11 septembre: Traumatisme collectif et créativité

Les personnes en deuil se rassemblent au 9/11 Memorial & Museum à New York le 11 septembre 2020, alors que les États-Unis commémorent le 19e anniversaire des attentats du 11 septembre. (Dossier/AFP)
Les personnes en deuil se rassemblent au 9/11 Memorial & Museum à New York le 11 septembre 2020, alors que les États-Unis commémorent le 19e anniversaire des attentats du 11 septembre. (Dossier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre: Traumatisme collectif et créativité

  • Les attentats terroristes n’ont pas uniquement eu une incidence sur la société américaine, le cinéma et la culture populaire mais leur influence est également profonde et durable
  • Considérer une culture entière comme un ennemi ne fait que renforcer la lutte

DUBAÏ: Mardi matin. Quelques minutes avant 9 h, sur la côte est des États-Unis, les Américains subissent sans doute le plus grand traumatisme de leur vie à travers un écran de télévision. C’est exactement le moment où le deuxième avion percute les tours jumelles à New York; un moment à jamais ancré dans la conscience publique; un moment qui façonnera la culture sous tous ses aspects.

D’autres images macabres suivront et seront reproduites dans des productions cinématographiques et culturelles. Il y a, par exemple, l’homme qui tombe. Il saute du bâtiment pour échapper à la fumée et aux flammes.

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Vue générale du mémorial du World Trade Center à New York le 26 février 2021. (File/AFP)

Il y a aussi l’image des deux tours qui s’effondrent, comme de chagrin. Il y a les nuages de fumée et de débris qui envahissent le sud de Manhattan. Il y a les cendres grises qui s’accrochent à tout et à tout le monde – les rues, les voitures de police et même les survivants.

Ces images demeurent si vives et les blessures ont du mal à guérir complètement parce que c’est absurde, parce qu’il n’y pas d’explication à tout cela. Les événements tragiques du 11-Septembre ont soulevé de nombreuses questions sans pour autant donner de réponses satisfaisantes, ni le jour même ni les jours suivants.

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Kristina Hollywood et sa fille Allyson assistent à une veillée aux chandelles pour les victimes du 11 septembre sur un site commémoratif après la mort d'Oussama ben Laden le 2 mai 2011. (File/AFP)

Les Américains avaient besoin de réponses et c’est d’ailleurs ce que la culture populaire a réussi à leur apporter. Plus que tout, la clé du succès dans le monde du cinéma et de la télévision tient dans la mesure où l’œuvre offre un cadre propice à la réflexion. Plus il est confortable mieux c’est.

Au cours des quelques mois qui ont suivi l’attaque, les films les plus célèbres sont ceux qui ont réussi à fournir les réponses les plus satisfaisantes. Les gens se sont précipités pour assister à la première de Le Seigneur des anneaux: La Communauté de l’anneau, trouvant un semblant de confort dans un monde où le bien et le mal sont clairement définis et où l’esprit pur peut tout surmonter. Dans Harry Potter à l’école des sorciers, le premier de la saga, ils ont découvert que l’amour et l’unité peuvent vaincre une force malveillante et secrètement envahissante.

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La famille de la victime du vol 93 C.C. Lyle arrive à la première de "United 93" lors du cinquième festival annuel du film de Tribeca au Ziegfeld Theatre le 25 avril 2006 à New York. (Dossier/AFP)

En appliquant ce scénario à la «vraie vie», cependant, on se rend compte que le besoin des États-Unis de trouver des réponses a fait ressortir ses pulsions les plus sombres. Certaines personnes – y compris de hauts dirigeants – ont rapidement défini le mal comme étant l’autre arabe et musulman. Ce récit n’est pas né le 11-Septembre. Il a simplement été recentré et renforcé.

Au lendemain de ce jour fatidique, les Arabes deviennent les cibles de crimes motivés par la haine à travers le pays. L’islamophobie est désormais un discours dominant acceptable. Le besoin des États-Unis de s’inspirer du monde réel pour trouver un méchant a porté l’image du terroriste musulman à l’écran, même dans des séries télévisées célèbres comme 24 ou Homeland.

Tous les personnages de la région sont dépourvus de toute nuance, une tendance qui se poursuit dans de nombreuses productions cinématographiques et télévisées comme La Chute de Londres et les films de Jack Ryan qui répètent les mêmes tropes avec uniquement des améliorations sur le plan esthétique.

11 sept

Pour les acteurs arabes, l’après-11 septembre 2001 devient à la fois monde de possibilités et de chagrin. Une scène du film AmericanEast, du réalisateur américano-égyptien Hisham Issawi, dépeint parfaitement cette expérience. Dans ce film, plusieurs immigrants arabes tentent de s’intégrer dans la culture américaine. L’un des personnages, Omar, connaît un certain succès en tant qu’acteur. Son rôle le plus réussi est celui d’un musulman extrémiste qui terrorise les États-Unis et ses espoirs de perpétuer ce succès en jouant d’autres rôles sont rapidement anéantis.

