Vénézuela: l'irrésistible ascension d'Alex Saab, des porte-clés à la diplomatie

Dans cette photo d'archives prise le 23 février 2021, un homme passe devant un graffiti indiquant "Liberté pour le diplomate Alex Saab, kidnappé par le gouvernement du Cap-Vert" à Caracas. (Youri Cortez/AFP)
Dans cette photo d'archives prise le 23 février 2021, un homme passe devant un graffiti indiquant "Liberté pour le diplomate Alex Saab, kidnappé par le gouvernement du Cap-Vert" à Caracas. (Youri Cortez/AFP)
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Publié le Vendredi 10 septembre 2021

Vénézuela: l'irrésistible ascension d'Alex Saab, des porte-clés à la diplomatie

  • Interpellé lors d'une escale technique de son avion au Cap-Vert en juin 2020, Alex Saab est accusé de blanchiment par les États-Unis qui l'ont dans leur ligne de mire pour son aide à Maduro
  • Inculpé en juillet 2019 à Miami, Alex Saab est accusé de tirer les ficelles d'un vaste réseau qui aurait permis à Nicolas Maduro et aux membres du pouvoir de détourner à leur profit de l'aide alimentaire

CARACAS, Venezuela : Ancien vendeur de porte-clés publicitaires, Alex Saab, Colombien d'origine libanaise de 49 ans, s'est transformé en quelques années en homme lige du pouvoir de Nicolas Maduro, qui lui a offert la nationalité vénézuélienne et un passeport diplomatique.

Homme de paille affairiste du président vénézuélien pour ses détracteurs, serviteur dévoué du chavisme et intermédiaire ingénieux pour ses soutiens, Alex Saab est passé de l'ombre à la lumière mais risque désormais d'y retourner pour plusieurs années: il doit être extradé du Cap-Vert aux États-Unis.

Interpellé lors d'une escale technique de son avion au Cap-Vert en juin 2020, il est accusé de blanchiment par les États-Unis qui l'ont dans leur ligne de mire pour son aide à Maduro. Washington a régulièrement cherché à évincer du pouvoir Hugo Chavez (1999-2013) comme Nicolas Maduro, son héritier.

Inculpé en juillet 2019 à Miami, Alex Saab est accusé de tirer les ficelles d'un vaste réseau qui aurait permis à Nicolas Maduro et aux membres du pouvoir de détourner à leur profit de l'aide alimentaire.

Avec son associé Alvaro Pulido, également inculpé, M. Saab aurait transféré 350 millions de dollars (285 millions d'euros) hors du Venezuela sur des comptes étrangers. Les deux hommes encourent jusqu'à 20 ans de prison.

Après des mois de procédure, la Cour constitutionnelle a validé son extradition et l'Etat a désormais 45 jours pour exécuter la décision. Sa défense évoque un "suicide constitutionnel", accusant les autorités d'être inféodées aux Etats-Unis.

Caracas tente depuis des mois de sauver son homme lige, en faisant jusqu'à placarder sur les murs des villes du pays des inscriptions comme "Liberté pour le diplomate Alex Saab" ou créant le hashtag #FreeAlexSaab sur les réseaux sociaux.

"Jamais le chavisme ne s'était autant démené pour quelqu'un. Qu'est-ce qui explique qu'on remue ciel et terre pour lui? Qu'on veuille faire jouer son immunité diplomatique?", s'interroge Roberto Deniz, journaliste de Armando.info et spécialiste du dossier.

"Il est évident qu'il y a beaucoup de peur. Il peut révéler des choses sur les montages, la circulation des fonds, les surcoûts... C'était la cheville ouvrière des affaires du régime Maduro avec les pays alliés", ajoute M. Deniz.

- Essence iranienne et système italien -

Fils d'un entrepreneur libanais à Barranquillla (nord-est de la Colombie), Alex Saab a commencé par vendre de porte-clés avant de se lancer avec succès dans le textile.

