Montée des mers: les salins d'Hyères font sauter les digues et laissent faire la mer

Les Vieux-Salins d’Hyères, dernière zone humide entre la Camargue et l'Italie (Photo, AFP).
Les Vieux-Salins d’Hyères, dernière zone humide entre la Camargue et l'Italie (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 06 septembre 2021

Montée des mers: les salins d'Hyères font sauter les digues et laissent faire la mer

  • Ces digues rocheuses construites par l'ancien propriétaire, la Compagnie des salins du midi, n'ont pas empêché les eaux de gagner 30 mètres en 20 ans
  • En quelques mois, la nature a repris ses droits: une large plage est réapparue ainsi qu'une petite dune méditerranéenne

HYERES: Sur la touristique Côte d'Azur, les Vieux-Salins d'Hyères, dernière zone humide entre la Camargue et l'Italie, ont fait sauter deux kilomètres de rochers artificiels et choisi de laisser la mer faire. Très vite, une plage s'est redessinée et tout un écosystème avec.

Ce projet de "renaturation", baptisé Adapto, est expérimenté dans neuf autres sites en France afin de trouver des solutions fondées sur la nature pour s'adapter au changement climatique, un des thèmes du congrès mondial de l'Union internationale de conservation de la nature (UICN) qui se tient à Marseille jusqu'au 11 septembre.

Dans cette station balnéaire ultra-touristique du Sud-Est de la France connue pour ses joyaux insulaires de Porquerolles et Port-Cros, il n'a pas été simple d'expliquer qu'il vaudrait mieux laisser la mer monter naturellement.

Pourtant le constat était sans appel: ces digues rocheuses construites par l'ancien propriétaire, la Compagnie des salins du midi, n'ont pas empêché les eaux de gagner 30 mètres en 20 ans. Pire, la plage avait totalement disparu. Et à terme, cette mosaïque de bassins de 365 hectares située légèrement sous le niveau de la mer, était menacée.

"A chaque tempête hivernale, le trait de côte reculait. Mais la compagnie avait un réflexe de propriétaire foncier en construisant cette carapace dure pour ne pas perdre de m2", raconte Guirec Queffeulou, responsable de la gestion des milieux aquatiques et zones humides à la métropole de Toulon Provence Méditerranée, qui gère aujourd'hui le site.

La plage, barrière naturelle

Après des années d'études, des milliers de tonnes de rochers ont donc été retirées en 2019 et 2020. "En douceur parce qu'il ne fallait pas abîmer la barrière de protection naturelle d'herbiers de posidonie --une plante méditerranéenne-- à quelques mètres de la côte", raconte Richard Baréty, du Conservatoire du littoral, un organisme public français propriétaire du site depuis 20 ans.

En quelques mois, la nature a repris ses droits: une large plage est réapparue ainsi qu'une petite dune méditerranéenne. Des banquettes de posidonie morte se sont formées sur le sable. Autant d'outils naturels de lutte contre l'érosion.

Ce site, qui est un réel tampon de régulation climatique entre la mer et les terres, a pourtant failli disparaître, comme celui tout proche de la Presqu'île de Giens, quand la production de sel, remontant au Moyen-Age, a pris fin en 1995. Car l'ex-propriétaire souhaitait le vendre au prix fort et des projets de marina ou maisons sur pilotis étaient dans les cartons. Le Conservatoire du littoral a dû aller jusqu'à l'expropriation pour l'en empêcher.

Au XXe siècle, la moitié des zones humides méditerranéennes a disparu, selon le Réseau Medwet, qui souligne que ces dernières étaient alors "perçues comme des endroits remplis d'insectes porteurs de maladies (...) ou considérées comme sans importance ou comme des terres en jachères" devant être drainées.

La nature comme solution pour lutter contre les catastrophes naturelles

Comment lutter efficacement contre les catastrophes naturelles sans précédent qui frappent la planète, alimentées par les activités humaines? En se servant de "solutions fondées sur la nature" souvent plus efficaces que l'ingénierie ou la technologie, prône l'UICN.

