A Mossoul, la coalition anti-EI reconnaît avoir tué des civils. Mais après?

Abdallah Khalil a perdu sa jambe lorsqu'un immeuble de la vieille ville de Mossoul s'est effondré sur lui après avoir été touché par une frappe aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis en 2017 (Fichier, AFP)
Abdallah Khalil a perdu sa jambe lorsqu'un immeuble de la vieille ville de Mossoul s'est effondré sur lui après avoir été touché par une frappe aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis en 2017 (Fichier, AFP)
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Publié le Mercredi 07 juillet 2021

A Mossoul, la coalition anti-EI reconnaît avoir tué des civils. Mais après?

Abdallah Khalil a perdu sa jambe lorsqu'un immeuble de la vieille ville de Mossoul s'est effondré sur lui après avoir été touché par une frappe aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis en 2017 (Fichier, AFP)
  • En sept ans de guerre contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis a reconnu avoir tué plus de 1 000 civils en Irak et en Syrie
  • Pour le sénateur américain Patrick Leahy, il faut que cet argent puisse arriver jusqu'aux victimes en Irak, en Afghanistan ou ailleurs

MOSSOUL: Ce 17 mars 2017, les troupes antidjihadistes progressent dans Mossoul. Mais si les militaires se congratulent, le monde plonge dans l'horreur des "dommages collatéraux": plus de 100 civils tués par un avion de la coalition. Leurs proches attendent toujours explications et compensations.  

En sept ans de guerre contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis a reconnu avoir tué plus de 1 000 civils en Irak et en Syrie - et pour la première fois elle révèle aujourd'hui le nombre de dédommagements aux Irakiens: 14.   

Jusqu'ici, les victimes des raids de la coalition anti-EI et leurs familles se sont heurtées à un système où parfois l'on reconnaît ses torts mais dont l'opacité semble avoir été pensée pour les empêcher d'accéder à l'étape suivante: les compensations financières.  

Ainsi, quatre ans après le carnage du 17 mars dont il est miraculeusement sorti vivant avec son fils, Abdallah Khalil, la jambe amputée à hauteur du genou et le dos zébré de brûlures, attend toujours qu'on lui explique où et comment réclamer un dédommagement.  

"Avec toute notre expertise, on comprend à peine comment faire", confirme Sarah Holewinski de Human Rights Watch (HRW). "Je n'arrive même pas à imaginer ce que c'est pour une Irakienne ayant perdu sa mère ou son mari ..."  

Elle souligne notamment l'impossibilité "de trouver un responsable américain pour réussir à lui faire admettre que c'était bien l'une de ses bombes la responsable". Car dans cette guerre-là - principalement menée depuis les airs - il n'y a pas eu, comme dans d'autres opérations occidentales, des commandants sur le terrain pour dédommager "le prix du sang".  

Vendredi, 08H10 à Mossoul  

C'est justement l'une de ces bombes américaines qui fait basculer la vie d'Abdallah Khalil, ancien chauffeur routier, le vendredi 17 mars 2017 "à 08H10 exactement", à Mossoul al-Jadida, le "nouveau Mossoul" en arabe, dans le nord du pays.  

"Ils ont bombardé et je me suis retrouvé sous les gravats" jusque "vers 11H00 quand j'ai entendu les secours", raconte cet Irakien de 51 ans.  

L'effondrement de l'immeuble où il s'était réfugié avec des dizaines de femmes, d'hommes et d'enfants s'est conclu par le plus lourd bilan civil de la guerre contre l'EI.  

"Au minimum 105 et au maximum 141 non combattants", selon l'ONG Airwars, qui recense les civils tués dans des bombardements à travers le monde.  

Pour les Irakiens, le choc est immense. Mais il est rapidement balayé par le chaos.  

En 72 heures, avant, durant et après cette frappe, des centaines d'autres civils sont tués à Mossoul. Et, là, il est souvent difficile de déterminer d'où sont venus les tirs: dans cette ville de plus de deux millions d'habitants où des centaines de milliers de civils servent toujours de boucliers humains aux djihadistes, les troupes irakiennes tirent à tout-va, les djihadistes répondent avec force et les avions de la coalition pilonnent sans relâche.  