Dans l’une des scènes, Omar est choisi pour un rôle clé dans une série télévisée en tant que médecin qui, par pur hasard, est musulman. Lorsqu’il arrive sur le lieu du tournage, il se rend compte que le rôle a été transformé en celui de terroriste arabe. Quand il cherche à comprendre le côté humain du personnage, le réalisateur, exaspéré, lui répond: «C’est un terroriste. Il est rempli de haine. C’est tout ce que l’on te demande.»

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Janice Ryan pointe du doigt alors qu'elle trouve le nom de son amie au mémorial du World Trade Center à New York le 26 février 2021. (File/AFP)

Injustement, Omar est contraint de choisir: réaliser son rêve ou déshumaniser sa personne et son peuple? Il s’agit là d’un choix que de vrais acteurs ont dû faire dans des circonstances plus désespérantes. Pire encore, le vrai visage des Arabes aux États-Unis et à l’étranger n’est pas montré dans les médias qui continuent de les décrire comme des personnes dépourvues de valeurs et d’humanité.

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Des membres de la Garde côtière américaine rendent hommage aux anciens combattants tués lors des attentats du 11 septembre au mémorial de Ground Zero lors de la Journée des anciens combattants le 11 novembre 2020 à New York. (Dossier/AFP)

Au cours de ces mêmes années, les films qui décrivent les vrais événements derrière le 11-Septembre, ainsi que les guerres qui ont été menées en son nom, ont souvent été accueillis avec indifférence. Le film Démineurs de Kathryn Bigelow – qui traite de la guerre en Irak – a remporté l’Oscar du meilleur film en 2009. Cependant, c’est le film le moins rentable à avoir reçu cette récompense, ce qui signifie que même le prix le plus prestigieux du cinéma ne suffit pas à favoriser la réflexion sur de tels événements dans la psyché culturelle.

Le monde n’avait pas besoin de plus de questions. Il voulait désespérément des réponses. Et s’il existe un truisme auquel les amateurs de films et de séries peuvent se fier, c’est qu’un héros peut leur fournir toutes les réponses qu’ils cherchent. C’est l’idée d’un héroïsme effréné qui a poussé Jack Bauer à devenir un symbole culturel au début des années 2000 dans 24. Les gens ont pu se délecter d’une série qui décrit des événements similaires à ceux du 11-Septembre parce que, au cœur de l’action, il y a un homme qui a tout compris, qui sait pourquoi ça s’est passé et comment y mettre fin.

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Même lorsqu'un film sur la guerre en Irak a remporté l'Oscar du meilleur film en 2009, "The Hurt Locker" de Kathryn Bigelow était le film le moins rentable à avoir jamais reçu cet honneur. (Prix IMP)

Plus encore, le paysage cinématographique de l’après-11 septembre 2001 a été témoin de l’essor des films de superhéros qui avaient eu du mal à véritablement s’imposer par le passé en dehors de Superman et de Batman. En 2002, à la suite de la sortie de Spiderman, ce genre est devenu dominant – il l’est toujours.

Dans Le Chevalier noir, de Christopher Nolan et Superman, de Zack Snyder, les images de ce mardi matin si tragique – la fumée, les tours qui s’effondrent, les hommes qui tombent – ont été utilisées pour donner l’impression que ces superhéros sauvent le monde tel qu’il était vraiment, celui dans lequel nous avons vécu et non le monde fantastique que nous avons vu par le passé.

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Les films "Dark Knight" de Christopher Nolan et les films "Superman" de Zack Snyder ont pris l'imagerie directe de ce mardi matin tragique. (Prix IMP)

L’univers cinématographique Marvel a par la suite tout éclipsé, répondant aux besoins de narration non élucidés des Américains. Captain America montre le désir de comprendre le bien vu par les Américains. C’est une incarnation de l’innocence qui doit faire face à une époque plus sombre. Dans Iron Man, l’ingéniosité américaine réussit à surmonter l’extrémisme musulman. Dans Vengeurs, le 11-Septembre est reproduit par une force extraterrestre. La seule solution n’est pas l’unité citoyenne du peuple américain autour d’un objectif commun mais le recours à des superhéros pour faire le travail à notre place.

Les États-Unis ont également porté à l’écran des héros de la «vraie vie». En 2014, American Sniper de Clint Eastwood raconte l’histoire de Chris Kyle, tireur d’élite de la Navy Seal. Il s’agit du plus gros succès de cette année-là et du film de guerre le plus rentable de tous les temps. American Sniper a fait abstraction de la nuance qui a miné les films de «guerre contre le terrorisme» pendant plus d’une décennie et l’a remplacée par un personnage qui a l’assurance d’un héros Marvel, parfaitement conscient d’être un bon gars qui tue des méchants et qui n’a jamais commis d’acte injustifiable.

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Le tireur de l'US Navy SEAL, Chris Kyle, a été représenté dans le film "American Sniper" de Clint Eastwood en 2014. (Prix IMP)

Ce fut enivrant pour le public qui a décidé de faire fi du fait que Chris Kyle n’était pas ce Captain America auquel on s’attendait mais qui a plutôt idolâtré le héros Marvel The Punisher, un justicier monstrueux dont l’iconographie est célèbre auprès des forces spéciales américaines. Ainsi, et à mesure que les choses se sont calmées, l’œuvre a semblé plus controversée que le laissent entendre les éloges initiaux.