Au cours de l'Histoire, "nous avons créé de plus en plus de systèmes pour répondre à nos besoins" en alimentation, logement ou déplacement, "très axés sur des solutions technologiques", constate Radhika Murti, directrice du programme "gestion des écosystèmes mondiaux" de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Mais "l'ingénierie ne sera plus suffisante face à des désastres qui vont devenir de plus en plus importants" avec le changement climatique et la destruction du vivant, avertit-elle. Nous devons "regarder les solutions déjà existantes dans la nature, pour travailler avec elle, plutôt que contre elle", poursuit la spécialiste.

Le concept des solutions fondées sur la nature, apparu à la fin des années 2000, est aujourd'hui porté par des ONG comme WWF, des banques publiques comme l'Agence française de développement (AFD), et intéresse des collectivités, des Etats et des acteurs du secteur privé.

Face aux crues d'une rivière, plutôt que de multiplier les digues, il vaut mieux s'assurer que le lit du cours d'eau est assez profond, que des espaces soient prévus pour que l'eau puisse déborder sans créer de dégâts, et veiller à ce que l'on ne construise pas trop près, expliquent les défenseurs du concept. 

Ces solutions sont aussi souvent moins coûteuses que de lourdes infrastructures ou des réponses technologiques, tout en étant plus flexibles, assurent-ils.

L'idée est de protéger la nature, de la restaurer et de la gérer durablement pour répondre aux besoins humains, "tout en permettant des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux", explique l'AFD.

Il ne s'agit pas de stopper tout développement, c'est simplement une autre façon d'agir, assure Radhika Murti. 

En 2020, l'UICN a défini les standards pour ces solutions fondées sur la nature, avec huit critères à remplir.

Cette approche n'exclut pas le recours aux infrastructures construites par l'homme. "Nous vivons dans un monde avec tant d'infrastructures qu'il est impossible d'avoir uniquement des solutions vertes", indique Radhika Murti.

Ces solutions nécessitent en revanche de mettre autour de la table de nombreux acteurs de différents domaines, ce qui peut compliquer la donne. "Personne ne peut mettre en place (tout seul) une solution fondée sur la nature, il y a tellement de pièces de puzzle à assembler", ajoute la responsable de l'UICN.

Impensable en zone urbaine

Pourtant, avec la "renaturation" des Vieux-Salins d'Hyères, "l'interface entre la zone humide et la plage fait que la biodiversité est décuplée", s'émerveille Richard Baréty.

Plus de 300 espèces d'oiseaux y sont aujourd'hui répertoriées, attirées sur leur route migratoire par la nourriture --invertébrés/poissons-- qui prolifère dans ces eaux très salées, explique Norbert Chardon, responsable de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) dans le Var, en marge d'une balade ornithologique matinale.

Tous espèrent que le rétablissement de cette dynamique sédimentaire ralentisse la montée de la mer: "On remarque déjà que les creux au bord de la plage s'estompent moins vite", assure Guirec Queffeulou.

Des souches de pin d'Alep morts sur la plage témoignent toutefois de la poursuite de la montée de l'eau. La disparition de la pinède littorale est rapide et difficile à accepter pour la population. Les tamaris qui apparaissent et ne craignent pas d'avoir leurs racines dans l'eau salée ne sont pas aussi populaires.

A terme, la mer pourrait aussi ponctuellement passer par-dessus les bassins, venant perturber l'alimentation hydraulique spécifique du site. Si cette hypothèse a longtemps été la principale crainte, certains pensent désormais que cela pourrait amener des nutriments marins, boostant davantage la biodiversité.

Ces Vieux-Salins ont un rôle pédagogique à jouer face au changement climatique, "mais en douceur, sans faire peur aux populations", explique Norbert Chardon. Un défi ambitieux sachant qu'une telle renaturation est impensable sur la plupart du littoral bétonné de la Côte d'Azur où vivent des milliers de personnes qui observent, impuissantes, la mer gagner inéluctablement du terrain.


Morandini se retire de l'antenne de CNews après la polémique liée à ses condamnations

Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
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  • La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée
  • M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X

PARIS: Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs.