Le docteur Hassan Wathiq, patron de la médecine légale de Mossoul, se rappelle du carnage: "Avec pompiers et ambulanciers, on a sorti 152 corps des décombres" de l'immeuble où se trouvait M. Khalil et d'autres alentours.  

Et, avec les frappes qui continuent sans relâche, raconte-t-il encore, "les dix ou 15 jours suivants, on a sorti une centaine de cadavres par jour".  

Pour les Irakiens comme pour le monde entier, Mossoul est un bastion qu'il faut à tout prix reprendre. L'EI en a fait sa "capitale" et c'est ici même qu'il a autoproclamé son "califat".   

Le déluge de feu de la coalition depuis les airs est incessant. Au sol, les soldats irakiens avancent et reculent au gré des voitures et autres maisons piégées.  

Ce 17 mars 2017, cinq mois jour pour jour après le lancement de la dernière grande bataille en Irak, les troupes irakiennes tentent de progresser dans les ruelles de la Vieille ville.  

Devant elles, à l'ouest, se dresse Mossoul al-Jadida, avec sa gare ferroviaire et ses silos de pétrole. De là, des tirs fusent, apparemment de deux snipers sur les hauteurs.  

L'armée irakienne, embarquée dans la pire guérilla urbaine de l'histoire moderne, réclame une frappe de la coalition pour reprendre aux djihadistes leur "capitale" irakienne.  

Des avions américains arrivent, larguent une bombe à tête guidée. Mais il leur manque une information capitale: au sous-sol, des dizaines de civils s'entassent, priant pour que la proximité de l'hôpital al-Rahma et d'une avenue passante les protègent.  

Face au tollé, pour la première - et unique - fois, les Américains dépêchent des enquêteurs sur le terrain. Dès mai 2017, ils concluent à la mort de 105 civils et évoquent 36 disparus.  

Mais, en se basant sur des calculs théoriques, ils concluent que l'immeuble s'est écroulé à cause d'explosifs de l'EI entreposés dans les étages, écartant leur responsabilité directe.  

A Mossoul, témoins et survivants sont formels: aucun arsenal n'était stocké dans l'immeuble. 

"Erreur" 

"Pour deux snipers sur un toit, ils ont largué une bombe de plus de 220 kilos, c'était une erreur", accuse Chris Woods, directeur d'Airwars. "On ne peut pas utiliser des explosifs à large portée dans une zone urbaine sans des risques considérables pour les civils: voilà ce qu'incarne Mossoul al-Jadida." 

A l'époque, Donald Trump, depuis deux mois à la Maison Blanche, vient de promettre de "bombarder à mort" l'EI. Pour beaucoup, il donne les coudées franches à ses militaires qui assurent alors mener "la guerre la plus précise de l'histoire". 

Mais à Mossoul al-Jadida, impossible de nier l'évidence, la précision a eu ses limites. Le Pentagone reconnait finalement sa responsabilité - indirecte: une bombe américaine a bien touché l'immeuble mais, affirme-t-il, les explosifs de l'EI y ont bien causé une "explosion secondaire".  

Quand son portable sonne à l'automne 2017, Abdallah Khalil se réjouit. "Un traducteur m'a affirmé que j'étais en ligne avec le commandant militaire de la coalition pour le nord de l'Irak", raconte-t-il à l'AFP. "Il s'est excusé au nom de la coalition et a promis de venir me voir, mais il ne l'a jamais fait." 

Walid Khaled a perdu son frère et sa belle-soeur à Mossoul al-Jadida. Ce père de deux enfants âgé de 31 ans a bien reçu la visite des enquêteurs de la coalition. "Ils ont pris des photos et nos déclarations, et rien n'a été fait pour nous verser des dédommagements" pourtant précieux dans une ville encore en ruines faute de fonds pour reconstruire, affirme-t-il. 

Selon Daniel Mahanty, de l'ONG Center for civilians in conflict (CIVIC), "si l'armée américaine reconnaît publiquement qu'elle a causé des torts (...), elle n'a jamais créé de système qui permettrait à une famille de présenter une demande formelle de compensation". 

Washington "ne veut pas mettre en place une politique qui ouvrirait la porte à un nombre énorme de plaintes impossible à gérer", affirme ce militant basé aux Etats-Unis. 