"Guidé par son esprit d'entrepreneur cosmopolite, il cherche à dépasser les frontières" et se rend au Venezuela, attiré par "le secteur de la construction", raconte sur Youtube la série "Alex Saab, agent anti-blocus", version très officielle de sa vie.

Selon cette série, M. Saab a obtenu son premier contrat au Venezuela en 2011. Sur les images, on le découvre âgé de moins de 40 ans, arborant une queue de cheval, signant au Palais présidentiel de Miraflores une "alliance stratégique" pour des "kits de constructions pour des logements sociaux".

Le président est alors Hugo Chavez et Nicolas Maduro est ministre des Affaires étrangères.

"J'ai proposé un système italien de construction. Après un an de travail et de porte-à-porte, on a réussi à rentrer et ouvrir une usine", raconte Alex Saab au journal El Tiempo en 2017. Il souligne alors: "je ne connais pas le président Maduro", assurant ne l'avoir croisé que lors de cérémonies protocolaires.

Mais, c'est précisément sous la présidence Maduro qu'Alex Saab connaît sa foudroyante ascension pour devenir un "ministre plénipotentiaire de l'ombre", des logements sociaux à la construction de gymnases, estime Roberto Deniz.

En 2016, Maduro lance le programme Clap (Comités locaux d’approvisionnement et de production) de distribution d'aliments subventionnés aux plus pauvres, un des points d'orgue de sa présidence alors que le Venezuela est en pleine crise économique.

Selon sa chaîne Youtube, après "d'importants" succès commerciaux, Alex Saab se convertit en 2018 en "un fonctionnaire public" envoyé en "mission" pour acquérir en Russie et Iran (deux importants alliés du Venezuela) des "aliments, des médicaments et des produits pour les raffineries".

Alex Saab est notamment un des artisans de la spectaculaire et paradoxale "route iranienne" qui a vu l'Iran approvisionner grâce à des tankers remplis de carburant un Venezuela alors en proie aux sanctions américaines.


Regain d'optimisme sur une reprise des négociations entre Téhéran et Washington

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  • Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban
  • Les marchés financiers ont salué mercredi ce regain d'optimisme, les Bourses européennes gagnant plus de 2% et les cours du pétrole plongeant sous les 100 dollars

WASHINGTON: Les Etats-Unis et le Pakistan, médiateur dans les discussions avec l'Iran, ont exprimé leurs espoirs d'une reprise des négociations en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient qui a ébranlé l'économie mondiale.

Les marchés financiers ont salué mercredi ce regain d'optimisme, les Bourses européennes gagnant plus de 2% et les cours du pétrole plongeant sous les 100 dollars.

Alors que le contrôle par l'Iran du détroit d'Ormuz, stratégique pour les hydrocarbures, a provoqué ces deux derniers mois une flambée du prix du pétrole, le baril de Brent perdait vers 10H40 GMT plus de 9%, à 99,64 dollars, loin des 126 dollars d'il y a seulement quelques jours.

Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban.

Alors que le blocage a continué malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril, Washington a imposé un blocus des ports iraniens puis lancé lundi l'opération Project Freedom ("Projet Liberté") pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit.

Compte tenu des "grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens", le projet "sera suspendu pendant une courte période afin de voir si l'accord peut être finalisé et signé", a écrit mardi le président américain sur son réseau Truth Social.

"Bon espoir" 

Il a précisé que cette pause avait été décidée notamment à la demande du Pakistan, tout en faisant état du maintien du blocus américain des ports iraniens.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays avait accueilli des négociations directes entre l'Iran et les Etats-Unis le 11 avril, a dit avoir "bon espoir" que l'actuelle dynamique aboutisse à une paix durable.

"La fin du Projet Liberté est probablement survenue lorsque Trump a réalisé que le recours à la force n'allait non seulement échouer à produire le résultat escompté mais fermerait également la porte aux premiers véritables signes d'une voie négociée", a estimé sur X l'analyste Ali Vaez, de l'International Crisis Group.

Selon deux responsables américains et deux autres sources au fait du dossier cités par le site américain Axios, la Maison Blanche estime être sur le point de conclure "un protocole d'accord d'une page visant à mettre fin au conflit et à établir un cadre en vue de négociations nucléaires plus approfondies".