La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée.

M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X.

"Je regrette profondément de devoir prendre cette décision mais je pense qu'elle est indispensable pour retrouver le calme et la sérénité", insiste cette figure médiatique dans ce court message.

Première chaîne d'info de France en parts d'audience, CNews (groupe Canal+) est dans la tourmente depuis une première condamnation définitive de Jean-Marc Morandini le 14 janvier et la décision de sa direction de le maintenir à l'antenne.

Sonia Mabrouk, une des vedettes de la chaîne, a présenté vendredi sa démission. Elle avait été la première à prendre ses distances avec ce maintien.

Depuis ses premiers propos, la journaliste a constaté une "altération certaine et effective de (s)a relation avec une partie de la direction de CNews", a-t-elle expliqué dans un communiqué à l'AFP.

Dans une scène inédite, son invité lundi matin, l'eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR), a lancé à l'adresse de Jean-Marc Morandini: "Partez, démissionnez!". L'émission était réalisée en direct dans les studios d'Europe 1 et diffusée simultanément sur CNews, deux médias dans la sphère du milliardaire Vincent Bolloré.

Peu après, l'intéressé avait piloté comme habituellement son programme de 10H30 à 12H00, pour un 1.803e numéro du "Morandini Live".

CNews doit maintenant trouver des remplaçants pour l'ensemble de la tranche 10H30-14H00, puisque Sonia Mabrouk enchaînait avec son programme "Midi News".

Pour les prochaines semaines, "L'heure des pros" de Pascal Praud à partir de 09H00 sera prolongée jusqu'à 11H00. Puis de 11H00 à 12H00, le journaliste politique Thomas Bonnet présentera "60 minutes info", a indiqué la chaîne.

Boycott 

La situation était devenue difficilement tenable pour M. Morandini, 60 ans.

De nombreux responsables politiques avaient critiqué son maintien, et boycottaient son émission de débats quotidienne.

De plus, Vincent Bolloré doit être convoqué fin février par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public et être interrogé sur le cas de Jean-Marc Morandini.

Son maintien, malgré ses condamnations, avait suscité de vifs débats au sein même de CNews. Après Sonia Mabrouk, les autres présentateurs stars Pascal Praud et Laurence Ferrari avaient également pris leurs distances.

Il y a une semaine, Philippe de Villiers, qui anime également une émission, ainsi que le Journal du Dimanche, autre média de la sphère Bolloré, avaient déjà marqué leur désapprobation.

En interne, certains réclament son départ définitif. Le syndicat +Libres de Canal+ a ainsi demandé en janvier "le départ sans indemnité de Jean-Marc Morandini", comme la direction de la chaîne alors appelée iTélé s'y était engagée en 2016 en cas de condamnation.

C'était il y a dix ans: en octobre-novembre 2016, son cas avait été le catalyseur d'une crise ouverte à iTELE, l'ancêtre de CNews, dont M. Bolloré avait pris le contrôle auparavant.

Pendant un mois, la rédaction avait fait grève pour protester contre l'arrivée de M. Morandini à l'antenne. Il venait d'être mis en examen pour "corruption de mineurs" et avait été écarté d'Europe 1.

Le mouvement de grève s'était soldé par le départ de près d'un tiers des journalistes d'iTélé.

Le 14 janvier, la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation de M. Morandini pour corruption de mineurs, pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents de 2009 à 2016. Pour ces faits, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Il a une interdiction définitive d'exercer une profession en contact avec des mineurs.

En outre, l'animateur a renoncé le 22 janvier à contester une condamnation pour harcèlement sexuel dans un autre dossier, ce qui la rend définitive.

Dans ce dossier, il a été condamné en appel en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis, reconnu coupable d'avoir "usé de pressions pour obtenir un acte sexuel" de la part d'un jeune comédien.


François Villeroy de Galhau écourte son mandat de gouverneur de la Banque de France

C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
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  • La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes"
  • Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne"

PARIS: C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027.

"Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l'euro sont et resteront l'honneur de mon parcours public", a-t-il déclaré dans un communiqué de la banque centrale française.