Echapper aux paiements 

Pour que son frère et sa belle-soeur ne soient pas oubliés, Walid Khaled a continué à frapper à toutes les portes: il s'est plaint auprès de la coalition, de la Commission gouvernementale irakienne des droits humains, de la Commission provinciale des dédommagements de Mossoul. 

Mais avant même de lancer leur campagne contre des djihadistes qui tenaient un tiers de l'Irak, de larges pans de la Syrie et attaquaient jusqu'au coeur de l'Europe, les 75 Etats de la coalition internationale avaient fait des choix.   

Contrairement à l'invasion de l'Irak en 2003 ou à la guerre en Afghanistan, la coalition anti-EI "a été forgée de telle sorte qu'il n'y ait pas de structure compensatoire", explique à l'AFP Belkis Wille, chargée de l'Irak à HRW.  

Donc, poursuit-elle, "si quelqu'un veut des dédommagements, il doit parvenir à déterminer quel pays a mené chaque frappe et comment il peut être saisi pour réclamer des dommages". 

De 2014 jusqu'au 15 février 2017, la coalition indiquait chaque jour quels pays avaient mené des frappes. Après cette date, alors que le bilan civil grimpait, ces précisions ont disparu. 

A Mossoul al-Jadida, les Américains ont reconnu avoir frappé seuls. Pour le porte-parole de la coalition, le colonel américain Wayne Marotto, "la loi américaine et le droit de la guerre n'obligent pas les Etats-Unis à assumer des compensations pour des blessures ou des dégâts causés par des opérations de combat légales" . 

De ce fait, explique-t-il, depuis mars 2015, "la coalition a versé cinq paiements +perte civile+ et un sixième est en cours, ainsi que huit paiements de ‘condoléances’" en Irak. Washington refuse de lever le secret sur la date, le lieu et la nature de chacun de ces incidents, mais tous ces paiements sont des compensations pour des dégâts qui peuvent être humains comme matériels.  

C'est très peu par rapport à l'Afghanistan par exemple, où des troupes américaines sont déployées au sol. Sur la seule année 2019, les Américains ont ainsi effectué six versements en Irak pour un total de 24 000 dollars; contre 605 versements pour 1 520 116 dollars en Afghanistan.  

Pourtant, le Congrès a voté une enveloppe de trois millions de dollars par an jusqu'en 2022 pour ces dédommagements - inscrits au budget sous l'appellation "opération et maintenance - armée". 

Compensation et reconstruction  

Pour le sénateur américain Patrick Leahy, il faut que cet argent puisse arriver jusqu'aux victimes en Irak, en Afghanistan ou ailleurs. Et c'est là que le bât blesse", a-t-il écrit récemment au chef du Pentagone Lloyd Austin.  

"Il faut en faire beaucoup plus pour aider les familles à déposer des demandes (...) et ensuite les traiter", affirme le patron démocrate du Comité des crédits.  

"Si l'armée américaine n'arrive pas à enquêter, trouvons d'autres acteurs pour le faire."  

Depuis 2014, selon Airwars, entre 8 311 et 13 188 civils, dont quelque 2 000 enfants, ont vraisemblablement été tués par la coalition en Irak et en Syrie.  

La coalition en reconnaît dix fois moins: "Les Etats-Unis ont reconnu plus de 1 300 civils tués dans leurs opérations", relève M. Woods. Quant à Londres et Paris, deuxième contingent de la coalition après les Etats-Unis, ils font encore moins bien que Washington: en neuf mois de pilonnage à Mossoul, "ils n'ont pas reconnu un seul mort civil", ajoute-t-il.   

Les Néerlandais, eux, ont dédommagé un Mossouliote qui avait perdu sa femme, sa fille, son frère et son neveu dans un bombardement aérien en 2015. Un million d'euros auraient été versés selon la presse néerlandaise, mais la victime, elle, est silencieuse.   

Amsterdam a surtout, notent les défenseurs des droits humains, reconnu "son" Mossoul al-Jadida.    

A Hawija, dans le centre de l'Irak, en juin 2015, ils ont bombardé une ligne de production d'explosifs de l'EI. Les détonations en cascade ont tué plus de 70 civils et ravagé des pans entiers de la ville.   

Le gouvernement n'a payé aucune famille mais "a débloqué cinq millions d'euros pour aider à la reconstruction de Hawija", relève M. Woods.   