L'Iran a envoyé son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, en Chine, principal pays acheteur de pétrole iranien.

A l'occasion de sa visite, il a abordé "les négociations en cours" sans commenter une éventuelle reprise. "La question du détroit d'Ormuz a fait l'objet de discussions approfondies, et nous avons évoqué la nécessité de respecter les droits de la République islamique d'Iran ainsi que l'ensemble des points de vue existants", a-t-il ajouté sur la télévision d'Etat.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a de son côté réclamé un arrêt "complet" des hostilités au Moyen-Orient et appelé Etats-Unis et Iran à rouvrir "le plus vite possible" le détroit d'Ormuz.

Il a aussi défendu le "droit légitime" de l'Iran au nucléaire civil, alors que ce dossier est un des points d'achoppement pour la reprise des discussions avec Washington.

Les Etats-Unis et Israël accusent l'Iran de chercher à obtenir l'arme nucléaire, ce qui est vivement démenti par Téhéran.

La visite de M. Araghchi intervient en amont de celle de Donald Trump en Chine, prévue le 14 et 15 mai, où il doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

"Jeu psychologique" 

En Iran, certains ne cachent pas leur fatigue et leur lassitude face aux tergiversations sur les négociations.

"Que vous soyez en Iran ou non, la pression psychologique est intense. Tout le monde est déprimé et sans espoir à cause de ce jeu psychologique", confie Azadeh, une traductrice de 43 ans jointe par une journaliste de l'AFP à Paris.

Le lancement lundi du "Projet Liberté" s'est accompagné d'accrochages en mer et d'attaques contre les Emirats arabes unis imputés à l'Iran, après des semaines de calme relatif.

L'armateur français CMA CGM a en outre confirmé mercredi que son porte-conteneur San Antonio battant pavillon maltais avait fait l'objet d'une attaque la veille dans le détroit d'Ormuz, faisant des blessés parmi les membres d'équipage.

Sur le font libanais, l'armée israélienne a annoncé avoir mené de nouvelles frappes dans "plusieurs zones" du Liban contre des cibles du mouvement pro-iranien Hezbollah, après avoir appelé la population de 12 villages à évacuer.

Le ministère de la Santé libanais a fait état de quatre morts dans l'est du pays dans un bombardement israélien.

Les hostilités entre Israël et le Hezbollah se poursuivent malgré un cessez-le-feu entré en vigueur 17 avril.


L'ONU demande la libération «immédiate» par Israël des militants de la «flottile pour Gaza»

L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
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  • L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza
  • "Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila"

GENEVE: L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza.

"Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila", a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Thameen Al-Kheetan, faisant état de témoignages selon lesquels les deux militants subissent "de graves mauvais traitements".


Trump suspend son opération d'escorte de navires à Ormuz, dans l'espoir d'un accord avec l'Iran

Le président des États-Unis Donald Trump. (Reuters)
Le président des États-Unis Donald Trump. (Reuters)
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  • Donald Trump suspend temporairement le “Projet Liberté” dans le détroit d’Ormuz pour favoriser un possible accord avec l’Iran, malgré des tensions persistantes
  • Les négociations avancent, mais la situation reste fragile : incidents militaires récents, menaces iraniennes et préparation américaine à reprendre les combats si nécessair

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé la suspension de son "Projet Liberté" d'escorte de navires dans le détroit d'Ormuz, le temps de voir si "un accord peut être finalisé et signé" avec l'Iran, après ce que le président américain a qualifié de "grands progrès" dans les négociations.

"Compte tenu de l'énorme succès militaire" et des "grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens", le "Projet Liberté (...) sera suspendu pendant une courte période afin de voir si l'accord peut être finalisé et signé", a écrit mardi le républicain sur son réseau Truth Social.