Outre ses prérogatives en matière de politique monétaire, la Banque de France est un acteur économique clé, présent partout en France, pour des missions aussi diverses que la lutte contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou la fabrication des billets.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes".

Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne".

Dans une lettre adressée aux agents de l'institution, le gouverneur démissionnaire fait part d'une décision prise "en toute indépendance personnelle", partagée il y a quelques jours avec le président Emmanuel Macron, le gouvernement et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

"Le délai d'ici début juin est suffisant pour organiser paisiblement ma succession", assure le gouverneur, ex-banquier de BNP Paribas, arrivé à la tête de la Banque de France en novembre 2015.

Il avait été reconduit en 2021 pour six ans.

Profonde transformation 

En un peu plus de dix ans, le gouverneur, polytechnicien et énarque de 66 ans, a navigué à la barre de la banque centrale française sur une mer économique agitée, marquée par le premier mandat de Donald Trump, la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine.

Aujourd'hui, estime-t-il dans une interview aux Echos lundi soir, "nous sommes dans une bonne position d'un point de vue monétaire". Mais il juge "les risques à la baisse sur l'évolution des prix désormais un peu plus forts que les risques à la hausse", défendant ainsi "plus que jamais un pragmatisme agile en matière de taux".

Tout en prônant la maîtrise des dépenses publiques, M. Villeroy de Galhau a en parallèle mené une vaste réorganisation de la Banque de France, réduisant ses effectifs de près de 30% --son "principal bilan", a raillé la CGT dans une déclaration envoyée à l'AFP--, et lancé le chantier d'une nouvelle imprimerie pour les billets de banque.

"Nous avons transformé cette grande institution publique", s'est félicité le gouverneur. "J'ai avec vous, grâce à vous, la fierté de ce qui a été accompli depuis 2015, même si j'en mesure bien sûr des limites", a-t-il reconnu.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure a salué dans un communiqué "l'engagement et le sens du service" de François Villeroy de Galhau, son action "toujours guidée par la rigueur, l'indépendance et le souci de l'intérêt général".

Bal des prétendants 

Ce départ anticipé redonne la main à Emmanuel Macron pour nommer avant la fin de son mandat présidentiel un gouverneur qui pourra être en poste sur toute la durée du mandat du prochain président de la République, jusqu'en juin 2032.

Pour cette succession circulent les noms de la seconde sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré, de l'ancienne secrétaire d'Etat Laurence Boone, aujourd'hui à la tête de la branche française de la banque espagnole Santander, et du président de l'Autorité de la concurrence Benoît Cœuré. Une source évoque également le secrétaire général de l'Elysée Emmanuel Moulin.

François Villeroy de Galhau, Strasbourgeois de naissance, issu d'une riche famille industrielle (Villeroy et Boch) de l'Est de la France, présidera désormais bénévolement la Fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance, succédant à Jean-Marc Sauvé.

"J'ai répondu à un appel, dans tous les sens du terme", explique-t-il aux Echos.

"Cette présidence marquera pour moi une étape nouvelle, à la fois exigeante et profondément humaine", a déclaré M. Villeroy de Galhau dans un communiqué de la fondation.


Affaire Epstein: Jack Lang annonce sa démission de l'Institut du monde arabe

L’ancien ministre français de la Culture et président de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, Jack Lang, pose le 28 janvier 2013 à Paris. (AFP)
L’ancien ministre français de la Culture et président de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, Jack Lang, pose le 28 janvier 2013 à Paris. (AFP)
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  • Jack Lang a annoncé sa démission de la présidence de l’IMA après l’ouverture d’une enquête financière liée à ses relations avec Jeffrey Epstein, mettant fin à une semaine de fortes pressions politiques
  • Une procédure est engagée pour désigner un président par intérim, tandis que Jack Lang conteste les accusations et affirme vouloir se défendre devant la justice

PARIS: Pressé depuis plusieurs jours de quitter la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA), l'ancien ministre de la Culture Jack Lang a finalement présenté samedi sa démission, après l'ouverture d'une enquête financière visant ses liens avec Jeffrey Epstein.