Ni formulaire, ni mail ni téléphone  

A Mossoul, où la reconstruction est estimée à des milliards de dollars, une telle initiative serait la bienvenue. Mais les autorités irakiennes elles-mêmes ont mis longtemps à parler des morts et des ruines --dont elles continuent pourtant à sortir des corps jusqu'aujourd'hui.  

En mars 2019, le Premier ministre de l'époque Haider al-Abadi allait jusqu'à assurer que seuls "huit femmes et enfants" avaient été tués à Mossoul.  

Le patron de la Commission des droits humains de Mossoul, Yasser Dhiaa, affirme avoir saisi le ministère des Affaires étrangères. Jusqu'ici en vain.  

Pourtant, ailleurs, l'armée américaine a fini par se rendre accessible. En Somalie, où Airwars recense une centaine de civils tués en 14 ans, le commandement militaire américain pour l'Afrique (Africom), propose, dès sa page d'accueil, un formulaire en ligne et une adresse postale pour enregistrer des victimes civiles.  

Sur celui de Centcom, le commandement américain au Moyen-Orient, ni formulaire ni adresse, ni mail, ni téléphone.  

On y trouve en revanche toujours le communiqué du 17 mars 2017 qui évoque "quatre frappes" à Mossoul ayant détruit une série de véhicules, d'armes et même... "un bâtiment tenu par l'EI".  

Ce jour-là, l'AFP rapportait qu'au sol les troupes irakiennes avaient repris une mosquée et un marché du Vieux Mossoul. Quatre mois plus tard, la ville était libérée et l'EI mise en déroute.    

Abdallah Khalil apprenait tout juste à ajuster sa prothèse. Aujourd'hui encore, il peine à vivre avec. 


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


France–Arabie saoudite : un siècle de relations diplomatiques, un partenariat stratégique tourné vers l’avenir

L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
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  • Le centenaire des relations diplomatiques entre la France et l'Arabie saoudite marque une nouvelle étape dans le renforcement d'un partenariat stratégique couvrant des domaines variés, de la culture à l'intelligence artificielle
  • Paris et Riyad affichent des convergences sur plusieurs enjeux régionaux majeurs, notamment la sécurité, la stabilité du Golfe et la recherche de solutions diplomatiques

RIYAD : À l'occasion de la fête nationale française du 14 juillet, l'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, a souligné la solidité et la dynamique des relations entre Paris et Riyad lors d'un entretien avec Arab News en français, alors que les deux pays célèbrent en 2026 le centenaire de leurs relations diplomatiques.

Il rappelle que cette année marque le centenaire de la reconnaissance par la France de la souveraineté du roi Abdelaziz sur les territoires du Nejd et du Hedjaz. Un anniversaire qui illustre, à ses yeux, une relation « ancienne, solide et tournée vers l'avenir », portée aujourd'hui par un dialogue politique régulier entre le président Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane.

L'ambassadeur estime que la visite d'État du président français en Arabie saoudite, en décembre 2024, a constitué une étape majeure dans la consolidation du partenariat stratégique global entre les deux pays. Il souligne que les prochaines échéances politiques devraient permettre de donner davantage de contenu et d'ambition à cette relation.

Patrick Maisonnave met également en avant l'élargissement des domaines de coopération bilatérale, qui couvrent désormais l'ensemble des priorités de la Vision 2030. Culture, patrimoine, tourisme, énergie, transports, défense, santé, intelligence artificielle, technologies, éducation ou encore développement urbain figurent parmi les principaux secteurs de collaboration.

Le projet d'AlUla demeure, selon lui, « l'exemple le plus emblématique » de cette dynamique. L'initiative associe préservation du patrimoine, développement touristique durable, archéologie, architecture, muséographie et formation de talents, illustrant l'ambition commune des deux pays.

L'ambassadeur cite également la culture comme l'un des piliers de la relation franco-saoudienne, évoquant notamment le lancement de « La Fabrique », présentée comme un incubateur de projets culturels franco-saoudiens. Il met aussi en avant l'essor de nouvelles coopérations dans les secteurs du numérique et du divertissement, notamment autour de l'e-sport.

À ce titre, il voit dans le choix de Paris par les autorités saoudiennes pour accueillir cet été la Coupe du monde d'e-sport « un acte de confiance envers la France », qui témoigne, selon lui, d'un partenariat s'étendant désormais « aux nouvelles industries du sport, du divertissement, du numérique et de l'innovation ».

