jeudi en Europe, selon un calcul de l'AFP.


La France dans la fournaise, ruée et débat sur la climatisation

Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
  • La France connaît une canicule record : 44 millions de personnes sont sous vigilance rouge et des températures supérieures à 42°C ont été relevées
  • La demande de climatiseurs explose, relançant le débat entre adaptation immédiate et investissements durables dans l’isolation des bâtiments

BORDEAUX: Sous des chaleurs historiques, deux Français sur trois sont désormais confrontés à la vigilance rouge canicule, étendue mercredi à 58 départements, alors que la ruée sur les climatiseurs alimente le débat sur l'adaptation au changement climatique.

Mardi a été la journée "la plus chaude jamais enregistrée en France", avec une moyenne de températures diurnes et nocturnes de 29,9°C, selon Météo-France.

L'indicateur thermique national (ITN) des températures maximales, moyenne issue de 30 stations de référence, a lui aussi battu un record à 38,2°C, dépassant les 37,7°C du 5 août 2003.

À Bordeaux, où plus de 42°C ont été enregistrés, Martine Belloc, 62 ans, juge "difficile" d'être seule dans un appartement sans climatisation. Pour prendre le frais, rompre l'"isolement" et retrouver "du lien", elle se rend en journée à La ManuCo, espace de coworking mobilisé dans le cadre de l'opération "Oasis Solidaires" de l'association Petits Frères des Pauvres.

Avec quatre nouveaux départements en vigilance rouge dans les Hauts-de-France, 44 millions d'habitants sont concernés au moins jusqu'à jeudi, selon un calcul de l'AFP.

Des infrastructures sont aussi mises à l'épreuve: dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité après un incident lié à la chaleur mardi soir sur un transformateur du réseau RTE, près de Quimper.

"Rien ne refroidit et tous les moteurs sont en surchauffe", constatait mercredi matin Thibault Roblot, tourier dans une boulangerie de Rennes. Et impossible d'installer un climatiseur en raison des contraintes architecturales: "On n'a de toute façon pas la place".

- 90% des Français exposés -

Au total, plus de 90% des Français sont exposés à des chaleurs extrêmes, avec 39 à 43°C encore attendus mercredi sur une grand moitié ouest du pays.

La canicule est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel les températures subies actuellement auraient été 2 à 4°C plus fraîches, selon une étude scientifique publiée cette semaine.

Une immense masse d'air chaud venue d'Afrique s'est positionnée sur l'Europe de l'Ouest. De hautes pressions en altitude "viennent peser" sur elle, la rendant "encore plus chaude", explique Sébastien Léas, prévisionniste de Météo-France.

Le phénomène, par son intensité et sa durée, est comparé à la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts en France. En 2025, la chaleur a tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France.

Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'épisode actuel a provoqué "40 morts" par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes".

Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a renforcé la mobilisation du système de santé, redoutant un afflux de patients quand les organismes les plus fatigués lâcheront prise.

La situation est pour l'heure "normale" dans les hôpitaux, a déclaré mercredi la ministre de la Santé, évoquant des déprogrammations de soins "ciblées" et des passages aux urgences en hausse localement.

Mais patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels.

- "32°C en classe" -

Le monde du travail jongle, lui, entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi et pénibilité accrue.

Selon le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, la mise en œuvre par les entreprises du plan d'adaptation aux fortes chaleurs a fait l'objet de "1.400 contrôles en moins d'un mois". Il reçoit mercredi organisations syndicales et patronales pour "un retour d'expérience".

Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des oraux du bac ont été reportés pour quelque 10.000 candidats mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.

"Il fait 32°C depuis une semaine en classe, c'est impossible... Il faut rénover", réclamait mardi, sous couvert d'anonymat, une enseignante d'une vieille école de Bordeaux.

Mardi, le ministre de l'Économie Roland Lescure a demandé à la Caisse des dépôts et EDF de "réfléchir à des solutions". Sa collègue de la Transition écologique, Monique Barbut, a évoqué mercredi "un mur d'investissements".

En attendant, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent, selon des distributeurs. Lundi, le groupe Carrefour a vendu "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire, a indiqué son PDG Alexandre Bompard.

Cette ruée divise les responsables politiques – le RN propose un "plan massif", là où les Écologistes ne croient pas à une "solution miracle" – et anime les copropriétés.

"J'étais longtemps contre mais on vient de voter en AG pour les autoriser avec des règles précises... sinon, tout le monde met des clim' mobiles fenêtres ouvertes, ça consomme et pollue bien plus", explique David, néo-propriétaire dans un immeuble récent de Bordeaux.

Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre" de la climatisation.