"Je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire", a écrit l'actuel président de l'IMA, dans une lettre adressée au ministre des Affaires étrangères, transmise à l'AFP.

Jean-Noël Barrot, a immédiatement "pris acte" de cette décision, suivi par l'Elysée, et a précisé qu'il lançait la procédure de désignation de son successeur à la tête de l'IMA.

"Je convoque un conseil d'administration sous sept jours qui désignera un ou une président(e) par intérim", a-t-il ajouté.

A 86 ans, le président de ce prestigieux institut culturel français passera donc la main avant la fin de son quatrième mandat, en raison de ses liens récemment révélés avec le financier et criminel sexuel Jeffrey Epstein.

Initialement convoqué par le Quai d'Orsay dimanche, M. Lang ne s'y rendra pas, mais a avancé son retour à Paris depuis l'étranger à samedi soir, a précisé à l'AFP son entourage.

La décision met fin à une semaine de tensions, provoquée par la publication fin janvier de millions de documents, nouveau volet des "Epstein files".

Accusé d'avoir entretenu des liens proches avec un homme déjà condamné pour sollicitation de prostituée mineure, l'ancien ministre de la Culture emblématique de François Mitterrand a d'abord résisté aux demandes de démission.

Mercredi, il avait rejeté toute hypothèse d'un départ de l'IMA.

Mais les pressions se sont accélérées, d'abord au sein de la classe politique puis jusqu'au sommet de l'Etat, quand l'Elysée et Matignon avaient exigé sa convocation auprès du ministère des Affaires étrangères.

Jean-Noël Barrot avait déclaré se réserver "toutes les options" quant au mandat de M. Lang, qualifiant les premiers éléments de l'affaire d'"inédits et d'une extrême gravité".

- "Très triste" -

La défense de l'ancien ministre n'a quant à elle pas beaucoup évolué.

Après avoir assumé ses liens avec Jeffrey Epstein, puis plaidé la naïveté, il a réaffirmé son innocence samedi.

"Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai", a-t-il assuré dans le courrier au ministre des Affaires étrangères.

"Je me réjouis que la justice se saisisse de ce dossier", a-t-il aussi affirmé, évoquant l'enquête préliminaire ouverte vendredi par le parquet national financier (PNF) contre lui et sa fille Caroline Lang pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée", après des "faits révélés par Mediapart".

Sur la base des nouveaux éléments publiés par l'administration américaine, le média a fait état de liens financiers et d'intérêts économiques communs entre la famille Lang et le financier.

D'après son avocat Laurent Merlet, interrogé samedi sur BFM TV, Jack Lang "est à la fois très triste de quitter une institution muséale qu'il aime beaucoup" mais également "extrêmement combatif et ne laissera pas les calomnies prendre le terrain".

D'après les messages exhumés, le nom de l'ancien ministre ressort 673 fois de la correspondance de l'ancien homme d'affaires américain décédé en prison en 2019.

Les deux hommes ont notamment négocié en 2015 la vente entre eux d'un riad à Marrakech, et les messages ont continué les années suivantes.

"Cher Jeffrey, (...) votre générosité est infinie", aurait écrit Jack Lang en 2017. "Puis-je encore abuser ?", avait-il aussi demandé, avant de solliciter le milliardaire pour qu'il le transporte en voiture à une fête organisée hors de Paris.

La fille de l'ancien ministre, Caroline Lang, a quant à elle démissionné lundi de la tête d'un syndicat de producteurs de cinéma après les révélations sur une société "offshore" qu'elle a fondée en 2016 avec l'homme d'affaires américain.

Au micro de BFM TV samedi, avant la démission du président de l'IMA, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a dénoncé "la complaisance du système politique et du système médiatique à l'égard de Jack Lang".

En 1977, Jack Lang avait fait partie des signataires d'une pétition défendant les relations sexuelles entre adultes et enfants, publiée dans Le Monde mais aussi dans Libération.

Avoir signé cette pétition "était une connerie", avait-il regretté en 2021.