Sur le plan régional, Patrick Maisonnave décrit la France comme un partenaire « présent, fiable et constant » des pays du Golfe. Il rappelle l'engagement français en faveur de la sécurité régionale, de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et de la désescalade.

L'ambassadeur souligne enfin les convergences entre Paris et Riyad sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la sécurité du Golfe, la mise en œuvre de la solution à deux États au Proche-Orient, le soutien à l'intégrité territoriale du Liban et les efforts de stabilisation de la Syrie.

Selon lui, ces priorités communes traduisent la volonté des deux pays de privilégier la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques au service de la stabilité régionale.

Ces convergences illustrent, selon lui, la portée du partenariat stratégique entre la France et l'Arabie saoudite. « Tous nos efforts vont dans le même sens : la stabilité régionale doit passer par la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques », affirme-t-il.

Une approche qui résume, selon lui, l'esprit du partenariat franco-saoudien : « une relation bilatérale forte et une coopération de tous les instants au service de la stabilité régionale ».


Israël: les élections législatives se tiendront le 27 octobre

Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
  • Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région
  • Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat

JERUSALEM: Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

La Knesset, nom du Parlement israélien, doit achever son mandat le 17 juillet, permettant à la coalition au pouvoir d'aller jusqu'au bout de ses quatre ans, pour la première fois depuis plusieurs décennies.

Dans un communiqué, la conseillère juridique de Parlement, Sagit Afik, a indiqué que la législature actuelle était appelée à aller jusqu'au terme de son mandat, et que par conséquent "les élections étaient (...) fixées par la loi au 27 octobre, sans qu'il soit envisagé d'écourter le mandat de la Knesset".

Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région.

Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat.

Empêtré dans un procès pour corruption, le dirigeant de 76 ans a affirmé vouloir gagner cette élection, qui pourrait constituer le scrutin le plus déterminant de sa carrière politique.

Ces derniers jours, son gouvernement, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, s'est employé à faire adopter une série de projets de loi afin de consolider sa majorité et d'aborder les élections en position de force.

Les derniers sondages montrent toutefois qu'une majorité d'Israéliens souhaitent le départ de M. Netanyahu. L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot apparaît désormais comme son principal rival.

La colère suscitée par les défaillances sécuritaires ayant entouré les attaques du 7-Octobre reste vive et continue de peser sur la popularité de Benjamin Netanyahu.

Popularité en baisse 

L'opinion publique lui reproche aussi de ne pas avoir tenu ses promesses de "victoire totale" sur le Hamas et le Hezbollah libanais pro-iranien et d'avoir été écarté des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, le protocole d'accord conclu ayant été jugé par beaucoup défavorable aux intérêts israéliens.

Un récent sondage de l'Université hébraïque de Jérusalem a révélé que plus de 92% des Israéliens estiment que l'Iran a remporté la guerre au Moyen-Orient, tandis que le soutien à M. Netanyahu comme Premier ministre a chuté de 40,5% début mars à 29,4% en juin.

Le mois dernier, le dirigeant israélien a déclaré qu'il souhaitait "établir un large gouvernement national".

En cherchant à tendre la main au-delà de son camp, il semble vouloir recentrer son discours électoral sur l'unité nationale plutôt que sur l'appartenance idéologique.

Le débat public est aussi profondément marqué par la question du service militaire obligatoire pour les hommes juifs ultra-orthodoxes.

Les principaux alliés de M. Netanyahu issus des partis ultra-orthodoxes ont à plusieurs reprises menacé de faire tomber le gouvernement si les étudiants en yechiva (centre d'études des textes rabbiniques) n'étaient pas exemptés de l'obligation de servir dans l'armée.

A l'inverse, l'armée israélienne et une grande partie de l'opinion publique estiment qu'un enrôlement plus large est nécessaire, après des années de guerres alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux.

Parmi les autres sujets susceptibles de peser sur la campagne figurent les réformes judiciaires controversées lancées par M. Netanyahu avant le déclenchement de la guerre à Gaza, son procès pour corruption en cours ainsi que les incertitudes concernant la gouvernance de la bande de Gaza, près d'un an après l'entrée en vigueur d'une trêve précaire.