11 septembre: Traumatisme collectif et créativité

Les personnes en deuil se rassemblent au 9/11 Memorial & Museum à New York le 11 septembre 2020, alors que les États-Unis commémorent le 19e anniversaire des attentats du 11 septembre. (Dossier/AFP)
Les personnes en deuil se rassemblent au 9/11 Memorial & Museum à New York le 11 septembre 2020, alors que les États-Unis commémorent le 19e anniversaire des attentats du 11 septembre. (Dossier/AFP)
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Publié le Jeudi 09 septembre 2021

11 septembre: Traumatisme collectif et créativité

  • Les attentats terroristes n’ont pas uniquement eu une incidence sur la société américaine, le cinéma et la culture populaire mais leur influence est également profonde et durable
  • Considérer une culture entière comme un ennemi ne fait que renforcer la lutte

DUBAÏ: Mardi matin. Quelques minutes avant 9 h, sur la côte est des États-Unis, les Américains subissent sans doute le plus grand traumatisme de leur vie à travers un écran de télévision. C’est exactement le moment où le deuxième avion percute les tours jumelles à New York; un moment à jamais ancré dans la conscience publique; un moment qui façonnera la culture sous tous ses aspects.

D’autres images macabres suivront et seront reproduites dans des productions cinématographiques et culturelles. Il y a, par exemple, l’homme qui tombe. Il saute du bâtiment pour échapper à la fumée et aux flammes.

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Vue générale du mémorial du World Trade Center à New York le 26 février 2021. (File/AFP)

Il y a aussi l’image des deux tours qui s’effondrent, comme de chagrin. Il y a les nuages de fumée et de débris qui envahissent le sud de Manhattan. Il y a les cendres grises qui s’accrochent à tout et à tout le monde – les rues, les voitures de police et même les survivants.

Ces images demeurent si vives et les blessures ont du mal à guérir complètement parce que c’est absurde, parce qu’il n’y pas d’explication à tout cela. Les événements tragiques du 11-Septembre ont soulevé de nombreuses questions sans pour autant donner de réponses satisfaisantes, ni le jour même ni les jours suivants.

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Kristina Hollywood et sa fille Allyson assistent à une veillée aux chandelles pour les victimes du 11 septembre sur un site commémoratif après la mort d'Oussama ben Laden le 2 mai 2011. (File/AFP)

Les Américains avaient besoin de réponses et c’est d’ailleurs ce que la culture populaire a réussi à leur apporter. Plus que tout, la clé du succès dans le monde du cinéma et de la télévision tient dans la mesure où l’œuvre offre un cadre propice à la réflexion. Plus il est confortable mieux c’est.

Au cours des quelques mois qui ont suivi l’attaque, les films les plus célèbres sont ceux qui ont réussi à fournir les réponses les plus satisfaisantes. Les gens se sont précipités pour assister à la première de Le Seigneur des anneaux: La Communauté de l’anneau, trouvant un semblant de confort dans un monde où le bien et le mal sont clairement définis et où l’esprit pur peut tout surmonter. Dans Harry Potter à l’école des sorciers, le premier de la saga, ils ont découvert que l’amour et l’unité peuvent vaincre une force malveillante et secrètement envahissante.

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La famille de la victime du vol 93 C.C. Lyle arrive à la première de "United 93" lors du cinquième festival annuel du film de Tribeca au Ziegfeld Theatre le 25 avril 2006 à New York. (Dossier/AFP)

En appliquant ce scénario à la «vraie vie», cependant, on se rend compte que le besoin des États-Unis de trouver des réponses a fait ressortir ses pulsions les plus sombres. Certaines personnes – y compris de hauts dirigeants – ont rapidement défini le mal comme étant l’autre arabe et musulman. Ce récit n’est pas né le 11-Septembre. Il a simplement été recentré et renforcé.

Au lendemain de ce jour fatidique, les Arabes deviennent les cibles de crimes motivés par la haine à travers le pays. L’islamophobie est désormais un discours dominant acceptable. Le besoin des États-Unis de s’inspirer du monde réel pour trouver un méchant a porté l’image du terroriste musulman à l’écran, même dans des séries télévisées célèbres comme 24 ou Homeland.

Tous les personnages de la région sont dépourvus de toute nuance, une tendance qui se poursuit dans de nombreuses productions cinématographiques et télévisées comme La Chute de Londres et les films de Jack Ryan qui répètent les mêmes tropes avec uniquement des améliorations sur le plan esthétique.

11 sept

Pour les acteurs arabes, l’après-11 septembre 2001 devient à la fois monde de possibilités et de chagrin. Une scène du film AmericanEast, du réalisateur américano-égyptien Hisham Issawi, dépeint parfaitement cette expérience. Dans ce film, plusieurs immigrants arabes tentent de s’intégrer dans la culture américaine. L’un des personnages, Omar, connaît un certain succès en tant qu’acteur. Son rôle le plus réussi est celui d’un musulman extrémiste qui terrorise les États-Unis et ses espoirs de perpétuer ce succès en jouant d’autres rôles sont rapidement anéantis.

Dans l’une des scènes, Omar est choisi pour un rôle clé dans une série télévisée en tant que médecin qui, par pur hasard, est musulman. Lorsqu’il arrive sur le lieu du tournage, il se rend compte que le rôle a été transformé en celui de terroriste arabe. Quand il cherche à comprendre le côté humain du personnage, le réalisateur, exaspéré, lui répond: «C’est un terroriste. Il est rempli de haine. C’est tout ce que l’on te demande.»