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Un drapeau américain est suspendu à Oculus au World Trade Center Transportation Hub pour le week-end du Memorial Day à New York le 29 mai 2021. (File/AFP)

Tout n’est pas si sombre, bien entendu. Le cinéma américain est à son apogée lorsqu’il pose un regard critique sur le plan interne et montre plus de compassion à l’extérieur de ses frontières. Les films et les acteurs arabes et musulmans ont remporté beaucoup de prix, et des séries comme Ramy ont montré les événements du 11-Septembre du point de vue des Américains d’origine arabe qui se sont retrouvés brusquement marginalisés.

Le bras de fer au sein de la communauté créatrice pendant les deux dernières décennies semble enfin pencher en faveur d’une réponse qui aurait dû être trouvée directement après la tragédie: la paix, la coexistence et la reconnaissance de l’humanité commune triomphent de tout mal. Considérer une culture entière comme un ennemi ne fait que renforcer la lutte.

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump affirme que l'Iran veut un accord pour mettre fin à la guerre

Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran. (AFP)
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  • "Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs"
  • "Ils ont aussi peur qu'on les tue", a lancé Donald Trump, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

TEHERAN: Donald Trump a assuré que Téhéran, malgré ses dénégations, participe bien à des pourparlers et veut un accord pour mettre fin à la guerre, tandis qu'Israël poursuit jeudi ses frappes sur l'Iran.

"Ils négocient, et ils veulent absolument conclure un accord, mais ils ont peur de le dire" par crainte de "se faire tuer par les leurs", a affirmé le président américain mercredi soir devant un parterre de parlementaires républicains réunis mercredi soir à Washington.

"Ils ont aussi peur qu'on les tue", a-t-il lancé, au 27e jour d'un conflit qui embrase le Moyen-Orient et menace l'économie mondiale.

Plus tôt dans la journée de mercredi, la Maison Blanche avait prévenu que Donald Trump était "prêt à déchaîner l'enfer" si Téhéran faisait "encore un mauvais calcul".

Aucune information n'est disponible sur le ou les dirigeants iraniens en charge des négociations évoquées par Washington.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'a "pas l'intention de négocier" et compte "continuer à résister".

Une proposition américaine pour faire taire les armes, qui, selon des médias américains et israéliens, contient quinze points, a été transmis à l'Iran par Islamabad, en bons termes avec les deux pays, selon deux hauts responsables pakistanais.

"Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation", a noté M. Araghchi à la télévision d'Etat.

L'Iran veut "mettre la fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné.

Les initiatives diplomatiques se sont multipliées ces derniers jours pour tenter de mettre un terme à une guerre devenue "hors de contrôle", selon les termes du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.

Sans toutefois d'ouverture diplomatique jusqu'ici, même si Pékin a dit jeudi voir "des signaux en faveur de négociations" émis à la fois par les Etats-Unis et l'Iran.

Le conflit sera au menu jeudi d'une réunion en France des chefs de la diplomatie du G7, qui ne seront rejoints que vendredi par l'Américain Marco Rubio.

"Ce qui m’inquiète le plus dans cette guerre, c’est qu’il n’y a pas eu de consultation, il n’y a pas de stratégie, il n’y a pas d’objectif clair et, le pire de mon point de vue, c’est qu’il n’y a pas de stratégie de sortie", a lâché le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, en visite en Australie.

Installations détruites 

Sur le terrain, les attaques se poursuivent dans un sens et dans l'autre. Tôt jeudi, l'armée israélienne a indiqué avoir achevé des "frappes à grande échelle" sur des infrastructures non spécifiées dans plusieurs zones d'Iran, dont Ispahan dans le centre du pays.

Israël a également dit faire l'objet d'une nouvelle attaque de missiles iraniens. L'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, où les infrastructures énergétiques et les intérêts américains sont régulièrement ciblés, ont aussi dit faire face à de nouvelles attaques.

L'armée américaine a assuré avoir endommagé ou détruit "plus des deux tiers" des installations de production de drones et de missiles ainsi que des chantiers navals iraniens, et "92%" de la flotte iranienne.

Le quasi blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal 20% du pétrole et gaz naturel liquéfié mondiaux, a provoqué une hausse d'environ 60% des cours du brut depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février.

Jeudi, les cours du baril de pétrole, tant du Brent, référence mondiale, que du WTI, référence américaine, remontaient à nouveau après un léger repli la veille, alors que l'Iran a dit autoriser le passage de navires de pays "non-hostiles".

Dépendant quasiment entièrement de pétrole transitant par Ormuz, le Japon a annoncé jeudi devoir puiser pour la deuxième fois dans ses réserves stratégiques.

Israël poursuit par ailleurs son intervention contre le Hezbollah pro-iranien au Liban, où ses frappes ont fait plus d'un million de déplacés depuis que ce pays a été entraîné dans la guerre.

Jeudi, l'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été grièvement blessé mercredi par un tir de mortier tiré en direction de ses troupes au Liban.

 

 


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.