Liban : « La Banque centrale joue un rôle d’exécutant au profit de la classe politique »

La BDL dont la mission principale consiste à assurer la stabilité financière et la salubrité des politiques financières, joue en fait un rôle d’exécutant au profit de la classe politique. (AFP)
La BDL dont la mission principale consiste à assurer la stabilité financière et la salubrité des politiques financières, joue en fait un rôle d’exécutant au profit de la classe politique. (AFP)
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Publié le Mardi 21 septembre 2021

Liban : « La Banque centrale joue un rôle d’exécutant au profit de la classe politique »

  • Prévue vers la fin du mois d’août, cette allocation d’environ 1 milliard de dollars n’est conditionnée à aucune réforme et sera directement déposée à la Banque du Liban
  • Menhem insiste sur la nécessité de consacrer une bonne partie de la somme attendue aux aides sociales «dans des conditions de transparence qui permettent de connaître l’identité des bénéficiaires»

BEYROUTH: Alors que tous les esprits sont accaparés par le premier anniversaire de l’explosion meurtrière qui a dévasté Beyrouth, les autorités libanaises s’apprêtent à détourner, une fois de plus, une somme colossale destinée à atténuer les difficultés de la population.

Cette somme provient du Fonds monétaire international (FMI) qui a décidé de recourir aux droits de tirages spéciaux (DTS) afin de stimuler la reprise mondiale après la pandémie de Covid-19 et assurer la pérennité des aides sociales.

Considéré comme la plus grande allocation globale de DTS de l’histoire du FMI, ce financement s’élève à 650 milliards de dollars (1 dollar = 0,84 euro).

La part allouée au Liban est d’environ 1 milliard de dollars; elle est déterminée en fonction des quotes-parts que le FMI attribue à chaque État. Prévue vers la fin du mois d’août, cette allocation n’est conditionnée à aucune réforme et sera directement déposée à la Banque du Liban (BDL). 

C’est justement cette inconditionnalité qui pousse l’organisation non gouvernementale libanaise Kulluna Irada, dont le but est d’instaurer les bases d’une gouvernance équitable, moderne et efficace, à envisager le pire et à sonner le tocsin.

Les craintes d’un mauvais usage des fonds

Dans une interview accordée à Arab News en français, la directrice de l’ONG, Diana Menhem, assure que les autorités libanaises peuvent disposer de cette allocation d’exception comme elles le veulent et sans aucune contrainte. Et c’est justement là que les choses se compliquent, dit-elle: «Nous n’avons aucune confiance dans la capacité des autorités à faire bon usage de cet argent» qui doit contribuer à soulager les peines des Libanais qui sont de plus en plus nombreux à vivre désormais sous le seuil international de la pauvreté. 

«Il y a de fortes chances que cette aide servira au financement des coupons alimentaires qui renfloueront les réseaux clientélistes de façon opportune avant les élections législatives» prévues dans moins d’un an, en mai 2022.

La crainte exprimée par Menhem trouve sa justification dans le fait que le pays est confronté, depuis 2019, à la plus grave crise financière et sociale de son histoire. Cantonnée dans une inertie absolue, la classe dirigeante est incapable d’apporter la moindre amorce de solution. Toute son énergie et ses capacités sont consacrées à assurer sa propre survie, pendant que la majorité des Libanais poursuit sa plongée dans un abîme sans fond.

Menhem insiste sur la nécessité de consacrer une bonne partie de la somme attendue à une politique sociale qui repose sur trois piliers: une assistance directe en numéraire en dollars «dans des conditions de transparence, qui permettent de connaitre l’identité des bénéficiaires» ainsi qu’une politique de subventions très ciblées pour des produits essentiels comme les carburants, le blé et les médicaments.

Il faudra par ailleurs consacrer une autre partie de cette somme au développement du secteur de la santé et de l’enseignement, ainsi qu’à la subvention de certains produits de première nécessité.

Est-il possible de préserver l’aide du FMI et d’en assurer le bon usage?

À cette question, Menhem répond avec désolation: «Nous sommes acculés à être réalistes, cette aide est par nature inconditionnelle, il est par conséquent très difficile d’agir sur le plan international pour que la somme octroyée au Liban soit conditionnée à des réformes particulières. D’où l’importance de la pression populaire sur ce sujet comme sur celui, plus global, de la nécessaire transition vers un système politique véritablement démocratique.» 

La meilleure façon d’agir consiste, par conséquent, à mobiliser l’opinion publique afin que cette somme d’environ un milliard de dollars soit utilisée de manière efficace et transparente.

En d’autres termes, au lieu de servir les objectifs des hommes politiques, cette somme devrait permettre de venir en aide aux Libanais, soutient Menhem: «C’est dans ce sens que nous essayons d’agir, avec les autres groupes d’opposants, en vue de parvenir à la plus grande mobilisation sociale possible et d’éviter que cette somme ne serve à corrompre les électeurs et, partant, faire perdurer ce système.» 

C’est la bataille qu’il faudra mener après le 4 août que de nombreux Libanais souhaitent solidaire, intense et pacifique, et qu’ils espèrent être un pas vers le salut du Liban.

Une politique de subvention anarchique

«Selon nos calculs le coût global de ces deux axes est de  2 milliards de dollars.» Un troisième pilier porte sur l’adoption d’une assurance maladie universelle, l’objectif étant de passer rapidement à une logique de garantie des droits sociaux fondamentaux des Libanais.

La priorité est de «rationaliser l’usage de l’argent public»  alors que «les avoirs en devises restants à la Banque centrale, ont été dilapidées durant les dix-huit mois précédents dans des proportions faramineuses.»

On peut bien imaginer que ces milliards de dollars ont été transférés à l’étranger au profit de personnalités influentes et politiques.

«Pour résumer, poursuit-elle, je peux assurer que les montants dilapidés durant les dix-huit mois précédents sont faramineux.» Ils proviennent tous des réserves monétaires, ce qui nous ramène «à la Banque centrale du Liban qui agit sous la protection des différentes forces politiques libanaises», affirme Menhem.

Ainsi, la BDL dont la mission principale consiste à assurer la stabilité financière et la salubrité des politiques financières, joue en fait un rôle d’exécutant au profit de la classe politique.

L’effort nécessaire pour y remédier est des plus minutieux; le fait que ces capitaux ont été transférés à l’étranger signifie que «nous avons une base juridique qui nous permet de les traquer, de connaître leurs destinations et de demander des comptes à ceux qui ont effectué ces transferts».

Parallèlement, «nous travaillons sur l’indépendance de la justice parce que nous avons besoin d’une justice équitable capable d’enquêter sur ces dossiers et de sanctionner les responsables avec une grande transparence», en coordination avec les autorités des pays concernés.


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.

 


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
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  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
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  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.