Comment les Arabes américains peuvent influencer la politique étrangère des États-Unis

Rashida Tlaib et Ilhan Omar sont les seules des neuf membres arabes américains du Congrès dont les districts figurent sur la liste du New York Times
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Publié le Samedi 12 septembre 2020

Comment les Arabes américains peuvent influencer la politique étrangère des États-Unis

  • Les Arabes américains doivent choisir entre voter pour l’un des leurs ou pour celui qui représente le mieux leurs intérêts. Faire entendre sa voix au Congrès suppose de devoir renoncer au candidat arabe
  • Les activistes arabes américains tiennent à nous dire que la Palestine est la clé de voûte de l’activisme politique de la communauté, mais leur activisme a été un échec

Une analyse récente du New York times montre que la perception de l’implication des Arabes américains en politique ne se reflète pas dans la réalité des districts pour les élections au Congrès. Le quotidien américain répertorie les 25 districts avec les plus grandes populations arabes, dont la grande majorité est représentée par des non-Arabes.

Parfois, les électeurs Américains arabes et musulmans sont confrontés à un dilemme. Devraient-ils soutenir un candidat arabe ou musulman qui n’a aucune chance réelle de gagner ou devraient-ils soutenir un non-arabe ou un non-musulman qui pourrait gagner et les représenter au Congrès ? Les Arabes américains doivent choisir entre voter pour l’un des leurs ou pour celui qui représente le mieux leurs intérêts. Faire entendre sa voix au Congrès suppose de devoir renoncer au candidat arabe.

C’est le choix auquel les électeurs arabes américains ont été confrontés lors des élections primaires démocrates de mars dans le 3ème district parlementaire de l’Illinois, qui se classe huitième dans les 25 districts identifiés dans l’article du New York Times. Dan Lipinski, qui a remporté les élections depuis 2005, marginalisait régulièrement les préoccupations des Arabes américains. La candidate la plus progressiste Marie Newman, qui travaille en étroite collaboration avec la communauté arabo-américaine, avait  failli renverser Lipinski il y a deux ans.

Lors du match retour en mars dernier, Marie Newman l’a emporté bien qu’un candidat palestinien américain, Rush Darwish, soit également entré dans la course à l’élection. Darwish, qui a recueilli plus de 500 000 dollars de financement pour sa campagne grâce à la communauté arabe, n'a remporté de façon embarrassante que 5,7% des 110 000 votes exprimés. Marie Newman, dont la directrice de campagne est une Palestinienne américaine, Shadin Maali, a triomphé avec une marge de 3% sur Lipinski, un pilier de la machine électorale de Chicago. Elle affrontera le candidat républicain peu connu Mike Fricilone aux élections générales du 3 novembre. Le district étant majoritairement démocrate, les chances de Fricilone sont minces. L’élection de Newman vient rappeler que les problèmes et les problématiques politiques passent avant les personnalités et même l’origine ethnique.

La liste des 25 districts parlementaires avec les plus grandes populations arabes et iraniennes réalisée par le New York Times ne comprend étonnamment que les districts de deux des neuf élus Arabes américains au Congrès.

Si les Arabes américains veulent avoir plus de poids politique, notamment sur des questions de politique étrangère comme la Palestine, ils doivent faire preuve de plus d’intelligence et prendre des décisions en se basant sur des réalités plutôt que sur des émotions ou sur leur ego

Ray Hanania

La raison doit passer avant les émotions

Si les Arabes américains veulent avoir plus de poids politique, notamment sur des questions de politique étrangère comme la Palestine, ils doivent faire preuve de plus d’intelligence et prendre des décisions en se basant sur des réalités plutôt que sur des émotions ou sur leur ego. Cela signifie s'engager activement avec les candidats de ces districts et mettre de côté leur particularisme culturel. Le fait qu'il n'y ait que neuf Arabes américains parmi les 435 membres actuels de la Chambre des représentants souligne cette nécessité.

Nous avons tendance à nous focaliser sur deux de ces élus arabes en particulier — les représentantes Rashida Tlaib et Ilhan Omar, toutes deux démocrates – car ce sont elles qui défendent le plus ardemment la cause palestinienne. En réalité, Tlaib, Omar et leurs partenaires dans « The Squad » (« La Brigade ») - Alexandria Ocasio-Cortez and Ayanna Pressley - ne représentent qu’une petite part des voix arabo-américaines.

Tlaib et Omar sont les seules des neuf membres arabes américains du Congrès dont les districts figurent sur la liste du New York Times. Les 23 autres districts sont tous représentés par des élus non-arabes et non-musulmans. Les sept autres représentants arabes américains se penchent à peine sur les questions populaires pour les Arabes comme la question palestinienne. Six d’entre eux sont des Libano-Américains, dont trois (Ralph Abraham, Garret Graves and Darin LaHood) sont Républicains et trois (Charlie Crist, Debbie Mucarsel-Powell and Donna Shalala) sont Démocrates. À quel point leurs opinions sont-elles différentes ?

LaHood et son père, qui occupait sa place précédemment, sont les principaux partisans d'Israël. L'année dernière, LaHood a été l’un des principaux artisans de la campagne visant à sanctionner les Américains qui soutiennent le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), le liant faussement à « l'antisémitisme. »

Le dernier membre arabe du Congrès est un Palestinien chrétien, le représentant Justin Amash. Il est resté éloigné des préoccupations de politique étrangère et a décidé cette année de prendre sa retraite à la fin de son mandat actuel car il ne pouvait plus soutenir le président Donald Trump. Il a été le seul membre républicain de la Chambre à voter en faveur des deux articles de loi permettant une mise en accusation de Donald Trump. Toutefois, ce n’était pas parce qu’Amash, qui a depuis rejoint le Parti libertaire, était en désaccord avec la politique de Trump au Moyen-Orient.

Les activistes arabes américains tiennent à nous dire que la Palestine est la clé de voûte de l’activisme politique de la communauté, mais leur activisme a été un échec. Si nous examinons la liste du New York Times, il est clair que le fait d’être Arabe américain, ou musulman, n’a pas de lien avec les élus Arabes américains ou musulmans au Congrès.

Évidemment, les Arabes américains doivent se présenter aux élections lorsqu’ils sont capables de collecter les fonds nécessaires et de rallier suffisamment de soutien. Mais, s’ils ne peuvent pas gagner, devrions-nous leur être fidèles ou renforcer notre communauté grâce à un partenariat avec ceux qui peuvent gagner ?

Les Arabes américains ont besoin de meilleurs dirigeants. Nous devons nous concentrer sur ces 25 districts où les Arabes américains et les musulmans peuvent maximiser leur force électorale en soutenant les gagnants, et sur 30 autres districts que l'Institut arabe américain (AAI) identifie comme ayant un nombre significatif d'électeurs arabes américains et musulmans. C’est de cette manière que des questions telles que le soutien à la cause palestiniennes pourront être mises en avant au Congrès.

Ray Hanania est un ancien journaliste politique et chroniqueur à l'hôtel de ville de Chicago. Il est joignable sur son site web à l'adresse www.hanania.com. Twitter: @RayHanania

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com