Il a précisé que cette pause avait été décidée à "la demande du Pakistan et d'autres pays", tout en faisant état du maintien du blocus américain des ports iraniens, entré en vigueur le 13 avril

Le "Projet Liberté", qui doit permettre à des centaines de bateaux bloqués dans le Golfe de franchir le détroit, avait été lancé lundi.

Le chef de la diplomatie américaine a par ailleurs assuré plus tôt mardi que la phase offensive du conflit avec l'Iran était terminée.

"L'opération est finie. +Fureur épique+ (est finie) - comme le président l'a signifié au Congrès. Nous avons passé ce stade", a affirmé Marco Rubio lors d'un point presse à la Maison Blanche, utilisant le nom de code donné par les Etats-Unis à leurs opérations contre l'Iran.

Le chef d'état-major américain, le général Dan Caine, a cependant averti que l'armée était "prête à reprendre des opérations majeures de combats".

Donald Trump a aussi mis en garde Téhéran, au lendemain d'accrochages en mer et d'attaques contre les Emirats arabes unis imputés à l'Iran.

"Ils savent ce qu'ils ont à faire et (...) ce qu'ils ne doivent pas faire", a affirmé le président américain, qui s'est toutefois abstenu d'accuser l'Iran d'avoir violé la trêve en vigueur depuis le 8 avril.

Depuis le début de la guerre le 28 février, Téhéran contrôle le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

- Visites en Chine -

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, s'est de son côté entretenu mercredi à Pékin avec son homologue chinois Wang Yi, selon l'agence d'Etat Chine Nouvelle, qui n'a fourni aucune précision sur les discussions.

Cette visite intervient en amont de celle de Donald Trump en Chine, prévue le 14 et 15 mai, où il doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Lundi, l'Iran a tiré des missiles et drones contre des bâtiments militaires américains - interceptés selon le commandement américain pour la région (Centcom). Il a aussi été accusé d'avoir tiré sur les Emirats arabes unis, dans la première attaque contre un pays du Golfe depuis la trêve, ce qu'un haut responsable militaire iranien a démenti mardi soir.

Plus tôt, les Emirats avaient dit avoir à nouveau activé leurs défenses aériennes pour intercepter des missiles et drones tirés, selon eux, depuis l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont menacé quant à eux d'une "riposte ferme" tout navire qui ne se conformerait pas aux règles de passage imposées par Téhéran dans le détroit d'Ormuz.

Les Etats-Unis ne peuvent pas "laisser l'Iran bloquer une voie de navigation internationale", a insisté pour sa part le ministre américain de la Défense Pete Hegseth.

Dans un communiqué, Marco Rubio a annoncé que les Etats-Unis proposeraient une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU pour "défendre la liberté de navigation et sécuriser le détroit d'Ormuz".

Le projet de résolution, rédigé aux côtés de Bahreïn, de l'Arabie saoudite, des Emirats, du Koweït et du Qatar, "exige que l'Iran cesse les attaques, le minage et tout péage" dans le détroit, précise le secrétaire d'Etat.

- "Prêt au dialogue" -

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a lui accusé les Etats-Unis et leurs alliés de "mettre en péril" la sécurité du transport maritime.

Le Centcom assure, malgré les démentis iraniens, que deux navires marchands battant pavillon américain ont franchi lundi le détroit d'Ormuz sous escorte militaire.

Le géant danois du transport Maersk a aussi annoncé la sortie lundi d'un de ses bateaux, "accompagné de moyens militaires américains", coincé dans le Golfe depuis le début de la guerre.

Du côté de l'or noir, dont le cours est fortement affecté par la crise au Moyen-Orient, les deux principaux contrats pétroliers reculent mercredi, prolongeant leur repli de la veille après une hausse des cours lundi.

Vers 05H00 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI) et celui de Brent de la mer du Nord, lâchaient 1,92% et 1,80% respectivement et restaient toujours au-dessus des 100 dollars.

Les tentatives de relancer les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis sont au point mort depuis une première rencontre directe à Islamabad le 11 avril.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré mardi que son pays était "prêt à tout dialogue".

Mais "il n'a jamais cédé et ne cédera jamais à la force", a-t-il ajouté.