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Janice Ryan pointe du doigt alors qu'elle trouve le nom de son amie au mémorial du World Trade Center à New York le 26 février 2021. (File/AFP)

Injustement, Omar est contraint de choisir: réaliser son rêve ou déshumaniser sa personne et son peuple? Il s’agit là d’un choix que de vrais acteurs ont dû faire dans des circonstances plus désespérantes. Pire encore, le vrai visage des Arabes aux États-Unis et à l’étranger n’est pas montré dans les médias qui continuent de les décrire comme des personnes dépourvues de valeurs et d’humanité.

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Des membres de la Garde côtière américaine rendent hommage aux anciens combattants tués lors des attentats du 11 septembre au mémorial de Ground Zero lors de la Journée des anciens combattants le 11 novembre 2020 à New York. (Dossier/AFP)

Au cours de ces mêmes années, les films qui décrivent les vrais événements derrière le 11-Septembre, ainsi que les guerres qui ont été menées en son nom, ont souvent été accueillis avec indifférence. Le film Démineurs de Kathryn Bigelow – qui traite de la guerre en Irak – a remporté l’Oscar du meilleur film en 2009. Cependant, c’est le film le moins rentable à avoir reçu cette récompense, ce qui signifie que même le prix le plus prestigieux du cinéma ne suffit pas à favoriser la réflexion sur de tels événements dans la psyché culturelle.

Le monde n’avait pas besoin de plus de questions. Il voulait désespérément des réponses. Et s’il existe un truisme auquel les amateurs de films et de séries peuvent se fier, c’est qu’un héros peut leur fournir toutes les réponses qu’ils cherchent. C’est l’idée d’un héroïsme effréné qui a poussé Jack Bauer à devenir un symbole culturel au début des années 2000 dans 24. Les gens ont pu se délecter d’une série qui décrit des événements similaires à ceux du 11-Septembre parce que, au cœur de l’action, il y a un homme qui a tout compris, qui sait pourquoi ça s’est passé et comment y mettre fin.

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Même lorsqu'un film sur la guerre en Irak a remporté l'Oscar du meilleur film en 2009, "The Hurt Locker" de Kathryn Bigelow était le film le moins rentable à avoir jamais reçu cet honneur. (Prix IMP)

Plus encore, le paysage cinématographique de l’après-11 septembre 2001 a été témoin de l’essor des films de superhéros qui avaient eu du mal à véritablement s’imposer par le passé en dehors de Superman et de Batman. En 2002, à la suite de la sortie de Spiderman, ce genre est devenu dominant – il l’est toujours.

Dans Le Chevalier noir, de Christopher Nolan et Superman, de Zack Snyder, les images de ce mardi matin si tragique – la fumée, les tours qui s’effondrent, les hommes qui tombent – ont été utilisées pour donner l’impression que ces superhéros sauvent le monde tel qu’il était vraiment, celui dans lequel nous avons vécu et non le monde fantastique que nous avons vu par le passé.

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Les films "Dark Knight" de Christopher Nolan et les films "Superman" de Zack Snyder ont pris l'imagerie directe de ce mardi matin tragique. (Prix IMP)

L’univers cinématographique Marvel a par la suite tout éclipsé, répondant aux besoins de narration non élucidés des Américains. Captain America montre le désir de comprendre le bien vu par les Américains. C’est une incarnation de l’innocence qui doit faire face à une époque plus sombre. Dans Iron Man, l’ingéniosité américaine réussit à surmonter l’extrémisme musulman. Dans Vengeurs, le 11-Septembre est reproduit par une force extraterrestre. La seule solution n’est pas l’unité citoyenne du peuple américain autour d’un objectif commun mais le recours à des superhéros pour faire le travail à notre place.

Les États-Unis ont également porté à l’écran des héros de la «vraie vie». En 2014, American Sniper de Clint Eastwood raconte l’histoire de Chris Kyle, tireur d’élite de la Navy Seal. Il s’agit du plus gros succès de cette année-là et du film de guerre le plus rentable de tous les temps. American Sniper a fait abstraction de la nuance qui a miné les films de «guerre contre le terrorisme» pendant plus d’une décennie et l’a remplacée par un personnage qui a l’assurance d’un héros Marvel, parfaitement conscient d’être un bon gars qui tue des méchants et qui n’a jamais commis d’acte injustifiable.

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Le tireur de l'US Navy SEAL, Chris Kyle, a été représenté dans le film "American Sniper" de Clint Eastwood en 2014. (Prix IMP)

Ce fut enivrant pour le public qui a décidé de faire fi du fait que Chris Kyle n’était pas ce Captain America auquel on s’attendait mais qui a plutôt idolâtré le héros Marvel The Punisher, un justicier monstrueux dont l’iconographie est célèbre auprès des forces spéciales américaines. Ainsi, et à mesure que les choses se sont calmées, l’œuvre a semblé plus controversée que le laissent entendre les éloges initiaux.

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Un drapeau américain est suspendu à Oculus au World Trade Center Transportation Hub pour le week-end du Memorial Day à New York le 29 mai 2021. (File/AFP)

Tout n’est pas si sombre, bien entendu. Le cinéma américain est à son apogée lorsqu’il pose un regard critique sur le plan interne et montre plus de compassion à l’extérieur de ses frontières. Les films et les acteurs arabes et musulmans ont remporté beaucoup de prix, et des séries comme Ramy ont montré les événements du 11-Septembre du point de vue des Américains d’origine arabe qui se sont retrouvés brusquement marginalisés.

Le bras de fer au sein de la communauté créatrice pendant les deux dernières décennies semble enfin pencher en faveur d’une réponse qui aurait dû être trouvée directement après la tragédie: la paix, la coexistence et la reconnaissance de l’humanité commune triomphent de tout mal. Considérer une culture entière comme un ennemi ne fait que renforcer la lutte.

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.